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Auteur Sujet: Mémoires d'un Mioche  (Lu 1665 fois)

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
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Mémoires d'un Mioche
« le: 19 Décembre 2014 à 02:36:32 »
Textes déposés à la S.A.C.D

Je vais vous raconter mes mémoires de petit mioche, à Paris, dans le Marais, dans les années soixante.
Toute ressemblance avec la vie d'un autre mioche serait purement fortuite et involontaire.




Prière dans le noir



Il ne faut pas ma maman que tu meures.
Il ne faut pas ma maman que tu meures.
Je ne veux pas ma maman que tu meures.
Ma maman, si tu meures, je mourrai aussi.
Ma maman, si tu meures, le monde entier mourra.
Si tu meures, ma maman, tous les chats, tous les chiens, tous les animaux de la terre, tous les jours de la vie mourront aussi.
Ma maman, si tu meures le bon Dieu sera mort.
Je ne verrai plus le bon Dieu dans le noir, ma maman si tu meures.
Il n’y aura plus de chansons d’Edith Piaf par les fenêtres, si tu meures ma maman.
Il n’y aura plus de maison, de forêts, de manèges, il n’y aura plus de bonne soupe délicieuse dans mon ventre.
Il n’y aura plus de machine à coudre qui fait tant de bruit et de belles jupes.
Il n’y aura plus tes beaux rires et tes belles larmes ma maman si tu meures.
Il n’y aura plus de maman, ma maman si tu meures.
Ma maman si tu meures, je veux mourir avec toi.
Non, je ne veux pas mourir avec toi.
Je veux mourir avant toi, ma maman si tu meures.





Le Cabas

Quand j’étais bien petit, j’étais bien beau à ce qu’on disait. Des yeux tout bleu. Des cheveux blonds d’ange. Des petites joues rondes comme des pommes. Une bonne petite bouille de parigot qu’on aurait cru élevé à la campagne, avec du lait de brebis et des œufs frais du jour.    
Je riais tout le temps. Tout me faisait rire. Les petites bestioles entre les pavés. Marcher dans la rue. Regarder en l’air. Manger une banane, une poire ou un beignet. Les pochettes surprise. Ma mère me lavant dans la bassine posée sur la vieille commode. Le gant qui chatouillait. Les rires de ma mère.
La gaité avait fait son nid au fond de moi. Le vieux Paris était comique. Tout me faisait rire.
En allant faire les courses, souvent il arrivait qu'une parfaite inconnue nous arrête dans la rue ma mère et moi. Elle nous disait alors en me mangeant des yeux :
- Mon dieu, qu’est-ce qu’il est beau ! Qu’est-ce qu’il a l’air gentil en plus !
Et ma mère lui répondait :
- Ah bon, vous croyez ?
   - A croquer, je vous dis.
   - Ah bon ?
On flattait ma mère. Comme elle était pauvre à cette époque, cela lui faisait briller le coeur. A la place de dire « Merci, c’est gentil », elle faisait semblant d’être bête pour retenir ses jambes de danser. Moi, quand je recevais un compliment, je ne cachais jamais rien, je dansais avec mes joues et avec mes yeux. Je rigolais. Surtout quand l’inconnue passait sa main dans mes cheveux, et puis disait :
   - De vrais blés d’or ! Et si soyeux !
   - Oui, on se demande avec mon mari. Nous sommes si bruns.
   - Ca arrive que ça saute une génération, vous savez. Et y en a qu’un comme ça ?
   Quand on lui posait ce genre de question, en général un petit nuage blanc se déposait sur le visage de ma mère. Souvent, elle ne répondait rien. Elle regardait par dessus l'épaule de l'inconnue quelque chose qui n'existait pas. Ou bien elle regardait si ses chaussures étaient propres ou bien si elles étaient sales. Mais quand il lui arrivait de répondre, elle répondait ceci avec une petite voix enrouée :
   - Y en avait une autre, mais elle est morte à la naissance.
Dans ces cas-là, il y avait deux sortes d’inconnue. Celle qui s’éloignait soudain avec un bras en l'air en disant :
- Ma pauvre, oh ma pauvre ! comme si elle était toute nue et qu’il allait soudain pleuvoir.
Et puis il y avait celle qui commençait à discuter d’enfants morts avec ma mère. Et de berceau vide. Et de poussette à revendre. Et de larmes dans les seins. Alors le trottoir n’avançait plus. Les magasins n’avançaient plus. Le cabas dans la main de ma mère ne bougeait plus. Cela pouvait durer très longtemps que je regarde l'eau couler dans le caniveau. Les enfants morts, les mères sont fortes pour leur inventer toute une vie.




