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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Les plaisirs de Cassandre

Auteur Sujet: Les plaisirs de Cassandre  (Lu 1641 fois)

Hors ligne Arthegall

  • Tabellion
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Les plaisirs de Cassandre
« le: 06 Janvier 2011 à 13:00:35 »
Alors voilà un petit texte, qui doit dater d'une année. C'est ce que j'avais écris dans le cadre d'un examen. Le thème était "La rencontre du théâtre et de la poésie".

Je me trouvais là dans des jardins merveilleux. Ma barge entra en une rivière tortueuse, à l’eau bleutée, dont le rivage était bordé de saules pleurant la mort du reste des bosquets, plongeant leurs racines dans les eaux cristallines sur lesquelles je naviguais. Leurs feuilles d’or chevauchaient l’onde ridée, tandis que l’embrun venait recouvrir les eaux de sa blancheur. La forêt était d’un émeraude flamboyant, le sol tapissé de fougères et autour des troncs des hêtres et des bouleaux se lovaient les violettes et autres fleurs sauvages aux coloris apaisants. Bien qu’il fut tard dans la matinée, l’aiguail recouvrait encore les feuilles de ces colosses feuillus, dont la chevelure allait défier Phaéton dans sa course et dont les pieds dérangeait Hadès dans son œuvre. Véritables massifs de bois, alignés comme les gardes de pierre d’un Royaume Perdu dont le nom ne se transmettait que dans leurs murmures, bruissement des feuilles caressées par le souffle d’Eole. Ainsi, alors que je naviguais sur ces eaux, j’y passai ma main, et découvris qu’elles étaient non pas fraîches mais aussi chaudes que les fournaises de Sicile, et alors que j’en buvais une gorgée, je découvris qu’elles ne furent point désaltérantes mais bien au contraire, elles m’assoiffèrent. Rien n’est ce qu’il parait. C’est alors que je vis une silhouette se distinguer de la noirceur des bois, par sa robe aussi blanche que celle d’Artémis. Sa chevelure toutefois fut d’ébène, aussi noire que les Ténèbres, portant en ses reflets de sombres éclairs qui semblaient à chaque pas déchirer de leur éclat la Nuit de ses cheveux. Laissant ma barque s’échouer sur le rivage, je la suivais, me cachant de temps à autre dans l’ombre de ces Gardes de pierre. Je guettais cette douce créature comme le renard guette sa proie, avançant à pas de loup vers elle, le souffle coupé, ne rivant mon regard que sur ce flot ténébreux qui se balançait d’une épaule à une autre, tel un pendule m’hypnotisant à chacun de ses pas. Alors la suis-je sur des milles entières, traversant les forêts labyrinthiques où se perdent les repères sous les rideaux de brumes illusoires. Chaque arbre semble être le reflet du précédent, tout comme le reflet du suivant. Il n’est rien de plus effrayant que de se perdre en tels lieux. Mais la Confiance restait en moi pour ce que je suivais ce qui semblait être ma boussole, mon unique repère en ce Monde qui en est dépourvu. Alors la suis-je encore et encore ne voyant pas le Soleil se coucher, ne voyant pas la Lune se lever. Et ce durant des nuits entières sans jamais éprouver ni soif ni faim ni fatigue aucune. Et la voilà qui atteint après tant de jours atteint une clairière. Se met-elle ainsi à danser sous la clarté lunaire. Et ainsi je l’observe tel un héros de l’Ancien Temps, ébahi, jusqu’à ce qu’étrangement, alors que le premier rayon du Soleil se fait voir, se disperse t-elle en une rosée d’argent. Durant des nuits j’attendis face à ce rocher qui semblait avoir capturé son mouvement, et cela aurait fait plus d’une semaine que je n’avais ni bu ni mangé. Homme ? Je ne sais ce qu’il se passait, du moins je le suis désormais. Alors ainsi lui adressais-je ces mots :

- N’es tu point la fille d’Aphrodite ?
Toi, oui toi que depuis des jours ici attends-je.
Cette clairière semble vide, cette clairière est morte.
Ton éclat et tes chants envoûtaient tant ce lieu
Que désormais le voilà dépérissant
Tout comme mon cœur meurtri.
Etais tu le reflet de quelque miroir illusoire ?
Ta voix aussi claire et limpide que les eaux de Thrace
Dépassait en beauté celle des Muses et d’Orphée.
Seul l’écho de la mort dès lors se fait roi,
Et les feuilles d’or virevoltantes et scintillantes
Désormais recouvrent les pâles tertres.

