Bonsoir à tous,
Je vous souhaite une agréable lecture. Tous les conseils pour améliorer ce texte sont évidemment les bienvenus !
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Je marchais tranquillement dans la rue. Les vitrines des magasins ne m'interpellaient pas comme à leur habitude. Pour une fois, j'avançais tout droit, sans couper court au fil de mes pensées. Je traversais sans grande peine l'immense allée piétonne de ma ville. La voix des badauds chatouillaient mes oreilles, me faisant sourire bêtement. C'est fou comme le monde semble lumineux quand on est heureux.
Mon sac était lourd, et pour cause, je traînais avec moi quatre bons litres de vodka. Mon épaule me faisait mal. J'avais peur de poser le sac, peur que celui-ci ne craque sous le poids des bouteilles d'alcool. Cependant, d'un côté, je me sentais invincible. Trimballer ce genre de boissons lorsqu'on est mineure peut procurer un certain sentiment de fierté. J'avais l'impression d'être une adulte, de m'éloigner petit à petit de ma vie d'enfant.
Le lieu de la fête n'était plus très loin. La plupart de mes amis s'y trouvaient déjà : j'étais encore en retard. Néanmoins, j'avais une bonne excuse. Mon miroir ne voulait pas me renvoyer un reflet suffisamment correct. Cela aurait été terriblement impoli de ma part d'arriver avec la tête d'un cadavre et les cheveux d'un épouvantail millénaire. Une heure de retard ne se remarquait jamais, de toute façon. Sans m'en rendre compte, mes pieds m'avaient guidée jusqu'à mon nouveau repère. A travers la porte en bois massif, je pouvais entendre la musique battre en cadence avec le rythme de mes pensées.
Je n'eus même pas le temps d'appuyer sur la sonnette, que la porte s'ouvrit. Un petite adolescente menue se tenait devant moi. A ma vue, Emma sourit. Me faisant la bise tout en attrapant vivement mon sac, elle me poussa doucement à l'intérieur. J'étais impressionnée : je n'avais jamais vu autant de monde dans sa maison. Mon amie me guida jusqu'à la cuisine. Elle posa le sac sur l'immense table aux reflets dorés et me proposa à boire. Quand Emma me servit, je vis sa main trembler. Je pris mon verre tout en lui adressant un sourire. Organiser une soirée de ce genre quand on a dix-sept ans peut s'avérer très stressant. Ma meilleure amie émit un soupir. Je vis son visage se détendre. Nos amis allaient et venaient dans la pièce. Certains chantaient tandis que d'autres hurlaient à tue-tête les paroles des chansons de manière incompréhensible. L'alcool coulait à flot.
Alors que je sirotais tranquillement mon premier mélange, j'aperçus les lèvres d'Emma bouger en ma direction. Qu'essayait-t-elle de me dire? Ne voulant pas paraître imbécile, je lui souris et brandit un pouce en l'air. Cela ne devait pas être bien important. Quelques de mes amies m'entraînèrent dans le salon où une piste de danse avait été négligemment improvisée. Les garçons tentaient d'approcher certaines des filles avec un air convaincant. Cela me faisait rire, on aurait des pans faisant les beaux. Je pris un deuxième verre, puis un troisième. Tout allait bien.
La soirée battait son plein, et c'est en cherchant les toilettes, que je me rendis compte que la boisson me montait à la tête. Les murs glissaient sous mes doigts, le sol vacillait et même si je me rendais compte de tout cela, je ne pouvais pas y remédier. Je croisais les garçons de ma classe qui, assis par terre au détour d'un des nombreux couloirs de la maison, fumaient un joint. Un d'entre eux me proposa d'essayer. Cependant, j'étais encore assez consciente pour refuser. Je lui dis non de la tête, mais cela devait plus ressembler à une crise d'épilepsie qu'à autre chose. J'atteignis enfin la salle de bain. Je me réfugiai dedans, et m'y enfermai. Ma tête tournait, les meubles bougeaient. J'avais déjà oublié pourquoi j'étais venue jusqu'ici.
Je sortis en parlant à haute voix. Andréa et Julie rigolèrent en me voyant. Je m'approchai d'elle, arborant un immense sourire et je me mis à leur raconter ma vie. Cela ne semblait pas les déranger. Nous nous mirent à parler vivement de tout et de rien. Les filles me prirent par le bras et me firent retourner au salon. On me proposa un énième verre que j'acceptai avec joie. L'alcool avait pris possession de mon corps. Je ne pensais plus donc je n'étais plus. Je bougeais naturellement mon corps, oubliant les personnes qui m'entouraient. Quand soudain, un élément perturbateur rencontra l'iris bleu de mes yeux. Sous le choc, mes jambes cédèrent. J'eus tout de même le temps d'apercevoir Emma. Celle-ci se frappa le front et me regarda avec un regard désespéré. Je pus lire sur ses lèvres : « Je t'avais prévenue, Kat ! ».
