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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Basile

Auteur Sujet: Basile  (Lu 1023 fois)

Hors ligne JigoKu Kokoro

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Basile
« le: 03 février 2016 à 16:10:19 »
Allez Hop ^^

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BASILE
Barnabé porta son regard au loin. Le soleil déclinant offrait une lumière particulière à la végétation environnante. Il s’arrêta quelques secondes, le temps d‘apprécier. Oui, cette fois-ci, ils avaient choisi un joli coin pour s’implanter. Barnabé reprit sa marche. Les graviers du chemin crissaient légèrement sous ses pieds, le son était plus doux et diffus qu’il ne l’aurait pensé. Tout en avançant, il étudia alors le sol. Mêlé au gravier, il y avait un peu de sable et quelques brisures de coquillages, c’était sûrement cela qui devait produire ce son.

-  C’est vrai que la côte n’est pas très loin, se dit Barnabé à voix haute.

Il n'y avait personne mais il était arrivé à un âge où parler à voix haute et seul était une évidence. Une brise légère vint caresser son visage et le septuagénaire s’arrêta de nouveau. Il se plaça face à ce souffle et respira à pleins poumons. Un léger parfum iodé se fit sentir.

- Quel dommage qu’on parte demain matin. Vraiment dommage….

Pas plus de deux jours dans les petites villes, il le savait mais lorsqu’il était en présence de si jolis coins de verdure, Barnabé avait toujours le regret de s’en aller. Il aurait bien passé quelques fins d’après-midi de plus à se promener ici. C’était calme et apaisant. Il soupira puis se remit de nouveau en route.

Il ne lui fallut pas longtemps pour rejoindre le cirque. Ce petit chemin et son joli paysage n’étaient qu’à quelques enjambés du champ où la commune les avait autorisés à s’installer. Barnabé appréciait d’être excentré du village comme ici mais il savait que ce n’était pas toujours bon pour les affaires. En traversant le campement, il accorda quelques sourires et quelques regards aux autres membres de la troupe qui s’affairaient à leurs tâches quotidiennes : exercices, entraînements, nettoyage des cages des animaux. Barnabé était bien trop vieux pour aider maintenant. Même s’il s’en félicitait devant les autres, intérieurement cela le faisait souffrir. Une vie entière dans cet univers vous apprenait la sollicitude, l’entraide, la polyvalence. Il fallait faire face, se serrer les coudes en cas de coup dur, ne jamais laisser quelqu’un seul. Cet esprit, Barnabé l’avait porté toute sa carrière et ne plus pouvoir l’honorer comme il l’aimerait le peinait fortement. L’âge bien sûr, la santé aussi, l’usure tout simplement…
Il arriva devant sa vieille caravane. Elle aussi avait des kilomètres au compteur mais Barnabé n’avait jamais eu les moyens de la changer. Tout juste ceux pour réparer ce qui se cassait et consolider quand il fallait. Une vie de bohème engage à savoir où sont ses priorités : manger, s’habiller, se soigner, réparer, se réparer…

Et puis à quoi bon maintenant, ils allaient bien ensemble. Le plus vieux membre de la troupe avec la plus vielle caravane, comme un vrai couple, finalement inséparable. Barnabé tendit le bras et ouvrit la porte. Il grimpa alors avec difficulté le marchepied puis s’y reprit à deux fois pour se hisser à l’intérieur. Ses articulations le faisaient souffrir, l'air était humide. C’était son lot quotidien, un élément de son package de personne âgée. Deux ans avait dit le médecin à Barnabé, avant que la maladie le handicape suffisamment pour qu’il ne puisse plus se mouvoir seul. Bien moins avait pensé le septuagénaire. Il sentait bien qu’il déclinait, plus vite que ne le prévoyaient les livres des médecins. Mais cela Barnabé s’était bien gardé d’en parler au toubib. Des fois que ce dernier décide de l’empêcher de vivre comme bon lui semblait. Sa place était ici et ce jusqu’au bout. Pas ailleurs, pas dans un de ces mouroirs où il ne serait plus que « M. Untel ». Une personne âgée parmi d’autres à qui l’on s’adresserait toujours avec des phrases commençant par « On » : « On a bien dormi ce matin ? On n’a faim ? Oh, on s’est levé sans nous appeler cette nuit… » Barnabé eut un frisson. Ces pensées étaient ces pires cauchemars. Bien qu’il sache que le directeur ou les membres de la troupe ne le permettraient jamais, il ne pouvait s’empêcher de le redouter.