Ainsi vint-elle face à moi, le pas doucereux et la mine sereine, portant en elle comme une lumière divine. De sa voix suave alors me répondit-elle

- Je t’ai vu étranger ici m’attendre
Mais dryade je suis et ne peux me faire tendre
Envers ceux qui pénètrent au cœur de mes lieux.
Tel est mon lourd et douloureux aveu.

Pas même eut elle achevé ses mots que déjà partait elle vers les Ténèbres de la Forêt, et je m’en saisissais alors, d’une ferme main j’empoignais son bras qui était plus froid que l’acier et plus lisse que la porcelaine. D’un ton désespéré je lançai alors.

- Nymphe, Ô Nymphe !
Ne te dirai-jeadieu ?
La preuve de mon amour n’est elle pas suffisante ?
J’ai traversé vals et monts enneigés pour ici te retrouver !

- Mes terres simplement sur ton chemin étaient.
Car comment aurais-tu pu savoir qui je fus et quand je dansais ?
Tes mots sont venins, tes larmes poison.
Vois-tu, tel Jason, cette dangereuse toison ?
D’or n’est elle pas mais de cendres et poussières.
Ces lieux se meurent car ton cœur est de pierre.

- Cesse te pries-je déesse des bois
Mon amour est sincère, sois en assurée.
Je ne suis point caché derrière un voile de mensonges,
Ni ne suis-je responsable de cette désolation.
Si tes bosquets sont, par la mort fauchés,
C’est uniquement car ton cœur est brisé.
Je suis nu face à toi, mon cœur dévoilé,
Et mes mots ne sont pas guidés par la parole d’Hermès.

- Tel Narcisse tu es un bel et cruel.
Tes paroles sont douces, ton baiser est mortel.
Quitte ces frontières et répands ton poison
Au dehors de mes frontières et des mes cloisons.

- Abandonne cet attirail et ne tiens tel discours.
Ton suaire est de moire, tes paroles mensongères.
En cela le sais-je, tu n’es point Calliope !
Ni Calypso, ni Circé. Mais dis-moi, jeune nymphe :
Quel est ton nom ?

- Je suis Cassandre

- Et dis-moi, Cassandre, pourquoi donc me repousser ?
Suis-je si effrayant que je ne le pense ?
Car tu es mon miroir et ta réaction m’effraie.

- Mon cœur est brisé.

- Cela je le sais.

- Va-t’en donc ! Retournes en ta demeure !
Ces terres sont destinées aux choses qui meurent.
Et des tertres que tu vois, je suis la gardienne.

- Que veux-tu dire ?

- Ces lieux ne sont pas fait pour que vivant n’y soit.
Et nul Mortel ne foule ces bois.
Tels sont les ordres de nos Rois.

- Alors tues moi, ô cruelle !

- Comment ?

Ainsi lui offris-je la dague que je transportais avec moi. La pointe face à moi je lui en offrais le pommeau, je lui en offrais la garde sertie d’un joyau bleuté, attendant quelconque réaction de sa part.

- Prends cette dague et transperces moi de sa lame.
Elle est aussi froide que ton âme, et aussi belle que tu ne l’es.
Si pour t’aimer dois-je sombrer dans le trépas, alors soit !
Tel est le prix à payer pour l’éternelle beauté.

- Beauté ? Crois tu que la mort est belle ?
J’ai grande pitié pour toi et tu m’appelles cruelle !

- J’ai été à travers maintes épreuves.
Si telle est la mort, je ne suis que charmé.
Je passerais mon éternité à te contempler danser
Sous les rais d’Hélios ou sous les pâles rayons d’Artémis.
Verse mon sang pour ce que je ne puis le faire.
Le courage me manque et Thanatos m’enserre.
Quelle est cette lueur qui au loin vacille ?

