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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Clic-clic Boum, par Frans-Alexandre Torreele

Auteur Sujet: Clic-clic Boum, par Frans-Alexandre Torreele  (Lu 1159 fois)

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Clic-clic Boum, par Frans-Alexandre Torreele
« le: 22 Avril 2016 à 10:40:30 »
Bonjour à tous !
Je vous propose mon dernier texte, "Clic-clic Boum". N'hésitez pas à me faire part de vos retours, avis, même les plus tranchés  :)

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“Comme Beregovoy, aussi vite que Senna
Je veux atteindre le nirvana
Comme Beregovoy, Clic-clic BOUM !
Aussi vite que Senna
Je veux atteindre le nirvana”
 
La pluie tombait en mèches de cheveux gris filasses. Elle s’abattait sur la vitre comme l’on tapote au carreau, comme pour dire que l’on est là mais que l’on n’ose pas entrer par peur de déranger. Une banlieue noyée dans un chignon cendreux se déployait sous les roues de la Mercedes. La berline tourna autour d’un rond-point planté de jonquilles couleur pastille pour la gorge, une fois, deux fois, avant d’opter pour une rue anonyme plutôt qu’une autre. C’était un jour de janvier qui n’avait même pas la politesse d’être froid. Il était neuf heures du matin mais les lampadaires étaient toujours allumés. L’atmosphère crépusculaire était piquée de nimbes rouille qui vibraient dans l’air humide.  Au détour d’un halo orangé, la vitre ocellée de gouttes d’eau jeta mille regards sans pupilles au passager qui occupait la banquette arrière.
 
“C’est donc ça la vie, c’est pour ça qu’on bosse
Voir son gosse traîner dans le quartier
Dans une poche les feuilles OCB
Dans une chaussette la boulette à effriter
Une cage d’escalier et le tout est roulé”
 
Les pneus firent un bruit de baudruche en escaladant le trottoir.
 
“Fais demi-tour. On aurait dû prendre la première sortie. Il fallait tourner direction “ZAC Les Chaises”.”
 
La Mercedes était une sorte de gigantesque paquebot spatial. On aurait pu flotter dans l’habitacle et faire des roulades en apesanteur. C’était aussi une caisse en tôle de deux tonnes qui rappelait à chaque accélération, chaque virage, chaque freinage, le caractère impérieux des lois physiques. La mère se plaignait sans cesse qu’elle n’ait “rien dans l’cornet”, la “MercedeZzz” comme elle l’appelait en singeant la prononciation de sa mère. Son père avait acheté la MercedeZzz comme on accroche une rosette au revers de sa veste : parce qu’il n’aurait pu imaginer plus noble symbole d’une réussite arrachée au mérite. Même si elle n’avait rien dans l’cornet. La mère aimait les voitures “qui en avait dans l’cornet”. Elle roulait un peu vite, parfois, mais toujours très bien.
 
“Mais stone, le monde est stone
Y’a plus de couche d’ozone
Et les seins des meufs sont en silicone.”
 
En montant dans la MercedeZzz, l’adolescent avait trouvé pertinent de se river une paire d’écouteurs au fond des oreilles et de lancer “Nirvana” de Doc Gyneco sur son iPod. C’était pour la posture, bien sûr, mais quoi de plus important que la posture à l’adolescence ?
 
Sa mère, assise sur le fauteuil passager, se retourna pour lui dire quelque chose qu’il n’entendit pas. Elle leva les yeux au ciel et sur-articula sa phrase en mimant le geste d’une cravate que l’on resserre.
 
D’un point de vue statistique, il n’était plus adolescent. Mais les statistiques, les sondages et les camemberts, les courbes et les tranches, ne retranscrivent que de manière très partielle le mal-être adolescent qui s’étale sur la tartine de l’enfance sans que l’on sache exactement où débute la mie et où s’achève la croûte. Quatre jours plus tôt, il s’était dit que “ça y est”, il était devenu adulte. Pourtant, du fond de la MercedeZzz, cambré sur une banquette dont la rigidité semblait contenir à elle seule toute l’Allemagne - la porte de Brandebourg, Franz Beckenbauer, un chapelet de currywurst et une armée de panzer compris -, il ne s’était jamais senti aussi mioche, aussi cul merdeux, aussi truffe humide, aussi gencives luisantes, aussi fontanelle béante.
 
“Là ! Là, Les Chaises. Et c’est indiqué après : Cimetière Vilpot.”
 
La MercedeZzz braqua et des gravillons craquèrent sous ses roues comme autant de phalanges. La bande de bitume qui fendait en deux un pré en jachère était aussi neuve qu’abandonnée.
 
En vrai, l’adolescent se foutait un peu de cet enterrement. Il lui avait valu une journée loin de l'École de Commerce et c’était là le fait le plus remarquable qu’il en retirait. Un horizon de liberté était en vue et il pouvait faire cap vers un après-midi comme il les aimait : grisâtre et morose à l’extérieur, temps qui l’autorisait à rester enfermé dans sa chambre sans craindre de se faire appeler “l’endive de cave” - sobriquet auquel son apathie congénitale et son teint diaphane semblait répondre “Oui, oui, continuez de m’appeler ainsi, c’est vrai”. Mais avant de jouir d’une liberté complète et d'aussitôt la fouler du pied en passant l’après-midi avachi sur une couette Tortues Ninja à griffonner quelques vagues scenarii de bandes dessinées, avant cette si particulière illustration d’un bonheur plein et sans ombrage, il devait en passer par la crémation de son grand-père.
 
“Aide donc ta grand-mère à marcher”, dit le père.
 
Il rangea les écouteurs dans la poche de sa veste et vint se poster à côté de la MercedeZzz en attendant que sa grand-mère lui offre une épaule autour de laquelle passer son bras. Elle s’extirpa de la voiture tel une spéléologue rampant hors d’une cavité en forme de paupière de chat. Lorsque enfin la grand-mère fut sortie, après plus de grincements qu’un vaisselier jeté sur une piste de bobsleigh, l’adolescent entreprit de passer son bras autour de ses épaules. La proximité physique ne faisait pas partie des codes communément admis dans la famille. Bloqué à mi-chemin entre la nécessité de communiquer physiquement son soutien et la peur d’introduire une gêne supplémentaire, il se contenta de positionner son bras en arc de cercle au dessus des épaules de la grand-mère, à une distance de sécurité qu’il estima raisonnable d’environ deux centimètres - devant se résigner à conserver deux points de contacts imposés par son manque de souplesse articulaire, l’un au niveau de son aisselle et l’autre sur la paume de sa main. Le parking du crématorium s’était mis à l’unisson de l’univers, passant en revue dans un camaïeu de gris toute les nuances de la tristesse, d’un béton souris mélancolique à une façade ardoise suicidaire. La pluie avait cessé. Le vent secouait la mise en plis blonde platine de la grand-mère.
 
Ils n’étaient que quatre dans la salle lambrissée du crématorium. Les gorges se raclaient en laissant bégayer un écho gêné d’exister. Le semelles couinaient sur le carrelage brun. Tout au long de sa vie, le grand-père avait été aussi efficace lorsqu’il s’agissait de s’entourer de centaines de connaissances vaguement amicales que lorsqu’il était question de multiplier le nombre de ses ennemis. Qui étaient, amis comme ennemis, la plupart du temps les mêmes personnes. L’adolescent se souvint comme il était impossible de marcher dans la rue sans que le grand-père ne soit l’objet de démonstrations ostentatoires et sonores d’affection.