Barnabé mit en route sa bouilloire électrique et sortit, sur son petit plateau, sa tasse, le miel et une cuillère. Il sortit aussi sa petite boite métallique et en sorti ses comprimés. Petites pilules miracles qui lui permettaient chaque soir de représentation de vivre son rêve. Il y avait les siennes, celle du toubib et puis il y avait les autres. Celle-là, il n’aurait pas dû les avoir. Trop fort, interdit à mélanger avec les siennes, le gars du cabinet lui avait dit : « Votre traitement est déjà fort. Plus, c’est trop dangereux ». Barnabé en avait pleuré un soir dans sa caravane et c’était Timothée qui l’avait trouvé. Un gars bien ce trapéziste. Avec un sourire et une accolade musclée, ce dernier lui avait promis de l’aider. Ainsi, régulièrement, en fait lorsque Barnabé allait venir à manquer, le trapéziste allait voir le docteur du coin et se plaignait d’atroces douleurs en jouant un peu de sérénades au médecin. Il avait du bagout le bougre et il repartait toujours avec une ordonnance sur laquelle figuraient les compléments nécessaires à Barnabé.

La tristesse le traversa une nouvelle fois. Elle venait de plus en plus souvent ces derniers temps mais Barnabé n’avait pas peur. Tant qu’il pourrait vivre ces soirs de représentations, elle ne l’emporterait pas sur lui. La bouilloire sonna et Barnabé se servit. Il prit alors un paquet de biscuit et s’en plaça deux à côté de la tasse. Puis il prit l’ensemble et alla s’asseoir devant sa vielle glace piquée par le temps. Il alluma la lampe et déballa ses affaires de maquillage. Il ne se regarda pas dans la glace. Il n’aimait pas ce qu’il y voyait ou plutôt ce qu’il ressentait en se voyant. Au lieu de ça, il prépara tout ce dont il avait besoin puis mit le miel dans son thé, remua et plaça ses mains autour de la tasse pour se les réchauffer. Il regarda un moment les pilules et son esprit vagabonda encore. Il était seul, entouré de la troupe mais seul tout de même. Le directeur actuel n’était autre que le petit-fils de celui qui l’avait embauché et la personne la plus âgée après lui avait vingt-cinq années de moins. Il y avait un fossé générationnel bien creusé et malgré les efforts de toute la famille cirque Barnabé sentait ce décalage lui peser parfois.

Il n’avait pas eu de femme. À l’âge où il était encore fringuant et jeune cela lui avait fait très envie mais voilà, à cette époque, aucune fille ne voulait être la femme du clown. Ce n'était pas ce qui faisait le plus envie aux petites funambules et autre acrobates. L'assistante du magicien, la fille du dompteur, même la caissière... Barnabé était le gentil Barnabé, le clown Basile. C'était le compagnon de tout le monde, l'ami de tous mais pas plus. Barnabé repensa à son ami Émile, le jongleur. Il était sensationnel pour l'époque, un numéro bluffant ou il jonglait avec des objets empruntés au public en plus de ses accessoires. Une rapidité à toute épreuve. Émile et lui avaient été les meilleurs amis pendant de longues années, partageant quelques bonnes soirées parfois copieusement arrosées. Mais Émile avait trouvé l'amour avec une jolie équilibriste slave et arrivé à un âge assez avancé, il avait préféré avec son épouse quitter la piste et devenir un sédentaire.   

Barnabé redescendit sur terre et but une gorgée de thé. Il avala ses pilules puis grignota ses gâteaux. Il était temps de faire appel à Basile. Il entreprit alors son rituel de maquillage, doucement, tranquillement. C'était long. Long car ses gestes n'étaient plus aussi rapides et sûrs. Long, parce qu'il entrecoupait sa tâche de gorgées de thé qui laissaient l'occasion à son esprit de se perdre dans les limbes de ses souvenirs. Long parce que Basile avait besoin que les médocs agissent et libèrent son corps de sa chape ankylosante dans laquelle il vivait.

