-« Courtes ou longues ? Papier gommé, de chanvre ou recyclé ? »
-« Non, juste des feuilles. »
Les rues pleines de soleil se remontent en sifflotant, la clope au bec. Au bar tabac du coin de la rue, il y a toujours les inconditionnels accrochés à leur rituel matinal, le petit verre de vin blanc bu sous la tonnelle nasale d’une couperose approchante, cette gorgée fantastique qui se lape l’échine courbée, le dos en angle droit pour cause de tremblements de terne. Paul a plus d’une fois vissé son cul sur les tabourets de réveils difficiles, troqué son expresso pour un ou deux perroquets anisés au cocorico fade comme un levé de soleil mort. Paul connaît tout ça. Ces hauts le cœur, l’odeur âcre des vinasses en rasades aller retour, le tapissage des chiottes à la peinture organique et pour des raisons évidentes de confort, merci de laisser l’endroit dans l’état où vous l’avez trouvé.
Paul n’était déjà plus en état de rien. Un zombi sanguinolent happé d’aimantations toxiques à la recherche du St Graal, du St Père et de tout ce que l’homme à un jour créé de puissant. La lumière du jour comme une bénédiction, la promesse d’un bientôt luminescent et de ses pétales d’orchidées couleur chiasse, sales comme les prémices d’une agonie au ralenti, étalés à même le sol par une main sans bras. Les couleurs du monde se fanent en un prisme. Le blanc devient total, le flou et sa tenue d’artiste esquissent les contours d’une porte au cas où il faille s’enfuir et rapidement… Il n’y a pas de poignée, personne ne rentre où ne sort, il y a juste la prise de conscience que c’est maintenant et à jamais. A l’autre bout du judas à défaut de psaumes soporifiques un mec qui te ressemble glisse son œil à l’intérieur de toi. Celui que Paul va devenir, à travers cette métaphore filandreuse observe celui qu’il est et l’expression de son visage mélange dégoût et incompréhension. Comment avait-il pu en arriver là, bouffer des abysses comme un mouton bouffe du foin. Suivre le grand troupeau des coudes dystrophiés et enfoncer la tête dans l’eau brûlante d’une baignoire ras la gueule.
Ainsi font coucou les petites marionnettes, à travers les grilles du siphon. Trois petits trous et puis s’en vont, du sol au plafond, de l’inertie-insecte blême au lunatisme de guirlandes de fête avec les langues de belle- mère qui effleurent le rectal en divers endroits érogènes.
Aucune corde vocale n’assume une telle note, aucune douleur ne supporte un cri profond à en faire gutturer les gorges de gargarismes à l’eau de vie
In - BOIRE !!! -
2016