Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

24 Juin 2026 à 01:16:16
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le cinéma de Mr Zed [Contenu Explicite]

Auteur Sujet: Le cinéma de Mr Zed [Contenu Explicite]  (Lu 928 fois)

Hors ligne Mr Zed

  • Tabellion
  • Messages: 25
Le cinéma de Mr Zed [Contenu Explicite]
« le: 29 Mars 2016 à 13:03:54 »
"Avertissement au lecteur: le texte qui suit porte la mention “contenu explicite” car certaine partie de ses écrits sont de nature à choquer la sensibilité des plus jeunes."

L'idée de ce topic est simple : j'aime bien écrire des scènes sans suite, des personnages et un lieu me viennent en tête et voilà, ça donne un petit texte sans prétention. Je proposerai donc ici une suite de ces scènes, sans forcément de logique. Je suis néanmoins preneur de tout type de conseils, sur la forme et le fond, ces textes se veulent avant tout un exercice pour mieux écrire.J'actualiserai au fur et à mesure un petit sommaire, vous pouvez réagir à n'importe quel texte bien sûr ! J'ai mis l'avertissement [contenu explicite] pour l'ensemble du topic car certaines scènes le mériteront.

Citer
SOMMAIRE
Texte 1 : Dans le hall du grand hôtel
Texte 2 : Hold-up
« Modifié: 31 Mars 2016 à 16:07:30 par Mr Zed »
[img width= height=]http://nanowrimo.org/widget/graph/mr-zed,pc,days.png[/img]

Hors ligne Mr Zed

  • Tabellion
  • Messages: 25
Re : Le cinéma de Mr Zed [Contenu Explicite]
« Réponse #1 le: 30 Mars 2016 à 10:43:25 »
TEXTE 1
Dans le Hall du grand hôtel

Livio est assis au fond du hall. Comme toujours, entre deux rendez-vous, il faut tuer le temps. C'est un homme occupé et demandé, toujours à gérer son agenda. Mais dans ces moments de désœuvrement si rares, que faire sinon regarder les gens, contempler la vie ? Il ne se lassait pas de ces pauses, à épier ses semblables. Un hall d'hôtel, c'est parfait pour ça. Beaucoup de passage, des clients affairés qui ne remarquent pas le grand brun qui les dévisage au fond de la pièce, son expresso à la main. Mille histoires qui se télescopent devant lui.

Ce qu'il scrute lors de ces instants, avant tout, c'est la femme avec un "certain je ne sais quoi". Prenez cette blonde au guichet, là tout de suite, une française de ce qu'il entend, une parisienne pour sûr. Elle est belle mais elle ne le sait pas, voilà qui est parfait. Elle consulte ses mails sur son portable pendant qu'on va lui chercher ses clés. Livio l'ausculte et fait tomber ses sentences. Elle n'est pas bien habillée, elle n'est pas en valeur. Sa coupe de cheveux a été réorganisée à la va-vite, surement dans le taxi qui l'a déposée. La parisienne est là pour le travail, doit surement avoir à justifier sa place dans l'entreprise qui l'emploie, paraître professionnelle et compétente. Son tailleur gris mal ajusté, c'est son camouflage de travailleuse dans le grand commerce international. Et pourtant ce regard profond qu'elle pose sur lui en se retournant pour monter vers sa chambre... Avec elle, Livio pourrait s'imaginer partir dans la nuit qui vient, vers l'amour. Peut être le reste de sa vie, qui sait ?

- Livio, mon cher, nous montons ?
Son rendez-vous est arrivé : une parfaite dame de la bonne société milanaise, impeccable et distinguée. Raffinée et cultivée, une habituée. Le travail l'appelle et l'arrache à ses rêves. L'ascenceur se referme sur le hall pendant qu'elle pose une main discrète sur son dos.
« Modifié: 30 Mars 2016 à 11:11:15 par Mr Zed »
[img width= height=]http://nanowrimo.org/widget/graph/mr-zed,pc,days.png[/img]

Hors ligne Fried

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 017
Re : Le cinéma de Mr Zed [Contenu Explicite]
« Réponse #2 le: 30 Mars 2016 à 12:38:22 »
J'ai bien aimé ce texte que je trouve bien écris et captivant.
Pour le fond, un homme d'affaires ou gigolo italien envisage et dévisage une belle mal habillée. OK pour une suite et encore bravo.