Signe de la main au milieu de la foule :

“Comment tu vas ? Faut que tu viennes à la maison, Domi me parlait encore de toi hier !”
 
Main sur l’épaule :

“Passe boire un verre, le comptoir chiale quand t’es pas là.”
 
Main passée dans les cheveux de l’enfant :

“C’est le p’tit gars ? Qu’est-ce qu’il a grandi !”
 
Clin d’oeil :

“On te voit plus, c’est la bergère qui t’enferme à double tour ?”
 
Il se souvint aussi de la maigreur du grand-père la dernière fois qu’il l’avait vu. Il traînait ses charentaises qui faisaient un bruit de papier de verre sur le carrelage du couloir. Son corps avait commencé à se dissoudre, à perdre de sa consistance, il prenait déjà congé du monde des vivants, plongeant sa petite bedaine, ses cuisses charnues, ses joues joviales et ses épaules larges dans un éther spectral. Les os et quelques organes tournaient au ralenti et patientaient. En attendant la mort. Ce corps n’était déjà plus qu’une impression rétinienne laissée par une image forte subitement retirée. Ce corps était une dépression. Une image en creux de son propriétaire. Son ombre se cachait dans le crépuscule des meubles en chêne massif. Seules les charentaises venaient troubler le silence qui déjà, s’amusait à répéter une partition de caveau.
Dur d’expliquer dès lors que ce corps, qui de son vivant n’était déjà plus qu’une cendre asphyxiée, puisse mettre autant de temps à se consumer. Il n’y avait pas eu de discours, pas de musique. Juste la salle, des dizaines de chaises de salle polyvalente en plastique beige et le ronron du four. Parfois interrompu par quelques pleurs gênés. L’adolescent pensait à son scénario de bande dessinée, celle qu’il dessinerait lors de son après-midi libre. Il avait en tête une histoire de boxeurs. L’affrontement physique le fascinait. Il voyait dans la lutte muscle contre muscle une réponse à son air d’asperge pas mûre, à son allure d’endive humide, à ses biceps en crème ciboulette. Il avait été élevé au Club Dorothée, ceci impliquant une indomptable envie de cogner hébergée dans un corps de geek en fin de course.
 
“La boxe, gamin, la boxe, tu l’as en toi, mais plutôt version sac de frappe. Mais t’inquiète pas, dans ma carrière d’entraîneur j’ai vu plus de mecs se péter les phalanges contre le cuir des punching-ball que de sacs crever sous les crochets du droit.”
 
Les grandes victoires appartiennent aux passifs, à ceux qui font le flot et abattent les digues sans même s’en rendre compte. Mais le plaisir est la propriété exclusive des cogneurs. Peu importe le sens de l’histoire, il voulait bien aller contre, se retrouver K.O., joue contre le sol du ring, pourvu qu’il échoue avec panache. Mais c’était était un gentil garçon. De ceux qui demandent après avoir cogné s’il faut qu’il aille chercher une poche de glace.
 
“Faut être un méchant gamin, faut cogner les reins, sinon c’est l’autre qui te cogne les reins. Tu peux aussi le faire dans les règles mais faut que tu t’habitues au goût du métal, parce que c’est le goût de ton sang, gamin.”
 
Le silence n’en finissait plus de faire vibrer l’air. Le four emplissait la pièce d’un acouphène crématoire. “BAM !” Moins d’un an et demi plus tôt, il était en train de travailler sur une bande dessinée quelconque et “BAM !”, le coup était parti. Se suicider ainsi, sans même penser aux emplois du temps des autres, lui sembla d’une grande impolitesse. Après tout, est-ce que lui allait embêter son grand-père avec ses Mickey alors qu’il était absorbé dans une autre tâche ? Il s’était collé le double canon de son fusil de chasse sous le menton sans se demander si les autres avaient quelque chose de prévu et “BAM !”, on n’en parlait plus. La mère et le père étaient partis en urgence, avalant l’heure de route qui les séparait de la maison des grands-parents en moitié moins de temps qu’il n’en faut habituellement. Avant de partir, le père avait lâché un mystérieux “Ton grand-père s’est tiré dessus” à l’adolescent. Sans plus de précision, juste avec une moue qu’il aurait pu utiliser pour dire “Ton grand-père a encore perdu ses clés” ou “Ton grand-père est en panne sur le bord de la nationale”. Comme si tout le monde s’y attendait. Au risque de paraître fébrile, l’adolescent ne put s’empêcher d’être un peu décontenancé par cette annonce. Par crainte d’exhiber sa candeur de tout juste majeur, il prit sa mère dans ses bras sans en demander plus.
 
“Esquive, esquive, bordel ! Aïe. Plein pif. T’es vraiment pas bon là-dedans, gamin.”
 
“Ton grand-père s’est tiré dessus.” Dans l’immédiat, cela impliquait un accident, un “Ah, mince, je nettoyais mon arme et BAM”. Certes, avec un fusil à canon long, l’idée semblait peu convaincante. Mais c’était la seul valable à portée de main. Il entendit les cailloux de la cour crépiter comme un feu de forêt sous les pneus de l’Opel des parents, puis plus rien.
Il fit un dessin pour tenter de formaliser tout cela et essayer de mettre un peu d’ordre dans cet univers qui venait, l’air de rien, de se disloquer et de partir en petits confettis d’univers. Dans le cadre de la fenêtre, une meute de nuages laiteux galopait sur la région. Un héron patientait au milieu d’un champ labouré. Les feuilles des chênes frissonnèrent dans les premiers souffles de septembre. Sur son bureau s’étalaient quelques esquisses de personnages de bande dessinée. Il écarta les feuilles volantes, prit son pinceau le plus usé et le baigna dans l’encre.
 
A la fin d’une crémation, il n’y a pas de petit bruit de clochette comme sur un micro-onde pour vous signaler que c’est cuit. Juste un monsieur obséquieux qui vous indique, sans jamais vous regarder dans les yeux que, "ça y est, c’est prêt, et que si vous voulez bien le suivre, c’est par ici. Le chemin est direct, sans détour. Un dernier voyage qui ne rendra pas honneur aux habitudes du grand-père lorsqu’il s’agissait de faire un trajet.
 
“J’ai un raccourci”, qu’il disait toujours.
 
En guise de raccourci, il s’agissait de décrire d’interminables lacets, des circonvolutions amples, autour de l’axe le plus direct. Lui qui était si frondeur, lui qui semblait considérer la loi comme un facteur parmi tant d’autres lorsqu’il s’agissait de prendre des décisions, en était venu avec l’âge à craindre les flics. Les poulets n’acceptaient plus ses bouteilles de Pastis pour faire sauter les PV et ce type de changement de paradigme, ce bouleversement de règles qu’il pensait immuable, lui faisait perdre pied dans le monde moderne. Il avait développé une véritable science de l’itinéraire bis, entre chemins boueux et ruelles abandonnées. Pour son dernier voyage, il emprunta l’itinéraire le plus direct entre le four et le jardin d’honneur, transporté dans une urne par un homme à la politesse révoltante.
 
