Bonjour, je poste ces morceaux de pensées et d'aphorismes afin que vous me fassiez part de vos avis. Il n'y a aucune réelle logique dans l'ordre donné, c'est juste ce qui est sorti au fur et à mesure (et encore, je crois que certains morceaux écrits en premier se retrouvent, je ne sais comment, vers le milieu).
Je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'en dire plus donc "bonne lecture" si je puis dire!

Dès notre premier cri, la sentence tombe. La vie nous condamne à marcher sur un fil. Marcher. Courir. Apprendre. Aimer. Mourir. Puis un jour le refrain devient grave. A la manière d'un vieux vinyle rayé, les dernières syllabes se répètent dans une douleur grinçante. Souvenirs d'une enfance passée, d'amours perdues, de moments oubliés. De moments oubliés... Je ne sais même plus quand est-ce que l'on s'est vu pour la dernière fois. Au coin d'une rue ? A la table d'un café ? Dans ton lit ? Dans le mien ? Au bord de ce trottoir, j'avais oublié l'amour comme j'avais oublié la mort. Cette dernière n'est pas toujours celle qui nous fait le plus de mal. Avant, nous avions peur de la mort comme d'une grande faucheuse qui viendrait nous tirer du bonheur pour accomplir notre mortel destin. Aujourd'hui, elle n'est plus qu'une finalité vers laquelle se dirigent les raisons de nos psychoses modernes : parents, amour, mariage, enfants, travail, argent, ennui, télévision, publicité, alcool, drogue. Les deux derniers aidant à oublier les précédents.
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Nous aimons nous plaindre des actions de nos semblables qui mènent l'humanité au désespoir. Mais personne ne répond à notre appel. Des siècles à étouffer l'individualisme a fait surgir en nous un narcissisme accru. Nous sommes prêts à n'importe quoi pour faire parler de nous et c'est peut-être pour cela que le taux de suicide est si important. L'homme est intéressant lorsqu'il n'est plus. On ne le dira jamais assez, un bon écrivain est un écrivain mort.
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Le réveil sonne. Je me réveille. J'ai encore fait ce rêve où mon corps, détaché de mon esprit, chute dans le néant sans jamais en atteindre le fond. Comme un goût de réalité. J'ai peur du vide, peur de l'ennui. Le divertissement ne suffit plus. Sinistre condition humaine. J'y pense tout le temps. C'est pourquoi je cherche à oublier. En vain. Ma tolérance à l'alcool a rendu d'autant plus pathétique ce chemin forcé vers l'amnésie. La porte de secours s'offre dorénavant à moi après avoir vidé d'innombrables fois le même verre, usé par le tintement des glaçons et l'amertume des liqueurs, dont le degré réchauffe mon coeur. La lucidité est un don qu'il serait parfois bon de pouvoir délaisser quelques heures. Être, pour quelques minutes, idiot parmi les idiots.
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Je me lève, encore nauséeuse de la veille, vire les cadavres de bouteilles à coups de pied et me dirige difficilement vers la salle de bain. Devant le miroir, j'observe ma peau nue et intacte. C'est insensé, les cicatrices qui nous marquent le plus ne se voient jamais à l'extérieur. Je me décide finalement à enjamber ma baignoire et à y faire couler l'eau brûlante. Je me retrouve alors dans ce liquide à température ambiante, comme mon corps. Dans cette pièce embuée, comme mon esprit. Je m'enfonce dans l'eau, et suis enveloppée par un sentiment de torpeur, d'engourdissement. Doux et inéluctable. Ma carcasse lutte contre ce délicieux état et réussit à se lever. Les jambes lourdes comme du plomb, je sors non sans difficulté, manquant de tomber et de me fracasser la tête sur le rebord du lavabo. Ça aurait été quand même dommage de rater cette journée.
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J'arrive en face du café où il m'attend depuis maintenant trente minutes. Je ne suis pas une working-girl overbokée. Être en retard est pour moi une seconde nature. Je pousse la porte de l'établissement et le trouve assis au fond de la pièce, la tête appuyée sur son poing, tournée vers la fenêtre. Perdu dans ses pensées. Quand son regard se tourne enfin vers moi, il prend un air faussement mécontent et tapote sur son poignet où semble se trouver une montre invisible. Je lève les yeux au ciel. Il ne le voit pas. Je m'assois. Il entame la conversation.