Lorsque je réussis à me remettre sur pied, il avait disparu. M'avait-il vue ? Si j'avais été intelligente, je n'aurai pas bougé du salon. Cependant, la vodka et le champagne, eurent raison de moi. Tous deux me firent prendre la pire des décisions. Les rois des alcools me prirent par la main, je m'envolai vers les sommets. C'est ainsi que je me retrouvai au deuxième et dernier étage de la demeure. Essouflée de surcroît. Pourtant, j'avais été bien guidée car Ivan était là. Sur le balcon, le jeune homme arborait un sourire méprisant. Je sentais mes poings se crisper. Ma circulation sanguine coinçait au niveau de mon coeur. J'étais bloquée. Pourtant, cette fois-ci, mon amie la tequila vint à mon secours. Grâce à elle, j'avançai jusqu'à lui et ma langue se délia :
« Bah alors, qu'est-ce que tu fais là ? Tu n'es plus occupé avec l'autre ? Je ne savais pas que tu étais proche d'Emma au point d'être invité. Est-ce que cette fois-ci tu vas m'embrasser et me dire juste après que grâce à moi, tu as compris que tu aimais vraiment ta copine ?Ah, et si tu es venu pour me rappeler que j'ai gâché trois ans de ma vie à être amoureuse de toi, tu peux t'en aller. Je le sais déjà. Je te déteste, Ivan. Vraiment. Je ne sais même pas comment tu as pu avoir le culot de venir jusqu'ici. Quel est ton but ? Allez, vas-y, dis-le-moi. De toute façon, je ne me souviendrai de plus rien demain matin. A part me rendre triste, tu sais faire autre chose ? Je pensais tellement compter à tes yeux. Nos rendez-vous, nos coups de téléphone, nos messages, tes « je t'aime », ce n'était que du vent, n'est-ce-pas ? Cela fait presque un an que je souffre. Je dois supporter les moqueries des autres. Je suis obligée de me remplir d'alcool pendant les soirées car voir des couples me rend malade. Il n'y a as un soir où je ne pense pas à toi. »
Les larmes coulaient sur mes joues. Je savais que je devais m'arrêter de parler mais les mots ne voulaient plus rester enfermés. Je repris mon souffle, et tandis qu'Ivan ne bougeait pas, les syllabes sortirent de nouveau brutalement du fin fond de ma gorge. Tel un raz-de-marée, elles détruisirent les dernières barrières qui me restaient :
« Pourquoi tu ne dis rien ? Tu dois me trouver pitoyable. Mais tout cela, c'est de ta faute. Ta faute...Si seulement, tu m'avais laissé ma chance. A la place, tu m'as manipulée. Tu devais bien rire avec tes potes derrière mon dos. J'étais si naïve d'écouter mes sentiments, parce que le pire, c'est que j'étais persuadée que tu étais le bon. A cause de toi, mon premier baiser a été gaspillé. J'avais attendu pendant seize putains d'années, et toi, t'as tout détruit. T'es vraiment qu'un con. Je te déteste tellement Ivan, tu sers à rien. Je ne crois plus en rien. Les autres garçons ? Je leur fais du mal. Ils me prennent tous pour un monstre. Depuis cette fois-là, je n'arrive plus à rien. Je suis bloquée. Répare ton erreur, redonne-moi ma vie d'avant. Fais au moins cela pour moi ! ».
Ma bouche était désormais sèche. Dans le silence de la nuit, j'attendais une réponse. Mais Ivan resta immobile. Il me scrutait de haut en bas. J'attendais ma réponse. Cela faisait un an, à quelques jours près, que j'attendais qu'il me donne des explications. Mais le garçon que j'avais tant aimé, à qui j'avais tant donné, ne semblait pas vouloir me parler. Soudain, il se mit à rire. Ceci irrita mes oreilles. Le rouge me monta aux oreilles. Je me sentais ridicule. Ivan riait encore et encore. Il se tenait le ventre avec ses deux bras, ses yeux étaient clos, son front plissé par un tel élan d'hilarité.
Tout à coup, le rhum décida de couper court à mon incompréhension. Je fonçai vers le crétin mort de rire, et le poussai de toutes mes forces sans m'en rendre compte. Tout se passa très vite. Je vis ses yeux étonnés, son dos heurter la vieille balustrade rouillée, et ses pieds quitter le sol. En une fraction de seconde, il était au rez-de-chaussé, les membres disloqués et la nuque retournée. Je sus immédiatement que ma vie ne serait plus jamais pareil. L'alcool habitait encore mon être, tel un esprit malveillant. Cependant, il me permit de capturer les yeux d'Ivan dans mon esprit une dernière fois...