Le temps passa et lorsque la porte de la caravane s'ouvrit de nouveau, Basile fit son apparition. Un costume magnifique, bien que l'on pouvait voir qu'il n'était pas neuf, un maquillage traditionnel réalisé avec beaucoup de soin et surtout un visage qui exprimait autre chose que la mélancolie de Barnabé. Dès les premiers pas, on reconnaissait Basile, il ne marchait pas vite, mais c'était fluide. Il traversa de nouveau les membres de la troupe qui étaient eux aussi passés aux préparatifs. Tout en distribuant des petits gestes d'encouragement comique, Barnabé était heureux une fois glissé dans la peau de Basile. Les médicaments aidant bien sûr, il y avait le plaisir de revêtir son costume, de faire une représentation de plus et surtout de se poster à quelques pas de la caisse pour accueillir les spectateurs enfin surtout un genre en particulier. Basile ne manquait jamais ce créneau horaire où le public venait prendre place sous le chapiteau. Les poches pleines d'accessoires pour ses numéros et bien d'autres choses. Il arriva juste à temps pour voir la première voiture se garer sur la partie de champ semi-aménagée par la mairie. Il en descendit une petite fille et sa maman. Basile se prépara, il lista mentalement tout ce qu'il pourrait faire ou dire au moment où les deux premiers spectateurs passeraient à côté de lui. Un tour à la caisse pour le billet, un peu de friandise et la maman entraîna sa fille un peu de force vers l'entrée. Sûrement pour éviter de nouveaux frais supplémentaires car la petite avait déjà repéré les ballons à l'hélium. Basile la guettait du coin de l’œil, il l'étudiait. Une jolie petite brune avec des cheveux fins rassemblés en une queue de cheval fermée par un chouchou rose. C'est au moment où la gamine renonça enfin à réclamer à sa maman son ballon qu'elle l'aperçut. Elle désigna Basile du doigt tout en affichant un sourire gigantesque. Basile ressentit immédiatement de la chaleur en lui, voilà, c'était pour ça qu'il était là chaque jour, pour cette sensation. La petite fille prit le devant et tira sa mère du coup en avant. Elle trépignait, impatiente. La maman restait dans son rôle d'adulte, elle tempérait la fougue de sa progéniture tout en ayant un regard bienveillant sur la passion qu'affichait le bout de chou. Quand la magie de l'enfance nous a quitté, il ne reste qu'à la recréer et la faire vivre à nos enfants pour leur plus grande joie et la nôtre par procuration.

La brunette arriva enfin devant le clown, heureuse mais du coup un peu intimidée maintenant qu'elle était devant lui. Basile sourit, bien que son maquillage le fasse déjà pour lui, et se pencha très légèrement vers ses yeux d'enfants.

- Mmm... bonjour madame, dit-il en se penchant de nouveau un peu plus. Vous avez une bien grande fille, rajouta-t-il en désignant la maman du doigt.

La petite fille sourit avec béatitude. Elle le regarda intensément puis dit :

- Mais non ! C'est pas elle la fille, c'est moi. Elle c'est la maman.
- La maman ? répondit Basile, la maman à qui ? La mienne ?

La petite fille se mit à pouffer de rire en mettant sa main devant sa bouche. La maman se mit à sourire sincèrement en voyant son enfant ainsi.

- Mais non... tu t’es trompé, c'est pas ta maman c'est la mienne à moi !
- Ahhh d'accord, répondit le clown.

Il fit une moue un peu perplexe puis s'adressa de nouveau à la petite fille :

- Tu sais j'ai une très très mauvaise vue, c'est pour ça que j'ai dû me tromper. Attends veux-tu ?

Sur cette fin de phrase, il sortit de sa poche une immense paire de lunette rose. Il prit son temps pour les placer délicatement sur son visage et déjà la petite brunette riait aux éclats :

- T'as vu maman, elles sont trop énormes ses lunettes !

Puis s'adressant au clown :

- Mais elles trop grandes tes lunettes monsieur le clown. C'est au moins des lunettes de baleines quoi !

Basile fit celui qui ignorait ce que l'on disait et se pencha de nouveau vers la petite fille. Affublé de son énorme monture, il fit une grimace en surjouant la personne se concentrant pour mieux voir. Les rires partirent de plus belle.

- Ahhhh mais oui, je vois bien mieux maintenant, elle est plus grande que toi mais je suis sûr que toi tu es une princesse non ?
- La petite princesse de sa maman surtout, répondit la mère avec une certaine consternation dans la voix.