Hors ligne Mr Zed

  • Tabellion
  • Messages: 25
Re : Le cinéma de Mr Zed [Contenu Explicite]
« Réponse #3 le: 31 Mars 2016 à 16:06:27 »
TEXTE 2
Hold-up

Jeff écrasa sa clope du talon sur le trottoir en refermant la portière de la vieille Buick. La sono crachait encore Hello, I love you des Doors. Ironique car Jeff lui, il ne les aimait pas les Doors et tous ces groupes à la con. Il rajusta l’intérieur de sa veste et vérifia que son magnum était bien attaché. Il était l’heure. Il vit Francis débarquer à l’angle de la rue, muni du canon scié. Cet imbécile s’était déguisé en hippie, avec un long jean et une chemise à fleur hideuse. Tout ce que Jeff n’aimait pas : les fleurs et les hippies. Flower power de mes couilles, ouais… Un ramassis de bons à rien qui ne connaissaient rien à la valeur d’un sacrifice. Arrivé devant l’entrée comme prévu, Burt était dans la file. Jeff ne put s’empêcher de lever les yeux au ciel : il portait une perruque blonde et s’était mis en costard. Quelle habitude avaient-ils de toujours se déguiser ? Lui il faisait tout « en civil » : chemises à carreaux, jean et santiags, il n’enlevait ses lunettes de soleil qu’au dernier moment pour enfiler un collant sur la tête. Il entendit à travers la porte vitrée :
-   Que personne ne bouge, ceci est un hold-up !
Ca y est, Burt les avait vus arriver. Francis commença à s’occuper des clients, les faisant s’agenouiller à droite de l’entrée. Burt tenait en joue l’employé du guichet. Et qui arrivait comme une fleur, le magnum pointé sur la tête du gentil directeur en train de siroter un café dans son bureau ?
-   Salut connard, tu sais qu’un hold-up qui dure plus de cinq minutes a une chance sur deux de foirer ? Et deux chances sur trois de finir en bain de sang à partir de sept ? Alors grouille-toi de m’amener à la salle des coffres et de tout me vider.
Le directeur n’essaya même pas de parlementer ou de résister. Un dur, qui devait déjà en avoir vécu des braquages. Jeff traversa derrière lui la salle d’accueil. Les cris y avaient été remplacés par les lamentations ou les pleurs. Depuis le Vietnam, ni les uns ni les autres ne lui avaient fait ressentir quoi que soit , quelques soient les circonstances où il les entendait.
Au bout de trois minutes, Jeff portait deux gros sacs remplis de billets et de bijoux. Au bas mot 50 000 dollars une fois tout écoulé : une bonne journée. Il recula calmement de la salle des coffres en y enfermant le directeur. Il siffla pour signifier à Francis et Burt que l’heure de se casser était arrivée. Et c’est là qu’il le vit.
A quoi tient une vie ? Une âme ? Si longtemps, Jeff avait tout refoulé. Revenu de la jungle où il avait vu tellement de morts, de souffrance, il ne s’était jamais retourné sur son passé. Il y avait un job à faire, il l’avait fait. Quand il rencontrait les autres vétérans, il ne ressentait rien. Quand il voyait les hippies débarquer et brailler contre la guerre dans leurs manifs, il ne ressentait rien. Quand on lui avait refilé cette breloque de médaille pour acte de bravoure, toujours rien. Depuis le premier jour là-bas, son humanité avait été tuée. Le Jeff rigolard d’avant la guerre ? Parti en même temps que lui au front. Depuis qu’il était revenu, il n’en avait plus rien à foutre. Il braquait pour le blé, même pas pour l’adrénaline. Ça il en avait eu assez du côté de Saïgon. Mais il était là le responsable, celui qui avait tué le Jeff d'avant la guerre. A se chier dessus en tenant sa gosse.
