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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Dans la maison de ma tante (swap 2014)

Auteur Sujet: Dans la maison de ma tante (swap 2014)  (Lu 1348 fois)

Hors ligne Chat-noir

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Dans la maison de ma tante (swap 2014)
« le: 27 mai 2015 à 15:32:18 »
Finalement, après mainte et mainte hésitation, j'ai décidé de mette en ligne le swap que j'avais envoyé à Anlor, inspiré par quelques souvenirs que j'ai d'elle au meeting (rien d'aussi sombre que dans le texte, ne vous inquiètes pas)... Mais sachez que la Anne-Laure de mon texte n'a strictement rien à voir avec la délicieuse et merveilleuse Anne-Laure de notre fofo ! Et heureusement, d'ailleurs !
C'est un histoire qui me plait beaucoup et j'ai pris pas mal de plaisir à l'écrire, alors enjoy !
Et attention, c'est assez violent !



Dans la maison de ma tante
Comptine d’une nuit d’hiver



Chère Anne-Laure,

Je sais que je ne prends pas souvent le temps de te rendre visite, ni celui de t’écrire, et je m’en excuse profondément. Je viens de trouver un nouvel emploi dans une grande surface de Paris et cela m’épuise énormément, crois-moi. Peut-être arriverais-je à trouver un nouvel appartement plus grand que celui dans lequel je suis actuellement ? En tout cas, je suis très soulagé financièrement au vu de mon loyer exorbitant.

Mais toi, comment vas-tu ? L’établissement est-il toujours aussi plaisant ? Et ton traitement avance-t-il comme l’ont promis les médecins ? Je sais que tu es dans une situation complexe mais que veux-tu petite sœur : il va falloir que tu t’habitues à ta nouvelle maison dorénavant.

Je vais aller sur la tombe de maman ce dimanche, pour la Toussaint. Je ne suis pas croyant, tu le sais bien, mais je vais tout de même en profiter pour nettoyer la stèle et y déposer quelques fleurs. Nous n’avons toujours pas retrouvé le corps. Angélique dit que c’est ridicule d’entretenir une tombe vide mais j’en sens tout de même le besoin. Après tout, ce n’est qu’un petit monument, rien d’autre, juste une minuscule statue dont le ménage est vite fait.  Cependant, sais-tu où est enterré papa ? J’étais encore petit quand il est décédé (et toi, encore plus, sœur chérie) et je n’ai jamais eu la curiosité de le demander à maman avant qu’elle disparaisse… Peut-être qu’elle te l’a dit, à toi !

Enfin, je te promets de venir passer Noël avec toi… Je sais que cela n’est pas un jour particulièrement agréable pour nous mais ne dis-t-on pas que l’amour arrive à surmonter la mort ? Avec quelques cadeaux, je suis persuadé qu’on pourra s’offrir des fêtes de fin d’année convenables. J’espère que l’on aura de la neige. Je trouve ça magnifique, les flocons qui dansent.

Bien, je dois me rendre chez le fleuriste afin de commander quelques bouquets. J’espère que ton traitement va améliorer ton état le plus vite possible.