On pense que le suicide est l’une des ultimes cocasseries dont la vie est capable de nous gratifier. Il faut pourtant compter sur un évènement qui lui non plus ne manque pas de sel : le suicide raté. Le chirurgien nous l’expliquera au lendemain du “BAM !” fatidique - et l’on regrette que les candidats au suicide n’aient pas accès à cette expertise avant de mettre en oeuvre leur projet. Un fusil de chasse moyen mesure soixante-dix à quatre-vingt centimètres, pour plus ou moins trois kilos, et un bras d’homme en moyenne quatre-vingt-dix centimètres. S’il s’agit d’épauler, de poser l’index sur la gâchette pendant que l’autre main soutient les deux canons métalliques, le fusil de chasse est une arme performante. Mais si l’envie vous prend de vous saisir de l’arme dans le sens inverse, tout se complique : la gâchette se trouve très éloignée de votre index et montée à l’envers (au lieu de tirer sur une forme concave, il vous faudra appuyer sur une surface convexe). Si malgré tout vous arrivez à caler correctement les deux canons sous votre menton, ne pensez pas pour autant avoir décroché la timbale. Le menton relevé pour compenser vos bras un peu courts, vous allez probablement rater (de peu) votre cerveau. Il y aura des dégâts mais de grands risques que vous ratiez votre aller direct pour l’enfer. Si dans une ultime contorsion vous avez réussi à vous mettre en joue dans un angle satisfaisant- ce qui pour un homme sexagénaire (le profil type du suicidé par arme à feu) est déjà une belle prouesse - ne pensez pas avoir coché avec succès toutes les cases de votre demande de Visa pour l’enfer. La plupart des fusils de chasse sont composés de deux canons soudés latéralement. Une chambre à gauche, l’autre à droite. Ce type de fusil n’est donc pas parfaitement équilibré. Quand le percuteur vient frapper la réserve de poudre contenu au cul de la cartouche, l'énergie déployée est canalisée à l’intérieur du canon dans deux directions. En plus de la direction attendue (vers la sortie du canon), une partie de cette énergie est transférée dans la crosse du fusil, puis dans l’épaule sur laquelle est posée cette crosse. On appelle cela le recul. Maintenant, imaginez cet effet appliqué à un fusil à double canons latéraux tenu à bout de bras et plaqué contre un menton. Le canon dévie, la mitraille vole et arrache la moitié d’un visage.
 
Un carré de gazon fût proprement découpé à la bêche et posé comme une part de flan à côté du trou d’où il venait d’être extrait. L’adolescent ne comprit pas ce qu’était ce trou d’environ vingt centimètres cubes ; ou il comprit, mais fit semblant que non. Ce serait bien trop sordide que ce trou de la taille d’un tupperware perdu sur cet arpent de jardin où même l’herbe est plus grise que les cendres sur lesquelles elle pousse, ce serait trop sordide que ces allées tracées de margelles descellées et bornées de casiers en ciment comme autant de petits H.LM. à cendres, ce serait trop sordide que ce trou soit le lieu destiné à héberger les restes du grand-père.
L’homme du service funéraire versa les cendres.
Le père, la mère, la grand-mère et l’adolescent restèrent une minute puis repartirent en direction de la MercedeZzz.
 
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Une légende familiale - de ces légendes qui structurent et soudent les tribus, agglomèrent leurs rîtes et leurs croyances - racontait que le grand-père était fier d’avoir un petit-fils. Un orgueil irrationnel qui tenait à une série de bonheurs fortuits : la simple naissance de l’enfant, le petit pénis qui pendait au creux de son aine et ses oreilles parfaitement collées. À la naissance de l’enfant, ce fut sa première - et dernière - observation, lâchée dans un soupir de soulagement : “C’est bon, il a les feuilles bien collées”. Après quoi il s’en était allé offrir quelques tournées au bistrot du coin.
Cette fierté du mâle fut vite ensevelie sous une avalanche de layettes et de considérations digestives que le grand-père jugeât bien féminines. Même pour un instant, il était urgent d‘extraire un instant l’enfant de toutes ces attentions chargées d’oestrogènes. Il fallait qu’il vive des choses plus masculines telles que payer des tournées au bistrot ou faire un tour de camion (sans quoi on ne savait jamais comment il pourrait tourner). Malheureusement, avant douze mois l’enfant est assez mal équipé pour ce type d’activités viriles. Le grand-père, ferrailleur de son état, n’était pas le genre de bricoleur s’arrêtant à ce type de détail technique : si la nature s’opposait à sa volonté, il lui restait ses dix doigts et des centaines de tonnes de carcasses métalliques en tout genre. Il perça deux trous circulaires dans le fond d’un vieux seau. Il en retira l’anse et passa dans les deux trous laissés libres deux cordelettes. Le grand-père avait deux camions avec lesquels il transportait sa ferraille. Il fixa dans la cabine de l’un d’eux le seau grâce aux cordelettes et passa les jambes du petit-fils dans les deux trous percés au fond. Il fit la tournée de ses clients avec le petit-fils rivé dans sa chaise improvisée, fier tel Artaban trimballant Mithridate dans un seau en plastique.
 
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La nappe en vinyle collait sous les avant bras moites. Ils posaient leurs tasses et ils les reprenaient avec le bruit d’un film alimentaire que l’on arrache d’une barquette de viande sous vide. Scrtchl...scrtchl...scrtchl...scrtchl... Personne ne s’imaginait parler d’autre chose que de la crémation et personne n’avait envie d’en parler. Les tasses se vidèrent. La bouilloire siffla la seconde mi-temps et la grand-mère ouvrit quatre sachets de café soluble. La mère ne put s’empêcher d’afficher une mine dégoûtée, même après le millionième café soluble servi par sa mère, comme si, secrètement, elle espérait qu’un jour, même à soixante-douze ans, elle pourrait changer ses goûts. L’adolescent buvait du café depuis deux mois, son goût en la matière n’était pas encore suffisamment formé pour qu’il puisse la différence entre un arabica, un ristretto et une bolée de pisse d’âne.
 
“Tu te dis que tout n’est pas dans les bras, qu’un match de boxe ça se joue pas à la circonférence des biscottos, que la taille de la cervelle et le jeu de jambe, ça compte. Tu penses qu’on peut s’en sortir sur les rings du Gleason’s Gym quand on flotte dans le slip de Woody Allen. Et c’est pour ça que tu boxes pas.”
 
Rater son suicide est un manque de savoir-vivre. C’est s’étaler au grand jour. Comme si l’on pouvait voir les états d’âme parmi la cervelle éparpillée. Ce matin de septembre, le canon du fusil tenu à bout de bras a craché une poignée de plombs concentrée dans un cercle de six centimètres de diamètre. Les plombs ont voyagé loin dans les chairs. Au plus profond de ce qui fait un Homme. La plupart sont ressorties en emportant tout sans discernement, peau, chair, muscle, muqueuse, dents. Tous ces éléments si structurés, si souples, cette matière si intelligente lorsqu’elle est concentrée dans un grand-père, sont allés s’éparpiller dans l’air humide d’un dimanche de septembre. La chair est triste, étalée sur les gravillons d’une arrière cours de province.
 
