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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » un paradis diabolique

Auteur Sujet: un paradis diabolique  (Lu 3554 fois)

cat38

  • Invité
un paradis diabolique
« le: 29 Mai 2018 à 09:52:52 »
C'est un texte tiré de mon recueil de nouvelles : "sang et eaux vives" qui est en ligne dans les textes longs.
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La souffrance est intrinsèque à toute vie. Ce n’est qu’un maillon faible. Baudelaire en a donné une magnifique définition en écrivant : « Soyez béni, Mon Dieu, qui donnez la souffrance comme un divin remède à nos impuretés » Cette tolérance nous permet d’accéder à notre moi le plus profond, et en dégager ce qu’il y a de mieux en nous, ne serait-ce que pour nous affranchir de cette douleur. Un être ne se révèle réellement que quand il souffre. Sans la souffrance, avec seulement la mort au bout, la vie n’a aucun sens et elle devient insipide. Si l’être humain n’a pas goûté au fiel de la vie, il reste une coquille vide.
Que se passerait-il si, dans un monde, la mort et la souffrance n’existaient pas ? Quelles seraient les conséquences sur la vie et notre devenir ? Sans la souffrance, la vie a-t-elle un sens ? Ne devient-elle pas insipide ?
 

Il était une fois un monde appelé « terre incognito », peuplé d’un milliard d’humains répartis dans une multitude de « villages ». Ces petites villes étaient toutes structurées de la même manière : des maisons habitées d’un couple et de deux enfants, un temple (notre église), un magasin de viande (une boucherie), un autre d’habits et trois bâtiments de couleurs. Une messe était célébrée au temple une fois par jour pendant dix minutes : le temps de choisir un chiffre de un à cinq et de lire le texte correspondant. La « bible » était composée de cinq textes, commune à tous les peuples de ce monde.
Tous les villages étaient identiques dans leur disposition, mais le nombre de maisons variait selon le nombre d’habitants.
Les trois bâtiments de couleur étaient destinées à un but bien précis. Un rouge : une personne rentrait et ne ressortait jamais, un rose : une femme rentrait et ressortait enceinte, et un vert : une femme rentrait et ressortait accompagnée. Ce qui se passait dans ces maisons, personne n’en savait rien, ne voulait rien savoir. La population était composée d’un nombre égal de femmes, d’hommes et d’enfants, d’un sage reconnaissable à sa barbe (personne d’autre n’en portait), d’un prêtre (le seul à avoir des lunettes), d’un jardinier sans signe distinctif.

Les magasins étaient gérés par les habitants. Le commerce n’existait pas, ni le troc, ni l’échange. Chaque habit était apporté par un habitant et servait à un autre habitant. Le système était le même pour la nourriture. Chaque personne produisait sa nourriture et apportait une partie au magasin pour les autres. Rien n’appartenait à personne. Les frontières n’existaient pas et chaque village cohabitait de manière autonome, dans une courtoisie, une bonne humeur et une politesse extrêmes.

Le courrier postal se faisait comme chez nous. Une adresse aux normes s'écrivait toujours comme cela : Monsieur X (nom) et Madame Y (nom) Maison 50 Village 200. Tout était numéroté et les personnes qui naissaient recevaient un nom (n’importe quoi : lieu, outil, etc.).
Les plantes et les belles fleurs étaient luxuriantes grâce à un climat tempéré, quoique venteux.
Le soleil brillait et la pluie ne tombait que 2 ou 3 mois par an.