-   Lieutenant Philips ? C’est vous ?
Le gars le regardait avec des yeux ahuris, adossé au bas du guichet, pendant que Jeff enlevait son collant.
-   Lieutenant Philips, putain oui c’est vous. C’est Jeff Albert, vous me remettez ? 68 : l’offensive du Têt. Putain, c’était énorme…
-   Qu’est-ce tu fous Jeff bordel, ça va pas de montrer ton visage ? Ma montre indique 4 minutes ! râla Francis.
Jeff reprit comme s’il ne l’avait pas entendu :
-   Hé ouais Philips, ça a l’air d’aller pour toi. Jolie ta gosse, elle a quel âge ?
-   J’ai 5 ans m’sieur, dit la gamine, moins intimidée que le père.
-   Et tu t’appelles comment ?
-   Je m’appelle Catlyn.
-   C’est un joli prénom ça. Et ton papa t’a raconté ce qu’il faisait à la guerre aux gamines de ton âge ?
Là Philips sortit de son état léthargique: il avait compris tout de suite. Il cessa de caresser mécaniquement les cheveux de sa fille comme il le faisait depuis que Jeff lui avait adressé la parole.
- Jeff, soyez raisonnable. Ce qui s’est passé au Vietnam reste au Vietnam. Je n’ai fait que mon devoir là bas. Partez tout de suite, vous avez encore une chance de vous en tirer.
- Putain Jeff, cinq minutes, nous on se casse si tu te grouilles pas ! hurla Francis.
-   Oh oui Philips, reprit un Jeff sourd aux remarques de son acolyte, tout doit rester là-bas. T’en as fait des choses là-bas justement, hein ? Comme la petite Viet, le jour où je suis arrivé, qu’avait l’âge de ta gosse.
- C’est pas ça Jeff, t’y es pas… Je veux dire, j’avais des ordres.
- Ah ouais des ordres ? Du genre buter toutes les fillettes du camp de réfugiés ? Pour mettre au parfum tous les nouveaux de comment ça va se passer, c’est ça ?
- C’est pas ça, heu non… Philips commençait à paniquer. Les parents de la gamine avaient envoyé des messages codés aux soldats Viets, on devait faire un exemple.
Jeff, sans s’en rendre compte, braquait l’arme sur eux. L’ambiance était encore plus tendue dans le hall d’accueil. Six minutes, Francis et Burt étaient partis. Jeff ne l’avait même pas remarqué.
- Un exemple, ah ouais, et si j’en faisais un moi d’exemple, parce qu’un méchant papa a fait de vilaines choses, tu trouverais ça normal ? Tous les gosses putain, tous les gens qu’on a butés là-bas, c’était juste ? Jeff hurlait, il pleurait.
Bordel, ça faisait combien d’années qu’il n’avait pas pleuré ?
Et l’arme se déplaça lentement dans l’axe de la fillette. Sept minutes. Le silence régnait. Philips était simplement pétrifié de peur. La gamine regardait Jeff avec des yeux ronds. Jeff sentait son index sur la gâchette trembler.
Soudain, la détonation retentit. La vitre derrière Jeff explosa. Le vétéran s’écroula, touché en pleine tête. La tension était telle que personne ne cria ni ne réagit vraiment avant quelques secondes, le temps de comprendre qui était mort, qui avait tiré… Se dressait dans la rue le capitaine de police Graham Henry, dont ce fut le seul tir mortel enregistré en vingt deux ans de carrière. Un héros à dix jours de la retraite : l’histoire fit la une locale pendant plusieurs jours, avec force témoignages de rescapés, qui louaient son courage incroyable. Personne ne parla du dialogue entre Philips et Jeff : un forcené de plus au pays des armes à feu. En cet été 73, la vie continuait.
« Modifié: 31 Mars 2016 à 16:14:38 par Mr Zed »
[img width= height=]http://nanowrimo.org/widget/graph/mr-zed,pc,days.png[/img]

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.576 secondes avec 23 requêtes.