La Mère Dudu

Je me souviens d’un grand soleil. Et plus particulièrement d’un matin, où ce fut la fin de mon pot.
J’étais seul avec mon père. Et lorsque j'étais seul avec mon père, je savais qu'à un moment ou un autre il allait se passer quelque chose d'incroyable. Il était tellement magicien que n'importe quoi pouvait sortir de lui. C'est alors qu'il me dit :
- Tu es grand maintenant. Les grands vont aux cabinets. Dis adieu à ton pot.
Le levai les yeux, sans bien comprendre la portée de ses paroles. Aussi, il répéta :
- N’aie pas peur, Lolo, dis adieu à ton pot.
Après quelques secondes d'hésitation, comme je n'étais pas un enfant compliqué, je répondis :
   - Adieu, mon pot !
Mon père parut très fier de moi, comme si j'étais un petit prodige. Aussi il me souleva vivement de terre avec ses bras puissants, et me fit faire une valse près du plafond. Mais une valse un peu plus prudente que la fois dernière où je m'étais cogné la tête et que j'avais saigné des cheveux. Puis il me demanda de fermer les yeux un instant, mais sans me dire pourquoi. Puis, ma petite main emprisonnée dans sa grosse main, nous sortîmes ainsi de la mansarde et il me dit :
   - Nous voilà partis pour la grande aventure, fils ! Es-tu content ?
- Je sais pas !
- Devenir grand, c'est quelque chose, tu vas voir !

Quand nous revînmes cinq minutes plus tard, mon pot, mon siège de petit roi, n’était plus là. D’un regard humide, je fouillai partout dans la pièce. J’étais un peu ahuri. Mon pot était parti. Disparue sa jolie forme. La douceur de sa matière en plastique. La tiédeur de ses rebords.
Devinant ma tristesse, mon père me dit :
- Je croyais te faire plaisir. Ca ne te plaît pas de devenir grand ?
- Je sais pas !
- Tu es beaucoup trop sensible, fils. Les gens sensibles souffrent atrocement dans la vie. Si tu chouines pour un pot, tu chouineras pour tout.
Les mots de mon père firent comme du cerf-volant dans ma tête. Vouloir devenir grand, ça faisait surtout un grand vide dans le coeur.
Heureusement, un moineau pénétra à cet instant par la fenêtre et voleta dans la pièce. Mon père s’assit alors par terre à côté de moi. En silence, nous regardâmes le vol effrayé du piaf. Ainsi, peu à peu, mon pot s’envola de ma tête. Ayant deviné cela, mon père prononça alors cette phrase inouïe, avec l’index levé :
- Tu sais, Lolo, il est long le chemin !