Un jour, Madame Vent (elle était née un jour de tempête donc le prêtre l’avait appelée ainsi) de la maison 300 et du village 50, s’évanouit en plein milieu de la place alors qu’elle venait de prendre un vêtement au magasin. Longtemps, personne ne se soucia d’elle. Elle lâcha son vêtement qui s’envola pour atterrir dans le panier de légumes de Monsieur Poix. Celui-ci se demanda ce qui lui arrivait et d’où venait ce vêtement qui ne lui appartenait pas. Entre temps, cette femme s'était relevée et s’était mise à la recherche de sa possession. Elle a retrouvé Monsieur Poix. Le verbe "rendre" était inconnu dans le vocabulaire de ce monde puisque la notion de propriété n’existait pas. Ce Monsieur ne comprenait pas ce qu’elle demandait alors il alla chercher le sage et le prêtre pour une explication. Ils arrivèrent très vite et demandèrent d’une même voix quel était le sujet de la dispute. Ce vêtement appartenait au Monsieur puisqu’il le tenait à la main. La dame, pas bien de nouveau, trouva le courage de dire ce qui s’était passé. Le vêtement était à elle puisqu’elle avait été la première à le prendre au magasin. Le sage répondit que c’était le Monsieur qui tenait l’objet du délit et que c’était la femme à prouver le bien-fondé de ses dires. La femme, suppliante, lui dit qu’elle voudrait reprendre cette étole de laine, car elle était malade et qu'elle voudrait avoir plus chaud. La "maladie" n’existait pas dans le vocabulaire. Le prêtre rentra dans la conversation en disant qu’obéir au règlement était un des commandements de Dieu et qu’il n’était pas permis d’employer des mots barbares pour tenter de justifier sa faute. Il rajouta qu’elle gémissait comme un animal alors que l’homme était en bonne santé et possédait cette écharpe. La femme répétait qu’elle était malade et que le vêtement lui avait échappé, mais ce n’était pas de sa faute car elle s’était évanouie parce qu’elle souffrait. "Souffrance" : encore un mot inconnu de ces gens. Le prêtre se mit en colère et dénonça les mots étranges voire calomnieux de cette femme. De plus, elle était par terre comme un animal, donc c'était peut-être une bête. Le sage intervint. Elle avait un langage certes bizarre, mais elle parlait, contrairement aux animaux. Mais elle n’était pas sur ses deux jambes, comme les humains, donc il se pourrait que le prêtre ait raison. Le prêtre annonça que seule l’heure de dormir était réservée à la position verticale donc il faudrait que cette femme soit punie. Qu’on la mette dans une cage sans nourriture, sans vêtement et bien en vue de tout le monde. Le sage et le prêtre se félicitèrent du bon et rapide déroulement de cette affaire. Ce cas était fort simple.
La femme gémissante, qui souffrait de plus en plus, fut mise dans une cage, laissée dans une maison et mise à disposition par un couple. À partir de ce moment-là, une foule grandissante vint la voir.

Elle souffrait dans sa chair et dans son âme. Pourquoi ces gens qu’elle côtoyait tous les jours étaient-ils si cruels ? Qu’est-ce qu’elle avait fait pour subir cette torture ? Ses supplications et ses gémissements étaient une source d’amusement, comme le cirque l’est pour nous. C’était extraordinaire, personne n’avait jamais vu cela. Les gens venaient la voir après la journée de travail pour se distraire. Le sage et le prêtre étaient là des heures entières à commenter sa souffrance et ce qu’elle devenait au fil du temps. Ces gens la considéraient comme une bête qu’on exhibait. Pour le prêtre, considérant que cet état de fait n’était pas écrit, donc il n’existait pas. Pour le sage, ce qui n’était pas connu était barbare et inconcevable. Très affaiblie par la maladie, la pauvre femme ne dura pas longtemps. Il y eut un arrêt des fonctions cardio-respiratoires, le cœur s’arrêta de battre, la circulation sanguine s’interrompit. Peu à peu, le corps se refroidit. En l’espace d’environ 24 heures, sa température s’équilibra avec celle du milieu ambiant : une pièce fermée et chauffée. Pendant ce temps, le sang était descendu sous l’effet de la gravité, s’agglutinant dans les parties plus basses du corps. La lividité cadavérique —une coloration bleue ou pourpre de la peau— avait commencé à apparaître à ces endroits. Une douzaine d’heures après sa mort, le phénomène avait atteint son intensité maximale. Les muscles du cadavre, quant à eux, s'étaient durcis de plus en plus, à mesure que le calcium s’y était amassé. Cette rigidité avait touché d’abord la nuque, les paupières et la mâchoire, puis s’était étendue graduellement. Cela prit douze heures, à l’ensemble de l’organisme. Elle avait duré près de deux jours et avait disparu progressivement pendant que le public ébahi et ravi pouvait voir se dessiner sur l’abdomen, au niveau de l’intestin, une première tache verte de putréfaction. La décomposition des tissus humains de cette femme s’était faite en deux temps : l’autolyse et la putréfaction. L’autolyse –ou autodigestion– avait débuté environ quatre minutes après le décès : les cellules, privées d’oxygène et d’apport nutritif, moururent, détruites par leurs propres enzymes. La putréfaction s’était manifestée quand cette réaction biochimique d’autodestruction cellulaire avait bien progressé. Les bactéries et autres micro-organismes se sont attaqués aux tissus, où ils trouvaient maintenant une quantité de fluides riches en nutriments. Les bactéries ne furent pas les seules à se partager le « repas ». Rapidement, dans la première heure suivant la mort de cette suppliciée, les mouches détectèrent une odeur qui les attira. Elles pondirent leurs œufs dans les orifices naturels : narines, bouche, oreilles, les yeux. Quelques jours plus tard, il y eut l'éclosion des larves qui se nourrirent des tissus humains. La tache verte sur l’abdomen, qui avait pris de l’ampleur, s’étendit au thorax. Les gaz produits par les bactéries se sont accumulés. Des sortes d’ampoules se sont formées sur la peau qui avait commencé à se décoller. Le public exultait, applaudissait ce spectacle. Le visage s’est boursouflé, les yeux ont bouffi, la langue est ressortie. L’abdomen s'était gonflé. Quelques semaines plus tard, la peau, les cheveux et les ongles se sont détachés. Le corps a noirci. Des liquides ainsi que des gaz ont été expulsés par la bouche et le nez. Les principaux organes ont éclaté.  Le tout a dégagé une forte puanteur. À ce moment-là, ce fut la bousculade, tout le monde voulait voir et sentir. Finalement, il ne resta qu’un squelette et les dents. À ce stade-là, les gens s’en allèrent, le spectacle était terminé. La cage fut transportée dans un terrain vague à l’extérieur du village et laissée comme cela.

