Voila je me lance, je partage mon premier texte. Premier d'une série de plusieurs nouvelles de personnages dans le meme monde.
Lune noire
L’atmosphère régnant dans l’appartement me mettait mal à l’aise. La lumière des premiers rayons de soleil, masquée en partie par les épais rideaux gris, ne réchauffait en rien la froideur de cette pièce. Peu de meubles, la plupart vieux, de teinte grisâtre et en mauvais état. L’air y été vicie et nauséabond. Le temps et la vie semblaient s’être arrêtés. Le cadavre de la jeune femme gisant sur le sol trouvait une place tout indiquée dans ce tableau macabre. Un des miliciens de la zone ouvrit la fenêtre tandis que son collègue me fit un état de la situation. Le vacarme de la ville commença a envahir la pièce.
- La jeune femme se prénommait Lara Payne, 29 ans, célibataire, elle travaillait comme infirmière à l’hôpital central de la zone 4. Son cadavre a été découvert plus tôt dans la matinée par sa voisine Madame Ashton qui passait dans le couloir et a trouvé la porte entrouverte. Elle savait Lara de garde cette nuit, elle a donc jeté un oeil dans l’appartement pour voir si elle était déjà rentrée …
L’agent continuait de me détailler la situation pendant que je m’approchais du corps. Tout me paraissait très familier, une forte impression de déjà vu, comme si j'avais déjà piétiné cette moquette verdâtre. Je n’étais jamais venu dans cet appartement ou même dans cet immeuble. La victime me semblait familière également. Tout cela je l’avais déjà vu, j’en étais certain. Des détails et sensations ressenties auparavant me revenaient. Tout se mélangeait dans ma tête. J’avais besoin de sommeil…
- Vous vous sentez bien inspecteur ? Il me fallut un temps pour me rendre compte que l’agent s’adressait à moi.
- Oui, excusez moi. Poursuivez je vous prie.
- Comme je disais, elle a été aperçue pour la dernière fois par une résidente de l’immeuble hier dans la nuit, elle rentrait chez elle seule. La voisine n’a rien trouvé d’anormale chez la victime.
Quelque chose semblait toutefois différent. J’avais le sentiment que quelque chose manquait, mais je ne saurais dire pourquoi. Une lune noire me vint en tête. Plus précisément un croissant de lune sombre. Cette pensée me mit mal à l’aise. Sûrement un bijou ou un bibelot. Ou une peinture ou un dessin.
- La victime dessinait elle ?
- Euh .. Non. Nous n’avons trouvé que très peu d’effets personnels. Un peu d’argent liquide, peu de vêtements, quelques produits de beauté. Même le réfrigérateur est vide. Pensez vous a quelque chose en particulier ?
- Non rien de particulier. Continuez votre travail. Je vais me rendre sur son lieu de travail et interroger ses collègues histoire d’en apprendre plus sur elle.
Il fallait que je dorme.
La moiteur du matin avait laissé place aux pluies de mi-journée. Les gouttes frappant sur la vitre du vieux tramway m’empêchaient de dormir. La fatigue me terrassait. Combien de temps n’ai-je pas dormi ? Suis je bien éveillé ? Dans ma somnolence j’essayais tant bien que mal d’organiser mes pensées. Cette scène m’était bien apparue en vison. L’avais-je rêvé ?
Des morceaux me revenaient petit a petit. Tout s’était passez très vite. Je revois cette lune noire. Discerner le vrai du faux, la réalité du rêve, le passé du futur … Tout se confondait dans mon esprit. Ai-je connu Lara Payne et l’aurais-je oubliée ? Les passants et autres passagers paraissaient tout aussi perdus que moi. En les observant je pouvais voir leur passé, leur présent et leur avenir et aucun d’entre eux ne présentaient d’espoir.
Le ciel se couvrait déjà comme pour marquer mon entrée dans la zone. Les couleurs étaient ternes et les lumières de la ville peinaient à traverser la pénombre déjà présente. Les trottoirs de pierre noire étaient jonchés de détritus. Il n’est jamais agréable de se rendre en zone 4. Le temps semble s’écouler différemment là-bas.