J’étais devenu grand, mais pas suffisamment encore. Comme les cabinets n’étaient pas chez nous, on était encore obligé de m’accompagner. Car sinon il pouvait m'arriver de tomber dans le trou des cabinets. C’était des W.C à la turque. Et je n’avais pas encore les guibolles ni les muscles assez solides pour écarter bien les pieds et tenir l’équilibre. La plupart du temps je basculais en arrière, tout honteux, avec cette crainte terrible de disparaître avec mon caca, dans le trou des cabinets.
Aussi, quand mon père était absent et que ma mère n’avait pas le temps de s’occuper de moi pour mes besoins – à cause de son travail de bourrique à la machine à coudre - elle allait frapper à la première porte du sixième, escalier B.
Chez la mère Dudu !
Depuis la mort du père Dudu, la mère Dudu n’ouvrait pratiquement plus à personne. Ou alors quand elle ouvrait ce n'était jamais tout de suite. Derrière sa porte écaillée, on aurait dit qu’elle fabriquait du mystère et du silence épais. Quelquefois, on entendait un ronflement compliqué. Ma mère me soufflait qu’elle devait être allongée ou dormir sur sa chaise. Ou attendre la Vierge Marie au milieu du moisi. Ma mère frappait alors un peu plus fort et haussait la voix :
- Mère Dudu, vous êtes là ? Mère Dudu, c’est Yvonne !
Au bout d’un moment plus ou moins long, sa porte grinçait enfin.
   Dans une odeur d’ombre apparaissait alors une très vieille femme. Elle était vêtue de morceaux d’habits noirs et gris foncés. Sur son buste, des épaisseurs de tricots et de gilets mélangeaient ses seins avec son ventre et avec ses hanches. Sur ses jambes, une longue jupe lourde et des bas de laine descendaient jusqu’à des tatanes poussiéreuses. Elle était très grande, large d’épaules comme un maçon, mais avec le dos tout voûté. Pour me rassurer ma mère disait à ce sujet :  « Elle n'est pas bossue la mère Dudu. Si elle penche un peu, c'est juste qu'elle a trop versé de larmes dans sa soupe ».
   Les longs cheveux de la mère Dudu étaient une forêt noire et blanche de frisotis. Presque caché au milieu de cette tignasse, son visage était atrocement ridé, comme un drap de fiévreux. Elle faisait vraiment peur à regarder. Mais malgré mon tout petit âge, je ressentais qu’elle était gentille comme un oiseau.
   Par-delà la porte entrouverte, je pouvais voir qu’elle vivait dans la misère, au milieu d’une pièce unique décorée d’un empilement de tout.
Ma mère lui demandait alors :
- Mère Dudu, ça vous dérange pas, les cabinets pour le petit ?
- Oh ben non, voyons, pourquoi ça me dérangerait.
Sa voix aussi était surprenante. Très attentionnée, très douce. Comme une voix de petite fille qui parle à sa poupée.
Elle me prenait alors la main et nous partions vers ce grand moment de frissons, de stupeur et de rires entremêlés. Mais d'une manière très lente, avec des pauses, à la vitesse de la mère Dudu.
Les cabinets étaient sur le palier du quatrième et demi. Pour les rejoindre, on devait d’abord descendre deux paliers de marches en bois, inégales, glissantes et branlantes. Il fallait faire très gaffe. Bien tenir la rampe ou la corde de l'autre côté. Car plus d’une fois la mère Dudu en avait descendu une partie sur le cul.
Il fallait également faire attention à ne pas nous buter les pieds contre un gros rat qui dévalait ou escaladait à sa guise les escaliers. Quand nous en croisions un, la mère Dudu s’exclamait :
- Oh, un chat ! Tu as vu comme il est maigre ! La pauvre bête !
Et moi, je riais. Elle savait me faire rire. Ce n’était d'ailleurs pas très difficile, puisque je riais de presque tout.
Réchappés de ces pièges, on empruntait sur la droite un long couloir lugubre aux murs maculés de tâches horribles et suintantes. Au bout de ce couloir, on bifurquait, et puis on s'enfonçait encore de quatre ou cinq mètres et là, au fond de ce dernier couloir, se trouvait enfin la porte des cabinets : cette fameuse porte des grands, faite de planches disjointes hérissées d’échardes, en bois marron doré.
On s’engouffrait alors dans le réduit, dans cette chose froide et triste. La mère Dudu se plaçait derrière moi de toute sa masse et d'un coup me baissait mes culottes courtes et mon slip.
Et puis on attendait.
On attendait que je me souvienne si c’était pour pipi ou caca.
Moi, pour patienter, je regardais là-haut la minuscule fenêtre qui découpait selon les saisons un bout de gris, un bout de bleu. J’aimais beaucoup ce petit théâtre où jouaient les comédiens du vent, de la pluie, de la neige et du soleil. J’observais aussi la chasse d’eau et sa drôle de chaîne entortillée. Je scrutais lentement les murs délabrés sur lesquels couraient des tâches de doigts et des lettres bizarres. « C'est des mots d'amour ! » m'avait appris la mère Dudu. Et enfin, en bout de course, comme hypnotisé, je regardais le trou des cabinets, si noir, si profond, si inquiétant.
Au bout d’un temps quand même, la mère Dudu me sortait de mon songe.
- Eh ben alors ? C’est pour aujourd’hui ou c’est pour demain ?
C’est alors que bien souvent elle commençait à tirlipoter mon zizi entre ses deux gros doigts aux ongles longs et tout bombés.
- Ben quoi, y a pas de pipi dans ce tuyau-là ? Il va pas venir ce pipi, à la fin ? Tu veux qu'on l'appelle ? Répète après moi : pipi, pipi, que fais-tu, es-tu donc là ?
   Presque toujours, ses doigts sur mon zizi me déclenchaient des rires à ne plus pouvoir m’arrêter. Des rires de joie. Des rires nerveux. Des rires de peur. Cela me picotait dans tout le corps, cela me faisait dandiner, cela me faisait tortiller. Elle me connaissait bien la mère Dudu ; plus elle me  tirlipotait et plus je rigolais. Voyant que j’étais bon public, elle descendait alors sa vieille main brune sur mes bourses et commençait à chantonner :
- Et elles sont où les petites noisettes ? Elles ont disparu ? Ah, mais je les ai trouvées. Mais c’est qu’elles sont toutes mignonnettes et toutes roses ces petites noisettes. Elles n’ont pas froids ces petites noisettes ?
Quelquefois elle me caressait aussi la peau des fesses et elle gémissait :
   - Mon Dieu ! Oh, mon Dieu !
D’autres fois encore, il pouvait arriver qu'elle se baisse pour m’embrasser sur la bouche. Ou qu'elle me lèche la figure avec sa langue épaisse et chaude.
Et puis nous remontions jusqu’à chez nous. Très lentement, avec des pauses, à la vitesse de la mère Dudu.
Ma mère nous accueillait souvent d'un :
   - Alors, ça s'est bien passé ?
   - Oh, ça se passe toujours bien ! Pourquoi que ça ne se passerait pas bien. On est tous passé par là, non !, répondait la mère Dudu.
Une fois la porte refermée, ma mère me disait alors.
- Je t’ai entendu rire d’ici. Elle est drôle quand même la mère Dudu, hein, tu ne trouves pas ? Avant elle était toute renfrognée et maussade. La mort du père Dudu lui a fait un bien fou. Mais vous en avez mis du temps. Ca avait du mal à venir ?
Et moi je lui répondais, sans trop savoir ce que ça voulait dire :
- Il est long le chemin !
- Oui, comme tu dis, avec la mère Dudu, les cabinets c'est jamais la porte à côté.