“Qu’est-ce que j’en ai à foutre de ta boxe ? Ton club de boxe qui pue la sueur accumulée dans les lattes du parquet depuis soixante ans, ton club de boxe à la con, là, je l’éclate en une seconde avec mon fusil. BAM! C’est de la merde boxeur. BAM! Je veux être cow-boy, moi. BAM! Le monde n’en a plus rien à foutre des boxeurs. J’ai deux cartouches dans mon canon et les poches tellement lestées de plomb que j’en perds mon froc.”
 
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“Il avait la tête qui avait doublé de volume. J’ai pas pu m’approcher plus. Je lui ai juste dit : “On s’occupe de ton chien, il va bien”.”
 
“C’est compliqué. Tout est à reconstruire.”
 
“Nous ne pouvons pas le garder plus longtemps.”
 
“Elle ne peut pas le prendre chez elle !”
 
“Il est conscient parfois. Puis il est absent.”
 
“Je crois qu’il comprends.”
 
“Tu te souviens de ce que tu as fait, papa ?”
 
“Pourquoi ?”
 
“Tu as un Kleenex ? Il pleure.”
 
“C’est l’oeil qui a été touché. Parfois, il pleure sans raison.”
 
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Il y eut les soins intensifs pendant près d’un mois. Aussi étonnant que cela puisse sembler, la vie du grand-père ne fut jamais vraiment en danger. Le seul motif d’inquiétude fut l’hématome à l’arrière du crâne causé par la chute à la renverse. Il fut vite résorbé par les premiers secours et la pression intracrânienne se stabilisa. Malgré l’aspect extérieur difforme, les chairs éventrées se ressoudèrent et les greffes prirent. Sous leur duvet de gaze, les cellules s’activaient, se multipliaient, se liaient, tant bien que mal, s’amoncelaient en boursouflures, se gonflaient de tubercules souterrains et se reconstruisaient selon un nouveau plan. Tout ce corps devenu ennemi intérieur se débattait contre son propriétaire qui voulait l’envoyer à la casse. L’adolescent le vit quelques fois. Le grand-père accompagnait de son ronflement de baryton le concert de bip-bips des appareils de monitoring. On ne voyait rien sous la montagne de pansements, rien qu’une tâche brune de la taille d’une pastèque enfoncée dans un nid d’oreillers blancs. Tout a vite désenflé. Il est restée inerte un temps, assommé de sédatifs. On l’a réveillé. Cela n’a pas changé grand chose.
 
“Y en a pas deux dans l’Ouest comme toi. Pas deux pieds tendres aussi cons. T’as cru qu’il te suffisait d’un canasson et de six balles dans le barillet pour être un homme. T’as cru que tu pouvais remuer ton petit cul moulé dans un jeans sur les rives du Pecos et t’en tirer sans repartir avec le dos refait façon porc-épic par une tribu d’Apaches.”


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Il semblait que cette histoire devait se résumer à une succession de parkings gris. La France était une surface vaguement hexagonale couverte de bitume lézardé et de bandes blanches cérusées. L’hôpital psychiatrique se composait de petits bâtiments aux toits plats éparpillés au coeur de quelques kilomètres carrés arborés. Plus qu’un cadre censé apaiser les malades, la forêt semblait devoir enfouir les fous loin des yeux des sains d’esprits. On circulait en voiture d’un bâtiment à l’autre. Le personnel disposait de voiturettes de golf pour faciliter ses déplacements et l’on avait l’impression de circuler dans un Club Med soviétique dont les vacanciers n’auraient pas été prévenus de la ruine. Les crépis pastel dégueulaient de coulures de mousses noires, les fenêtres en aluminium branlaient dans le vent avec un bruit d’éoliennes désarticulées, les lampadaires épuisaient leurs solitudes dans quelques recoins sombres. Chaque bâtiment couvait son lot de fous, classés selon leur type de folie et son intensité. On faisait des assortiments, des bouquets garnis, tentant si possible d’équilibrer les bâtiments, d’accorder les folies et de jongler avec les disponibilités. Le caractère très individuel de chaque folie donnait à l’élaboration du plan d’occupation un air de tambouille d’apprenti chimiste. La mère et la grand-mère étaient déjà venues à plusieurs reprises. Elles redoublaient d’efforts pour conserver leur naturel.
 
“Ah, tu as vu Fogiel ? Son histoire dans le Télé 7 jours ? C’est fou, ils sont pas nets quand même les gens de la télé.

- Attention maman, il y a un monsieur qui se débat au milieu de deux infirmiers sur le trottoir.”
 
Ils roulèrent au pas de longues minutes jusqu’à un bâtiment situé à une extrémité du parc. L’adolescent se demanda si cela signifiait que ses occupants étaient jugés “de confiance” puisqu’on se permettait ainsi de les installer en lisière des bois ou si, au contraire, on avait préféré les dissimuler encore un peu plus en les installant dans une bâtisse qui réussissait le tour de force de paraître abandonnée au milieu de ce champ de béton lézardé.
Il glissa hors de la MercedeZzz comme un camembert sous le soleil d’août. L’air sentait le bois pourri et la chlorpromazine. Aux fenêtres, les barreaux noirs étaient constellés d’écailles rouille. Les vitres opaques, couvertes de films laiteux, donnaient au bâtiment un regard d’aveugle.
Sur la porte, une feuille A4 disait “Sonnez et attendez que le personnel hospitalier vous ouvre” en Time New Roman gras. Ils se plièrent à l’autorité naturelle du Time New Roman gras et patientèrent une dizaine de minutes avant qu’un infirmier leur ouvre. Il faisait de son mieux pour rendre son épaisse carcasse sympathique mais il semblait plus préoccupé par d’autres sujets que l’accueil des visiteurs.
La porte d’un hôpital psychiatrique est comme le miroir de Narnia : lorsque vous la franchissez, il ne faut plus faire appel à vos repères habituels. Le colosse qui les avait accueilli les guida à travers le petit vestibule où une table en pin avait été disposée en guise d’accueil et les abandonna vite dans la salle commune, repartant à grandes enjambées dans un roulement de grommellements indistincts. La salle commune était assez chiche en matière de merveilleux narnien. Une télévision allumée était l’astre autour duquel un univers de planètes isolées s’égaillaient dans des orbites erratiques, comètes folles aux queues baveuses. L’adolescent resta planté au milieu de la pièce, derrière le sofa qui faisait face à la télé. Dans son dos, quelques tables orphelines offraient leurs plateaux en formica à des boites de jeux de société usées. Un Dr. Maboul traînait parmi la pile de boites cartonnées. L’adolescent, la mère et la grand-mère patientèrent sans savoir ou se mettre. Les deux femmes peinaient à conserver leur naturel tandis qu’un homme les fixait sans ciller, posté à un mètre d’elles. L’infirmière en charge du grand-père devait venir les chercher, le colosse l’avait dit, mais il était parti si vite qu’ils ne savaient plus bien s’ils l’avaient imaginé. Le revêtement en linoléum aux motifs marbrés faisait un bruit de succion sous les Asics neuves de l’adolescent. Il tanguait d’un pied à l’autre avec le bruit d’un paysan pataugeant dans un champ humide. Les pensionnaires ne lui en tinrent pas rigueur. Certains parlaient entre eux, la plupart étaient silencieux. Un jeune homme - il avait dû être beau à l’air libre - fixait un point invisible, la bouche palpitant dans l’air comme une carpe hors de l’eau. Une pâte blanchâtre moussait sur le bout de ses lèvres. Ses boucles blondes graisseuses tournaient au vert-de-gris. Il partageait le canapé avec une petite femme obèse qui déversait un tombereau de paroles à quelques centimètres de sa peau laiteuse. L’air valiumisé puait le filet de bave.
Des infirmiers passaient de temps à autre, toujours à grandes enjambées, sans même nous voir, semblant évoluer dans des tunnels transparents hermétiquement clos. Un patient en jogging Adidas s'énervait depuis quelques instants sur un jeu de Puissance 4. Il hurlait sur un adversaire qu’il accusait de tricher. Il pris la grille en plastique et la jeta de toutes ses forces devant lui, éparpillant les jetons rouges et jaunes à travers la pièce. La chaise vide qui lui faisait face resta impassible. Le costaud qui avait accueilli les trois visiteurs se posta à l’angle du couloir et admonesta le mauvais perdant. Un nouveau cri éclata à l’autre bout du couloir et l’infirmier reparti, traînant son air blasé et sa blouse blanche froissée vers une autre folie.
Le contrat social le plus communément admis implique des relations sociales situées à mi-chemin entre une curiosité légitime et un désintérêt poli. Dans ces lieux où le sens commun ne fait plus loi, cette ligne de crête n’existe plus : les fous sont depuis longtemps tombés dans un versant ou l’autre du mont social, n’envisageant plus la relation à l’autre que par une attention dévorante ou une négation forcenée.
Une femme s’approcha de l’adolescent en quelques glissements de claquettes Birkenstock. Elle devait avoir moins de trente ans mais la folie l’avait chiffonnée et son visage rond ressemblait à une pomme au four. Sous la lumière des néons, sa face encadrée de murs roses pastel était gris cendre. Ses cheveux courts étaient en bataille et, visiblement, ils avaient perdu. L’adolescent tenta de s’adapter aux codes du lieu et continua à parler sans se préoccuper de la femme qui s’approchait dangereusement de son visage. Elle se posta ainsi à une vingtaine de centimètres de lui, lui jetant des regards enjôleurs de ses yeux tracés au compas.
 