"Qu'est-ce que tu fais avec ces lunettes de soleil ? Tu te prends pour Stevie Wonder ou quoi ?
- Ça fait ressortir mes yeux.
- Allez, enlève-moi ça."
J'ôte la paire de verres noirs. D. me regarde avec des yeux ronds. Il ne bouge pas. Je secoue la main devant ses yeux. Il ne bouge pas. J'allais appeler l'ambulance, pensant qu'il était en train de faire un AVC, lorsqu'il haussa les sourcils et me dit :
"Qu'est-ce que c'est que ces cernes ?
- Oh ça ? C'est rien. Je suis insomniaque. C'est ma nouvelle lubie. Avant j'étais hypocondriaque mais je me suis rendue compte que ça me coûtait trop cher en frais médicaux.
- Tu te foutrais pas un peu de moi ?
- Jamais.
- Sinon, tu comptes faire quelque chose de ta vie ?
- J'sais pas.
- Est-ce que tu comptes au moins travailler histoire de gagner ta vie ? Tu sais, comme font les gens normaux.
- J'sais pas.
- Bien sûr. Madame est au-dessus de tout. Une grande marginale, une anti-conformiste, un paria de la société. Mais sérieusement, des délires adolescentes de bohème individualiste, c'est ça ta vie ?
- En fait, tu m'as donnée rendez-vous pour m'emmerder, c'est ça ?
- Est-ce que tu es heureuse comme ça au moins ?
- Pour que je puisse te répondre, il faudrait déjà que le bonheur existe.
- Il faut que je rajoute mélancolique et dépressive à "bohème" et "individualiste" ?
- Est-ce que tu peux me rappeler pourquoi on est ami ?
- Parce que tu ne peux pas te passer de moi.
- Ouais, ça doit être ça."
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Tu te souviens de la fois où l'on s'est vu la semaine dernière ? Et bien, je ne t'ai pas tout raconté. Oui, je sais, je vis des histoires passionnantes. Je marchais dans la rue d'un pas rapide. En retard, comme d'habitude. Enfin, tu dois bien le savoir, c'est toi qui m'attendais après tout. Mon parapluie luttait contre le vent et moi contre mon nez qui coulait, contre mes chaussures qui me servaient maintenant d'éponges et contre mes écouteurs qui ne tenaient pas en place. J'étais à mi-chemin quand un type m'a abordé. Tu te rends compte ? Un type m'aborder. Moi. Je l'ai pris pour un fou. Je ne crois pas qu'il savait à qui il avait affaire. Il était arrivé derrière moi et avait accéléré le pas pour s'arrêter au milieu du trottoir. Sa bouche bougeait mais aucun son ne sortait. Ce problème technique m'obligea à stopper la musique. Il ne se rendait pas compte de l'affront qu'il venait de me faire. Il souleva sa capuche de sorte que je puisse voir plus des trois quarts de son visage. Il me regarda avec un sourire gêné.
"Salut. J'espère que je ne te dérange pas."
J'émis un grognement. En homme courageux, il poursuivit.
"En toute amitié, je peux te poser une question ?"
J'émis un nouveau grognement. Il dut se demander si j'étais une femme ou un sanglier. Il hésita, me scruta et repris.
"Est-ce que t'es seule en ce moment ? J'veux dire, t'as un mec ou pas ? Enfin...
- Non, je ne suis pas seule."
Il eut l'air déçu. Je sais, je n'aurais peut-être pas du lui mentir mais le contexte m'obligeait à me dépêcher. Je pensais l'avoir découragé mais un nouveau son sortit de sa bouche.
"Le problème c'est qu'ici, toutes les jolies filles sont soit en couple, soit lesbiennes, s'amusa-t-il.
- Tu n'as qu'à sortir dans les bars. Ici, ce n'est pas ça qui manque, tu trouveras.
- Oui. Enfin, non. Ce n'est pas très romantique, les bars. Dans les films, les âmes soeurs ne se rencontrent pas autour d'une bière mais à l'improviste. Dans la rue par exemple...
- Rien ne se passe jamais comme dans les films romantiques."