En t’embrassant affectueusement,
Ton frère chéri, Charles
 


           Cette lettre, Charles l’avait envoyée il y a un peu plus de deux mois et elle resta sans réponse. Cependant, l’homme sut que quelqu’un l’avait lu. Peut-être pas Anne-Laure, peut-être pas une infirmière, mais au moins une chose qui avait résolu son vœu : il neigeait. Les flocons, énormes comme des disques, tombaient mollement du ciel, dans une pagaille organisée, un silence respectueux envers l’hiver. Les arbres avaient revêtu leurs longues robes blanches dont les traines vallonnées gisaient sur les sols des forêts et des campagnes tranquilles. Les bâtiments eux aussi avaient enfilé leurs habits d’hiver, surmontés d’un chapeau immaculé de neige d’où sortaient des volutes de fumées noires, envahissant les rues d’une délicieuse odeur de feux de cheminée. La maison de repos de La perle, bien qu’éloignée de la ville, était elle aussi entourée de cette douce senteur. Lorsque la Cadillac de Charles s’engagea dans la cour, la fenêtre ouverte pour que son conducteur profite de l’air frais de décembre, ce fut la première chose que l’homme constata. Garant négligemment le véhicule sur les graviers, Charles sortit de l’habitacle, un sac en papier noir au bout du bras, et huma l’air en fermant les yeux, s’imaginant les flammes dansant dans l’âtre. Essayant de se blottir du mieux qu’il pouvait dans son long manteau noir, il examina la grande maison. Il trouva étrangement que celle-ci, avec ses fenêtres dorées et ses habits blancs, semblait plus majestueuse qu’en printemps, lors de sa dernière visite. Elle se dressait solennellement devant lui. Les arbres morts qui l’entouraient apparaissaient comme des mains aux doigts squelettiques, dressés vers le ciel gris où la nuit s’installait doucement. La décoration de la façade sculptée affabulait la bâtisse d’un aspect aristocratique, ne donnant aucun indice sur sa véritable fonction. Charles, quelque peu intimidé par le bâtiment, se tourna vers sa voiture et inspecta les alentours. La cour était presque déserte, personne n’était venu. On les laissait tous pourrir dans cet établissement, comme des bêtes qu’on oublie dans les chenils, abandonnés et classés dans les archives du passé. L’homme soupira et, après un moment d’hésitation, gravit les marches enneigées du perron. Il martela la porte de son poing glacé en frissonnant, les coudes collés le long du corps pour se tenir chaud. Après un moment de silence, avec comme seul son la chute discrète des flocons et le vent glacial serpentant entre les sapins, une personne ouvrit la grande porte. C’était une jeune infirmière que Charles avait déjà vue quelques fois. Après avoir lancé un regard examinateur, celle-ci s’exclama en ouvrant plus largement la porte :
« Oh, Monsieur Bird… Entrez, entrez, vous allez vous transformer en glaçon… »
Charles hocha la tête sans dire un mot et s’avança dans le vestibule désert. Aussitôt, il fut enveloppé dans une confortable couverture de chaleur. La femme ferma sèchement la porte, laissant seulement à quelques flocons le temps d’entrer, et le froid ne fut plus qu’un léger souvenir. L’infirmière lui fit signe de la suivre dans un couloir. S’habituant à l’ardeur de la température, Charles obéit en restant silencieux. Le corridor déboucha sur un grand salon désert à l’exception de quelques infirmiers remplissant des fiches, assis dans des fauteuils. Dans la lumière tamisée, un grand sapin richement décoré se tenait dans un coin. Immobile comme un garde, il surplombait la pièce de son étoile rougeâtre. Le feu dans la cheminée lançait des ronflements pareils à des lamentations solitaires, et les guirlandes qui pendaient lamentablement à quelques endroits de la salle semblaient vouloir s’échapper de cette mélancolie morbide. Cassant le silence, qui régnait jusqu’alors en maître, Charles demanda :
« Il n’y a personne ? »
Posant ses mains sur les hanches, l’infirmière secoua tristement la tête :
« Non, vous êtes le seul à être venu… Les familles les laissent décrépir ici, comme des vieilles photographies dans un album oublié… C’est ce qu’ils sont pour eux : des souvenirs… »
L’homme garda un instant le silence, tenant maintenant son sac dans le dos. Son regard se perdit momentanément dans les méandres du feu de bois et il questionna encore un fois la femme :
« Et les malades ?
— Ils sont dans leurs chambres… On ne les fera sortir seulement lorsque les célébrations commenceront… Vous voulez que je vous débarrasse de vos affaires ? »
Charles refusa de la tête :
« Non, c’est son cadeau, je veux lui offrir moi-même… Comment va-t-elle ? »
La brune afficha un sourire :
« Bien… Ses crises d’absentéisme se font de plus en plus rares même si elles sont maintenant quelque peu plus longues… Elle s’enferme sur elle-même et les seules fois où elle accepte de m’adresser la parole, c’est pour me parler de votre mère… Vous êtes sûrement la seule personne avec qui elle peut tenir une discussion complète… »
Son ton devint soudainement plus enjoué :
« Mais c’est une de nos patientes les plus agréables…
— Oui, elle est adorable… »
Maintenant, Charles, dont les cheveux blonds n’avaient plus aucune trace de neige, souriait aussi. Mais il ne souriait ni à l’infirmière, ni à personne d’autre. C’était un sourire spontané qu’il jetait dans le vide, qui s’accordait à ses pensées et disparaissait aussitôt. C’est seulement lors de ce moment de silence que Charles remarqua les tic-tacs presque imperceptibles d’une grande horloge. Celle-ci se tenait à côté d’un guéridon, plantée sur ses deux pieds, rivalisant de hauteur avec le sapin. Alors que le cadran semblait lui lancer des regards provocateurs, l’aiguille des secondes sautant en rythme avec un peu de retard, Charles détourna les yeux sur une seconde infirmière, plus âgée et plus grave, qui descendait le grand escalier en le dévisageant. Elle fit un geste de la tête à sa collègue plus jeune et indiqua d’une voix neutre, sans aucune émotion :
« Elle est prête à recevoir Clarisse… »
L’infirmière brune, toujours à côté de Charles, sourit de nouveau :
« Merci Jeanne… »
Sa voix et ses gestes devinrent de nouveau plus dynamique :
« Vous pourriez conduire Monsieur Bird jusqu’à sa sœur ? Je pense qu’il est grand temps que je prépare la dinde… »
L’infirmière répondant au nom de Jeanne hocha la tête sans sourire. Elle adressa un vague geste de la main à Charles alors que sa collègue quittait discrètement la salle. Charles, hésitant, commença à monter l’escalier, laissant des traces sur le tapis rouges avec ses chaussures trempées.


