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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » 3 textes très courts

Auteur Sujet: 3 textes très courts  (Lu 1393 fois)

Hors ligne QuentinN

  • Tabellion
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  • Rencontre: te croise, regard, te dépasse.
3 textes très courts
« le: 19 Avril 2015 à 19:12:31 »
Bonjour! Je vous présente aujourd'hui trois textes écrits au cours des derniers mois.

Le premier sera peut-être prolongé pour donner une nouvelle:

L’air lourd et trouble est chargé d’une odeur de tabac froid. La pièce, neuve et fraîchement peinte de couleurs claires et neutres est faite de lignes simples et épurées. Elle a pour tout mobilier un frigo, qui seul dérange le calme de la nuit mourante d’un vrombissement faible mais régulier. Le plan de travail est vide et propre. Il semble n’avoir jamais été utilisé et ne rien trouver dans les placards n’aurait pas étonné.  Il risque quelques pas sur le carrelage, presque gêné d’introduire dans cet appartement la saleté et le bruit que le propriétaire semble avoir eu tant de mal à tenir éloignés.  Il peut alors voir le reste de la pièce. Tout en longueur, ce qui semble être un salon prolonge la cuisine sur sa gauche. La décoration est aussi pauvre qu’ailleurs. C’est comme si cet appartement venait d’être acheté. De grandes fenêtres aux stores aux deux-tiers fermés longent les murs. Soudain, les premiers rayons du soleil levant courent sur les toits de la ville et pénètrent la pièce, levant lentement le voile de la pénombre. C’est seulement à ce moment précis qu’il la remarque. Sur un matelas posé au sol, dos au mur, se trouve une femme nue. La trentaine. Elle est d’une splendeur frappante. Son visage sur lequel se lisent les premières marques de l’âge, de la fatigue – de la vie – lui donnent le charme singulier de la beauté mourante. Demain moins belle que aujourd’hui, aujourd’hui moins belle qu’hier. Sa peau odorante, encore couverte de sueur, est celle d’un être qui a cherché en vain à trouver le sommeil.  Son regard las et lointain se perd vers les dernières lueurs du centre-ville. Elle semble rêver à un ailleurs. Entre ses lèvres charnues pend mollement  une cigarette fumante. La cendre, tombée sur ses cuisses, porte le regard vers le cendrier qu’elle tient, ou plutôt qu’elle touche de ses doigts.  Ils sont la source d’une flaque où se mêlent avec contraste le noir et le rouge et de laquelle des mégots émergents tels des îlots.

Il se retourne et sort sur le palier.

« Rentrez chez vous, madame »


Le second est un test stylistique:

La fumée du dernier coup tiré se disperse, le crissement de l'entrechoquement des lames se tait. Bientôt ne subsiste que le doux ballottement des vagues qui claquent leurs langues sur la coque du navire renégat. Ma respiration s'apaise tandis que l'ivresse du combat s'efface, et alors je regarde autour de moi. Je suis dans les quartiers de l'équipage. Il règne ici, mêlé à la chaleur intense et humide d'un coffret battu par le soleil des mers les plus occidentales, un relent de sueur encore chaude et les effluves d'hommes qui n'ont mis les pieds à terre que depuis trop longtemps. Mes hommes, encore tendus mais victorieux, défient de leurs armes l'équipage de La Capricieuse. La voix sèche et ferme de mon bosco brise le lourd silence.
 
Désignez moi votre capitaine.
 
Alors que la masse d'hommes se divise, un homme de petite taille, au visage brûlé par le soleil s'avance. Il ignore mes hommes et marche aussi dignement et calmement que la situation le permet vers moi, la bouche marquée en coin d'une légère suffisance. Il se présente, précisant que nous sommes tous deux gentilshommes français, mais devant mon visage dur et impassible sa voix faiblit et finit par s'éteindre. Il déglutit.
 
Le sot n'avait pas compris qu'au vu de ses méfaits il ne serait pas traité avec honneur. Sur mon ordre, deux solides gaillards le saisissent, tandis que lui, trop effrayé et surpris pour se débattre, cherche de ses courtes jambes le contact du sol, le visage figé dans une expression comique. Mon second me tend son coutelas.
 