Les Rats


   S’il y avait eu un concours d’insalubrité rue Ferdinand Duval, notre immeuble aurait sûrement remporté le premier prix de la détresse.
Il faisait vraiment pitié à voir, notre immeuble. On avait mal pour lui. Comme un brave soldat qui continue à avancer vers sa mort, il semblait sur le point de s'écrouler à tout moment, mais mystérieusement il restait encore debout. Sa peau était cabossée, toute pustuleuse. On aurait vraiment dit qu’il se tordait de douleurs. Et puis, il pleurait des larmes noires, notre immeuble. De ses cheminées jusqu’au caniveau, son chagrin dégoulinait.  Mon père, qui avait le pouvoir de sentir les gens et de se mettre à la place des choses, me disait qu'il n’en pouvait plus notre immeuble d’abriter des gens sales, misérables et pas polis pour un sou.
   Ma mère de son côté m’avait dit qu’il datait au moins du moyen-âge. Je n’avais pas vraiment bien compris ce que ça voulait dire, mais j’avais cru comprendre un peu et j’avais beaucoup pleuré.
Je crois bien que je l’aimais, notre immeuble, comme quelqu’un.
Certains locataires faisaient le signe de croix avant d’y entrer, de peur qu’il ne s’effondre soudain sur leur tête. Quelquefois il arrivait que ma mère prie pour lui et m’invite à prier aussi.
- Qu’est-ce que je dois dire ?
- Demande à Jésus de nous envoyer des peintres et à Marie de nous envoyer des étais.
- A la mairie ?
- Non, à Marie, à la Vierge Marie !
- C’est quoi des étés ?
- Ce sont des barres en fer qui empêchent les plafonds de tomber.
- C’est lourd des barres de fer. Comment elle va faire pour descendre ça du ciel la Vierge Marie ?