            Pendant leur marche sans parole, Charles dévisagea l’infirmière Jeanne sans aucune gêne. Sous la faible lumière des lustres usés, le visage de la grosse femme semblait froid comme une porte de prison fermée à clef. Ses lourdes paupières retombaient sur ses yeux pleins de sévérité et ses lèvres pâles surmontaient un menton grossièrement proéminent. Ce visage d’une rondeur excessive était surmonté d’un chignon à moitié défait, des mèches retombant négligemment sur son grand front. Lorsque Charles examina avec plus d’attention son regard, il remarqua que celui-ci le fixait avec une dureté effrayante. L’homme enfonça alors les mains dans les poches de son manteau d’un air coupable et se concentra sur les lieux. L’intérieur de la bâtisse était à l’image de son salon, mélancolique et repoussant. Le papier peint hideux était violâtre et s’effilochait par endroit ; chaque mur était recouvert d’au moins un miroir, parfois brisé ; on trouvait des guéridons à chaque coin de pièce, portant un vase de fleurs fanées, et il régnait, dans toutes les parties la bâtisse, une forte odeur de moisissure et d’humidité. Le duo traversa ainsi une panoplie de pièces insalubres et de couloirs à la décoration désuète, l’infirmière Jeanne ouvrant et fermant chaque porte à clefs, son énorme trousseau à la main. Enfin, ils s’arrêtèrent devant une porte close puis un silence s’installa, un moment d’inaction gênant. Charles allait demander à l’infirmière d’ouvrir la porte lorsque celle-ci se retourna vivement vers lui, essayant de chuchoter avec sa voix grave :
« Faites attention, elle n’est pas celle que vous pensez... Elle n’est pas celle que tout le monde pense… »
L’homme fronça les sourcils, perplexe. Il essaya d’intervenir, perdu, mais la femme l’interrompit :
« Je  sais que c’est votre sœur mais je vous en supplie, croyez-moi, il en va de votre vie… Elle peut être dangereuse, plus qu’on pourrait le croire… Nous savons des choses ici, des choses qu’on nous demande de taire mais… »
Sa voix mourut lorsqu’elle remarqua le regard agressif de Charles. De quel droit cette infirmière critiquait sa sœur, sa si adorable sœur qui se battait contre la maladie ? Comment osait-elle l’accuser ainsi de torts inconnus ? L’homme serra la mâchoire et sa voix, ferme et insolente, résonna derrière ses dents :
« La porte, s’il vous plait… »
L’infirmière resta un instant sans réagir, les yeux pleins de reproches. Finalement, elle enfonça une clef dans la serrure et la tourna en soupirant. Enfin, elle ouvrit la porte, invitant Charles à entrer dans la pièce d’un vague geste de la main. Celui-ci obéit, jetant un dernier regard accusateur à la femme qui referma aussitôt la porte derrière lui. Charles comprit qu’elle l’avait verrouillée lorsqu’un déclic résonna.