L’hôpital se trouvait au centre de la rue principale, tout prêt de mon arrêt. Les lumières des néons jaunâtres contrastaient avec la pénombre extérieure. Plusieurs patients étaient assis sur les bancs verdâtres de la salle d’attente. Le carrelage fissuré était glissant. Les gens s’agitaient de toutes parts comme pour coller à l’image de cette zone. Je ressentais leur détresse.
J’avais rendez vous avec le docteur Howard W. Mandor, chef du service chirurgie, et ancien chef des internes quand Lara a rejoint l’hôpital. J’avais déjà entendu parlé de lui. De l’autre coté, on dit de lui qu’il possède de grandes capacités, bien que j’ignore lesquelles précisément.
L’envers regorge de toute sorte d’individus, bons et mauvais. Certains sont passés de l’autre coté du voile par initiation bien que cela soit rare. D'’autres y sont arrivés seuls. Le docteur Mandor est issu d’une longue lignée de médecins et chirurgiens tous initiés. Son bureau était à son image, très ordonné et propre. Il se leva de sa chaise et ferma son ordinateur lorsque je rentrai dans la pièce. C’était un homme d’une quarantaine d’année, de taille moyenne, les cheveux et les yeux noirs profonds. Je discernais des vêtements de bonnes factures sous sa blouse blanche immaculée.
- Inspecteur Salomon, heureux de vous rencontrer, j’ai cru comprendre que vous aviez quelques questions au sujet d’une de vos affaires.
- Merci de m’accueillir, malgré votre emploi du temps chargé Docteur Mandor. En effet, cela concerne Lara Payne, elle travaille dans cet hôpital depuis 3 ans.
- Oui je la connais bien, elle était interne sous ma direction lors de son arrivée. Lui ai t’il arrive quelque chose ?
- Elle a été retrouve morte ce matin dans son appartement.
- Oh .. Vous m’en voyez attristé. C’était une personne bien. Elle manquera à beaucoup de monde…
Aucune surprise et aucune émotion ne ressortait de ce personnage.
- Que pouvez-vous me dire sur elle ?
- Elle était très discrète et parlait peu, hormis aux patients. Nous ne savons pas grand chose d’avant son arrivée parmi nous. Elle faisait du très bon travail et aurai pu gravir les échelons rapidement. Mais elle voulait à tout prix rester infirmière pour être auprès des patients le plus possible. Elle était très proche d’un en particulier, ils ont eu une relation par la suite. Je peux consulter les admissions de suite si vous le désirez.
Bien qu’il n’ai pas quitté les yeux de son écran pendant toute la recherche, je sentais son regard sur moi. Il essayait de connaitre mon secret. Surement voulait il me rencontrer pour cette raison.
- Voila. John Evans. Il a été admis ici suite à un accident. Il travaille dans un bar situé dans la zone 3. De ce que je me souviens Mlle Payne et lui se sont fréquenté plus d’un an. Je ne sais pas ce qui s’est passé ensuite.
- Merci de votre aide Docteur.
- Je vous en prie. Il y avait autre chose que je puisse faire pour vous inspecteur ?
- Non je vous remercie ce sera tout.
- Vous semblait très fatigué, vous sentez vous bien ?
- Tout va bien je vous assure, juste le travail qui n’en finit pas.
- Essayer de garder les idées claires tout de même, dit il avec un sourire mal dissimulé. Il savait ce que j’étais ça ne fait plus aucun doute. Il pouvait lire en moi comme dans un livre ouvert. En revanche moi je ne voyais rien.
- Voici ma carte avec mon numéro personnel si jamais vous avez besoin d’autres précisions.
Je pris la carte et la glissa dans ma poche.
- Merci docteur, je suis sûr que nous nous croiserons de nouveau.
- Cela ne fait aucun doute, inspecteur.