L'instant d'après, Philippe Lagorce, né à Nantes trente-sept an plus tôt, à genoux, souillait le pont de son navire, la gorge fendue d'un second sourire. De ses gros doigts durcis de bon vivant travailleur, il cherchait en vain à retenir sa vie qui se répandait en une flaque rouge sur le sol. La voix sifflant sa détresse, son visage se crispa dans une dernière grimace, puis, en un instant remarqué, toute la tension de son corps de se relâcha et son buste s'affaissa, livrant le défunt capitaine à la vue de son équipage dans une position, qui, hors contexte, prêterait à rire.
 


Le dernier, enfin, a été écrit sur un coup de tête vers 4h du matin, l'esprit loin d'être clair. J'ai préféré ne pas le retravailler.

Longues heures sans sommeil. L’esprit trop vif pour lâcher prise. Seul, face à soi-même, il est trop difficile de nier l’évidence. Futilité et pathétique de la chose humaine. Mélancolie. Puis je me perds, je divague. Mes pensées, inlassablement, se contemplent elles-mêmes. Dérive. Confusion. Mon esprit galope, machine emballée sans intention, esclave sans conscience et sans maître. A l’instant de basculer dans des limbes fiévreuses, mes yeux s’ouvrent.
Horreur. Alors que je reprends soudain toute la conscience de mon existence, face à moi, à quelques centimètres, se tient un visage. Je pourrais sentir son souffle. Ses lèvres frôlent les miennes. Ses longs cheveux d’abysses tombent flottants autour de moi. Son regard me pénètre, levant tout voile sur mes pensées et violant la pudeur de mon âme. Je ne peux que constater mon impuissance face à cet être étranger qui prend ma place dans ma tête, qui lentement me repousse et m’efface. Je suffoque, je me noie dans la profondeur de ces yeux noirs. Puis elle m’embrasse. Ses lèvres forcent lentement ma bouche sans que je ne puisse ne serait-ce que vouloir imposer la moindre résistance. A l’intérieur de cette vision sans essence, ma langue ne rencontre que le néant, le négatif, l’absence, dans lequel, horrifié, je m’engouffre. Je ne sens plus mes bras ni mes jambes, ce ne sont plus mes bras ni mes jambes. Puis c’est au tour de mon torse, tandis que je me perds encore plus profondément dans ce regard, et que je fuis malgré moi, aspiré, dans cet ailleurs. Et au dernier instant, alors que je ne suis déjà plus pensée mais simplement témoin et victime de l’empire de la peur, je ressens cet indescriptible désir de vivre, désir de continuer à être et à exister.

Eveil.

Qui, des deux, est le plus pris dans sa chance ?
Toi qui, pour un baiser, brûle d’attente,                         
Ou moi qui ne peut —et c’est l’évidence,                         
Que faire l’aumône à tes lèvres mendiantes ?

Hors ligne ZagZag

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Re : 3 textes très courts
« Réponse #1 le: 20 Avril 2015 à 22:31:00 »
Citer
Elle a pour tout mobilier un frigo, qui seul dérange le calme de la nuit mourante d’un vrombissement faible mais régulier
C'est un peu lourd, peut-être : Seul un frigo dérange le calme d'une nuit mourante, d'un vrombissement faible mais régulier.

Citer
les premières marques de l’âge, de la fatigue – de la vie –
Dans cette ordre la gradation rendrait peut-être le texte plus beau ^^
: les premières marques de la fatigue, de l'âge, de la vie...


Citer
Il règne ici, mêlé à la chaleur intense et humide d'un coffret battu par le soleil des mers les plus occidentales, un relent de sueur encore chaude et les effluves d'hommes qui n'ont mis les pieds à terre que depuis trop longtemps.
C'est très très long ça comme phrase ! Un peu trop du coup...
Dans l'ensemble ce texte est assez prenant, bien qu'un peu cours...