          La chambre était sombre. Seule une lampe de chevet éclairait les lieux, lançant des lueurs orange sur les meubles. Ceux-ci semblaient mourir doucement, dans une douce plainte, comme jetés eux aussi dans une maison de repos miteuse. Leur bois était rongé par les termites, leur peinture s’écaillait en formant un réseau complexe de fissure et de la poussière s’accumulait à leur surface. Le lit était le meuble le plus imposant, occupant le centre de la pièce. Il était surmonté d’une épaisse couverture au motif floral immonde. A ses pieds, un guéridon soutenait une tasse de thé encore fumante. Avec un de ses pieds ne touchant pas le sol, il semblait en perpétuel déséquilibre, pouvant basculer à tout moment. A l’opposé, un piano attendait discrètement que quelqu’un s’assoie derrière son clavier tellement sale qu’on ne pouvait plus distinguer les touches noires des blanches. A droite de celui-ci pendait une poignée dont la fonction était d’alarmer le corps médical en cas de problèmes. Une armoire massive surplombait la scène, écrasant les autres meubles de sa grande ombre sombre, et juste à côté de la fenêtre se tenait une petite coiffeuse à l’allure coquette mais démodée.
Devant le miroir ovale de celle-ci, Anne-Laure se brossait les cheveux en silence, soutenant son propre regard dans la glace. Lorsque Charles était entré dans la pièce, elle avait subitement fermé les yeux puis les avait doucement rouverts sur son propre visage, comme pour éviter tout contact visuel avec son frère. Le jeune homme, après avoir vite caché son cadeau dans un coin sombre, était alors resté dos à la porte pour examiner la pièce, sa figure prenant peu à peu l’expression du dégout. Puis son regard se posa sur la figure de sa sœur dans le miroir, essayant de voir s’il elle avait changé depuis sa dernière visite. Non, elle portait toujours le même visage rond au teint beige, toujours les mêmes lunettes qui lui donnaient un air d’enfant sage, les mêmes cheveux blonds qui tombaient en cascade sur ses épaules… Elle était restée la même, son expression faciale figée dans une calme tristesse. Depuis la disparition de leur mère, Anne-Laure n’avait plus ce sourire qu’elle affichait auparavant, même dans les moments pénibles. Elle avait perdu sa mythique joie de vivre, celle qui la faisait rire pendant les repas de famille, celle qui la faisait chanter de sa douce voix… Elle semblait maintenant constamment absente ou mélancolique, bouleversée par la moindre chose. Cela désolait Charles mais il en avait finalement pris l’habitude. Quand il rendait visite à sa sœur, il savait qu’il ne rirait plus comme avant. C’est peut-être pour cela qu’il venait de moins en moins. La mort ne lui avait pas seulement enlevé sa mère, car Charles était persuadé que sa mère était bel et bien décédée, mais aussi sa sœur, son ancienne sœur.
Enfin, l’homme se décida à entamer la discussion, brisant le lourd silence :
« Bonjour Anne-Laure… »
Aucune réponse, seulement le bruit de la brosse ratissant la chevelure. Charles persista :
« Ils t’ont mis un piano à ce que je vois…
— Il est désaccordé… »
Sa sœur avait lâché ces quelques mots d’un ton nonchalant, comme si elle se parlait à elle-même. Le jeune homme s’approcha de l’instrument et appuya sur une des touches. Un bruit désagréable et tremblotant s’échappa des entrailles du piano, une longue plainte déraillant comme un vieux train poussiéreux. Charles grimaça. Il se rappela un instant des morceaux qui envahissaient jadis la maison familiale, lorsqu’Anne-Laure jouait sur le piano droit de leur mère. Elles avaient toutes deux pris des cours mais le niveau de la fille avait vite dépassé celui de la mère, des valses, des balades et des sérénades résonnant régulièrement dans leur demeure parisienne. Mais dans cette chambre sombre, c’était le silence qui régnait en maître et les belles berceuses n’étaient plus qu’un lointain souvenir.
La jeune femme, toujours assise à sa coiffeuse, posa enfin ses yeux sans expression dans ceux tristes de son frère et constata :
« Ca faisait longtemps que tu n’étais pas venu… »
Elle remit en place une de ses mèches :
« Tu m’oublies ?
— Oh non… Je te l’ai expliqué dans la lettre, j’ai beaucoup de travail en ce moment… »
Derrière ses lunettes, ses yeux s’arrondirent :
« Oh oui, la lettre… »
Posant la brosse, elle tendit délicatement une de ses mains et lâcha sur le sol une boulette de papier froissée. Charles soupira, s’efforçant à se dire qu’elle ne savait pas ce qu’elle faisait. Cherchant un sujet de discussion plus léger, il demanda :