Celui qui ne prend pas soin d’astiquer sa demeure est un dégueulasse, pire qu’un rat, disait mon père, qui avait ses mots à lui pour chercher le bonheur.
Dans notre immeuble justement, les rats y étaient beaucoup plus nombreux que les habitants, mais beaucoup moins méchants. Quand je descendais les escaliers, j’avais plus peur de rencontrer un voisin qu’un rat. Car quand on croisait un voisin, je ne savais jamais si mon père allait avoir une crise de nerfs ou simplement lui dire bonjour. Souvent, quand j’entendais des pas monter ou descendre les marches branlantes, je m’inventais une douleur subite pour détourner l’attention de mon père. Le mal au ventre marchait bien, car je me pliais soudain en deux et j'obligeais mon père à se plier aussi. Alors le voisin nous croisait comme si nous nous étions deux fantômes. La colère de mon père était ainsi atténuée. Et c’était un beau jour.
- Pourquoi les gens n’aiment pas les rats ? Ce ne sont pas des animaux ?, j’ai demandé un jour à mon père.
- Les rats propagent de graves maladies. C’est pour ça qu’on les craint.
- Quelles maladies ?
- S’ils te mordent, ils peuvent t'apporter la peste noire et la fièvre.
- Et s’ils ne nous mordent pas ?
- Quand ils ne mordent pas les gens, ce sont des opportunistes qui s’attaquent aux réserves alimentaires qu’ils souillent de leurs déjections. Et puis aussi, ils mettent en péril les récoltes. Pour un grain dévoré par les rats, quinze grains sont souillés et rendus inconsommables.
- Mais toi, tu les aimes ou pas ?
- Te dire que je les aime pas, ce serait te mentir. Mais je dois reconnaître que ce sont malgré tout d’incroyables survivants. Quoi que l’on fasse, ils seront toujours les rois des cités. En tuer un, en tuer mille ne sert strictement à rien.
   Un matin, avec ma mère, on a croisé un rat vraiment énorme sur le palier du troisième. Une longue queue, de longues moustaches, un poil de cendres. Il reniflait les plinthes et le dessous des portes. Il semblait complètement perdu et un peu fou. Ma mère a donné plusieurs coups de talons violents sur le plancher. Mais comme le rat ne déguerpissait pas, elle m’a plaqué contre son dos pour me protéger. Et puis elle s’est complètement paralysée. Elle ne respirait plus. Elle était comme morte debout, pareille à notre immeuble.
Au bout d’un long moment d’angoisse, le rat a enfin dévalé trois ou quatre marches. Et puis soudain il a changé d’avis. Il est remonté d’un coup, comme ça, vif et frénétique, pour venir renifler les chaussures de ma mère et les mordiller. Alors elle s’est mise à hurler : « Au secours ! Au secours ! ».
Madame Kapeck est alors sortie de chez elle avec un balai et elle a crié : « Allez, ouste, ouste, ouste ! ». Alertés par tous ces cris, deux autres voisins sont accourus dont monsieur Dominguez, le peintre en bâtiment, qui d’un terrible coup de pied a envoyé valdinguer le rat dans le vide jusqu’au rez-de-chaussée.
- Oh non, s’il vous plait, ne lui faites pas de mal !, lui a lancé madame Kapeck, presque en larmoyant.
- Vous n’allez quand même pas avoir de pitié pour ces saligauds !, lui a répondu, abasourdi, Dominguez.
- Je viens de faire du café. Entrez donc en boire une tasse, ça me fera plaisir !, a-t-elle dit sans répondre à Dominguez.
Sur ce, on est tous rentrés dans son petit deux pièces pour nous remettre de nos émotions.
Ma mère l’aimait bien madame Kapeck parce que chez elle ce n’était pas un gourbi. C’était décoré pauvrement. Mais ça sentait bon et c’était propre.  Madame Kapeck respectait son immeuble. Et pour mes parents, respecter son immeuble, c’était avant tout respecter les autres.
Après avoir parlé de la pluie et du beau temps, elle nous a offert des petits gâteaux qui étaient durs et qui n’avaient ni le goût du salé ni le goût du sucré. Ma mère lui a dit qu’ils avaient un goût rare et délicieux. Alors madame Kapeck en a mis une quinzaine dans un mouchoir blanc qu’elle a noué et tendu à ma mère. Et puis elle a servi le café aux adultes en tremblant légèrement, et pour moi une limonade.
- Je tremble un peu. Pardonnez-moi, c'est l'émotion !
- Vous avez tout à fait le droit de trembler. On n'en peut plus de ces satanées bestioles, a dit Dominguez.
- Non, ce n'est pas ce que vous croyez. C'est un vieil immeuble, mais c'est un bon immeuble. C'est ma maison, mes souvenirs, vous comprenez. Malgré ce qui s'y est passé... J'ai essayé de déménager plusieurs fois, mais je ne peux pas, je ne peux pas...
   Là-dessus, madame Kapeck est allée chercher dans un tiroir une photographie qu'elle a regardé un instant, mais sans nous la montrer. Puis elle a rangé la photographie dans le tiroir et elle est revenue s'asseoir avec nous, avec un petit sourire doux sur le visage comme si la photographie lui avait redonné de la santé.
   Et puis elle s'est mise à nous raconter que pendant la guerre elle en avait mangé bien souvent des rats. Que ces bestioles l’avaient sauvé de la famine, elle et ses trois enfants. Que sans les rats, les Kapeck ne seraient sans doute plus de ce monde.
   - Ca a quel goût ? lui a demandé ma mère.
   - Le goût de la vie ! lui a répondu madame Kapeck.
Elle nous a dit encore que quand elle n’en pouvait plus de voir ses enfants souffrir de faim, elle partait avec une pelle dans les profondeurs puantes de l’immeuble. Et que durant parfois toute une nuit, elle chassait le rat. Sans allumer la lumière, elle se mettait dans un coin de la cave et elle attendait, comme ça durant des heures, qu’un rat sorte d'un trou ou d'une canalisation. Et lorsqu'elle entendait enfin les petites griffes d'un rat fureter sur le sol, elle donnait plusieurs coups de pelle au hasard jusqu’à ce que résonne dans les ténèbres un couinement d’agonie.
- J’avais honte, si tu savais, ma bonne Yvonne. Ces pauvres bêtes ! C’était notre faim qui tuait leur faim !
- Vous n'avez pas à avoir honte, si j'avais eu votre courage, j'aurais sûrement fait pareil !, lui a dit gentiment ma mère.
   Comme elle n’aimait pas tuer des bêtes, madame Kapeck nous a confié encore  qu’elle faisait toujours ça en pleurant. Elle leur donnait des grands coups de pelle en s’excusant auprès de Dieu. Après, quand elle en avait tué suffisamment, elle remontait chez elle pour leur enlever les poils et la peau, la tête et la queue. Et puis elle les plongeait dans l’eau bouillante. Une fois bien cuits, elle les découpait en touts petits morceaux et disait à ses enfants que c’était du cheval qu’elle avait réussi à acheter au marché noir.
   - Savais-tu, ma bonne Yvonne, que durant l’Occupation, les allemands et les collaborationnistes nous traitaient de rats ?
   - Non, j’avais onze ans, je ne me souviens pas bien. Ma mère aussi était très pauvre et pour nous nourrir d'un bol de café au lait mon frère et moi, elle a reprisé les chaussettes des allemands. Mais croyez pas que ça lui faisait plaisir. C'est tout ce qu'elle a pu trouver. Et pourquoi ils disaient ça de vous ?
   - Parce que aux yeux du monde, nous avons toujours été considérés comme des êtres nuisibles et indésirables.
   - Pourquoi les gens vous trouvent nuisibles et indésirables ?, a demandé Dominguez.
   - Ah ça, si je le savais. Du moins je le sais, mais ce serait trop long à expliquer. Entre autre chose, nous aurions tué Jésus, soit disant. Mais moi je n’ai jamais cloué personne sur une croix, et ni ma mère, ni ma grand-mère n’ont jamais fait ça. Et si j’ai mangé du rat pour survivre, que Dieu me pardonne.
   - Vous êtes une personne vraiment très sensible, madame Kapeck, et je comprends tout à fait les raisons qui vous ont forcées à... Mais quand même aujourd'hui, la mairie pourrait faire quelque chose... Tiens, vous allez me faire pleurer ! a dit Dominguez.
   - Mais qui n'est pas sensible, qui ? Vous n'avez jamais vu ces photos d'Hitler avec des enfants ?
   - Non, je ne savais même pas qu'il avait eu des enfants.
   - En tout cas, si la réincarnation existe, ma bonne Yvonne, et qu’on te donne le choix entre revenir sur terre en juif ou en rat, surtout choisis bien le rat. Tu vivras cent fois plus heureuse.
Quand nous sommes remontés chez nous, je me souviens d’avoir dit à ma mère le premier mensonge de ma vie. Je lui ai dit que j’allais aux cabinets, mais en fait je suis descendu très doucement jusqu’au rez-de-chaussée pour voir si le gros rat que Dominguez avait balancé dans le vide n’était pas mort.
Comme il n’y avait aucune trace de son cadavre ni de sang sur le sol, je me suis alors dirigé lentement, très lentement, vers la porte entrebâillée de la cave. Et puis, de plus en plus lentement, marche après marche, j’ai rejoint ses ténèbres.
Ma frousse était immense, mais mon envie de croire l’était encore plus.
Patiemment j’ai attendu. J'ai attendu, le trou au ventre, le cœur battant.
Et puis, j’ai entendu gratter très faiblement, là-bas, dans les profondeurs. Ou frotter un peu. Ou ronger un peu. Et puis, au bout d'un moment, il y a eu à nouveau un grand silence. Je n’ai plus rien entendu du tout.
   