- C’est Phaéton qui descend dans les abysses infernales.
Il quitte tôt les Cieux en ces soirées hivernales.
Et la Lune est déjà haute dans le Firmament étoilé.
Le temps est propice à une folie endiablée.
Sans même y penser, elle empoigna la dague d’une main ferme, les yeux pétillants d’une force encore inconnue. Et d’une voix douce résonnant d’une puissance ténébreuse elle déclama, comme solennellement :
Pries Héra, que l’on te pleure à tes funérailles
Et pour que ton tombeau soit couvert d’airain et d’émail.

N’ayant pu alors apercevoir ce qu’elle comptait faire, toujours captivé par sa parole charismatique je sentis bien promptement la froideur de ma dague me transpercer, et le froid de la Mort me glaçait des membres inférieurs, se propageant comme une peste au sein de mon organisme, progressant telle une mort noire, offrant à mon corps un aspect exsangue. Ainsi fus-je bien vite transi jusqu’au cœur, et mes doigts furent de pierre, et ma vision bien vite s’obscurcit afin de ne me laisser voir qu’une forme divague, spectre blanchâtre qui s’offrait face à mes yeux et sa chevelure de jais se fit d’argent, flottant dans les airs. Et à sa silhouette s’ajouta un fantôme second, venant se placer à sa senestre. Et ma vision en un éclair me revint, ma parole tout autant, et elle m’apparut plus belle encore que lorsqu’elle ne fut que cette déesse cheminant sous les allées boisées.

- Merci douce nymphe de m’avoir libéré
Des chimères dont mon cœur était rongé.
Je sens mon âme s’élever de mon corps
Et déjà revois-je cette magnifique poussière d’or.
Quel est donc le destin qui m’attend ?
Séjournerais-je aux Tartares effrayants ?
Ou bien irai-jegésir ici par la volonté des Dieux
Sous un tertre larmoyant de gerbes de fleurs bleues.
Là est Hadès, mais où est Perséphone ?
Pour ce que j’entends son chant qui résonne.

- Perséphone n’est pas, Perséphone n’est plus.
De son trône il y a quelques temps elle a chu.
Sans doute est-ce l’œuvre de Déméter,
Peut être ne supportait-elle pas de voir sa fille vivre sous terre.
Ton rôle en tant que Mortel ici n’est plus.
Inclines toi devant Hadès, ne fait rien de plus.
Loue ses achèvements, sa puissance,
Son faste, sa grandiloquence.
Prends ta lyre, j’aurais mon luth.
Aies ma viole, j’aurais ta flûte.
Entends les carillons et les trompettes sonner !
C’est là le son qu’a l’éternité.
Vois les arbres d’émeraude se colorer.
C’est là la couleur des Champs Elysées.
Vois l’Oracle qui danse et qui se plies !
Telle est la vision du Paradis.

- Ma raison s’égare alors que je te vois.
Mais es tu Isis, Iris ou Héra ?
Ou encore Hestia la Douce.
Luna la Rousse.
La Belle aux tiares de lapis azurées comme la mer,
Aux yeux d’un gris de soir d’hiver.
Aux cheveux de jais, noirs comme la nuit,
A la toilette rayonnante des couleurs de la Vie !

- Ô Cher, la folie vous prend.
Tenez, voilà votre tertre. Je vous le rends…
"But on his brest, a bloudie crosse he bore,
The deare rememberance of his dying Lord,
For whose sweete sake this glorious badge he bore,
And dead as liuing euer him ador'd"

Hors ligne Tourniaire

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Re : Les plaisirs de Cassandre
« Réponse #1 le: 07 Janvier 2011 à 01:15:19 »
Déjà bravo, j'ai appris du vocabulaire aujourd'hui... :)