« Tu te sens bien ici ? »
Anne-Laure eu un léger mouvement de recul :
« Tu plaisantes ?
— Comment ça ? »
Elle recommença à se brosser les cheveux, plus énergiquement cette fois :
« Comment veux-tu que je me sente bien ici ? Tu as vu l’état de ma chambre ? Ce n’est pas une maison de repos, c’est une brocante… »
La brosse dut se prendre dans un nœud puisque la jeune femme grimaça en retirant sèchement l’objet de ses cheveux :
« Je serais mieux dans un asile classique…
— Anne-Laure, tu le sais, ce n’est pas un asile… »
Lâchant une plainte d’exaspération, la jeune femme plaqua violement l’outil sur le meuble. Ses pupilles se dilatèrent. Son regard était devenu effrayant, métamorphosé. Elle cria, les mains recroquevillées sur les rebords de la coiffeuse :
« C’est quoi alors ? Un centre de vacances ? Tu veux me faire croire que je ne suis pas folle, c’est ça ? Que j’ai juste besoin de repos ? Mais je le sais ! »
Elle se leva subitement et se retourna vers son frère. Celui-ci examina un instant sa longue robe rose dont le tissu était extrêmement froissé, comme si il avait été roulé en boule par une énorme main puis vaguement remis en place. Anne-Laure s’avança, ses mains tremblantes, prise de spasmes inquiétants :
« Je suis complétement démente, je le sais plus que tout le monde ! »
Elle fit encore un pas maladroit :
« Mais est-ce vraiment une raison pour m’enfermer dans un mouroir ? »
Elle s’arrêta un instant, regardant son frère. Sa poitrine faisait de véritables bonds et ses narines battaient à une vitesse folle. Puis, elle sembla se calmer un peu, sa respiration devenant plus lente :
« La seule chose qui me reste à faire pour tuer le temps est de dessiner… »
Anne-Laure dessinait aussi bien qu’elle savait jouer du piano. Elle avait commencé sur ses cahiers d’écolière puis, au fil des années, avait développé ce talent, figurant tout ce qu’elle trouvait d’intéressant au fusain, sur des feuilles de brouillons. C’étaient des visages, de simples formes, quelques objets farfelus ou encore des monstres venus tout droit de son imagination… Puis, ce furent des toiles, d’abord petites, puis plus grandes. Elle avait troqué ses crayons de couleur contre des tubes de gouache et peignait maintenant des scènes surréalistes où créatures fantastiques et bonhommes attendrissants côtoyaient plantes fantasmagoriques et paysages rocambolesques. Ses œuvres jalonnaient alors toute la maison familiale, accrochées au-dessus du canapé du salon, ou encore tout du long de l’escalier. Charles avait toujours eu beaucoup de respect pour ce travail qu’il trouvait magnifique et avait même commandé il y a quelques années une peinture rien que pour lui. Malheureusement, la commande a été vite oubliée, effacée par le temps et les événements.
Ne sachant plus quoi faire ni quoi dire, Charles enfourna ses mains dans ses poches et soupira. Puis, fixant sa sœur immobile dont le regard était redevenu vide, il s’efforça à sourire et lança :
« Allons, pourquoi t’énerves-tu comme ça ? C’est Noël ! »
Les lèvres d’Anne-Laure tremblèrent :
« Noël ?
— Oui, nous allons le fêter avec tout le monde en bas… Tu ne le savais pas ? »
La jeune femme secoua énergiquement la tête de gauche à droite, manquant de faire tomber ses lunettes :
« Je ne veux pas… »
L’homme fronça les sourcils :
« Quoi donc ?
— Je ne veux pas faire Noël, pas avec eux…
— Allons, Anne-Laure… »
Cette fois, c’était sa sœur entière qui tremblait de la tête aux pieds, sa peau blanche devenue écarlate. Alors, sa figure de jeune femme mélancolique se transforma soudainement en visage plein de haine, les yeux exorbités et les traits grossis par une horrible grimace. Elle poussa un hurlement aigu, semblable à une locomotive sortant de ses rails, et frappa violemment la tasse brûlante qui voltigea jusqu’à l’autre bout de la chambre. Celle-ci s’écrasa sur l’armoire dans un fracas impressionnant, et le vieux parquet fut aussitôt imprégné d’eau chaude. Charles eut alors le réflexe de se jeter sur la sonnette qui pendait à côté du piano, la tirant de toutes ses forces sans quitter sa sœur des yeux. Celle-ci ne bougeait plus, comme vidée de toute son énergie, et quand Charles entendit enfin les infirmières se ruer derrière la porte close, Anne-Laure ne remuait plus que les lèvres, chantonnant sa comptine habituelle :
« Dans la maison de ma tante… »