En ressortant de son bureau, je ressentis un vertige. La lumière et les sons semblaient faiblir progressivement. Le temps sembla s’arrêter. L’ombre d’un instant, je cru apercevoir Lara en uniforme d’infirmière se rendant dans une chambre. Elle ferma la porte et tout redevint normal, le chaos ambiant repris. Pourquoi son souvenir me hantait t’il ?
J’avais besoin de repos.
La pluie tombait toujours, et l’obscurité gagnait du terrain. Je m’assis à l’arrêt aux vitres brisées pour attendre mon tramway. Je ne pouvais m’empêcher de jeter un oeil à la carte du Docteur Mandor : sobre. Son nom, son numéro de téléphone. Quelque chose m’intriguait tout de même. Il me semblait aussi familier. J’avais trop de choses en tête.
Le tramway était vide et sentait la sueur. Le temps et la saleté avaient noirci son intérieur. Assis au fond sur la banquette humide je sentis la fatigue me regagner. Les lumières et sons de la zone se faisaient de plus en plus rares et distants. Tout semblait se calmer autour de moi. Mes yeux se fermèrent sans que je puisse résister. C’est à ce moment-là que je l’ai vu.
Une lune noire. Un croissant de lune fait de ténèbres. Elle m’apparut dans l’obscurité de l’appartement. Lara est assise au milieu de la pièce apeurée et désemparée. Elle a vu la lune noire. Elle la fuit.
Je me réveilla en sursaut a l’entrée de la Zone 3 . A ce niveau le tramway pénètre dans un tunnel pour en ressortir quelques kilomètres plus loin au centre de la zone 3. Les ténèbres avalèrent le wagon au fur et à mesure que celui-ci amorça sa descente dans les abîmes. Le bruit du tramway sur les rails d’acier se fit de plus en plus sourd, l’obscurité de plus en plus noire. Bientôt je ne vis et n’entendis plus rien.
Dans cette sphère sombre hors du temps, je les vis passer. Toutes ces âmes errantes qui ne peuvent trouver le repos. Elles glissaient sur la vitre rayée du tramway comme un voile blanc. Ce calme m’apaisa. Une partie de moi les enviait. J’ai pensé à les rejoindre plusieurs fois au cours de mon existence. Les âmes me regardaient de plus en plus distinctement, certaines essayaient de communiquer avec moi, comme un appel au secours. Je ne pouvais toutes les aider. Mes forces me quittent peu a peu, mes émotions ont disparus. Je perds le sens de la réalité. Ceci était ma malédiction.
Mon réveil fut brutal lorsque le tramway ressortit du tunnel. Les lumières de la station souterraine m’aveuglèrent quelques secondes pendant que le silence laissa place au bruit strident des freins sur l’acier. La station était vide. Je descendis du tramway suivi par un autre passager. Je pensais être seul dans le wagon. Je gravis les marches rapidement pour atteindre la surface. Malgré la pluie et la brume naissante, les rues de la zone 3 étaient plus animées et plus colorées que la zone précédente. Le pub où travailles John Evans se trouvait au coin de la rue.
J’étais suivis.
Le pub s’appelait Amundsen. Le bar était fait de bois noir et d’acier sombre. La lumière tamisée plongeait la salle dans une obscurité partielle. Beaucoup de clients étaient présents, les tireuses à bière et autres machines fonctionnant à la vapeur tournaient à plein régime. Un nuage de vapeur se fixait au plafond créant avec lui une ambiance quelque peu surnaturelle. Une serveuse me pointa du doigt John, qui travaillait derrière le bar. Je m’assis au comptoir. John me fit un signe de tête attendant ma réponse.
- Une bière noire. Et des réponses à mes questions.
Je lui montra mon insigne.
- En quoi je peux vous aider ?
- C’est au sujet de Lara Payne. Vous vous êtes fréquenté par le passé, c'est exact ?
- Oui, on s'est rencontré à l'hôpital ou elle travaille. Il s’est passé quelque chose ?
