Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

27 octobre 2026 à 05:48:00
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Les Confessions

Auteur Sujet: Les Confessions  (Lu 3093 fois)

Hors ligne Lester

  • Calligraphe
  • Messages: 105
Les Confessions
« le: 05 octobre 2010 à 18:35:00 »
Peut-être que toute forme d’existence n’était pour moi condamnée qu’à se désagréger en malentendu. Tant pis. Comme le personnage qui au fil du récit s’étend lascivement sur plus de pages, je voyais cette fatalité prendre forme, et libérer sa chevelure, voilant ainsi tout ce qui l’attache à moi-même ; ce qui de la cause est manifeste. Elle peut voguer, cette raison, se laisser porter par le courant comme une épave heureuse. Et si souvent on m’a reproché mon inconstance, j’y voyais le plus noble de mes défauts ; tout bruit, tout craquement, feulement, toute manifestation de la vie, se trouvaient selon mon humeur figurée dans un jeu de miroirs déformants. N’eusse été les autres, j’aurais consacré mon existence à comprendre ces mécanismes intérieurs. On m’a reproché mon opportunisme, on m’a dit que j’agissais sans plus de souci de la cause que de la raison ; et si effectivement j’agissais sans considération de l’acte, c’était uniquement pour comprendre dans son aboutissement ce qui avait fait sourdre de tels prémisses. Toute parole devenait à la fois matière et outil ; je n’avais pas de pensée propre ; mes figures de raisonnement étaient volatiles, et c’est par la dialectique que je me construisait en miroir qui par les paroles de l’autre allait se cristallisant. De là il me devenait aisé de faire croire au monde que j’étais son frère, son double, abandonnant tout orgueil pour me hisser ou descendre au niveau des fleurs. Comme l’abeille le pollen, j’allais butinant chaque bouche où la corolle libérait les paroles dans ces emportements fleuris. De chaque passion suscitée, je savais en distiller l’essence pour en obtenir une liqueur de mélancolie. Il n’y a pas plus triste que la brise qui effleure les chose a défaut d’empoigne ; mais bientôt dans cette désillusion, où je me comportais avec moi-même comme avec une de ces fleurs, je voyais avec quelle facilité il m’était permis de souffler sur les gens, de les faire voguer à mon seul grès. Qu’il suffisait que je gagne leur confiance pour les voir aller toutes voiles dehors. Je ne réussi pas à chaque coup ; le nombre important de paramètre dont je devais tenir compte, la densité de ces mers et l’appétit des écueils, me firent me briser plus d’une fois contre les falaises. Mais à force de pratique, vint le temps où je devins expert en navigation : et je pouvais distordre chaque être avec les pinces du sentiment. De mon inconstance qui m’apparaissait comme axiome, et de la volatilité même de mes actes et de ma pensée, j’en vins à véritablement devenir vent pour moi-même, et d’engendrer et de guider chaque émotion, incarnant la cause comme l’effet. Je ne tardais pas à élargir ce mode d’agir au monde des phénomènes : les sons qui me viennent, la main du vent dans les feuillages, tout témoigne de la concentration de l’univers dans un coin de ma chambre. Et d’avoir la vue si dense, j’en ai nié les contours. Chaque objet que je regarde, je l’élu ; cet homme qui pisse contre un mur, dans le printemps tiède où le bruit liquide à la texture de la mousse d’arbre, vient se refléter dans mon cerveau dénoué de vue d’où, de cet état aveugle, je l’élève. Je connu l’ivresse du non-voyant. Rien ne m’excitais plus que l’abordage de terres inconnues : paysages ou nouveaux êtres. Je m’imaginais réceptacle, où le sensible était appelé à reposer, à se déformer, pour à mon contact se modifier et disparaître. De là vinrent ces années de demi-solitude, où je me complus lascivement.

Verasoie

  • Invité
Re : Les Confessions
« Réponse #1 le: 07 octobre 2010 à 15:19:11 »
Citer
De chaque passion suscitée, je savais en distiller l’essence pour en obtenir une liqueur de mélancolie.

Jolie image !

Par contre le reste j'ai très moyennement aimé. Je trouve ça vraiment dommage en fait que tout soit en bloc parce qu'il y a des phrases très sympa mais j'ai du mal à en être touchée parce qu'elles se noient un peu dans la masse. Et puis j'aurais espéré une chute... Enfin voilà, bien écrit mais pour moi il manque vraiment un truc, un contexte, pour l'apprécier, et plus d'aération ^ ^

Hors ligne Lester

  • Calligraphe
  • Messages: 105
Re : Les Confessions
« Réponse #2 le: 07 octobre 2010 à 16:51:18 »
En fait, c'est à prendre comme un exercice de style : mêler introspection et expression. Rien de plus qu'un essai, donc.