          Une fois sorti de la chambre, Charles s’adossa au mur du couloir, haletant. Alors que ses collègues étaient partis aussitôt, l’infirmière Jeanne resta un instant, fixant l’homme d’un regard sombre. Puis, avant de s’engouffrer dans le labyrinthe de pièce, elle prononça calmement avec un mouvement des sourcils :
« Je vous avais prévenu… »


   Quand Charles redescendit dans le salon, celui-ci était désert. Les infirmiers avaient dû se retirer en attendant le diner, laissant Clarisse dresser la table. Le meuble s’étendait à travers la grande pièce, recouvert d’une trentaine d’assiettes en carton doré au milieu desquelles émergeaient deux chandeliers. Les cierges rouges fondaient peu à peu, la cire comme des gouttes de sang, éclairant la nappe argentée de leur faible lueur. Le reste du mobilier avait été poussé pour laisser de la place. Les fauteuils se retrouvaient alors près du sapin, enlacés par les branches vertes, et la table basse se tenait dangereusement près de la cheminée, les flammes jetant leurs ombres mouvantes sur le plateau de bois. Charles traversa doucement la pièce, presque religieusement, impressionné par son silence d’église. Il contourna ainsi la table, lançant des regards inquiets autour de lui, s’attendant à voir surgir un démon à tout moment. Son genou heurta un tabouret et Charles étouffa un gémissement de douleur. Le meuble vacilla et la crèche qui la surmontait chuta. L’étable miniature se brisa dans un bruit rappelant celui d’un orage, et les santons décolorés se dispersèrent sur le parquet. L’homme grimaça, fixant craintivement les petites figurines, comme s’il venait d’attirer les foudres de dieu. Des bûches claquèrent dans la cheminée comme des coups de feu, faisant sursauter Charles qui lâcha un léger cri. Finalement, il respira profondément, ferma les yeux, et continua sa route jusqu’à l’autre bout de la pièce, les lattes craquant sous ses pas lents. Il arriva enfin devant la porte blanche de la cuisine, n’osant pas se retourner de peur de se retrouver devant une scène infernale, des créatures démoniaques dansant autour de la grande table, un banquet funèbre. Il posa la main sur la poignée, son cœur bondissant dans sa poitrine, et ouvrit sèchement la porte. Il fut aussitôt inondé de lumière. Charles mit alors une main devant ses yeux, ébloui. La cuisine était une petite pièce aux meubles blancs immaculés et aveuglants. Des effluves de divers aliments flottaient dans l’atmosphère, s’infiltrant dans toutes les narines, et l’infirmière Clarisse venait tout juste de mettre la dinde au four, les mains encore fourrées dans des maniques. Lorsque l’homme entra, elle se retourna sèchement, comme surprise en pleine faute. Après un court moment de légère stupeur, un sourire se dessina sur ses lèvres et elle demanda, enlevant les gants colorés :
« Cela s’est-il bien passé avec votre sœur ? »
Charles resta un instant silencieux et lâcha seulement un soupir discret. Alors que la jeune femme affichait un visage inquiet, comprenant que la réponse était négative, il expliqua :
« Elle ne veut pas fêter Noël… »
L’infirmière Clarisse soupira à son tour et baissa la tête, désolée. Charles compléta sa phrase :
« Pas avec vous, en bas… »
Le visage de l’infirmière se releva vivement, affichant un regard surpris et peiné :
« Vraiment ? Mais pourquoi ? »
L’homme haussa les épaules. Il savait que la femme était déçue, qu’elle avait mis toute sa vie dans cet établissement, laissant de côté famille, amants et amis. Il comprenait sa déception et quand elle hocha la tête avant de plonger ses doigts délicats dans une pâte à pain qui attendait sur le plan de travail, Charles était persuadé qu’elle retenait des sanglots. Il le comprit en remarquant que ses yeux brillaient, comme deux grosses billes blanches, et qu’elle serrait la mâchoire à s’en briser les dents. Il la laissa un instant pétrir la pâte visqueuse, l’étreignant et la frappant avec une énergie impressionnante, et osa poser avec hésitation une question :
« Ma sœur vous chante-t-elle souvent une chanson ? »
Les mains dans la pâte se stoppèrent.
« Une chanson qui commence par quelque chose comme « Dans la maison…
— …de ma tante… »
La jeune femme avait complété les paroles, fixant le vide d’un regard affolé. Lorsqu’elle se tut, elle garda la bouche légèrement ouverte, estomaquée. Charles, étonné de la réaction de l’infirmière, affirma :
« Oui, c’est ça… Elle vous la chante souvent ? »
Clarisse ne bougea pas, restant dans un silence effrayé. Après un instant qui parut interminable à Charles, elle posa sur lui un regard plein de détresse et suffoqua ces mots, les yeux noyés de larmes :
« Si vous saviez comme je tiens à elle… Sa place est ici, parmi nous, auprès de moi… Alors, je vous en prie, ne vous posez pas de question… Elle est entre de bonnes mains, je vous assure, de bonnes mains… »
L’homme, perplexe, hocha nerveusement la tête, reculant doucement vers la porte. La jeune femme essuya ses larmes avec son tablier et replongea ses mains dans la pâte, toujours remuée par quelques sanglots.