- Répondez juste a mes questions. Comment s'est faite votre rencontre ?
- Je suis rentré dans son service suite à une fracture. Notre relation a durée plus d'un an. Elle s'est achevée il y a environ six mois.
Il disait la vérité. Je me sentais observé. La salle était pleine, dur de discerner qui que ce soi précisément.
- Pourquoi s’est elle stoppée ?
- Rien n'allait plus. Nous avions des problèmes d'argent à cause de l'addiction au jeu de Lara. Et puis dans les derniers mois de notre relation, Lara était de plus en plus absente. Physiquement et mentalement. Même quand nous étions ensemble, elle semblait ailleurs.
- Elle voyait quelqu’un d’autre ?
- C’est ce que j'ai pensé. Un jour j'ai donc attendu qu'elle sorte de son travail et je l'ai suivi. La filature m'a amenée dans la ville basse aux abords de la Zone 3 devant un grand bâtiment désaffecté. Le quartier est habité par des parias.
- Qu’est ce qu’elle y faisait ?
- Croyez moi ou non, en m'approchant du bâtiment je n'ai trouvé aucune entrée pour me rendre à l’intérieur. Le premier niveau du bâtiment était entièrement muré, impossible d'y accéder. Quand elle est rentrée plus tard ce soir là, je lui ai tout avoué à propos de la filature, et lui ai demandé ce qu'elle trafiquait dans ce bâtiment. Elle s'est énervé comme jamais je l'ai vu en colère. Suite a ça nous avons rompu et je ne l'ai plus jamais revue.
Ces souvenirs troublaient John et le rendaient nerveux. Que pouvait elle faire dans la ville basse, dans ce quartier paria ? Les parias vivent entre eux et n'aiment pas ceux de l'extérieur.
- Lara est une bonne personne malgré ses problèmes. J'espère qu’il ne lui est rien arrivé.
- Lara est décédée. Son corps a été retrouvé ce matin dans son appartement.
Son visage devint livide, comme si toute vie l’avait quitté. Je laissai les crédits sur le comptoir et quittai le bar, laissant John Evans effondré.
Ce monde est trop agité pour moi. Je vois sa face cachée et entends ses secrets à chaque instants. Je n'y vois jamais d'espoir, tout y est sombre et triste. Je n'y entends jamais de douces mélodies, que le son de la pluies et le vacarme de la ville.
La nuit avait commencé et l'obscurité devenait complète. Il fallait que je dorme.
Se rendre dans la ville basse n'est pas difficile à condition d'y avoir l'envie. En ressortir pose plus de problèmes. Les parias n'aiment pas les étrangers, ils se sont installés dans la ville basse en bordure des zones pour fuir la société ou parce qu'ils y ont été chassés. Certains ne se retrouvant pas dans les différentes castes et d'autres pour que personnes ne mettent le nez dans leurs affaires. Beaucoup d'entre eux sont initiés, et ils n'hésitent pas à utiliser leurs capacités pour obtenir ce qu'ils veulent.
Le wagon du tramway, dans lequel je me trouvais, portait les peintures et ornements des paria de cette zone. Des peintures tribales noires et blanches peintes à la cendre racontant l’histoire de la tribu. Un autre passager se trouvait déjà dans la rame quand je m'installa au fond. Il m'observait. La faible lumière des lampes peinait à me tenir éveillé et je me suis senti partir à plusieurs reprises. A chaque plongée dans mes songes, je voyais Lara Payne, hanter mes rêves pour me murmurer quelque chose. Elle paraissait de plus en plus calme et apaisée, comme ci j'étais sur la bonne voie. A chaque réveils j'observais mon compagnon de voyage. Il ne me quittait pas des yeux. Il semblait porter un uniforme. Etait-il milicien ? Pourquoi la milice me suivait-elle ? Enquêtait-il lui aussi au sujet de Lara Payne ? Lara m'appela de nouveau et la réalité laissa place au rêve. Ou était-ce l'inverse ? Je l'a vit cette fois en ma compagnie, nous nous rendions chez elle. Je me réveilla à la frontière entre la Zone 3 et la ville basse, le territoire des paria et de leur loi tribale.