Hors ligne Niitza

  • Scribe
  • Messages: 84
    • Niitza
Re : Les Confessions
« Réponse #3 le: 09 octobre 2010 à 10:35:17 »
Lu ! J'ai bien aimé, mais comme Véra, j'ai un peu été dérangée par la présentation compacte du texte. Il n'est pas très long, mais l'organiser en paragraphes l'aurait aéré et aurait rendu la lecture plus plaisante.
Cependant, je pense que cette présentation reflète bien le texte dans son ensemble, qui à mon avis est un peu trop touffu. La langue est bien maniée, c'est indéniable, et il y a beaucoup de belles formules et métaphores. Mais voilà : il y en a beaucoup. Ce qui veut dire, pour les belles formules, qu'elles ressortent moins puisqu'elles ne sont pas seules ; pour les métaphores, qu'elles fatiguent le lecteur en cela qu'elles le maintiennent à un niveau imagé. Ce sont des "confessions", dit le titre, mais on n'a que de vagues aperçus déguisés de la réalité, sans jamais savoir exactement ce qui a été fait. On ne peut que tenter de se l'imaginer. Ensuite, c'était peut-être ton objectif : un personnage qui prétend se confesser et ne dévoile en réalité absolument rien. Toujours est-il qu'un peu plus de clarté parfois aurait été bienvenue.

Quelques petites remarques orthographiques sinon :

Comme le personnage qui au fil du récit s’étend lascivement sur plus de pages, je voyais cette fatalité prendre forme, et libérer sa chevelure, voilant ainsi tout ce qui l’attache à moi-même ; ce qui de la cause est manifeste.
Virgule non nécessaire, voire fautive puisqu'elle précède une conjonction de coordination sans clore une incise.

Et si souvent on m’a reproché mon inconstance, j’y voyais le plus noble de mes défauts ; tout bruit, tout craquement, feulement, toute manifestation de la vie, se trouvaient selon mon humeur figurée dans un jeu de miroirs déformants.
Je mettrais le souvent entre virgules pour éviter la confusion avec l'emploi du "si" comme amplificateur.

N’eusse été les autres, j’aurais consacré mon existence à comprendre ces mécanismes intérieurs.
N'eussent car sujet = les autres

Toute parole devenait à la fois matière et outil ; je n’avais pas de pensée propre ; mes figures de raisonnement étaient volatiles, et c’est par la dialectique que je me construisait en miroir qui par les paroles de l’autre allait se cristallisant.
Pas de virgule après volatiles.
Je me construisaiS.
Par contre, je mettrais "par les paroles de l'autre" comme incise. Mh.

Il n’y a pas plus triste que la brise qui effleure les chose a défaut d’empoigne ; mais bientôt dans cette désillusion, où je me comportais avec moi-même comme avec une de ces fleurs, je voyais avec quelle facilité il m’était permis de souffler sur les gens, de les faire voguer à mon seul grès.
Les choseS.
À défaut avec accent. La formule "à défaut d'empoigne" m'a dérangée. As-tu voulu employer un verbe substantivé pour éviter de dire "à défaut de les empoigner" ? Je pense que c'est un peu excessif et non nécessaire.
Je mettrais la virgule avant "dans" et non pas après "désillusion" pour l'unité de l'incise.
Mon seul gré. Le grès c'est... un type de pierre. Lourd.

Je ne réussi pas à chaque coup
RéussiS.
Et il me semble que "à chaque coup" ne se dit pas. C'est "à chaque fois" ou "à tous les coups" mais un mélange des deux... Ensuite, que ce ne soit pas une expression consacrée ne veut pas forcément dire que c'est faux. Mh...

le nombre important de paramètre dont je devais tenir compte, la densité de ces mers et l’appétit des écueils, me firent me briser plus d’une fois contre les falaises.
ParamètreS

Mais à force de pratique, vint le temps où je devins expert en navigation : et je pouvais distordre chaque être avec les pinces du sentiment.
Virgule non nécessaire après pratique. Et je trouve l'image de "pinces du sentiment" joliment trouvée.

De mon inconstance qui m’apparaissait comme axiome, et de la volatilité même de mes actes et de ma pensée, j’en vins à véritablement devenir vent pour moi-même, et d’engendrer et de guider chaque émotion, incarnant la cause comme l’effet.
"qui m’apparaissait comme axiome" est une incise donc virgule AVANT et après.
Pour "et d’engendrer et de guider", je ne vois pas d'où ces "de" viennent. Si on suit le schéma de la phrase, ce serait plutôt "à" de l'expression "j'en vins à". À moins que tu ne veuilles employer ce "et de + inf." qui existe parfois - mais il me semble que ce dernier ne s'utilise que dans des phrases brèves où il vient en premier et dans un contexte au registre moins soutenu que celui présent ici.