Le Cœur s’envole

Soudain la porte s’ouvre. C’est le soir. C’est la rue. L’ombre hoche, chevrote. La nuit descend la montagne du ciel. Culottes courtes, genoux blancs et socquettes. Zef zigzague. Il fait froid.
Très froid ?
Je grelotte ?
Pas le temps de savoir. La main du vent m’emporte. Petits souliers vernis. Petit pas prompts, hâtifs. Sur le trottoir qui part, revient, des jambes trottent, se croisent, recroisent. Rigolotes ! Sont-elles à moi ?
Qui marche ?
Pas le temps de savoir. Ma mère presse, fend le vent. Sa jupe vole. Son cabas gifle.
Je ne sais où on va !
La rue tremblote. Mes yeux sautillent.
Mais qui voit ?
Des passants errent, vadrouillent, bousculent. Enjambent des crottes, mains dans les poches. Un chien renifle un autre chien. Une main claque. Le chien gémit.
Et puis soudain. Stop ! La rue s’arrête !
Des roues ralentissent, ne roulent plus. Nous traversons. Des gros clous d’argent sur la route partent, reviennent. Au bout, le caniveau, et l’eau qui coure, qui tombe tombe.
Mais où va l’eau ?
Tête en arrière, je trébuche. Mais ne tombe. La main du vent me soulève. Pas le temps d’avoir honte. Ma mère poulope, déboule, furie. Je regarde par terre. Il n’y a presque plus de jambes.
Mais qui marche, mon dieu, qui marche ?
- Dépêche-toi, ça va fermer !, dit ma mère.
- Quoi va fermer ?, je demande.
- Tout ! Lui !
Soudain, les commerces arrivent de partout. Soudain, des lumières sortent des murs, luisent, étincellent, se croisent, recroisent. Soudain, le beau trottoir s’allume, s’éteint, s’allume. Et puis la boucherie rouge ralentit, s’arrête. Nous entrons. Le boucher blanc apparaît derrière le persil. Zigoto, moustaches, et long couteau.
- Ca sera quoi pour la p’tite dame ?
- Cent grammes de viande hachée et deux beefsteaks !
- Saignants ou bien cuits ?
Ma mère rit. Boucher me lorgne. Clins d’œil. Mimique. Loucherie. Derrière la main de ma mère, me cache. Ris. Me cache plus. Alors le boucher fronce sourcils. Lippe. Moue. Bouderie. Il pleure. Fait semblant. Je pleure aussi. Il met de la viande hachée sur son nez. Fait une boule. Et alors zigoto encore, zigoto toujours. Clins d’œil. Mimique. Loucherie. Derrière la main de ma mère, me cache. Ris. Cling ! Une toute petite pièce tombe par terre, roule en rond et roule en rond. Grands ronds, et puis touts petits ronds, touts petits ronds. Je cours, je la ramasse et la brandit. Fier.
Et nous sortons.
Et nous cavalons. Zef devance, contourne, pourchasse, rugit. Les rues se croisent, recroisent. Plein de clous, caniveaux, trottoirs. 
Et puis dégringole la pluie.
- Dépêche-toi, ça va fermer !
- Mais quoi va fermer ?
- Mais Lui !
Elle rit.
Je ne sais où on va.
Mais elle sait où on va.
Nous débouchons sur une petite place. Et soudain là, je l’entends, là je le vois, Lui le grandiose, toute la vie.
Lui !
Le grand manège !
Mon cœur s’envole. Et je bondis. J’ai le jeton magique en main. Que je tiens fort pour qu’il ne tombe. Et j’attends sur mon grand cheval multicolore.
Et j’attends !
J’ai encore le temps de changer ?
J’hésite, entre la girafe et le taxi.
Non, je n’ai pas le temps.
Et si le manège démarre ?
Mais il ne démarre pas encore.
Je suis seul et j’attends le vieux monsieur. Le vieux monsieur, casquette, cigarette, très gentil.
Qui ne vient pas.
Qui continue de ne pas venir.
J’attends sur mon beau cheval mort. Et peu à peu, je deviens triste à l’infini.
- Il est en panne. Y a un problème avec le moteur. Cours autour, Lolo, cours autour !, ma mère me crie.
Mon cœur s’écroule. Mes yeux coulent.
Mais qui pleure ?
- Vite. Ca va fermer, cours autour, Lolo, fais comme si.
Je descends du cheval et commence à courir. Zigzags. Un carrosse, trois avions, sept autobus. Virages à fond. Dessous. Dessus. Deux cents citrouilles, huit cents chevals, trois mille ampoules. Tourne, et tourne, et tourne encore. A l’infini. Bras grands ouverts, je fais l’avion. C’est l’allégresse sous les ampoules sous les étoiles sous la pluie.
Bientôt une fillette, en manteau rouge, rit fort et me poursuit. Me prend la main. Soudain l’accordéon revient. Le manège repart. Nous tombons. Nous rions. Nous relevons. Retombons. Valse insensée, valse d'or. Féerie.
Je l’aime beaucoup. Infiniment.
Mais qui aime ? Qui aime, mon dieu, qui aime ?
Je lui demande son nom. Pas le temps de savoir. Ma mère arrive. M’agrippe. M’envole. Me dit que c’est fini.
Nous nous éloignons. Souliers vernis. Petits pas prompts, hâtifs.
Je regarde en arrière.
Tout s’est éteint.
Il n’est plus là le paradis.






















