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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Freja

Auteur Sujet: Freja  (Lu 879 fois)

Hors ligne Lepe

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Freja
« le: 12 Novembre 2015 à 10:08:43 »
Bonjour tout le monde.

Je n'ai pas pour habitude d'écrire autre chose que mon roman, et me voici dans un style tout à fait différent, qui n'a aucune similarité avec ce que j'ai écrit précédemment. Il ne s'agit pas d'un exercice d'écriture, mais c'était plutôt un moyen pour moi de faire passer ma tristesse. Je l'ai écrit à chaud, sans relecture. J'espère que vous apprécierez.


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Elle marchait à mes côtés. Si rapidement. On savait tous deux que c’était la fin. Mais on gardait nos habitudes pour prétendre le contraire. Demain serait comme tous les autres jours. Tout du moins, c’est ce que j’essayais de me persuader. Alors, comme à l’accoutumé, on critiquait ci et ça, on se moquait des gens que l’on trouvait stupide.

Freja, c’était la fille qui s’était dit qu’elle ne me parlerait jamais. Parce que j’étais un stupide français qui venait au Danemark en bafouillant la langue. C’était la seule qui s’était dit : « Cool, il n’assistera pas à mes cours, je n’aurai pas besoin de lui parler ». C’était la seule qui paraissait mal-aimable parmi tous ces scandinaves rieurs. Et pourtant… j’avais été mystérieusement attiré par son silence. Sa façade de marbre. Son mépris certain quand je m’exprimais dans un anglais à forte consonance française. J’étais sûr qu’il y avait matière à creuser. Et j’y suis allé au marteau piqueur. En quelques semaines, on partait comme aujourd’hui se balader chaque soir. Elle me défendait quand certains commençaient à dire du mal des français. Elle me parlait parfois de ma copine, laissée en France, avec peut-être un peu de jalousie. J’avais le droit, juste moi, à ses sourires. Les samedis soirs, lorsque tout le monde commençaient leurs jeux d’alcool stupides, je n’attendais qu’une chose. Qu’elle me dise d’aller se poser quelque part au calme. Et alors nous buvions, rigolions, oubliant nos différences. Nous pouvions nous comprendre en juste un regard, riant alors tout deux, sans que les autres ne comprennent pourquoi. Elle détestait tout contact humain, mais parfois, pour des occasions très spéciales, j’avais le droit à un petit câlin. Je me faisais gentiment réprimander quand j’insinuais qu’elle n’était pas meilleure amie parmi les vikings. Quand on n’était pas ensemble, je la surprenais à me jeter des coups d’œil furtif. Tout cela va se terminer.

Tout cela n’aura été que l’espace d’un souffle dans toute une vie. Alors que nous marchions, nos silences emplis de nostalgie, aucun de nous ne voulant mentionner cette séparation. Elle ne ralentissait pas la cadence, comme je l’aurai souhaité. La fin de cette balade dans cette nuit froide de novembre symbolisait nos derniers instants seuls ensembles. Le temps semblait filer, et bien que j’essayais de retarder le plus possible cette fin inévitable, la fin de la marche se présentait. Je ne pleurais pas. Le ciel le faisait pour moi.

Hors ligne Loïc

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Re : Freja
« Réponse #1 le: 12 Novembre 2015 à 21:12:02 »
Citer
Tout du moins, c’est ce que j’essayais de me persuader

ce dont

Citer
Parce que j’étais un stupide français

Français
Idem, Scandinaves plus loin

Citer
Son mépris certain quand je m’exprimais dans un anglais à forte consonance française.

Tu peux mieux dire ça, dire c'est quoi la consonnance (l'accent, la maladresse...)

Citer
lorsque tout le monde commençaient leurs jeux d’alcool

Tout le monde + commençaient + leurs ça fait bizarre

Citer
Tout cela n’aura été que l’espace d’un souffle dans toute une vie

Tu as déjà tout cela la ligne d'avant

Bon j'ai pas l'impression que ce soit un texte destiné à être retravaillé, mais si jamais c'était le cas :
— ta narration est beaucoup trop extérieure. Le premier paragraphe est pas mal mais après tu racontes tout, sans rien montrer. Faudrait faire un vrai flashback, qu'on se sente avec ton perso, les brimades, comment la fille l'a attiré (je peux le comprendre, les beautés froides ça m'attire aussi xD)
— pas mal de répétitions qu'il faudrait éliminer. Une relecture attentive devrait aider. Faut fluidifier aussi.

En fait tu peux en faire une histoire vraiment intéressant : nous montrer vraiment comment ils deviennent amis. Tu dis que le perso y va au marteau piqueur. Ca veut dire quoi ? On veut le voir, pas lire ça. Idem, on veut entendre leurs discusssions.