Je sortis du tramway à l'arrêt indiqué par John Evans. Les rues étaient silencieuses et sombres. Seulement quelques feux allumés à même le sol permettaient de s’orienter. Quelques zonards déambulaient sur les trottoirs, ne faisant pas attention à moi. Quelque chose se tramait dans ce quartier, mais je ne n’avais pas envie de le découvrir. Je me mis en marche sur les traces de Lara, guidé par les éclairages de fortune des rues. Il était dur de garder sa concentration, je luttais pour rester éveillé. Je me rapprochais du but. Les feux se firent de plus en plus rare au fur et à mesure que je m'enfonçais dans le labyrinthe de ruelles. Divers murmures de dialectes inconnus résonnaient dans celles-ci, essayant de me dévier de mon chemin. Les sirènes. Leurs paroles et murmures avaient un grand pouvoir de manipulation. J’apercevais l'homme en uniforme quelques fois loin derrière moi. J'accéléra le rythme en essayant de faire abstraction aux chants environnant. Il devenait de plus en plus difficile de m'orienter, leurs voix pénétraient mon esprit et bientôt je dus suivre mon instinct. La réalité semblait se consumer au rythme de mes pas. Tout était sombre et étranger pour moi. Aux fenêtres je vis des yeux me suivent du regard. Les murmures résonnaient dans l’étroite ruelle ou je me trouvais. Etais-je encore bien conscient ? Les chants se firent de plus en plus lointain, l'obscurité de plus en plus dense. Les ténèbres m'envahir …
Je me trouvais maintenant dans l’appartement de Lara, son corps gisant à mes pieds. L’acte venait d’être commis. Une étrange sensation de pouvoir et de peur se mêlait en moi, je tenais le couteau ensanglanté dans ma main. Cette vision d’horreur me réveilla aussitôt. Etais-je lié à la mort de Lara Payne ? Etait-ce pour cela qu’elle me hantait ? Etait-ce pour cela que la milice me suivait ?
Je repris peu à peu mes esprits dans la ruelle dorénavant calme et désertique. La lune naissante éclairait l’allée. Je sentais la présence passée de Lara, elle avait arpenté cette ruelle auparavant. Je pouvais voir les traces laissées par son souvenir. Elles me menèrent devant le bâtiment que John m'avait décrit, un bloc de plusieurs étages fait de pierres noires recouvert des ornements de la tribu locale. Je compris son désarroi pour trouver une quelconque entrée. Certains initiés choisissent de cacher la vérité aux yeux du monde et de ne révéler leurs secrets qu'aux initiés dignes de les recevoir. L'entrée du bâtiment n'était accessible qu'a "ceux qui voient". Lara connaissait ses secrets.
La pièce unique du bâtiment occupait toute la surface de celui ci et était faiblement éclairé par des bougies. Des centaines de lits de fortunes s'y trouvaient, certains étaient occupés. Personne ne faisait attention à moi. Au centre de la pièce j'aperçus un homme assis derrière un bureau en bois, écrivant dans un épais livre, murmurant à lui même. Je ne saurai dire si l'homme était âgé ou non, son visage était dur à discerner dans l’obscurité et ses traits semblaient changer à chaque instant. Il me fit signe de m'asseoir. Une forte aura émanait de lui.
- Vous cherchez le repos ?
- Je cherches des réponses.
- Tout le monde cherche des réponses. Vous semblez perdu.
- Une certaine Lara Payne est venue vous voir à plusieurs reprises dernièrement. Pourquoi ?
- Comme pour toutes personnes se trouvant ici. Trouver le sommeil.
- Que faites vous à ces gens ? Son calme m’inquiéta.