« Modifié: 05 Novembre 2019 à 11:48:55 par kokox »

Hors ligne kokox

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Re : Mémoires d'un Mioche
« Réponse #1 le: 19 Décembre 2014 à 14:35:29 »
Merci bien Champdefaye...
Au plaisir de quelques nouveaux bocks, cette fois dans ton quartier...

Hors ligne Rémi

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Re : Mémoires d'un Mioche
« Réponse #2 le: 21 Décembre 2014 à 20:45:58 »
Salut Kokox,
poignant "le cabas" :
Belle écriture, naïve et prenante. J'aime beaucoup tes petites phrases, et l'ambiguïté de narration entre le "quand j'étais petit" qui démarre puis la narration qui semble venir de l'enfant lui-même.

La Mère Dudu

Citer
Je me souviens d’un grand soleil. Et plus particulièrement d’un matin, ou ce fut la fin de mon pot.


Beau texte aussi, assez troublant sur la fin (pour le moins).

Les Rats
Citer
- Pourquoi les gens n’aiment pas les rats ? Ce ne sont pas des animaux ?, j’ai demandé un jour à mon père.
virgule en trop non ?  (tu as des "xxx !," ensuite)
Citer
- Non, te dire que je les aime pas, ce serait te mentir. Mais je dois reconnaître que ce sont malgré tout d’incroyables survivants.
étrange formulation, pas très clair pour moi

Ce texte me plait beaucoup aussi, surtout la fin. Cette façon que tu as de toucher des points sensibles à travers le regard d'un enfant, c'est très prenant.

Le coeur s'envole

C'est mon préféré, le plus poétique sûrement, laissant le plus la place à l'imagination.
Très beau.

Merci pour ces lectures,

Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne kokox

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Re : Mémoires d'un Mioche
« Réponse #3 le: 22 Décembre 2014 à 20:29:20 »
RémiDeLille, un grand merci pour le grand soin que tu apportes à tes lectures et pour tes commentaires toujours très délicats envers nous autres, que tu aimes un texte ou que tu l'aimes un peu moins. Ce sont à mes yeux deux grandes qualités empreintes d'une vraie  gentillesse, un mot qui n'est absolument pas galvaudé sous mon crayon. Heureux encore que ces petits souvenirs à deux sous t'aient un peu touchés. Je travaille dessus actuellement et compte pour le moment une petite douzaine de textes.

Versus1
Grand merci également à toi Versus1 pour ton commentaire émouvant sur le vieux Paris. Eh oui, il a presque entièrement disparu et nombreux sont bien nostalgiques qui ne croiseront plus jamais les vitriers de rue, les rémouleurs, les ressemeleurs, les marchandes de quatre saisons, les flonflons qui s'éparpillaient dans la nuit et les bals musette. Je ne suis pas à proprement passéiste, j'aime bien internet, les jeux vidéos et Instagram, mais il  est sûr aussi que parfois ces évaporations de la moelle à Paname font bien chier.