Voilà pour des pistes. A + !
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Celles dans lesquelles on peut entrer à tout moment et s'installer à son aise."
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Hors ligne Lepe

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Re : Freja
« Réponse #2 le: 14 Novembre 2015 à 00:43:38 »
Merci Loïc d'avoir pris le temps de me répondre (d'ailleurs, si c'est ton vrai prénom on porte le même  ;D )

En effet, je n'ai pas pour projet de le réécrire. J'ai tout écrit d'une traîte. C'est une histoire vraie, le Français c'est moi, du coup je me vois pas écrire une histoire de ma vie... Mais je garde tes remarques, et peut être qu'un jour j'ouvrirai Word et j'écrirais tout ça ! :)

Hors ligne Lepe

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Re : Freja
« Réponse #3 le: 14 Novembre 2015 à 12:15:08 »
Finalement je me suis décidé à écrire les adieux...

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Sept heures… Vite, il faut que je saute dans ma douche pour ne pas la rater. L’eau n’avait même pas eu le temps de chauffer que j’étalais déjà la mousse sur mon corps. Je me sèche frénétiquement, ne perdant pas une seconde. Un rapide geste de la main dans mes cheveux ferait office de coiffure. Je vois alors une face morne, qui essaye d’esquisser un sourire. Je quitte le miroir, ça fera l’affaire. Je descends les escaliers d’un pas précipité, ne prenant même pas soin d’être discret. De toute façon, personne n’habite dans ce secteur, et j’étais habituellement silencieux par pure décence. La veille, il y avait eu un repas spécial. C’est pour cela que les tables n’étaient pas installées  et qu’il nous fallait trouver un endroit dans l’école pour manger. Le petit déjeuner n’était pas encore en place, seules quelques céréales ornaient le buffet. Parfait, j’avais juste à prétendre que j’attendais la nourriture, et non elle. Savait on jamais, peut-être ne s’assiérait-elle pas à ma table ce matin…

La voilà qui vient. Je regarde le buffet d’un air amusé. Il manque le pain et de nombreuses garnitures. Elle me regarde et on se sourit. Ce sourire si rare et précieux qui la rend si attachante. Nous avons tous deux songés à la même chose : le déjeuner ce matin était à la hauteur du repas d’hier, c’est-à-dire pitoyable.

Elle déjeuna très vite et s’en alla, comme d’habitude.

Midi. Je m’installais à une table avec quelques amis. Une place était libre pour elle. Elle était toujours en cours. Je regardais toutes les dix secondes derrière moi, m’attendant à la voir apparaître dans l’embrasure de la porte. Quelqu’un s’approcha, demanda si la place était libre. Horreur, je n’ai même pas eu le temps de réagir que mes amis l’accueillirent chaleureusement. Je ne pouvais pas leur en vouloir, ils ne savaient pas. Elle arriva. Elle jeta un coup d’œil rapide à notre table, avant de se diriger vers une autre, vide. Elle s’était installée de façon à ce qu’elle puisse nous voir. Simple coïncidence ? J’espère que non. Elle était seule. Elle aurait pu prendre une assiette et se mettre en bout de table, comme beaucoup font. Elle devait avoir sa fierté, se montrer indépendante ou tout simplement, privilégier le confort à une bonne compagnie. Cependant, je la voyais nous accorder des œillades discrètes. Ah, ma chère Freja, tu me feras toujours rire. J’hésitais à quitter mes amis pour la rejoindre. Ça me fendait le cœur de la voir si seule. J’avais l’impression d’être responsable. Enfin, quelqu’un vint s’assoir avec elle. J’étais soulagé, comme si je n’avais plus à m’occuper d’elle. Bien qu’elle fût mon aînée de deux ans, je me sentais toujours responsable de son amusement et de son bien-être. A chaque fois qu’elle avait trop bu, c’était moi qui l’aidais à retourner à sa chambre.

Le repas se finit, et je la suis. On parle un peu sur le chemin. Elle me demande ce que je vais faire, je lui dis que je vais juste aller dans le foyer avec quelques gens. Quant à elle, elle m’annonce qu’elle part chercher sa valise, ses parents l’attendent. On se regarde. Même si elle est une marche d’escalier au-dessus de moi, je suis toujours plus grand. Elle a une petite moue triste, et alors, je dis : « Farewell Freja ». Elle me fixe de ses yeux ronds et verts.

« Do you want a hug? demanda-t-elle.
- Yes, souris-je.”

Elle lâche alors un petit “oooh” brisé et me serre dans ses bras. L’étreinte ne dure pas longtemps. Elle n’est pas très à l’aise avec ça, d’autant plus que des garces glousseuses nous observent. Je savoure chaque seconde, sa tête collée contre ma poitrine.

Elle monte un peu les marches, pourquoi doit elle toujours être si pressée ? Je l’apostrophe : « Freja, you were a very nice friend ! »

Elle me regarde et un grand sourire gêné se peint sur son visage. Elle n’est visiblement pas habituée à entendre ce genre de chose. Elle me répond que moi aussi, et tend sa main. Je partais au même moment, et notre « high five » se rate. Mon bras perdu dans le vide, il tâte l’air, je ne la vois pas. Soudain, je sens une pression, un serrement. Nos doigts glissent lentement, ce sera mon dernier souvenir d’elle, sa petite main dans la mienne.


 


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