Des âmes soeurs qui se rencontrent dans la rue... Le pauvre. S'il savait que mon hobby préféré était de boire de la bière et de manger de la pizza, affalée sur mon canapé avec option match de foot/série télé, il ne serait jamais venue me parler. Tu vois, c'est ça le problème avec les gens. Ils pensent qu'en étant sympa, ils peuvent coucher avec n'importe qui. Et même pire, devenir amis avec n'importe qui. Le truc, c'est que je ne me considère pas comme n'importe qui. Je ne me considère pas comme ces personnes qui cherchent l'âme soeur au coin d'une rue lors d'une journée sous le soleil provençal, ou bordelais, comme tu voudras. Ils se trompent quand ils pensent qu'être avec une personne plus ou moins physiquement à leur goût suffira. C'est à cause d'eux qu'il y a autant d'individus tristes. L'absence de points communs mais le souvenir d'une rencontre, d'un regard échangé au bon moment qui a quand même gâché vingt ans de leur existence. Ne jamais faire confiance au hasard, il essaiera toujours de vous pourrir la vie.
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En étant esclave de moi-même, j'ai l'avantage de connaître le maître. J'ai une préférence pour l'auto-flagellation. Je me fais du mal car je sais comment me guérir. Mon poison est mon antidote. Mes vices sont ma vertu. Pourquoi s'obstiner à vivre dans un monde où le bon et le mauvais sont deux opposés ? Je sais que tu sais que nous savons que c'est faux. Le monde est beaucoup plus complexe que cette pure différenciation linguistique.
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Les gens dits "normaux" jouissent à l'achat d'une nouvelle voiture dont la contenance pourra supporter toute leur progéniture. Progéniture qui leur coûtera un bras durant au moins dix-huit ans et qui noiera leurs rêves d'enfant dans une bouteille de whisky parfumée au Xanax.
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Je jouis de ma dépravation. Aucune illusion. Ma seule perception de l'idéal se trouve au fond du troisième verre de vodka.
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Allongée sur mon lit, devant mon écran d'ordinateur, les yeux dans le vague. Je pourrai rester comme cela des heures durant. Je regarde sans voir. Je ne sais pas ce que je veux, je ne sais pas quoi faire. Pas assez de choix. Ou peut-être trop. J'ai envie d'agir mais en attendant je ne fais rien. Le temps n'arrête pas sa course lorsque nous nous immobilisons. Il la continue, d'autant plus rapidement, sans nous. Réveil soudain. Pendant que nous pensions dérégler l'horloge par la seule force de notre pensée, la journée est passée. Tout se répète. La nuit, je dors. Le jour, j'attends. Le soir, je me promets de réagir. Tout se répète. La nuit, je dors. Le jour aussi. Je me mens à moi-même. Je promets à mon corps tout entier une existence qu'il n'aura jamais. Objectifs jamais atteints. Je veux toujours plus que ce que le monde me propose. Donc, je ne profite pas du monde. Le lymphatisme est une mode dont je connais bien les symptômes.
Perdue dans mes pensées, je n'ai pas vu l'heure passer. Minuit. Je me rendors.
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Depuis quelques années, une pensée me hantait. Chaque fois que je venais te voir, cette même angoisse survenait. Un flash dans mon esprit. J'avais oublié comment on différenciait le réel de l'imaginaire. Je m'affolais. Les larmes me montaient aux yeux. Sentiments incontrôlables. Le temps ne m'avais jamais autant fait souffrir qu'en lançant ce compte à rebours dont tu semblais ignorer l'existence. Je continuais pourtant mon chemin en tremblant, pensant devoir affronter ce que je redoutais tant. Mon corps avançait sans recevoir aucun soutien de mon coeur. Je frappais enfin à la porte. Pas de réponse. Les doutes reprenaient. Les larmes remontaient. Aussitôt, la poignée tournait et, lentement, ton visage commençait à m'apparaître. Les yeux devenaient brillant. La pièce s'illuminait de la clarté de ta réjouissance et de celle de mon soulagement. Le matin te trouvait invincible, le soir te retrouvait chétif. Chaque journée accroissait mon anxiété. Chaque journée accroissait ta candeur. La faiblesse ne t'inquiétait pas. Tu la qualifiais de "passagère" quand mes yeux ne pouvaient s'empêcher d'y détecter les signes de l'éphémère. Ce sont ces mêmes yeux qui, lorsque je franchissais le seuil de ta porte, scrutaient chaque détail de ton visage. Cette image mentale me suivait jusqu'à la prochaine rencontre. J'avais peur d'oublier. Mais celle que j'ai mémorisé ce jour-là ne me quitta plus jamais.