Par contre j'ai l'impression qu'il y a des problèmes de choix lexicaux. Ton écriture (je peux te tutoyer non ?) est très très colorée, très vive. Et dès le premier paragraphe cela tranche avec le terme "coloris apaisants". J'ai l'impression que cela scintille partout, même lorsqu'il s'agit de l'enfer, de peine, ou de tristesse. Je pense que ton passage aurait plus de force si tu "accordais" les tons de ton décor avec la scène. Pour le moment, c'est beaucoup de contrastes, d'étoiles qui scintillent, de métaux chatoyants...Peut-être devrais-tu choisir pour les couleurs un lexique qui en met moins plein la vue. Pour revenir à mon premier exemple, c'est étonnant après des "feuilles d'or" voir des "fleurs sauvages aux coloris apaisants". A ce rythme-là je m'attendais presque à ce qu'elles fluorescent. C'est très beau, mais cela distrait peut-être de l'action elle-même.
Général en chef de l'invasion rivagienne.
NB : Oui je suis un revenant...
Votez Gaston Président de la République ! :D

Hors ligne Arthegall

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Re : Les plaisirs de Cassandre
« Réponse #2 le: 07 Janvier 2011 à 12:36:23 »
Mais là encore, ça s'écarterait de ce que je souhaite montrer.
"But on his brest, a bloudie crosse he bore,
The deare rememberance of his dying Lord,
For whose sweete sake this glorious badge he bore,
And dead as liuing euer him ador'd"

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Re : Les plaisirs de Cassandre
« Réponse #3 le: 18 Avril 2011 à 18:42:11 »
Fichtre, c'est un peu dense.  :D
Plus sérieusement,  j'ai trouvé le début sympathique à lire, et assez fluide, même si parfois j'avais l'impression de lire un défi option "Plaçons le plus de noms mythologiques que possible". J'aime bien les références, mais elles arrivent un peu toutes en même temps. C'est plutôt dans la partie poésie que j'ai moins accroché. Je veux dire, je me sentais aussi lasse que Cassandre à entendre débiter autant de louanges.  ::)
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

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Re : Les plaisirs de Cassandre
« Réponse #4 le: 18 Avril 2011 à 21:37:27 »
J'adore franchement le passage narratif au début, la description est très riche, c'est ce que j'essaye de faire depuis quelques années, avec plus ou moins de réussite, mais sur ce point là, tu forces mon admiration  ::)

J'ai moins accroché au passage théâtral, je trouve qu'on s'y perd avec tant de références, rien à dire au niveaux des rimes, à part dans ce passage:
Citer
Si tes bosquets sont, par la mort fauchés,
C’est uniquement car ton cœur est brisé.
Je suis nu face à toi, mon cœur dévoilé,
Et mes mots ne sont pas guidés par la parole d’Hermès.
J'ai l'impression que la dernière strophe casse le rythme; et le Hermès me choque (au niveau des sonorités)
"Parfois, quand j'entre dans mon bureau, j'ai l'impression de marcher dans les ruines d'une ancienne civilisation. Non à cause du désordre qui y règne, mais parce que certainement cela ressemble aux vestiges de l'être civilisé que je fus jadis".
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Re : Les plaisirs de Cassandre
« Réponse #5 le: 14 Février 2016 à 19:32:16 »
J'ai beaucoup apprécié le paragraphe narratif moi aussi, j'ai trouvé ta description vraiment intéressante, et riche, qui nous permet d'ailleurs une immersion dans cet univers... coloré et scintillant (seul bémol pour moi : toutes ces références mythologiques qui nous arrivent un peu comme une pluie de pierre à la figure), après, j'accroche beaucoup moins avec la poésie, mais pour le coup, cela a plus à voir avec mes goûts personnels qu'avec la qualité de l'écriture. Tu as vraiment un style qui rappelle les vieux livres, j'apprécie particulièrement même si ce n'est pas le genre que je préfère. En tout cas c'est indéniablement très bien écrit. Tu as dû avoir une sacrée note à ton exam, non ?

Au plaisir !
"A leurs oreilles les pas du solitaire retentissent trop étrangement à travers les rues."
"Joie enivrante et oubli de soi, ainsi me parut un jour le monde." Ainsi parlait Zarathoustra, F. Nietzsche

"Bien qu'on ait du coeur à l'ouvrage,
  L'Art est long et le Temps est court." Poésies, C. Baudelaire

 


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