- Ces personnes viennent me voir car ils voient. Ils ont vu trop de choses, et certaines difficiles à oublier. Tout comme vous inspecteur. Je suis ici pour soulager leur mémoire et les aider à fermer les yeux juste le temps d’un instant. Je suis un marchand de sable.
- Vous leur retirez leurs souvenirs ?
- Certains sont trop difficiles à porter, et nous hantent continuellement. Vous savez de quoi je parle. Depuis combien de temps n’avez vous pas dormi ?
- Lara Payne est venue à plusieurs reprises. Quels souvenirs cherchait-elle à se débarrasser ?
- Je ne peux vous dire … Mais je peux vous montrer.
Allongé sur un matelas à même le sol, je ne saurai dire quand le rêve a pris le pas sur la réalité. J'observais Lara comme à travers une bulle. Je me trouvais auprès d'elle assis à une table de jeu. Plusieurs personnes étaient présentes. Je ne pouvais les voir distinctement mais je ressentais leur aura. La plupart sombres et malsaines. Une main surgit et attrapa Lara par le bras pour la trainer dehors. Un frisson me traversa et me glaça le sang. L'instant d'après j'étais dans une ruelle auprès de Lara et de l'homme mystérieux. L'homme était sans doute un paria, son corps était recouvert de nombreux tatouages, mais je ne pouvais voir son visage. Lara était apeurée. Il la menaçait. Au cours de leur conversation il lui tendit un sac. Le frisson glaciale me traversa de nouveau. Cette vision angoissante résonna dans tout mon être. J’aperçus une lune noire tatouée sur la main de l’homme.
Je me réveilla en sueur sans savoir combien de temps s'était écoulé. Les ténèbres m’entouraient, il me fallut un temps d’adaptation pour retrouver l’usage de mes sens. Le marchand de sable me fixait calmement comme s’il savait ce que je venais de voir.
- Votre esprit est complexe inspecteur. Hanté par de nombreux souvenirs douloureux. Etes vous sur de connaitre vos réelles motivations ?
- Ce dont je suis sur c’est que j’ai besoin de repos.
- Trouvez ce qui est arrivé à Lara Payne, trouvez les réponses à vos questions et vous cesserai d’être hanté par son souvenir.
Une partie de moi avait peur de trouver ces réponses.
Le taxi me déposa devant l’entrepôt où Lara se rendait régulièrement pour jouer, dans lequel se déroulaient de nombreuses transactions clandestines. C’est ici qu’elle avait dû rencontrer l’homme aux tatouages. L’endroit était surveillé, principalement par des parias de la tribu voisine, reconnaissable aux nombreux tatouages recouvrant leur corps et visage. L’homme ne devait pas être loin. Ce fut du coin de l’oeil que j’aperçus l’homme en uniforme du tramway. J’étais à présent sur qu’il me suivait.
Je me présenta à l’entrée comme joueur, après une fouille rapide, quelques questions et quelques crédits glissés dans leurs poches, les gardes me laissèrent rentrer.
L’entrepôt, faisant office de salle de jeu pour la soirée, disposait de plusieurs tables reparties sur sa surface. Des dizaines de joueurs y étaient attablés. Sur les passerelles aux premiers étages je distinguais plusieurs hommes tatoués surveillant la salle. Les bureaux situés aux extrémités de la pièces devaient servir aux trafic de substances.
Je me sentis une nouvelle fois observé, sans savoir d’ou cela venait. L’endroit était enfumé et peu éclairé. Je me dirigea vers la table du fond, occupée seulement par deux personnes. J’observa les autres tables lors de ma traversée. Les joueurs venaient de toutes les castes de la société. La plupart se retrouvait ici suite à la récente prohibition mis en place contre les substances.
Je m’assis à la dernière table, n’ayant rien observé d’intéressant sur mon passage, et me mis à jouer. J’étais assez doué dans ce genre d’exercice. Mon don me permettait de lire mes adversaires la perfection. Au fur et à mesure que j’amassais mes gains, je sentais les regards se portaient sur moi. D’autres joueurs s’assirent à ma table pour me défier. Ils avaient la capacité de voir également, surement grâce a la substance. Voila comment ils gagnaient leur argent.