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Te reverrai-je un jour, ami merveilleux ? Te croisant souvent dans les limbes et les cieux. Compagnon du silence, tu n'écoutes que le clapotement du ruisseau, qui court se cacher dans l'épaisse forêt de l'esprit. Les feuilles dansent ; les bêtes rugissent, hululent, aboient ; les arbres se demandent entre eux quand l'heure viendra. La nature toute entière t'appelle, Ô illustre inconnu. Trouvant ton refuge au creux de la plume, tu fais jaillir de nous l'orgueil et la pudeur, l'amour et la haine, la vie et la mort. Où te caches-tu ? Dans l'harmonie de la nature ou dans celle des notes de musique ? Dans la prière ou dans le pêché ? Dans le hasard ou bien dans la nécessité ? Créateur de génies qui, par ton apparition, semblent oublier leurs efforts. Tu nous fais conter les infortunes de la vertu et le bonheur de la sagesse, l'importance de la raison et l'étendue des passions. Confie-moi ton verbe, montre-moi la monstrueuse beauté du monde, et qu'enfin je daigne me libérer de ces images, et donner de la couleur à mes pensées.
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Je marche dans la rue. Mes jambes accélèrent et ralentissent au rythme de mon appréhension. Mon coeur se resserre, mes joues sont en feu, mes mains, moites. Rendez-vous habituel de l'inquiétude et du plaisir.
Je passe devant la vitrine. Je m'y arrête et la contemple, retardant le moment où mes yeux devront croiser les tiens. Par inadvertance, mon regard transperce le mur transparent et je remarque alors que ton observation avait débuté sans que je ne m'y sois préparée. Je songe à faire demi tour mais ma main a déjà pris l'initiative de pousser timidement la porte. J'entre. Tu étais enfoncé dans ton fauteuil, les lunettes en position de lecture. Tu baladais agilement ton index sur chaque mot inscrit sur la page puis le portais à tes lèvres avant d'en tourner une nouvelle.
Le bruit de la porte qui se referme te sort des limbes de la fiction.
Ton visage se lève, se tourne vers moi et, comme surpris de ma venue, ton sourire apparaît enfin. Tu lâches un banal "bonjour" et retournes à tes rêveries intellectuelles. Le seul son sortant de tes lèvres fait naître en moi un frisson qui ne tarde pas à parcourir mon corps.
Je reprends mes esprits et traverse la pièce. Je sens ton regard posé sur moi, suivant chacun de mes gestes, chacun de mes pas. Je tourne en rond. Pourquoi suis-je venue ici ? J'attrape des livres au hasard, les ouvre, les range aussitôt. Je sens leur odeur, les caresse, frôle leur reliure et ton image survient aussitôt dans mon esprit. Ma raison me quitte peu à peu et je me laisse aller au doux de transport de l'imagination. Pourtant, ton corps est plus réel que n'importe quel autre. Mes membres n'osent aucun mouvement. Immobiles de peur d'être surpris.
Mes pensées se mettent à t'imaginer, avançant d'un pas lent et discret. Tu es derrière moi, je peux sentir ton souffle à l'arrière de ma nuque. Des frissons m'envahissent. Je laisse ta main déplacer les cheveux qui cachent mon cou où tu peux alors déposer tes lèvres qui me renversent instantanément, offrant à ta vue la naissance de mes seins brûlant. Je peux dès l'instant sentir mon âme m'abandonner et laisser les passions devenir maîtres de la chair.
Mais soudain, une voix me rappelle à moi. "Je suis désolé mais on va fermer". Quelle heure est-il ? Je regarde ma montre. 19h30. Comment ai-je pu rester autant de temps ? Le regard de mon amant rêvé se veut doux et bienveillant. Je repose le livre que j'ai dans la main et en reprend un au hasard dans l'immense étagère. Sans y jeter un coup d'œil, obnubilée par mes pensées, je paye la précieuse oeuvre. Les yeux d'émeraude brillent et l'homme sourit. "Au revoir et bonne lecture". Sa main me tend l'objet. Je tremble à nouveau et effleure ses doigts. Mes yeux affolés ne lui accordent un dernier regard. Je range rapidement le livre dans mon sac, marche rapidement jusqu'à la sortie et pousse la porte sans même lui offrir un au revoir.