Le seul du village qui n’alla pas la voir fut le jardinier, occupé avec ses plantes. Il voyait vivre et mourir, donc la décomposition et la mort n’avaient plus de secret pour lui. Il fit pousser des fleurs autour de la cage qui devint le tombeau de cette pauvre femme. Un jour, il savait qu’il irait dans cette maison sans savoir pourquoi.

« Modifié: 11 Juin 2018 à 13:31:31 par cat38 »

cat38

  • Invité
Re : un paradis diabolique
« Réponse #1 le: 07 Juin 2018 à 10:41:49 »
merci  de ton commentaire. Les autres nouvelles sont beaucoup moins dures que celle-ci. Tu as arrêté ta correction à cette nouvelle, c'est dommage.

cat38

  • Invité
Re : un paradis diabolique
« Réponse #2 le: 07 Juin 2018 à 13:50:23 »
Tu es déjà intervenu dans un texte long qui s'appelle sang et eaux vives et, dans les textes courts je mets en ligne une nouvelle. Tu ne te rappelle pas. Tu t'es arrêtée à la première nouvelle. Relis ton intervention : texte long : :sang et eaux vives  :)

cat38

  • Invité
Re : un paradis diabolique
« Réponse #3 le: 08 Juin 2018 à 10:57:15 »
parce que le correcteur avant toi m'a conseillé de mettre chacune de mes nouvelles en textes courts et j'ai suivi son conseil...

cat38

  • Invité
Re : un paradis diabolique
« Réponse #4 le: 09 Juin 2018 à 10:04:19 »
sang et eaux vives est le titre du recueil de nouvelles et paradis diabolique est le tire  d'une nouvelle.  :)

Hors ligne Claudius

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Re : un paradis diabolique
« Réponse #5 le: 09 Juin 2018 à 11:59:31 »

Citer
Une rouge : une personne rentrait et ne ressortait jamais, une rose : une femme rentre et ressort enceinte, et une verte : une femme rentre et ressort accompagnée Les trois maisons de couleur étaient destinées à un but bien précis. Une rouge : une personne rentrait et ne ressortait jamais, une rose : une femme rentre et ressort enceinte, et une verte : une femme rentre et ressort accompagnée d’un homme.

 Répétition de la phrase commençant par : Une rouge.
Ensuite tu passes de l'imparfait au présent "une femme rentre et ressort.


Citer
Un jour, Madame Vent, elle était née un jour de vent donc le prêtre l’avait appelée Vent, de la maison 300 et du village 50, s’évanouit en plein milieu de la place alors qu’elle venait de prendre un vêtement au magasin.