Basile avait entendu cette phrase des milliers de fois mais il s'en fichait. Lorsque les enfants étaient dans son cirque, ils étaient tous des princes et princesses. Enfin presque parce que ces dernières années, il avait eu à faire avec de sacrés cas. La petite fille, qui avait un peu rougi après les propos de sa maman, prit alors doucement a parole :

- C'est comme elle dit maman tu vois... Si je suis sage j'ai le droit d'être la princesse à la maison mais je fais quand même beaucoup des bêtises.
- Eh bien nous allons voir cela ma chère, répondit Basile, il paraît que les vraies princesses ont des roses qui poussent derrière leur oreilles. Fais voir toi ?

D'un geste rapide, il glissa sa main gantée juste à côté de la petite oreille et la frôla de son gant en la retirant. La petite rit de cette chatouille puis ouvrit des yeux ronds et poussa un « Wouaaaah ! » lorsque qu'elle aperçut la petite rose de papier que Basile avait justement dans la main. Bien avant, Barnabé les fabriquait pour Basile, désormais c’était les autres à qui il avait appris qui les lui faisaient. Un infime détail qui n’était rien aux yeux des enfants mais qui provoquait toujours un pincement au cœur de Barnabé.

-   T’as vu maman ! Elle est trop belle ! Vous êtes trop fort monsieur le clown !
-   Appelles moi Basile, ma petite, et tu feras de moi le plus heureux des clowns.
-   Alors t’es trop fort toi monsieur Basile.

Là ce fut Basile qui se mit à rire. Il se pencha et fit un clin d’œil à la petite fille qui lui répondit encore avec un grand sourire. La maman semblait comblée que sa progéniture s’amuse déjà alors que le spectacle n’avait pas déjà commencé.

-   Allez, viens ma chérie, allons nous choisir une place, dit la maman d’une voix douce.
-   Oui maman ! Je suis trop impatiente ! A tout à l’heure monsieur Basile le clown !

La petite fille s’éloigna en agitant la main et Basile répondit à ce geste avec bonheur et grimaces supplémentaires ce qui provoqua encore un joli rire. C’était la drogue la plus puissante que connaissait Basile. Elle vous prenait à la poitrine, vous enserrait le cœur et explosait dans votre corps électrisant tout sur son passage. Basile et Barnabé ne vivaient que pour ça, cette sensation que provoquait cette drogue intense. Tellement intense que malgré les années, jamais ils n’avaient pu une seule fois décrocher de cette addiction.

Le corps chaud, des étoiles dans les yeux, Basile s’apprêta à accueillir sa deuxième dose. Elle arrivait elle aussi du parking et ne semblait pas commode. Plus âgé que la précédente, légèrement blasé au côté de son père, le garçon semblait déjà s’ennuyer. Un gros défi attendait Basile. Billets et friandises achetés, le garçon s’avança en faisant mine de ne pas voir le clown, tout au contraire de son père qui lui le fixait intensément des yeux. Arrivant à sa hauteur, le garçon sembla vouloir éviter la confrontation mais Basile entama la conversation :

-   Que voilà un visage bien trop sérieux sur un si jeune garçon.

Le garçon se tourna vers le clown et leva difficilement les yeux. On sentait un mélange d’embarras et d’agacement dans son regard. Puis s’adressant à son père en tirant sur sa manche, il dit :

-   Allez Papa avance, c’est trop la honte, je suis trop grand pour ça je t’ai dit !

Mais le père ignora superbement le garçon. Les yeux rivés sur Basile, il était bloqué d’admiration.

-   Je vous reconnaîtrai entre mille, dit ce dernier. J’ai écumé beaucoup de cirque pour avoir la chance de vous revoir un jour. La dernière fois j’avais son âge…

Basile fut interloqué. Pour la première fois depuis très longtemps, il eut un « blanc ». Une vague de plaisir accompagnée d’une bouffée de bonheur submergea son corps chassant tout au loin. La vieillesse de Barnabé, ses douleurs, sa vie plus remplie de souvenirs que d’avenir. Cette journée était sûrement une des meilleures qu’il vivrait.

-   Mon chéri, reprit le père s’adressant au garçon, je te présente Basile le meilleur clown du monde.

