La suite de
ceci, donc le premier qui se plaint de l'histoire je le fourre dans ma marmite ce soir
Bonne lecture.
Vous avez dit bizarre ?
Excentrique ?
Lunatique ?
Dérangé ?
Peut-être, mais je ne suis que moi, enfin, moi et moi.
Nous sommes deux, je crois.
Il est vingt deux heures je fais la vaisselle en chantonnant je viens de dîner mais je ne pars pas me coucher en réalité la soirée ne fait que commencer. Non que je compte réviser mes cours prennent la poussière dans un coin je ne veux plus y penser c'est bon j'ai abandonné tant pis je rate ma vie. Là tout ce qui m'intéresse c'est la princesse assoupie dans mon lit !
Le matelas rougit il n'a pas l'habitude qu'une fille soit si proche de lui et moi aussi pardi. Du coup on cramoisit ensemble avec mon vieux compagnon de crastination encore moelleux malgré ces années passées à m'allonger dessus. Faut dire que je suis léger quand même.
J'ai dit que je n'ai pas l'habitude des filles mais j'en ai connu une au lycée, Gamila. Une grasse garce nullement gracieuse et gravement gargarisante, elle était toute gaga de moi mais se gavait trop de crème pâtissière, sans compter sa grossière ganache et ses manières garçonnes. Pas fan des gamines comme ça alors je l'ai plaquée sans prendre de gants. Bam uppercut gauche gargantuesque (si si) dans le rideau graisseux qu'à fait glouglou comme un navire qui coule. Chui un mauvais gars je sais.
Revenons à ma belle.
Je l'admire je la dévore c'est un dessert glacé dans cette nuit estivale je fonds sous sa froide morsure et sa caresse givrée qui fait affluer le sang dans une zone qui ne devrait pas oh mon Dieu ne serais-je qu'un sale pervers ?
- Oui. Répond-il de là-haut.
- C'est ballot, que je rétorque à Monsieur Dieu.
Pendant ce temps la fille ouvre les yeux comme ça pouf !
Et v'là t'y pas que son regard océan me fait un essorage express au sel marin. Moins puissant que la première fois mais quand même, ça secoue. C'est sans doute cela que ressentent les drogués car je n'ai qu'une envie c'est de renouveler la sensation. Je ne peux plus me passer d'elle je suis son esclave je tuerai même pour qu'elle m'aime. Je foutrais le chaos dans l'univers si elle me l'ordonne. Cette pensée me grise.
L'amour c'est vraiment quelque chose.
- Vous êtes en sécurité ici.
Je prononce ces mots sans réfléchir, comme si quelqu'un a actionné la manivelle "prince charmant" de mon répertoire. Elle promène ses yeux tout autour de mon studio miteux, je vois le puzzle de sa mémoire qui prend forme, le passé qui se reforme puis ka-ching ! Flashforward au présent le compte est bon. Redevenue maîtresse de la situation, elle me toise de pied en cap et parle. J'entends sa voix pour la première fois.
- C'est bien gentil, mais je ne suis en sécurité nulle part...
Un rictus se forme sur son visage, malicieux ?
- ...car je suis mon plus grand danger, en réalité.
D'accord.
J'adore.
Voyant que je trépigne d'excitation, elle hausse un sourcil dédaigneux, puis se relève pour zieuter la ville du balcon.
Crack. Ça, c'est le bruit de ma mâchoire qui se déboite d'étonnement.
- Quoi ? Qu'elle demande, irritée.
- T-tu mesures combien ?
- Un mètre quatre vingt sept.
- Ah ha ! cela explique pourquoi je m'écrase autant les cervicales pour te mirer.
- T'es juste un gringalet, comme tous les gens de cette ville j'imagine. L'air est si vicié ici...
- Tu veux dire que c'est tout à fait normal les filles de ta taille, là d'où tu viens ?
- Bien sûr.
Et là je m'imagine une ville comme ça, des blondes, des brunes, des rousses aux grandes hanches bien fermes, jouant sur la plage en bikini avec leur poitrine qui fait boing boing quand elles courent au ralenti. He he he. Ehehehe. He.
