Voilà qui ravit les yeux et les oreilles dès qu'on le lit
Le thème, bien que déjà surexploité, est revisité avec une sensibilité que j'apprécie beaucoup. Même si l'on peut regretter le côté académique (début par le ô ou le thème du voyage, ou encore les rimes suivies par moment et croisées à d'autres), ce n'est rien en comparaison de l'originalité et de la sensibilité de l'analyse lyrique du sentiment de l'appel au voyage :
Une peur sournoise laisse place à un plaisir éperdu ;
Une impression encore neuve qui ne porte pas de nom.Le deuxième vers semble s'imposer de lui-même et témoigne de l'émerveillement poétique devant un sentiment inconnu, base de tout lyrisme. Les "colombes grises" nous semblent bien moins prosaïques que dans les aéroports.
Traversant la passerelle, enveloppant l’aire d’un adieu,Ce vers est d'une grande force par l'emploi du terme géométrique "aire", extrêment concret dans un aéroport, suivi "d'un adieu", comme si la zone géométrique dans laquelle se trouve le "je" était définie par l'étendue de ce "je" lui-même, comme si ce n'était pas un corps qui traversait une passerelle pour rejoindre un avion mais un lieu de l'esprit, défini, qu'on appelle l'adieu, qui menait vers ce sentiment inconnu que procure un départ. Nul besoin qu'un homme prenne l'avion pour ressentir un tel appel, et c'est cela la poésie.
J'aime moins le vers suivant, qui veut trop expliciter ce qui n'a pas besoin de l'être et qui a une sonorité beacoup moins belle. (
L’appel du voyage se fait de plus en plus insistant.)
Les deux autres sont plus académiques.
Mais le "must" rest le dernier vers, d'une importance capitale, ça peut faire un poème (ex: le dormeur du val de Rimbaud)
Je m’évade loin des fumées étouffantes vers des airs plus vifs.Ce monosyllabe final montre une physicalité telle qu'elle transperse littéralement le lecteur, comme le "je" et réussit son pari. Si l'on lis le poème avec implication, on sent cet appel qui nous traverse le corps et l'esprit.