Ce fut seulement au bout d’un moment que je commença à reconnaitre les auras sombres des personnes vus lors de ma vision avec Lara. Comme une impression de déjà vu. La tension montait autour de la table et le jeu requerrait une bonne partie de mon attention. Malgré la fatigue je gardais toute ma concentration.
Je sentis de l’agitation montée, principalement dans les pièces du dessus, quelque chose se tramait. Des personnes quittèrent peu à peu la salle comme s’ils savaient que quelque chose allait se passer. Je restais sur mes gardes. Je vis plusieurs paria se rapprochaient de la table ou j’étais et discutaient à voix basse tout en me jetant des regards menaçants. Ils savaient qui j’étais et pourquoi j’étais ici. L’homme qui me suivait devait être de mèche. Les lumières s’éteignirent d’un coup.
Des agents de la milice pénètrent dans le bâtiment par l’entrée principale et par les larges fenêtres de l’étage, en brandissant leur arme. Ils étaient nombreux. Il fallait que je sorte d’ici, je n’avais aucun moyen d’identification. La situation était devenu chaotique. Je distinguais les aura des personnes présentes se mettre à courir pour sortir ou se mettre à couvert. Caché derrière ma table je vis un groupe de 3 parias prendre la fuite au moment des premiers coups de feu. Ils empruntèrent la porte de derrière. Je me mis à leur poursuite.
Je me fraya un chemin tant bien que mal en m’orientant dans l’obscurité, en bousculant et renversant le mobilier et personnes sur mon chemin. Un des 3 paria me bloqua la sortie pendant que les 2 autres prirent la fuite. Je le neutralisa d’une clef de bras et le mis inconscient d’un coup derrière la tête. Je récupéra son arme de poing et enfonça la porte en métal d’un coup d’épaule.
La lumière des réverbères m’aveugla un instant. J’entendis les sirènes de la milice résonnaient dans tout le quartier. Des coups de feu retentirent à l’intérieur du bâtiment. Je me trouvais face aux deux parias. L’un d’eux tenait un sac noir dans sa main droite. L’autre une arme de poing. Je les mis en joue.
- Lâchez votre arme.
- C’est trop tard inspecteur, vous ne pouvez nous stopper.
- Lâchez votre arme, je ne le répéterai pas .
J’abattis d’une balle dans la tête le paria armé au moment ou celui ci leva le bras pour me tirer dessus. L’autre homme pris la fuite dans une ruelle annexe. La fatigue et sa vitesse de course m’empêchaient de viser juste. Je me mis à sa poursuite.
Il faisait sombre et la traque était difficile. L’homme était athlétique et devait connaitre les environ. Je réduisis la distance entre nous, il me fallait le rattraper vite, la fatigue devenait intenable. La structure de la ruelle semblait se modifier à chaque fois que je gagnais du terrain, rendant plus difficile mon avancée. Comme si l’homme modifiait son chemin. Mon esprit me jouait-il encore des tours ? Je devais continuer. Au détour d’une ruelle, le silence s’imposa et le temps se figea. J’aperçus Lara, debout, le corps recouvert de sang comme je l’avais découverte dans son appartement. Elle me fixait. Je devais garder les idées claires. L’homme était un arpenteur, il pouvait modifier l’environnement qui l’entoure selon sa volonté. Les murs de pierres possédés tissèrent leur toile meurtrière. La course devenait impossible, la ville essayait de me dévorer. Je me retrouva dans un cul de sac, pris au piège dans sa toile. Le son des sirènes me parvenait de loin, j’étais loin de l’agitation. Je devais me concentrer pour retrouver sa trace. L’homme était passé par là. En me laissant happer par l’obscurité je pouvais distinguer son aura, dessinant un chemin dans la nuit. Je me laissa guider aveuglement pour me sortir du piège. Sa trace me mena devant une entrée d’immeuble qui semblait être vide. La cage d’escalier était poussiéreuse et éclairée par de vieux néons. J’empruntai l'escalier de metal en colimaçon l’arme à la main. Je sentis sa présence au premier étage.