“T’es mignon toi.’”
 
La mère et la grand-mère rirent de la situation. L’adolescent cru même reconnaître les regards attendris qu’afficher les mamans en voyant leurs enfants de trois ans se donner quelques baisers sur la joue.
 
“T’es très mignon.”
 
Il esquissa une grimace “merci-casse-toi”, mais elle reconnu un sourire “merci-t’es-pas-mal-non-plus-reste-ici-ça-me-plait”. Une infirmière vint les chercher et la prétendante resta interdite, bras ballants en le regardant s’éloigner dans le flotch-flotch faiblissant des Asics neuves.
 
“Les indiens ! T’avais pas compté sur une tribu de putains d’indiens. Tu rêvais de grands espaces, de poussière collée au visage et d’échine de cheval qui tremble entre tes cuisses. T’avais pas pensé aux indiens ! T’es en territoire comanche. C’est la conquête de l’Ouest. La conquête ça veut pas juste dire venir et dire que c’est chez toi. Conquérir ça veut dire prendre aux autres.”
 
La chambre ressemblait à une cellule monacale, autant dans son esthétique que par le silence qui y régnait. Dans un coin, une pile de pyjamas pliés était posée sur une table. La grand-mère fila en direction d’un épais sac en tissu posé au pied de la table. Elle farfouilla un instant sans rien dire.
 
“Ils ont encore perdu des vêtements. Je lui avais acheté des pantalons à Intermarché. Les neufs ne sont plus là.”
 
Elle râlait, ponctuant d’onomatopées gutturales chacune de ses phrases.
 
“C’était les plus chers.
 
- Maman, ce n’est pas grave.
 
- Ils font pas attention.
 
- Ils ne les ont peut-être pas encore lavés.
 
- J’achète, j’achète et à chaque fois ça disparaît.
 
- On n’est pas là pour ça.
 
- Je vais en parler à l’infirmier. A chaque fois il est désagréable avec moi.
 
- Ce n’est pas son métier, la blanchisserie.
 
- J’avais écrit son nom sur les étiquettes. Il m’a dit que des fois on perdait les vêtements. C’est pas possible de les perdre, j’avais mis le nom dessus.”
 
La mère préféra se détourner de la grand-mère qui s’était mise à fouiller dans les placards.
 
“Bonjour papa, comment tu vas aujourd’hui ?”
 
La carcasse qui flottait dans des draps froissés faisait penser à un rescapé d’une famine que l’on aurait enveloppé dans des pyjamas du rayon grande taille d’un Wal-Mart. Il ne montra aucune réaction et continua à fixer les nuages blancs striés de grillage qu’il pouvait apercevoir à travers la petite fenêtre sans poignée.
 
“Tu as vu qui est là ?”
 
S’il avait vu, il n’en montra rien.
 
“Bonjour”, dit l’adolescent en esquissant un début de geste de la main. Il rangea vite cette main dans sa poche.
 
La mère apportait des nouvelles du monde extérieur. Elle disait que le père allait venir pour tailler les haies à la maison. Elle disait que le chien allait bien, même s’il semblait s’ennuyer un peu. Elle espérait qu’ils pourraient peut-être aller chasser quand il reviendrait à la maison. Même avant l’accident, il n’avait plus chassé depuis près de sept ans.
 