Crack. Ça, c'est son poing sur ma gueule. Bien fort.
- Efface ce sourire pervers de ta face.
De toute façon t'es aussi plate qu'une planche toi ! Je me dis pour moi-même. Elle me lance un mauvais regard, comme si elle lit dans mes pensées, mais se retient de me tabasser davantage, je l'ai quand même sauvée.
Puis, mue par une sorte d'instinct maternel qui sait que son fils cache des trucs dans sa chambre, voilà qu'elle farfouille dans mon studio et tombe direct sur mon coin revues pornos. Trop choqué et embarrassé pour bouger le moindre muscle, elle se contente de me lancer un sourire complice et lève un pouce en l'air.
- Que du femdom, j'approuve. Les gringalets c'est fait pour qu'on les piétinne avec des...
Groooowl.
Elle n'a pas le temps de finir sa phrase qu'un bruit fort troublant se fait entendre. Comme un ventre qui gargouille d'une super grosse faim, ou un ours hurlant d'une vasectomie sans anesthésie, mais la première option semble plus réaliste (et puis mon voisin qu'avait un ours domestique a déménagé).
Elle se tient l'abdomen sans oser respirer, le visage cramoisi de honte. Alors elle fait partie de ceux qui ne supportent pas que leur estomac gronde en public, bon à savoir. Je sors vite un calepin et répertorie son premier point faible connu, puis lui tend un paquet de beignets de crevettes entamé. Elle pioche dedans, mange sans le moindre son, alors que moi ça fait krch krch normalement.
Les princesses ont un système de mastication sophistiqué, je note cette remarque aussi, histoire de rassembler le plus d'informations pour l'apprivoiser.
- Tu ne seras point repus avec ces beignets maigrelets, veux-tu que je te préparasse des pâtes ?
- Des pâtes... ?
Elle fait la moue, me charme avec ses grands yeux affamés. Je sais qu'elle me joue la comédie mais ça n'a aucune importance. Elle est juste trop belle.
Je regarde l'heure, vingt trois heures, pas le temps de cuisiner cinq étoiles ma grande.
- Je dois aller bosser dans moins d'une heure, et il est hors de question que t'aille te perdre seule dans le Dédale si tard. Tu n'es pas d'ici d'ailleurs, si ?
- Non.
Alors elle se redirige vers le balcon, en gardant la fenêtre fermée cette fois, puis se remet à admirer Casanegra... ou pas. Son regard perce plutôt l'horizon, loin, très loin vers le nord, au-delà de la plage et plus vers l'océan, illuminé par les dizaines de villas-montgolfières qui le surmontent.
- Ciodellaqua, voilà qui je suis. Enfin, plus tout à fait, mais c'est une longue histoire. Souviens-t'en, gringalet.
Je rêve, ou elle m'a traité de gringalet trois fois en moins de deux pages ?
- Mon nom est...
- Enchantée, grin-ga-let !
Grrr... Elle me donne envie d'étrangler des chatons en chaine puis d'avaler un haltère pour plonger dans l'eau étancher ma haine.
Je l'aime.
Trifouillant impunément dans ma modeste bibliothèque cette fois, elle demande.
- C'est où que tu travailles à une heure pareille ?
- Un vieux café littéraire spécial insomniaques et somnanbules théinomanes, le
Hard-boiled Wonderland. Ah, que je me dis, tu n'as qu'à venir, la boss te cuisinera un petit quelque chose.
Elle hausse les épaules, l'air de dire qu'elle n'a aucune objection à formuler, du coup on se met en route. Sur le seuil de la porte elle me frôle avec ses longs cheveux noirs de lavande. L'odeur trotte dans mes narines et c'est comme si un ange maladroit a fait pleuvoir son eau de cologne sur moi. Alors je prie Dieu, Bouddha, Jésus et le Colonel Sanders de me réincarner en un de ses cheveux si jamais je crève.
Oui, nul doute que le paradis sur terre, faut le chercher dans le capillaire des belles demoiselles !