Il n'y a pas grand chose à dire sur le troisième texte... on sent bien qu'il a été écrit à 4h du mat ! :) Mais il reste assez poétique, j'aime bien !

aucun : les artichauts n'ont aucun rapport avec le Père Noël. Ce ne sont pas des cadeaux et on ne peut pas faire de Père Noël en artichaut.

Hors ligne Oussri

  • Aède
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Re : 3 textes très courts
« Réponse #2 le: 20 Avril 2015 à 23:52:23 »
Salut QuentinN,

Sincèrement, j'apprécie ton style. Ta prose est soignée et fluide, c'est agréable à lire. Chacun de tes textes possède un contexte et une atmosphère différents, bien distincts. Un petit plus pour le dernier : j'adore les écrits bruts, sans fioritures. C'est dans ces écrits, je trouve, qu'on s'approche au mieux de la personnalité des auteurs.

Hâte que tu nous écrives la suite du premier texte, j'ai très envie de savoir ce que tu pourrais nous en faire ;)
"Chat du Cheshire, quand je recommence à t'oublier, c'est toujours le souvenir de ton sourire qui disparaît en dernier." Gage

Hors ligne Yacc

  • Tabellion
  • Messages: 40
Re : 3 textes très courts
« Réponse #3 le: 21 Avril 2015 à 07:06:57 »
Rien à dire sur la grammaire, c'est impeccable. Contrairement à Oussri, je ne suis pas fan de ce style surchargé d'images et de descriptions à n'en plus finir. Pour moi, c'est précisément ce qui rend un texte difficile à lire. On ne peut pas plaire à tout le monde, hein   ;)

Ceci dit, s'il y a beaucoup d'excellentes manières de décrire la beauté d'une femme, je doute que "splendeur frappante" en fasse partie.

As-tu écris des poèmes ? Je verrais bien ton style dans un sonnet.

Hors ligne QuentinN

  • Tabellion
  • Messages: 48
  • Rencontre: te croise, regard, te dépasse.
Re : 3 textes très courts
« Réponse #4 le: 05 Octobre 2015 à 23:59:20 »
Bonsoir! Je suis de retour après très (trop? ::)) longtemps pour vous répondre. Zagreos, j'ai pris note de tes remarques et tu as raison pour la tournure de plusieurs phrases. Je préfère cependant conserver la forme de la phrase extraite du texte sur les corsaires.

Merci à Oussri :mrgreen:.

Yacc, je comprends très bien ton point de vue, ça vient en fait surtout de mes lectures (littérature russe et française du XIXème  :-¬?).  Pour la "splendeur frappante" je vais y songer, espérons que je trouve mieux. Je cherche plus à décrire une impression provoquée par le charme que par la beauté brute, le genre de beauté que l'on trouve habituellement chez des personnes vivantes (contrairement à cette demoiselle :/)

Pour ce qui est des poèmes, je n'en ai écrit qu'un seul (j'ai pondu ça rapidement pour un concours qui n'avait rien de littéraire). Je le mets à la suite, on verra si je le posterais plus tard.



Des géants aux ailes engourdies
De leurs voix graves et profondes ne faisant qu'un unique murmure
Veillaient sur le fragile sommeil de la nuit mourante.
 
Mais le triste chant déplût, et bientôt,
Naquit dans le ciel un printemps déjà mort:
Des fleurs sombres,  flétries, étoilèrent les cieux
Tachant de suie ces lourds oiseaux.
 
L'une d'entre-elles, éclose trop près de l'un d'eux,
Consuma ses ailes, et fit plonger l'ange déchu
Qui bien malgré lui, d'une traîné flamboyante
disparut gémissant dans un tapis de limbes blanches
tandis que ses frères, d'une rage vengeresse
dispensaient de leurs entrailles un peu plus de mort.
 
L'aube impératrice, de sa majesté habituellement impassible
Ce jour là rougît des hommes, et au jour nouveau
Des rêves où plus rien ne luit, ne survit qu'un goût de cendres.
Qui, des deux, est le plus pris dans sa chance ?
Toi qui, pour un baiser, brûle d’attente,                         
Ou moi qui ne peut —et c’est l’évidence,                         
Que faire l’aumône à tes lèvres mendiantes ?

 


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