Personne ne parlait de suicide. Tout le monde disait “l’accident”. La mère disait : “Quand papa a eu son accident”, la grand-mère disait : “Quand ton père a eu son accident”.
L’adolescent avait la haine. Il lui en voulait de s’être raté. Il trouvait ça irresponsable. Ça le bouffait de l’intérieur cette haine. Le grand-père était quelqu’un de très fier. Il redoutait la dégradation physique.
Le grand-père avait un atelier, une bicoque en bois dans laquelle il continuait de démonter des moteurs, de huiler des rouages ou de remplir d’écrous des bidons sciés en deux. Dans cet atelier, la mère avait trouvé une petite balance mécanique recouverte de poussière et de graisse noirâtre. À coté, sur la porte en bois de l’atelier, des séries de chiffres qui variaient parfois de quelques unités avaient été griffonnées à l’aide d’un gros crayon à papier. On pouvait affirmer sans se tromper qu’il s’agissait de poids. Beaucoup des amis du grand-père étaient morts du cancer. Il n’allait plus les voir quand ils tombaient malade. À l’annonce du cancer, il ne voulait plus les voir, disant qu’ils étaient devenus cons et qu’ils ne parlaient plus que de leur maladie.
Ils découvrirent plus tard que le grand-père avait, la semaine précédent le coup de fusil, déposé un chèque aux pompes funèbres. Ce chèque était censé régler les frais de sa crémation. Il pensait avoir tout organisé pour échapper à la dégradation physique et à l’humiliation qu’elle impliquait. Il s’était précipité de lui-même dans un asile de fou où il passait ses journées à souiller ses couches.
L’adolescent était bouffé par la rage. Il ne reconnaissait pas son grand-père dans cette bouillie de chairs sénescentes, brûlées et déchirées, rassemblées dans une boursouflure de cicatrices blanches et rosées. Il refusait de le reconnaître. Son visage était pourtant reconnaissable ; c’est ce qui le rendait aussi insoutenable à regarder. Le plomb en avait détruit un large tiers mais cette gueule cassée s’établissait d’un coté d’une frontière de peaux brunes ourlées au-delà de laquelle s’épanouissait un visage humain. Un visage de grand-père. Mais il restait cette face détruite, arrachée par la mitraille et creusée des jours durant par la poudre qui avait rongé les chairs en profondeur.
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     
Les visites à l’hôpital psychiatriques s’enchaînaient et elles finirent par se fondre dans le quotidien. La normalité n’est qu’une forme de folie plus répandue que les autres. Les visites se déroulaient toujours selon le même rituel : d’abord le grand-père refusait de parler, s’isolant dans un univers d’où sa propre honte ne pouvait l’atteindre. Puis, à force de paroles et de cajoleries, il reprenait un instant pied dans le monde réel. Il pouvait alors presque sembler heureux puis, l’instant d’après, entrer dans une colère noire sans raison apparente, agitant sa mâchoire d’où seuls sortaient des souffles qu’aucune langue ne venait modeler. Comme s’il oubliait un temps ce qu’il était devenu et qu’à l’instant où il s’en souvenait, il en voulait aux autres de le voir ainsi. Personne ne le comprenait comme l’adolescent. Le grand-père avait lui aussi la rage. La rage de s’être raté, la rage qu’on le voit ainsi. Il ne voulait pas qu’on vienne le voir. S’il ne pouvait être réellement mort, il souhaitait l’être à leurs yeux.
 
______


“Vous croyez qu’il se souvient de ce qu’il a fait ? Quand on lui demande, il refuse de répondre. Il détourne le regard et ne nous écoute plus.”
 
L’infirmière tordit ses lèvres dans tous les sens comme pour annoncer qu’elle allait dire “c’est compliqué à dire”.
 
“C’est compliqué à dire. Tant qu’il n’y a pas eu de reconstruction - si reconstruction il y a un jour - le dialogue avec le thérapeute tourne vite au monologue. La première barrière est physique : avec une nouvelle anatomie, il est comme un enfant qui doit découvrir les capacités de ses nouvelles lèvres, de sa nouvelle langue, de son nouveau palais. Sauf que, contrairement à un enfant, rien n’est plus vraiment fonctionnel ou ni complet. Et s’il n’y avait qu’une barrière physique… Le psychiatre a beaucoup de mal à travailler avec lui, il refuse tout contact extérieur. Ce type de choc est forcément traumatique. Peut-être ne s’en souvient-il pas. Peut-être ne se souvient-il de rien. Il a de toute façon des absences, c’est une certitude. La pression intracrânienne suite à sa chute en arrière a comprimé le cervelet et le lobe occipital. Même s’ils sont difficiles à estimer, cette pression a forcément fait des dégâts.
Mais peut-être refuse-t-il sciemment d’aborder la question. Il faut que vous vous prépariez à ne jamais savoir. Et peut-être connaissez vous déjà les raisons, sans que cette explication ne vous convienne. Il est parfois inutile de chercher plus loin. Les hommes retraités se suicident par peur de l’ennui, du déclassement social, de la dégradation physique... Je ne prétends pas vous donner là une explication. Mais d’expérience, les peurs sont les choses les plus partagées entre les Hommes.”

 
Le grand-père avait toujours beaucoup travaillé. Il avait mené son affaire de ferrailleur comme peu dans la région. La masse de travail qu’il avait fournie au long de sa vie ne pouvait se mesurer en heures ou en années de cotisation : c’était une vie de travail, point. Il ne l’avait pas fait pour la fortune, il l’avait fait parce qu’il aimait le faire, qu’il ne savait ni ne voulait faire autre chose et qu’il le faisait bien. La retraite arriva plus violemment qu’un coup de fusil dans la mâchoire. Ses amis furent un à un rangés dans la catégorie des “cons”. Son chien s'empâta. Ils n’allaient plus à la chasse. Parfois, au début, ils y allèrent encore un peu, sans fusil, mais les autres chasseurs étaient devenus trop “cons”. Il n’alla plus au bistrot, il n’y avait vraiment que des “cons”.
L’adolescent se demanda un temps s’ils n’avaient pas tous échoué lamentablement. S’il ne s’étaient pas tous plantés en pensant que “c’était comme ça”, “ça passerait”, “il fallait s’y faire”. Tous plantés en ne sachant pas reconnaître une dépression larvée qui s’étalait sur des années. Il se posa longtemps la question. Puis, il ne se la posa plus. À quoi bon questionner les évidences.
 
Des mois s’écoulèrent, rythmés par les visites hebdomadaires dans la chambre monacale. Bientôt, la situation ne put plus durer. L’encadrement psychiatrique ne pouvait plus assurer une mission qui relevait de la prise en charge de la dépendance plus que de la mise à l’isolement pour raisons psychiatriques. Le vieux fondait sur son matelas en mousse. Un jour où ils allèrent le voir, il était attablé seul dans le réfectoire. Les autres avaient déjà déjeuné et erraient dans la salle commune. Lui refusait de partager son repas avec eux, les soignants n’avait trouvé d’autre solution que de décaler ses déjeuners et ses dîners pour réussir à le faire sortir de sa chambre quelques minutes. L’adolescent savait pourquoi : le grand-père trouvait insultant qu’on le mette au milieu des fous. Il trouvait insultant de les voir baver leur purée sous ses yeux. Et plus que tout : il trouvait insultant de se rendre compte que lui-même bavait sa purée.
 

“T’es un fils de putain de pied-tendre. Qui était un fils de putain de pied tendre. Et qui était lui-même un fils de putain de pied tendre. Et ainsi de suite sur la grande chaîne des putains de pieds-tendres jusqu’aux putains de pieds-tendres des cavernes. Les chiens font pas des chats et tant va la cruche. T’échappe jamais à ce que tu es. Même si tu mens, le mensonge viendra toujours te chercher par les couilles au milieu de la nuit.”
 

La dépression est héréditaire. L’adolescent le savait, il l’avait lu dans un numéro de Télé 7 Jours. Il avait depuis longtemps bien cerné sa propre indolence, sa tendance à la mélancolie et son goût du romantisme désespéré. Lorsque sa petite amie de l’époque avait dû partir vivre à quelques heures de vols de lui, il s’était noyé dans un désespoir qui lui semblait magnifique. Il avait été le propre spectateur de sa descente dans des abysses de pourpres sombres. Il savourait sa propension au malheur. C’était comme une oeuvre sombre, un dédale de satins dans lequel il se perdait de son propre gré. Il flottait dans les eaux tièdes de la mélancolie, l’entre-deux d’un spleen jamais vraiment désespéré. Alors qu’il découvrait qu’une certaine langueur pouvait tuer d’une balle dans la tête, il trouvait de moins en moins charmante sa tendance à la mélancolie.
Ses récepteurs dopaminergiques avaient hérité de la même sensibilité que son grand-père et, selon sa propre déduction empirique, ces mêmes capteurs le mèneraient au même résultat. Il se mit à guetter frénétiquement chaque variation de son humeur. Face aux événements de la vie, il prenait “du recul”, il devenait “pragmatique”, il pesait “le pour et le contre”. Si bien qu’il se dirigea doucement vers une certaine forme d’anhédonie - une absence d’émotion - qui était un signe avant coureur de dépression bien plus certain que sa tendance à la mélancolie.