Trois fois vent dans la même phrase, peut-être à la fin éviter le dernier "l'avait appelée ainsi".

Citer
Ils arrivèrent très vite et en même temps et demandèrent d’une même voix quel était le sujet de la dispute.

Répétition du "et". Reformuler la phrase par exemple : Ils arrivèrent en même temps très vite et demandèrent (ne pas répéter même) d'une seule voix...

Citer
La femme suppliante et pleurante, qui souffrait de plus en plus, fut mise dans une cage, laissée dans une maison et mise à disposition par un couple.

"suppliante et pleurante" ça sonne bizarre

A partir de ce moment-là, une foule grandissante vint la voir.

À (j'en ai vu d'autres non accentués mais je ne sais plus où)


Avis général, ton histoire est très détaillée, on se croirait à la morgue ! D'ordinaire je n'aime pas trop, mais j'ai eu la curiosité de te lire et je suis allée jusqu'au bout. C'est bien écrit même si la formulation de certaines phrases est un peu maladroite.

En tout cas, c'est intéressant et j'irai lire ton recueil en textes longs. Il me faut juste un peu de temps pour moi, pour l'instant je suis en mode surbookée. Je le ferai en plusieurs fois.

 :mrgreen: :mrgreen:



« Modifié: 09 Juin 2018 à 12:01:04 par Claudius »
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Re : Re : un paradis diabolique
« Réponse #6 le: 10 Juin 2018 à 18:33:25 »
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Que se passerait-il si, dans un monde, la mort et la souffrance n’existaient pas ?

J'essaie d'y répondre par l'absurde dans mon conte philosophique SF (MdE, "textes longs", 2e page) : Un Mort dans les étoiles !

Merci pour la lecture et amitiés,
Ce debat est interessant. Je lirais  ton texte long des que possible. A+
Jo.



Merci claudius pour ton commentaire. Les autres histoires traitent toutes du mal et de la souffrance qui sont du receuil mais ces nouvelles sont moins sinistres. Je regarderai dans la semaine et je corrigera le texte long et le texte court. À bientôt.


Les correction ont été faites, claudius
« Modifié: 11 Juin 2018 à 11:17:12 par Ben.G »

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Re : un paradis diabolique
« Réponse #7 le: 11 Juin 2018 à 11:17:58 »
modération


Merci d'éviter les doubles et triples posts cat...
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Re : un paradis diabolique
« Réponse #8 le: 11 Juin 2018 à 11:35:54 »


C'est mieux, même si pleurante me gêne un peu.

J'ai retrouvé les deux A non accentués, c'est à la fin en début de phrase.

Pour accentuer ton A il faut taper sur le clavier : Alt0151 - touche Alt enfoncée et taper 0151 sans lâcher.

J'irai te lire, pour l'instant j'ai le petit malade à la maison ça m'occupe un max

 :mrgreen: :mrgreen:
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Re : un paradis diabolique
« Réponse #9 le: 11 Juin 2018 à 13:21:49 »
Je te comprend, pour le petit…
Merci pour l'info pour la majuscule avec accent, je n'avais pas trouvé comment il fallait faire  :(
Pour pleurante, je verrais un adjectif pour montre la grande détresse de la femme.
a+  :)

cat38

  • Invité
Re : Re : Re : un paradis diabolique
« Réponse #10 le: 12 Juin 2018 à 09:53:30 »
Citer
Que se passerait-il si, dans un monde, la mort et la souffrance n’existaient pas ?

J'essaie d'y répondre par l'absurde dans mon conte philosophique SF (MdE, "textes longs", 2e page) : Un Mort dans les étoiles !

Merci pour la lecture et amitiés,
Ce debat est interessant. Je lirais  ton texte long des que possible. A+
Jo.
J'ai lu les 6 premiers chapitres. Je trouve cette enquête policière intéressante, bien écrite. Tu fais allusion aux elfes, aux trolls et aussi au jambon/beurre, au cochon animal propre comme tu le dis, donc tu mets un peu de notre réalité (mythologique, etc.) dans la réalité de ton monde futuriste ou les personnes sont immortelles.  Tu le fais bien. D'ordinaire, je ne lis pas de SF mais j'aime  les romans policiers donc je continuerai à lire dans la semaine. a+



 


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