L’homme se trouvait au milieu d’une pièce vide. L’épaisse poussière couvrant le sol, formait une brume au rythme de la brise pénétrant dans la pièce. Je tenais l’homme une nouvelle fois en joue.
- Il est déjà trop tard inspecteur. Vous ne pouvez nous arrêter. L’homme tenait le sac dans sa main. Je ne voyais pas d’arme.
- Posez le sac sur le sol et reculez.
- Vous auriez dû laisser Lara s’en aller.
- Pourquoi l’avoir tuée ?
- Elle ne nous était plus d’aucune utilité.
Qui était ce nous ? Je m’avançais prudemment en restant concentré sur sa silhouette. Je ne saurai dire si c’était à cause de la poussière mais l’homme avait une apparence spectrale. Sa voix commençait à être plus distante et à résonner dans la pièce. Son aspect semblait changer également. Les chamans parias étaient puissants et capables de beaucoup de choses. Des murmures incompréhensibles me parvenaient. Plusieurs ombres apparurent dans la pièce et commencèrent à s’agiter. Les murmures se firent de plus en plus rapides et distincts. Les spectres invoqués m’encerclèrent. La température chuta fortement. L’ombre du chaman était terrifiante, je ne saurai décrire précisément cette vision de folie. Des tentacules d’ombres émanant de se monstre se rapprochèrent de moi comme pour m’enlaçait. Les ténèbres m’enveloppaient et m’invitaient à les rejoindre. Dans un dernier réflexe, je tira avant que cette chose ne m’avala. Je tomba inconscient.
A mon réveil l’homme était à terre. Son apparence était redevenue normale. La lumière blanche du clair de lune avait chassé l’obscurité. La balle avait traversé son thorax et était ressortie en brisant son omoplate. Il n’était pas effrayé. Je me tenais au dessus de lui l’arme au poing.
- Pourquoi avoir tué Lara Payne ?
- Elle ne servait plus notre cause, dit il en crachant du sang.
- Qu’a t’elle refusé ? Réponds ! L’homme refusa de répondre.
Je savais qu’il préférait mourir plutôt que d’en dire plus. Je l’immobilisa et posa ma main droite sur son front. La poussière sembla se figer dans l’air et le temps s’arrêter.
Je sentis sa mémoire me parvenir et prendre place dans mon esprit. Ma réalité se dissipa pour laisser place à ses souvenirs. Je vis l’homme recevoir un appel sur un téléphone noir. Aucun numéro affiché. Au bout de 5 secondes quelqu’un parla : Patient chambre 649. Puis la personne raccrocha. L’instant d’après je vis Lara récupérer le sac de substance. La vision se brouilla pour laisser place à une autre : l’homme était au volant d’une camionnette noire. Un milicien était assis à ses cotés, il utilisa une carte de sa corporation pour rentrer en zone sécurisée. Tout deux partir laissant la camionnette devant un grand bâtiment, les patients endormis à l’arrière. Les sirènes se rapprochant me firent revenir à la réalité. L’homme n’a pas survécu, cet exercice demandait beaucoup d’énergie. Je mis le téléphone noir dans ma poche et quitta les lieux. Je ne pouvais rester ici, la milice ne devait pas me trouver. Plus jamais.
La pluie matinale commença à frapper les vitres du tramway qui me conduisait hors de la zone. Je ne pouvais rentrer chez moi. Pourquoi ces patients avaient été enlevés ? Quelle corporation pouvait faire cela ? La fatigue pris le dessus sur mes interrogations. Je me laissa doucement partir, je me sentais étrangement apaisé pour la première fois depuis longtemps. Dans mes songes, je vis Lara s’en aller. Je savais que c’était la dernière fois que je la voyais… Le repos fut de courte durée. Le téléphone noir dans ma poche sonna…