L’adolescent dessina beaucoup cette année.

Le père brassa beaucoup de papiers, des forêts entières, des papiers qui s’accumulaient et fournissaient toujours le même résultat : une mise en maison de soins serait ruineuse.

La grand-mère vieillit ; en un coup de fusil, son état civil l’avait rattrapée.

La mère géra une intendance dantesque, multipliant les allers-retours sans offrir de temps à sa peine.
 
L’été arrivant, l’adolescent s’envola pour le soleil, rejoindre sa petite amie. Il devait trouver quelques jobs d’été sur place. Il se contenta d’errer joyeusement pendant trois mois dans les rues fraîches et à l’ombre de parcs touffus. Pour la première fois depuis des mois, il retrouvait son amie. Ils allaient vivre une vraie vie de vrai couple, tous les deux dans leur appartement, sans parents inquisiteurs, sans grands-parents flingués. Leur relation n’eut aucun intérêt. Ils ne se comprenaient pas. Ils étaient, dans leurs structures propres, si différents qu’ils ne pourraient jamais se comprendre. Quand elle lui parlait, il se sentait comme un pain au chocolat qu’on tartinerait de mayonnaise : une absurdité lourde et pesante. Elle était énervée par son attitude. Il était attristé par son énervement. Elle rêvait d’un homme fort, d’un homme viril avec une gourmette en argent, de l’assurance et du gel dans les cheveux. Elle avait un post adolescent souffreteux qui pleurait son grand-père, une asperge molle aux cheveux mi-longs qui ondulait dans les vents brûlants zigzaguant entre les immeubles de la ville. Elle voulait sortir en boite de nuit, boire des whisky-coca, avoir la tête qui tourne et toucher ses pectoraux gonflés de sang sous un t-shirt RG512. Il ne voyait pas pourquoi perdre une seconde de sa présence en allant se diluer dans une foule sentant le déodorant Axe Musc. Elle voulait qu’il lui dise “Allons manger des gambas sur le port et après on ira écouter Usher sur la plage” et il répétait “On va lire dans un parc ? Ou sinon on reste tous les deux au lit ?” Il se disait “J’ai tellement envie d’elle” et elle disait “Tu ne préfères pas sortir ?” ou “Il fait trop chaud” ou “J’ai l’impression d’être un bout de viande” ou “Tu devrais aller déposer des CV”. Il tentait de la pénétrer et elle grimaçait de douleur. Il finissait par jouir vite. Une fois, il a essayé de maîtriser son orgasme, elle a dit “On ne va pas y passer la journée”. Il appelait souvent ses parents. Ils ne donnaient pas de nouvelle du grand-père, il n’en demandait pas. Tous les matins vers neuf heures, il allait courir à toute vitesse dans les rues par plus de quarante degrés. Il achetait des DVD piratés sur le marché et rentrait se coucher tout poisseux.
 

“Tu ne veux jamais rien faire. Je perds mon temps. Je devrais profiter avec des amis, on ne fait rien. C’est pour toi que je le dis.”
 
Les halos orange des lampadaires filtraient à travers les rideaux en dentelle. Les ressorts du lit grincèrent lorsqu’il se retourna pour fixer la fenêtre. Elle resta immobile, appuyée contre l’encadrement de la porte. Dans la pénombre, son visage était un trou.
 
“Je veux juste qu’on soit ensemble.
 
- Mais on ne peut pas rester enfermés comme ça.
 
- Alors laisse-moi. Va t’amuser.
 
- J’ai aussi envie d’être avec toi.
 
- Nous sommes face à un paradoxe insoluble.
 
- Arrête de parler comme ça.
 
- Comment ?”
 
- En étant froid et distant. Et méprisant. Tu méprises tout le monde. Tu penses que tu es plus intelligent. C’est pour ça que tu refuses de sortir avec mes amis. Tu passes ton temps à te foutre de leurs gueules.”
 
Rien ne bougeait dans la chambre repeinte couleur tigre par les lumières de la ville.
 
“Tu te fous même de la mienne dès que tu peux. On n’est tous que des cons à tes yeux. Eh bien peut-être que je suis conne, alors j’aime être avec des cons. Si on n’est pas assez bien pour toi, je vais retourner avec des cons.
 
- Ils sont vraiment cons. Je ne peux pas être blâmé pour leur connerie.
 
- Tu vois ?
 
- La réussite d’une soirée se mesure au nombre de comas éthyliques pour eux.
 
- Je m’amuse avec eux. J’ai besoin de m’amuser.
 
- Je m’amuse avec toi.”
 
Elle restait immobile, bras croisés, dans l’embrasure de la porte. La lumière du couloir dans son dos dessinait sa silhouette d’un trait jaune anis.
 
“Mais on ne peut pas être que tous les deux.”
 
Il se mit à se crisper et se rouler doucement en position foetale.
 
“Alors laisse moi putain.
 
- On ne peut même pas parler.”
 
Il se crispa un peu plus, se tendant comme un nerf.
 
“Va t’amuser putain.
 
- Tu es fou.”
 
Elle avait lâché ça en prenant la fuite. Elle trottinait déjà dans le couloir sur la pointe des pieds en espérant que sa fuite serait un peu plus digne dans le silence. Le coup était assez difficile à encaisser, tellement que l’adolescent dû se recroqueviller comme s’il venait de prendre un uppercut à l’estomac. Pataugeant dans les marais de son anhédonie, visage enclenché sur la position “vie sociale neutre sans aspérités émotionnelles” -tout du moins ce qu’il imaginait, mais se révélait être en réalité une moue neurasthénique qui, associé à son teint d’ivoire, faisait fuir ses congénères redoutant une transmission par voie aérienne de la dépression -, il n’avait jamais évoqué le sujet du grand-père avec sa petite amie. Il lui avait fait un résumé factuel exhaustif mais n’était pas rentré dans plus de détails d’ordre émotionnel, ce qui semblait leur convenir à tous les deux. Mais elle devait savoir. Il lui semblait impossible qu’elle ne sache pas. Elle n’avait pas dit ça sans raison. Ce serait comme imaginer un tireur d’élite à Sarajevo, Sniper Alley, calé derrière sa lunette, et qui dégommerait à trois cents mètres un enfant blessé. Pleine tête. Est-ce que les parents du gosse se diraient : “On ne peut pas lui en vouloir, il n’est pas impossible que le tireur n’ait pas fait exprès. Nous ne pouvons pas affirmer formellement qu’il a souhaité tirer en pleine tête.”
 