       La nuit était tombée depuis longtemps lorsque Charles gravit les marches de l’escalier pour retrouver sa sœur, deux assiettes dans les mains. Une fois de plus escorté par l’infirmière Jeanne, celle-ci ne se contenta que de lui lancer des regards obscurs comme seuls avertissements. Lorsqu’il arriva dans la chambre d’Anne-Laure, celle-ci se coiffait une fois plus devant son miroir, replaçant sa mèche sur son front. Elle s’était changée et portait cette fois une robe rouge plus ample que la précédente qui lui donnait des airs de marquise. Posant les assiettes sur le guéridon, Charles se rappela qu’il avait oublié son cadeau dans la chambre lorsqu’il remarqua le sac de papier noir sur le sol, froissé. Il sourit et demanda d’une voix qui se voulait chaleureuse :
« Tu as trouvé ton cadeau ? »
Sa sœur lâcha un « hum hum » de confirmation, s’admirant dans le miroir. Effectivement, la broche que Charles avait acheté un mois plutôt dans une petite boutique de Paris était enfoncée dans un énorme chignon qu’Anne-Laure s’était composé sur le crâne. La rose en rubis brillait au milieu de ces cheveux châtains emmêlés, fière et resplendissante, comme si elle gardait chaque mèche. Charles s’assit sur le bord du lit, examinant la coiffure de sa sœur :
« Elle te plait ?
— Elle est magnifique… »
Anne-Laure s’était retournée pour murmurer ces trois mots, le regard plein de reconnaissance. Puis elle s’était remise dans sa position initiale, plongeant son regard perçant dans celui identique de son reflet. Elle demanda d’une voix évasive :
« Tu as été sur la tombe de maman ? »
Charles, qui ne s’attendait pas à cette question, tressaillit. Gardant tout d’abord le silence, il finit par hocher la tête avec une sorte de sensibilité qui ressemblait, à s’y méprendre, à de la honte. Il soupira puis expliqua avec retenue :
« Je suis allé enlever la neige qui s’était amoncelée sur la stèle… »
Il fit une pause puis repris :
« Ils ne l’ont toujours pas retrouvée… »
Anne Laure lâcha un léger rire.
« Tu m’étonnes… »
Charles écarquilla les yeux de surprise et, la bouche entre-ouverte, fixa le reflet de sa sœur qui continuait d’admirer sa coiffure sous différents angles. Cette phrase résonnait dans sa tête comme une effroyable gueule de bois… « Tu m’étonnes… »… Sa sœur ne l’avait pas dit, il devait avoir mal compris, elle s’est trompée dans les termes… « Tu m’étonnes… »… Cet écho cruel ne faisait que s’amplifier, la certitude qu’Anne Laure avait bien dit cette phrase aussi… Sa sœur chérie, celle qu’il avait toujours aimée et protégée, venait de rire sur la disparition de leur mère, sur la mort de celle qui les avait élevés du mieux qu’elle avait pu… Charles n’était ni en colère, ni triste. Il ne comprenait simplement pas. Puis, balbutiant, il trouva une phrase pour changer de conversation, essayant de dissimuler son choc émotionnel :
« Tu ne manges pas ? »
Sa sœur s’appliqua du rouge-à-lèvre, admira sa bouche maintenant rose et se retourna :
« Non, je n’ai pas faim… »
L’homme lança un regard distrait à la nourriture, un profond sentiment d’égarement dans le cœur :
« Tu as tort… Ça a l’air délicieux… »
Elle haussa les épaules et se leva. Elle se dirigea vers le piano, lui arracha quelques notes effroyablement aigües et se tourna vivement vers son frère, le doigt tendu, comme si un éclair venait de la frapper :
« Oh, j’allais oublier, ton cadeau est dans l’armoire là-bas… C’est celui emballé… L’autre, dans une boite, c’est le cadeau pour tante Marguerite… Tu pourras lui donner sur le chemin de retour ?
— Oui, bien sûr… »
Cela devait faire dix ans que Charles n’avait pas rendu visite à la sœur de sa mère, à l’opposé d’Anne-Laure qui avait toujours eu beaucoup d’affinités avec cette dernière. A vrai dire, elle ne lui manquait pas, Charles n’avait jamais supporté son indiscrétion. Elle commérait sans cesse et pour rien au monde son neveu lui aurait confié un secret. Mais puisqu’elle avait le droit à un cadeau de la part de sa sœur, Charles irait faire un tour à sa maison lugubre, le temps de prendre le thé et de s’en aller.
L’homme se leva du lit et se plaça devant la grande armoire. Il l’ouvrit d’un geste lourd, comme s’il ouvrait un homme en deux, et les entrailles de la bête s’offrirent à ses yeux. C’étaient d’abord des sous-vêtements en désordre, des habits empilés, puis quelques objets personnels mis ici en vrac et enfin, tout en bas, une grosse boite en carton et un grand objet rectangulaire, emballés tout deux dans du papier cadeau rouge à motif de sapin. Lorsqu’il referma le meuble, les cadeaux à ses pieds, Anne-Laure lui dit d’un air moqueur :
« Tu croyais que j’avais oublié ta commande, hein ? »
Puis, elle s’assit derrière l’instrument poussiéreux et commença à chantonner sa rengaine habituelle et mystérieuse de sa petite voie aigue. Charles, bouillonnant d’impatience, arracha vivement le papier recouvrant la toile qu’il avait tant demandée. Le dessin apparaissait peu à peu alors que les doigts nerveux du jeune homme déchiraient des lambeaux de papier cadeau qu’il jetait ensuite négligemment sur le sol. Enfin, la peinture s’offrit entièrement à son regard heureux. Il la contempla, souriant, et même la chanson de sa sœur lui semblait un bel opéra. Mais alors que ses yeux se baladaient sur les couleurs et les formes, son sourire s’estompa peu à peu, laissant place à une moue d’angoisse.
Dans la maison de ma tante.
Il reconnaissait tout. Le paysage, les routes, la bâtisse en arrière-plan… Tout lui était familier.
Cette maison elle avait un jardin.
L’arbre qui se tenait au centre de l’œuvre lui était, lui aussi, parfaitement connu. Il avait gouté ses fruits, grimpé sur ses branches.
C’était le jardin de la maison de ma tante.
Mais surtout, alors que les racines de l’arbre s’enfonçaient dans la terre tel des spirales noirâtre, il reconnut la figure déformée et squelettique qui se tenait parmi elles, il la reconnut d’entre toutes : c’était sa mère.
Tout ça grâce à ma tante.
Lâchant la toile sur le sol, Charles se jeta sur la porte et essaya de l’ouvrir. Il découvrit avec stupeur qu’on l’avait une fois de plus enfermé avec sa sœur et tambourina violement sur le bois rongé, criant qu’on vienne lui ouvrir. Anne-Laure avait alors arrêté de chanter et regardait son frère avec un regard mêlant surprise et satisfaction. Le jeune homme, épouvanté, continua de frapper la porte de toutes ses forces, sa respiration s’amplifiant. Bientôt, ses coups lui semblèrent des battements de cœur et pendant un instant, il fut persuadé que la demeure même vivait, que  ses meubles l’épiaient et que ces murs pouvaient à tout moment se jeter sur lui. Enfin, il entendit qu’on s’activait derrière l’ouverture. On allait le libérer. Il allait pouvoir tout vérifier, il allait pouvoir être sûr.