Le garçon ne répondit pas, visiblement toujours dans la gêne et l’agacement. Il jetait des coups d’œil de gauche à droite. Basile prit une légère inspiration et ouvrit le bal :

-   Il est bien dommage que je ne te revois que maintenant, dit-il avec un sourire. As-tu toujours la pièce que je t’avais confiée ?

Le père eut à son tour un moment de surprise.

-   Incroyable… dit-il dans un souffle comment vous en souvenez-vous ?
-   Parce que je suis magicien mon petit ! Alors cette pièce ?
-   Eh bien je… je l’ai dans mon portefeuille attendez voir.

Basile se pencha vers le garçon. En posant ses mains sur ses épaules, il obligea ainsi le garçon à le regarder.

-   Je pense que tu l’as perdu, dit-il au père sans lâcher du regard le garçon.
-   Non non, répondit l’homme un peu bouleversé qui cherchait frénétiquement dans son portefeuille. Je suis sûr de l’avoir gardée là-dedans.
-   Mon garçon, dit Basile à l’enfant, je pense que tu devrais regarder dans ta poche, il y a sûrement la pièce de ton père.

Le garçon ouvrit de grands yeux et se mit à rougir avec force.

-   Je… quoi ? C’est toi qui l’as ? dit le père avec surprise en demandant à son fils.

Pour toute réponse le garçon mit la main dans sa poche en disant :

-   Je voulais que tu croies l’avoir perdue et comme ça tu aurais arrêté de me traîner dans tous ces cirques…

Mais en touchant le fond de sa poche le garçon ouvrit de nouveau grand les yeux de surprise. Il sortit vivement la main de son pantalon et en ouvrant sa main, il découvrit deux pièces.

-   Y en avait qu’une ! J’en ai mis qu’une dans ma poche ! Mais comment... ?
-   Ça c’est parce que je suis magicien mon grand, fit Basile en lui faisant un clin d’œil.

Le garçon ne put s’empêcher de sourire accompagné quelques secondes plus tard par son père et Basile reçut sa deuxième dose avec un plaisir non dissimulé.

-   Mais papa c’est juste incroyable ! Comment il a fait ?
-   Je te l’avais dit, répondit le père avec tendresse, il est exceptionnel. Tu comprends pourquoi je voulais que tu le rencontres. Allez viens on va s’asseoir, je veux les meilleures places !

Sur ces mots, avec un sourire béat et des larmes au coin des yeux, le père emmena son fils à l’intérieur.
Basile avait ses trucs, depuis des années. Un zeste d’observation, une pincée de déduction et bien sûr, en deçà des tours et astuces qu’il utilisait depuis des années, il y avait ces milliers d’enfants qu’il avait vu défiler devant lui. Tous différents et pourtant si proche les uns des autres. Ce soir allait décidément être un grand soir….



La représentation avait été fabuleuse, magique, incroyable. Basile avait subjugué le public. Les enfants riant aux éclats, les parents aussi même malgré eux parfois. De la joie, de la surprise et une tonne d’applaudissements au bout des six minutes et trente-deux secondes que durait en moyenne son numéro. Porté par la ferveur, Basile avait redoublé d’efforts lors du final, offrant même quelques facéties supplémentaires contrairement à son habitude. Acclamé par le public, félicité chaudement par la troupe, Basile s’en était retourné à la caravane de Barnabé, un peu groggy de cette soirée exceptionnelle.  Il ne s’était pas démaquillé ni même déshabillé. Emporté par le bonheur et la fatigue, Basile s’était effacé et Barnabé s’était écroulé sur son lit. Son esprit partant déjà loin pendant que son corps lourd comme une énorme pierre s’écrasait sur le matelas.