Sur le chemin du retour, je ne peux m'empêcher de repenser à ces détails. Yeux. Bouche. Sourire. Mains. Arrivée, je repense à mon achat dont le titre m'est encore inconnu. Je le sors dès lors de mon sac et découvre ces caractères noirs inscrits en gros sur la couverture :
"Flaubert, Madame Bovary".
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Une plage, un cocktail, un bikini. Cette ville est un paradis (même pas fiscal) depuis que tu n’es plus là. Les vacances ont commencé le jour de ton décès. Petit enfoiré qui pensait gâcher mon séjour avec son enterrement. Mais que crois-tu ? Je viens me délecter devant ta sépulture entre une bouteille de champagne et une séance de spa que je paie – cela va de soi – grâce à l’héritage que tu m’as laissée. C’est d’ailleurs la seule chose pour laquelle je peux te remercier. Tous ces billets remplacent peu à peu le vide que tu as laissé dans mon coeur. Je guéris. Je me soigne à coup de luxe et de vagues turquoises venant effleurer le corps que tu as rendu autrefois si fragile et si faible. J’irai cracher sur ta tombe, piétiner les fleurs et inhumer tous ces mauvais souvenirs contre ta carcasse sans âme. Ne t’attends pas à me voir deux fois devant ta prison de marbre. J’espère que la terre est à ton goût. Ceci est un adieu. Adieu.
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Nos mots sont un doux opium et l'harmonie de l'osmose dansant sur nos corps meurtris dépose dans la nuit noire une exquise poésie.
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J'ai toujours trouvé qu'avoir un enfant était une démarche très égoïste. Éprouver le besoin irrépressible d'avoir une représentation de notre propre individualité en miniature et, par là, essayer de corriger tout ce qui a pu faire défaut à notre vie. Jeter un nouvel humain dans un monde en pleine surpopulation pour répondre à une règle sociale et réduire, au moins un peu, notre peur instinctive du grand final par l'impression qu'un morceau de nous restera en cette nouvelle individualité. L'homme ne fait plus des enfants pour la survie de la race humaine, il le fait pour la simple survie d'une petite personne aux dépends de l'humanité toute entière.
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Écrire des livres, ce n'est pas chose aisée, mais raconter des choses qui plaisent au lecteur lambda l'est encore moins. C'est pourquoi je m'efforce à écrire ce qu'il détestera.
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Tout est plus beau en rêve. De la couleur de l'herbe à l'humeur des gens rencontrés. Le soleil, ni trop chaud mais juste assez présent. La piscine à la température parfaite. Le métro qui n'est pas bondé. Les transports qui arrivent à l'heure. Les enfants qui ne font pas de bruit, même pendant la récré. Seuls tes baisers passionnés m'offrent le meilleur goût de la réalité.
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Je n'ai jamais cru en Dieu. Pas une seule seconde. Pourtant, j'ai essayé. Déjà enfant je me demandais si tu existais, toi, celui dont tout le monde parlait. Je n'ai jamais pu me faire à l'idée. Une fois, j'ai essayé de prier. Je me suis sentie ridicule. Comment un être comme ça pouvait-il exister ? Je n'y croyais pas. Je n'y crois toujours pas. Les seuls dieux qui existent sont ceux que l'on se crée.
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Je t'ai appelé quatre fois aujourd'hui et tu ne réponds toujours pas. Dis-moi ce qu'il se passe. Je fais les cent pas dans mon studio, c'est-à-dire que j'ai déjà fait quarante fois le tour de la table basse. Je te jure que c'est moche à voir, très moche. Ma voisine, qui me voit depuis sa fenêtre, a l'air inquiet. Je crois qu'elle songe sérieusement à appeler les urgences. Si je dois continuer à marcher, je vais devoir louer un appartement plus grand avant d'avoir usé complètement le parquet de celui-ci. Je n'arrive plus à respirer dans ces quelques mètres carrés. Ma voisine pense sûrement que je vais m'évanouir. Ne lui donne pas raison, s'il te plait, c'est une vraie conne. Pourtant, je me sens vaciller. Je ne sais pas si j'ai le tournis ou si c'est ton indifférence qui me fait cet effet. Promets-moi de me rappeler. Promets-le moi, même si c'est pour me quitter. Fais-le au moins pour que j'arrête de marcher.