Je ne tardais pas à élargir ce mode d’agir au monde des phénomènes :
"Agir" ici ne va pas, à mon goût. "Action" irait mieux. Ou je sais pas. Mais le verbe fait trébucher à la lecture.

Chaque objet que je regarde, je l’élu ; cet homme qui pisse contre un mur, dans le printemps tiède où le bruit liquide à la texture de la mousse d’arbre, vient se refléter dans mon cerveau dénoué de vue d’où, de cet état aveugle, je l’élève.
La phrase est au présent donc ce serait plutôt "je l'élis". Ou si ça fait référence à un choix qui précède le fait de regarder, ce serait "je l'ai élu" ou éventuellement "je l'élus", mais je trouve que le passé simple ne passe pas bien ici (sans mauvais jeu de mots)
Et "où le bruit du liquide A la texture" sans accent. D'ailleurs donner une texture à un bruit est un peu étrange...

Je connu l’ivresse du non-voyant.
ConnuS. On ne met pas de S au passé simple que pour les verbes du premier groupe.

Rien ne m’excitais plus que l’abordage de terres inconnues : paysages ou nouveaux êtres.
Rien ne m'excitaiT.
Und meine Seele spannte
Weit ihre Flügel aus,
Flog durch die stillen Lande
Als flöge sie nach Haus.

Hors ligne Kathya

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 271
    • Page perso
Re : Les Confessions
« Réponse #4 le: 09 octobre 2010 à 22:15:55 »
Je rejoins les autres pour réclamer des paragraphes. Honnêtement, lire des pavés sur un écran d'ordinateur, ça fatigue les yeux, même sur de courts textes. Sinon c'est encore une fois très dense, parfois trop, à force de passer d'image en image j'ai parfois eu l'impression de perdre le fil. Au point que je ne serais toujours pas capable de dire de quoi parle ce texte... concrètement.

Ce qui ne l'empêche pas d'avoir de très jolies tournures de phrase. ^^
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

pehache

  • Invité
Re : Les Confessions
« Réponse #5 le: 10 octobre 2010 à 08:02:58 »
... d'autant qu'il ne faut pas manquer de...  culot ? pour choisir ce titre après LA "tarentule morale".

Lali

  • Invité
Re : Les Confessions
« Réponse #6 le: 10 octobre 2010 à 11:53:01 »
Comme l'ont dit les précédents commentateurs, c'est un texte qui pourrait gagner à être aéré. Cela se lit facilement si on ne cherche pas à tout comprendre, parce que les tournures sont belles, il y a un vrai rythme et c'est imagé. Après, comprendre est une autre paire de manches, j'avoue que je n'ai pas réussi. Ce n'est peut-être pas le but d'ailleurs. Mais alors, peut-être que ce serait mieux mis en valeur avec des paragraphes courts voire des vers (justement pour alléger la lecture sans pour autant réduire la densité du texte).

nasnas29

  • Invité
Re : Les Confessions
« Réponse #7 le: 11 octobre 2010 à 21:30:27 »
il y a dans ce petit texte des confessions, l'idée du clonage par les sens sans raison par pur jeu des comportements humains mais qui achoppe sur une irréalité. Se passer de la vertue morale, de tout sentiment pour comprendre l'autre? Boire à la bouche les mots pour assimiler son langage, pénetrer son âme? enfin l'âme de toute chose. Devenir un Dieu en concentrant l'univers autour de son moi perfectible par assimilation. Rien n'est moins sur de sa réussite car à la fin il semble toucher un seul but: le néant!...
un texte que je classifierais mysticophilosophique.

pehache

  • Invité
Re : Re : Les Confessions
« Réponse #8 le: 14 octobre 2010 à 07:44:44 »
il y a dans ce petit texte des confessions, l'idée du clonage par les sens sans raison par pur jeu des comportements humains mais qui achoppe sur une irréalité. Se passer de la vertue morale, de tout sentiment pour comprendre l'autre? Boire à la bouche les mots pour assimiler son langage, pénetrer son âme? enfin l'âme de toute chose. Devenir un Dieu en concentrant l'univers autour de son moi perfectible par assimilation. Rien n'est moins sur de sa réussite car à la fin il semble toucher un seul but: le néant!...
un texte que je classifierais mysticophilosophique.

Je ne saurais accepter sans ciller ton dernier mot, par trop oxymorique.

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.012 secondes avec 18 requêtes.