Ce matin Timothée était inquiet. Il était plus de onze heures du matin et Barnabé n’avait pas mis le nez en dehors de sa caravane. Le vieux clown les avait bluffés hier soir. Insatiable, d’un entrain et d’une énergie incroyable, Basile avait transcendé le spectacle ramenant l’ambiance à ce qu’elle avait pu être des années auparavant. Tous, le cœur léger et animés d’une joie qu’ils n’avaient pas connu depuis longtemps, ils étaient allés se coucher après avoir plié le chapiteau. Plein d’entrain pour la journée du lendemain, plein d’une énergie que Basile leur avait communiquée. Toutefois, les derniers préparatifs presque finis, Timothée était rongé par le doute. Hier soir, emporté par l’élan, il ne lui était pas venu à l’esprit que peut-être Barnabé avait abusé des comprimés qu’il lui fournissait. La culpabilité commençait à le travailler et le pire scénario se mettait en place. Si le vieux clown avait fait une connerie avec les cachets, il en était responsable quelque part, bien évidemment. Finalement, n’y tenant plus, Timothée partit en direction de la vieille caravane. Là où Barnabé mettait un temps fou pour arriver sur place, lui y était en quelques secondes. Devant la porte, il voulut frapper mais s’arrêta. Il plaça son oreille en tentant d’écouter mais aucun son ne lui parvint. Pas même le ronron que Barnabé laissait échapper habituellement dans son sommeil.  Cela ne le rassura pas alors il cogna une première fois, appelant le prénom de l’occupant. Toujours pas de réponse… Il recommença plus fort sur la porte et par la voix mais le résultat fut le même. Le cœur enserré par la peur et l’angoisse, Timothée se saisit de la poignée et ouvrit la porte avec beaucoup de force. Il sauta littéralement à l’intérieur de la caravane et ce qu’il vit le transperça de part en part. Comme si un seau de glace entier venait d’être déversé à l’intérieur de lui.
Barnabé était là, toujours en costume de Basile. Couché maladroitement sur le côté dans son lit, comme s’il s’était effondré là et n’avait plus bougé. Timothée eut un choc, le vieux clown était mort là, dans l’indifférence générale de la liesse post-spectacle qu’il avait lui-même créée. Quelle injustice ! Il fallut quelques secondes à Timothée pour enfin réussir à se mouvoir. Les larmes aux bords des yeux, il s’approcha du corps inanimé du vieux clown et s’agenouilla près de son visage. Les sanglots commencèrent à le secouer et c’est là qu’une voix dit :

-   Purée tu verrais ta tête c’est génial !

Puis un fou rire monumental secoua Basile de part en part. Timothée tomba sur les fesses et regarda son ami le vieux clown lui offrir un spectacle de vie improbable.

-   T’en as mis du temps pour venir mon vieux, pour un peu et j’allais devoir t’appeler.
-   T’es vraiment un gros con ! fut tout ce Timothée réussit à répondre à Basile.

Le corps toujours secoué de rire, Basile commença un peu à bouger et dit :

-   Allez sois pas mauvais joueur, elle était pas mal celle-là non ? Aide-moi s’il te plaît, après autant de temps sans bouger, je vais pas réussir à me lever seul, du moins pas sans me pisser dessus alors ça va faire désordre.

Timothée obtempéra et une fois relevé, serra son ami dans ses bras.

-   Mais t’es un putain de con quand même mon vieux j’ai eu la frousse de ma vie, tu le sais ça ?
-   Ah… Que veux-tu, c’est parce que je suis un magicien mon ami !  Magicien…
« Modifié: 07 avril 2016 à 11:15:10 par JigoKu Kokoro »
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Re : Basile
« Réponse #1 le: 03 février 2016 à 20:59:24 »
Pour le coup, je suis curieuse de savoir quel morceau t'a mis cette histoire en tête. Mais en même temps, ce serait comme dévoiler le secret du magicien, d'une certaine façon.

J'ai pas fait le tour de la forme, mais j'ai quand même buté sur quelques fautes de frappe ou de formulation :

Citer
-  C’est vrai que la côte n’est pas très loin, de dit Barnabé à voix haute.
[...] se dit [...]

Citer
Il plaça son oreille en tentant d’écouter mais aucun son ne lui parvint. Pas même le ronron habituel que Barnabé laissait échapper habituellement dans son sommeil.
"habituel" ou "habituellement", il faut choisir. Plus sérieusement, je ne suis pas certaine que tu aies besoin des deux.