La fin du séjour se déroula calmement, entre footings matinaux, DVD piratés et glaces Magnum achetées au coin de la rue. À peine rentrée, elle repartit pour Londres. Six mois plus tard, le grand-père était incinéré. Un mois plus tard, elle le quittait.
Étrangement, l’anhédonie lui lâcha la grappe. Il revint dans son village avec le sentiment d’avoir passé de bonnes vacances, à peine gâchée par la présence d’une petite amie qui ressemblait plus à une voisine de camping envahissante. Il se remit à guetter les jupes qui virevoltaient dans les derniers souffles de l’été.
 
« Modifié: 25 Avril 2016 à 10:18:15 par FAT »

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Re : Clic-clic Boum, par Frans-Alexandre Torreele
« Réponse #1 le: 22 Avril 2016 à 10:54:21 »
Le grand-père rentra chez lui. Son ombre flottait entre les murs que son corps avait autrefois habités. On pense que la vie s’incarne dans un corps mobile, s’estime au rythme de pulsations cardiaques et d’activités électriques du cortex. Si tel est réellement le cas, alors l’adolescent pourra raconter à ses propres petits enfants qu’il a vu un mort vivant. Il n’y avait aucune amélioration à espérer dans quelque domaine que ce soit, et tout le monde l’avait accepté. Le monde tournerait ainsi, avec un rouage aux dents cassées, le temps qu’il faudra. Le grand-père s’allongeait et dormait, ou non. Il s’asseyait dans le fauteuil du salon et regardait, ou non, une télé allumée en permanence. L’automne semblait plus sombre que jamais. Pourtant, l’on n’allumait jamais les lumières avant l’heure la plus sombre du crépuscule.
Les pyjamas semblaient grandir chaque jour un peu plus. Il mangeait péniblement. La grand-mère usait sa santé à soigner un mari qui avait échouer à mourir. Parfois, il se levait de son fauteuil et restait ainsi, debout, au milieu du salon. Il aimait voir l’adolescent, mais il n’aimait pas que l’adolescent le voit. Il ne reprit pas de poids. Malgré la dégradation physique douloureusement visible, il conservait la force d’un septuagénaire en bonne forme. Le médecin le disait, il le trouvait “en forme”.
On engagea une aide à domicile pour soulager la grand-mère. Elle était censée s’occuper des les tâches classiques de la dépendance, celle-ci tournant souvent autour de l’hygiène intime. C’était là l’aspect le plus dégradant de l’état dans lequel était plongé le grand-père. Il supportait son visage façon boite de Lego éparpillée, il faisait avec ses cuisses épaisse comme des pilons de poulet, il s’accommodait de la tendance qu’avait son cerveau à éteindre la lumière sans prévenir. Mais jamais il ne put supporter l’humiliation que lui infligeait une femme en le nettoyant. L’une d’elle démissionna après qu’il l’eut jetée manu militari hors de la salle de bain. L’autre ne goûta que très modérément la cocasserie de la situation lorsqu’il lâcha le chien sur elle.
De cette période crépusculaire, l’adolescent gardera ces anecdotes comme les dernières survivances de l’âme de son grand-père. Ce grand type bourru, charmeur, parfois détestable pour ses qualités, souvent adorable pour ses défauts. On ne peut pas en vouloir aux gens qui vous ont si bien aimé de ne pas bien réussir à se faire haïr.
 
____
 
Lorsque j’appris la mort de Guy, j’étais en salle de pause à l'École de Commerce. Mon téléphone vibra. Mon père me dit juste :
 
“Bon. Ton grand-père est décédé.”
 
Étrangement, je pensai immédiatement à mon autre grand-père, celui qui était en pleine forme et l’est toujours aujourd’hui malgré ses quatre-vingts treize ans. La vieille carcasse démantibulée de celui qui s’était tiré une balle dans la tête me semblait trop inébranlable. Si l’on survivait à un coup de fusil, comment pouvait-on juste “mourir” ?
Je raccrochai. Je pleurai un peu, en silence. Un ami vint me voir et me demanda si j’allais bien.
 
“Oui, oui, c’est rien, mon grand-père est mort.”
 
“Comment ? Mais ce n’est pas rien !”
 
“Non, bien sûr, je suis juste, je ne sais pas... soulagé ? Il avait eu un accident. Je crois que c’est mieux ainsi. Tu aurais un euro sur toi ?”
 
La pièce dégringola dans le distributeur. Je bu une canette de Cherry Coke et le sucre stimula mon euphorie. Les pièces disloquées de l’univers se remirent en place. Le carrelage jaunâtre, l’odeur de lavande du produit d’entretien, le grésillement d’un néon à la peine. Rien n’avait jamais semblé aussi parfaitement à sa place.
 
Sur les routes infinies où il débutait son voyage au volant d’une MercedeZzz des limbes, Guy dut ressentir lui aussi cette plénitude. La semelle crêpe de sa Clarks dut enfoncer doucement la pédale d’accélérateur et son épaisse chevelure poivre et sel a dû voler dans le vent frais. Il a dû sourire et son visage bien charnu s’est soulevé en une multitude de vaguelettes. Ses tout petits yeux se sont plissés. C’était il y a dix ans. Il doit encore rouler. Il n’est pas prêt d’arriver.
 
“J’ai un raccourci”, qu’il dit.
 

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Re : Clic-clic Boum, par Frans-Alexandre Torreele
« Réponse #2 le: 23 Avril 2016 à 20:18:19 »
Grande fan de Doc Gynéco, je me suis mise à lire ton récit.

À part le "scenarii" (italien) que je changerai en "scénarii" (français) et le "quatre-vingts treize" en "quatre-vingt-treize", je trouve ton texte vraiment excellent. C'était assez long, mais ça en valait la peine, il y a vraiment du talent et je suis certaine de ne pas être la seule à le penser. Vraiment du bon travail !

PS : Les multiples "BAM" sont-ils une référence au film Seul contre tous de Gaspard Noé ?
« Modifié: 23 Avril 2016 à 20:33:49 par Aïsha »

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Re : Clic-clic Boum, par Frans-Alexandre Torreele
« Réponse #3 le: 25 Avril 2016 à 09:50:11 »
Bonjour Aïsha !

Merci beaucoup d'avoir pris le temps de lire ! Et je te remercie également de m'avoir rapporté ces coquilles.

J'ai une petite question en particulier : as-tu été à un moment gênée par la narration, entre les allers-retours dans le temps et les passages "western/boxe" ?
C'était un petit exercice que je me suis imposé, de tenter de rester cohérent en faisant ces mélanges  :)

Pas de référence à Gaspard Noé, ou alors elle est inconsciente (et c'est finalement bien probable).


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Re : Clic-clic Boum, par Frans-Alexandre Torreele
« Réponse #4 le: 25 Avril 2016 à 15:14:05 »
Comme certains films, les flashbacks me sont difficiles à suivre, mais je pense avoir fait au mieux. Les autres sont certainement plus doués que moi pour ce type de narration, moi je suis une partisante des trames linéaires, mais ce n'est pas pour autant que je vais détester ceux qui ne suivent pas ce cheminement.

Un exemple, le livre Shutter Island, que j'ai adoré, n'est pas linéaire. Il passe du présent au passé constamment, les flashbacks sont récurrents.

Les passages de boxe m'ont fait sourire, pas de gêne du tout. :)

 


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