A vingt ans, nos soirées deviennent vides.
Ne nous a-t-on pas rabâché dès notre adolescence qu’à vingt ans nous vivrions les meilleurs moments de notre vie ? Qu’à vingt ans c’est l’insouciance sans conséquences, la bohème, la fraîcheur de la chaire et de l’esprit, la perfection.
Et si on nous avait menti ? Et si toutes ces assertions étaient dues à notre fâcheuse habitude nostalgique d’embellir le passé ? Et si nos prédécesseurs étaient la cause de notre mode de vie surfait et superficiel ?
J’ai vingt ans, et la vie n’est pas plus belle qu’elle ne l’était il y a quelques années de cela.
C’était même mieux avant. A seize ans j’avais des problèmes qui n’en étaient pas, j’étais entouré de personnes dont la vie m’a séparé. A l’époque il y a des amitiés qui me semblaient éternel, des amours purs promis à jamais, une confiance en des gens qui n’était soumise à aucune condition. Mais la vie finit par atténuer l’éblouissement de notre jeune âge et on y voit plus clair.
Je me rends compte qu’on ne peut avoir confiance qu’en sa mère et son père. Que l’Homme est faible. Que tu es faible.
Alors tu regrettes d’avoir grandis, tu te dis que tu étais bien quand tu étais plus jeune, que tes amitiés te semblaient vraies et éternelles, et c’était sans doute mieux comme ça.
Tu es alors tenté de dire à tous les jeunes adolescents que tu croises, qu’à 16 ans ils vivent les meilleurs moments de leur vie, et que plus ça va moins ça ira. Voilà encore que surgit cette nostalgie « mirageuse », ce processus cérébral qui nous laisse éternellement insatisfaits, raccrochés à notre passé.
Revenons-en à mes vingt ans, à mon ressenti présent, le seul qui ne soit altéré par aucun mirage mais grandement par mon humeur en cette soirée. Demain est un autre jour et mon ressenti ne sera probablement plus le même mais bon, j’écris ce texte comme on prendrait une photo, à la différence près que je ne grimace pas un sourire forcé pour nourrir mon égo à coup de j’aime sur les réseaux sociaux.
Combien de soir j’aurais préféré rester chez moi et me suis vu sortir jusqu’à 5h du matin, me disant que c’est quand même un Samedi soir, et que Samedi soir tout jeune de vingt ans qui se respecte se doit de faire la fête. Cette fête qui se résume à se tortiller comme des loups affamés devant des proies, qui tantôt sont dégoutées et se sentent prises dans une embuscade et tantôt succombent à leur envie de faire « la fête ». La fête étant d’accrocher sur son tableau de chasse des conquêtes dont les uns se vanteront devant leurs potes, parce qu’à vingt ans c’est le modèle d’une vie réussie, tandis que d’autres mettront ça sur le dos de leur taux d’alcoolémie en expliquant à leurs copines où ils ont passé la nuit.
Ma génération vit à travers le regard des autres, tout est apparence peut importe le ressentie.
On fait des apéros pour mettre de l’alcool dans nos veines, et on va en boîte pour mettre des filles dans nos lits.
Peu importe si c’est un moment qu’on partage avec nos potes, où on rigole, où on a tout simplement apprécié le moment présent. Ce moment s’est transformé en concours d’alcoolémie, régit par des « Oh tu bois ou quoi ? » et des « Merde ! Je ne serai jamais assez torché pour la soirée ». Parce que oui, l’alcool désinhibe, efface notre timidité, et fais ressortir notre loup affamé qui n’éprouve aucune honte à se coller à des brebis qui tantôt le méprise et tantôt le galoche selon leur propre taux d’alcoolémie. Alors que les soirées arrosées étaient une occasion de rire un peu plus fort aux blagues des uns et des autres, de danser en étant un peu plus libre, et de découvrir le lendemain des photos qui prolongent un peu plus ces instants, elles se sont transformées en parties de policiers et voleurs, des policiers devenus loups, et des voleurs devenus objets volés.
Comprenez moi bien, je ne nie pas le plaisir qu’il peut y avoir à passer la nuit dans les bras d’une inconnue. Je ne nie pas que cette bouffée de fraicheur soit agréable, que le sexe pour le sexe soit aussi beau et pur qu’un amour platonique. Mais je me rends compte que je m’ennuie souvent quand je sors faire la fête, que je préfère apprécier la musique que me coller à une inconnue qui se sentira obliger de m’embrasser parce qu’elle ne trouve rien à me dire, et que quand bien même elle voudrait parler que la musique étoufferait les sons qui émanent de sa bouche.
Je croise de temps à autres des gens qui me disent ne pas aimer aller en boite et je les comprends, je me vois en eux, je sais que dans leur tête trotte tout ce dont je parle dans ce texte, parce qu’en boite on ne danse plus, peu importe la musique, on chasse.
Ma soirée à moi est une soirée de celles que faisaient mes parents. Une soirée d’été que l’on passe autour d’une table, dans un jardin, autour de bières fraiches et de bouteilles de vins. Des soirées où plus le temps avance plus on est saoul, et non une soirée ou l’alcool nous monte au crâne à nous en faire blackouté. Une soirée où les rires sont vrais et les façades importent peu, où l’on reste éveiller jusqu'au petit matin parce qu’on voudrait arrêter le temps, et non parce que ce n’est une grosse soirée que si on se couche à 5h.
Peut être que je recherche des nuits qui ne sont pas de mon âge, mais peut être que les autres sont conditionnés par ce qu’ils voient, ce qu’ils entendent et ce qu’ils pensent être dans l’air du temps.
Ma soirée à moi est une soirée où ma pote me présente une belle inconnue qui bientôt deviendra une belle amie. Une soirée où l’on parle pour séduire, où l’intelligence fait rayonner le regard et l’humour illumine le sourire. Une soirée où la belle inconnue partagera notre lit ou partagera notre vie. Une soirée qui trouble l’âme, trouble notre lendemain et nous rend addict. Une soirée qui remplira nos têtes et pas notre nombre de conquêtes.