Hors ligne kokox

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Re : Mémoires d'un Mioche
« Réponse #4 le: 31 Janvier 2015 à 00:59:20 »
Une petite prière de mes souvenirs de mioche qui peut s'adresser à de nombreuses mamans !

Hors ligne holden5

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Re : Mémoires d'un Mioche
« Réponse #5 le: 31 Janvier 2015 à 12:01:04 »
Superbe prière, qui sonne très juste (et qui m'a fait penser, par son thème, à la Promesse de l'Aube)
Les textes qui suivent sont d'une grande beauté et tout simplement bluffant de maîtrise. Les récits autobiographiques sont souvent les plus casse-gueule, mais quand ils sont réussis, il n'y a rien de plus beau. En l'occurrence : bravo !

Je ne peux pas relever tous les détails qui m'ont plu, mais je dirais juste que les personnages sont très attachants grâce aux détails que tu distilles savamment.

Mon passage préféré, ou tu enchaînes des trouvailles réjouissantes:
Citer
Depuis la mort du père Dudu, la mère Dudu n’ouvrait pratiquement plus à personne. Ou alors quand elle ouvrait ce n'était jamais tout de suite. Derrière sa porte écaillée, on aurait dit qu’elle fabriquait du mystère et du silence épais. Quelquefois, on entendait un ronflement compliqué. Ma mère me soufflait qu’elle devait être allongée ou dormir sur sa chaise. Ou attendre la Vierge Marie au milieu du moisi. Ma mère frappait alors un peu plus fort et haussait la voix :
- Mère Dudu, vous êtes là ? Mère Dudu, c’est Yvonne !
Au bout d’un moment plus ou moins long, sa porte grinçait enfin.
   Dans une odeur d’ombre apparaissait alors une très vieille femme. Elle était vêtue de morceaux d’habits noirs et gris foncés. Sur son buste, des épaisseurs de tricots et de gilets mélangeaient ses seins avec son ventre et avec ses hanches. Sur ses jambes, une longue jupe lourde et des bas de laine descendaient jusqu’à des tatanes poussiéreuses. Elle était très grande, large d’épaules comme un maçon, mais avec le dos tout voûté. Pour me rassurer ma mère disait à ce sujet :  « Elle n'est pas bossue la mère Dudu. Si elle penche un peu, c'est juste qu'elle a trop versé de larmes dans sa soupe ».
   Les longs cheveux de la mère Dudu étaient une forêt noire et blanche de frisotis. Presque caché au milieu de cette tignasse, son visage était atrocement ridé, comme un drap de fiévreux. Elle faisait vraiment peur à regarder. Mais malgré mon tout petit âge, je ressentais qu’elle était gentille comme un oiseau.
   Par-delà la porte entrouverte, je pouvais voir qu’elle vivait dans la misère, au milieu d’une pièce unique décorée d’un empilement de tout.
Ma mère lui demandait alors :
- Mère Dudu, ça vous dérange pas, les cabinets pour le petit ?
- Oh ben non, voyons, pourquoi ça me dérangerait.
Sa voix aussi était surprenante. Très attentionnée, très douce. Comme une voix de petite fille qui parle à sa poupée.

"elle fabriquait du mystère et du silence épais"  :coeur: :coeur:
"des épaisseurs de tricots et de gilets mélangeaient ses seins avec son ventre et ses hanches"  :coeur: :coeur: (je la vois, la mère Dudu!)
"Comme une voix de petite fille qui parle à sa poupée"  :coeur: :coeur: (je l'entends, la mère Dudu!) 


Bref, je conclurais en disant "Il est long le chemin...." vers une si belle écriture.

Merci pour ce texte!
H.

Hors ligne kokox

  • Calame Supersonique
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Re : Mémoires d'un Mioche
« Réponse #6 le: 05 Janvier 2016 à 00:24:00 »
Holden,

Après une année de retard, je tenais à te remercier pour ton très touchant commentaire que je viens de découvrir à l'instant. 2015 a été difficile à vivre pour tout le monde, et malheureusement le but que je m'étais fixé de finaliser ces "Mémoires de Mioche" pour fin 2015 a été un peu chamboulé et contrarié. Disons, que je suis dans la dernière ligne droite. Encore quelques petits mois, j'espère, et je le bouclerai enfin cet éreintant premier roman qui me fait remonter plein de choses aussi drôles qu'émouvantes dans la gueule. Mais comme le disait si bien Céline, ou à peu près : "On n'a rien sans rien en littérature, c'est à ce prix-là, il faut mettre sa vie, son sang, sur la table !". Là, je commence vraiment à entrevoir ce qu'il a voulu dire. Même si il n'y a pas mort d'homme, on saigne vraiment !
En te souhaitant une bonne année 2016, meilleure que pire !
Bien à toi !
Kokox

 


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