Il y en a peut-être d'autres ailleurs, mais je ne suis pas du genre à pinailler. Juste que ces deux sont mal passées à la lecture.
Autrement, j'ai bien aimé ce texte. J'ai peut-être eu un peu de mal à rentrer dedans, mais une fois arrivé à la soirée avec les enfants, ce fut oublié. La fin est elle aussi dans la ligne droite de ce qu'on peut attendre d'un tel personnage, mais en même temps ça reste une bonne surprise, en tout cas pour moi. Même si les points de suspension finaux laissent à penser une deuxième fin plus tragique.
« Modifié: 03 février 2016 à 23:44:13 par Luna Psylle »

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Re : Basile
« Réponse #2 le: 03 février 2016 à 22:04:26 »
Merci, faute corrigées  ;)

Content que tu ais apprécié le texte, je te remercie d'avoir pris le temps de le lire. A une époque j'ai fait le test en écrivant un texte et en demandant aux personnes de me donner la musique qu'ils imaginaient dessus. Les résultats ont été surprenant et au final, la musique qui m'avait inspirée ne leur parlait pas du tout.

Toutefois je ne suis pas contre en soit alors voici le morceau en question. Il  est a écouter en entier car sa montée crescendo est à l'origine de l'histoire et son rythme du début à la fin  ;)

Bref, j'espère d'autre avis afin de voir si certains de mes défauts ont été améliorés  :)

Encore merci à toi.
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Re : Basile [Ne pas lire c'est trop long :p :D ]
« Réponse #3 le: 05 février 2016 à 15:56:01 »
Ortho/grammaire (tu as fait d'énormes progrès dans l'ensemble) :
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Je maintiens malgré la longueur de la liste (le texte est long) que ta conjugaison s'est nettement améliorée dans l'ensemble, on sent que tu bosses dessus ^^
Comme j'avais l'oeil sur l'ortho/grammaire, j'ai fait moins attention au style que d'ordinaire et j'aurais un peu de mal à le commenter. Je me suis dit qu'une liste des fautes qui t'ont échappé te serait utile.
Dans l'ensemble, c'est un texte très tranquille. C'est de l'ordre de la tranche de vie : ce qu'il y aurait pu y avoir d'excessif (l'âge, la double addiction pillule/sourires) est gardé assez calme, presque en réserve. C'est un peu là le mérite et le problème du texte : c'est très doux et ça prend son temps pour l'être. J'avoue qu'il y a eu quelques points (entre la rentrée au cirque et les premières interactions avec les enfants) où je trouvais ça assez long. Mais dans l'ensemble c'était intéressant, plus posé que tes autres textes.

Hors ligne JigoKu Kokoro

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Re : Basile [Ne pas lire c'est trop long :p :D ]
« Réponse #4 le: 05 février 2016 à 16:48:32 »
Citer
Ortho/grammaire (tu as fait d'énormes progrès dans l'ensemble) :
Je maintiens malgré la longueur de la liste (le texte est long) que ta conjugaison s'est nettement améliorée dans l'ensemble, on sent que tu bosses dessus ^^
Ben ça ça fait plaisir parce que j'ai pas mal travailler dessus en effet   :D
Bon il reste encore à combattre ce conn... de "S" qui veut tout le temps prendre la place du "T"  :mrgreen:
En tout cas merci d'avoir pris le temps d'éplucher, faute corrigée  :)

Citer
ans l'ensemble, c'est un texte très tranquille. C'est de l'ordre de la tranche de vie : ce qu'il y aurait pu y avoir d'excessif (l'âge, la double addiction pillule/sourires) est gardé assez calme, presque en réserve. C'est un peu là le mérite et le problème du texte : c'est très doux et ça prend son temps pour l'être. J'avoue qu'il y a eu quelques points (entre la rentrée au cirque et les premières interactions avec les enfants) où je trouvais ça assez long. Mais dans l'ensemble c'était intéressant, plus posé que tes autres textes.
J'ai essayé de tenir compte de ce qui m'avait été dit. Simplifier mes formulations, essayer de poser un peu mon texte afin de pas donner une impression de vitesse d'écriture,etc... J'ai là aussi travailler l'ensemble afin de rester plus proche de l'histoire que du style.

Alors oui, Luna me l'a dit aussi, et je pense qu'il manque peut-être une chose dans ce texte car je suis sur la voie de ce que je voulais faire. Je voulais que la lenteur et la tristesse de ce personnage s'ancrent chez le lecteur afin qu'il y ait une vraie différence à l'entrée en scène de Basile. Que tout s'illumine et deviennent vraiment vivant à ce moment précis. Je vois donc que je ne suis pas loin car, pour ce deuxième commentaires, on me dit avoir plus accroché quand Basile surgit avec les enfants. ^^

Merci encore d'avoir lu ce texte  :)
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