          Lorsque Charles se précipita dans l’escalier, le lourd cadeau pour sa tante sous le bras, tous les occupants de l’asile se tenaient assis autour de la grande table, s’empiffrant et parlant, la bouche pleine de gras et de dinde déchiquetée. Personne ne fit attention à sa dégringolade dans le grand escalier et le brouhaha des voix couvrit ses pas précipités. Cependant, Clarisse se leva, observant l’homme avec peine, et toute la tablée fut aussitôt silencieuse. L’infirmière demanda des explications. Elle les eut et essaya de retenir l’homme, gémissant, pleurant, s’agrippant à ses habits, le suppliant de tout oublier... Mais déjà Charles était dans la cour extérieure, emmitouflé dans son long manteau, et entrait dans sa voiture, posant le paquet cadeau sur le siège passager. L’infirmière Clarisse resta alors dans l’encadrement de la porte, sa silhouette maladroitement courbée se découpant dans le rectangle de lumière. Elle pleurait toujours et baissait la tête, les deux mains unies en un nœud de mélancolie. Mais déjà, le moteur de la Cadillac vrombissait et elle entendit les graviers crisser sous ses pneus.
Charles roulait sans s’arrêter. Il savait où il allait, l’adresse de sa tante n’avait jamais quitté sa mémoire. Seulement, il roulait le plus lentement possible afin de faire une longue route, un parcours pendant lequel il pourrait réfléchir et comprendre tout ce qui se passait, tout un cheminement où il pourrait se vider l’esprit et l’âme, un sentier vers le calme ou la folie… Entres les deux, le cœur de Charles balançait. Il ne savait pas vraiment lequel lui serait le plus favorable. Il sentait ses nerfs bruler au fond de son âme. Sa santé mentale oscillait entre la pureté et la déchéance. Alors qu’il traversait une forêt, la lumière forte de ses phares éclairant les sapins comme s’ils étaient coupables, sa main droite s’aventura près de la boite à gant, cherchant un passage vers son paquet de cigarette, et rencontra la longue boite de carton posée à la place du mort. Charles fixa le mystérieux présent, brûlant honteusement d’envie de l’ouvrir, mais secoua la tête et se reconcentra sur la route déserte, oubliant son désir de fumer. Finalement, quelques mètres plus loin, il arrêta le véhicule sur le bord du chemin, prenant soin de ne pas tomber dans le fossé bordant les arbres. Coupant le contact et éteignant les phares, il se tourna vers le cadeau et commença à en déchirer l’emballage, plissant les yeux pour s’habituer plus vite à l’obscurité. Il arriva enfin à ôter tout le papier cadeau, le jeta sur la banquette arrière et, le cœur palpitant, souleva le couvercle de la grande boite. Il ne distingua rien, juste une vague forme allongée. Avançant craintivement la main dans la pénombre  du carton, il effleura l’objet du bout des doigts. Il sentit alors du bois rugueux, mal poli et imparfait. C’était un manche, le manche d’un balai ou d’un outil. Faisant abstraction des échardes, Charles empoigna l’objet et alluma le plafonnier de sa main libre. La lumière blafarde inonda l’habitacle et l’homme écarquilla les yeux. Il tenait une pelle rouillée dont l’embout était envahi par des paquets de terre secs. Et parmi ces boules noires, Charles était sûr d’apercevoir une tâche rouge, une tâche de sang.


   Il était proche de minuit quand la Cadillac se gara devant la maison de Marguerite Bird, le goudron hurlant sous ses roues. C’était une modeste demeure dont les murs s’effritaient et dont le jardin devenait chaque jour plus sauvage. Lorsque Charles se planta devant son portail plein de rouille, la pelle à la main, l’image du charmant petit pavillon qui se tenait jadis ici lui revint en tête. Ce souvenir lui venait d’une époque où l’arc dénudé sous lequel le visiteur devait passer pour accéder à la porte était encore fleuri de roses, où les volets à la peinture écaillée n’étaient pas toujours clos, où la petite allée pavée du perron n’était pas envahie par les feuilles mortes et où le carillon à l’entrée ne sonnait pas comme une mélodie lugubre et solitaire. L’homme soupira, ouvrit le portail qui poussa une longue plainte aigüe et s’avança dans l’allée, l’obscurité la rendant plus insalubre qu’elle ne devait l’être en plein jour. Sa tante devait dormir. Elle n’avait aucune connaissance, aucun ami avec qui passer noël. Elle vivait seule, sans aucune compagnie maintenant qu’Anne-Laure était enfermée dans cette fausse prison, et partirait sûrement seule. Charles s’approcha de la porte blanche dont la vitre n’avait pas été nettoyée depuis des lustres et appuya sur la minuscule sonnette couverte de poussière. Aucun bruit, elle devait être cassée. L’homme frappa alors à la porte. Les coups résonnèrent de l’autre côté mais personne ne vint. Charles martela une fois de plus le bois et cria en levant la tête vers les fenêtres du deuxième étage :
« Tante Marguerite, vous êtes ici ? »
Dans la pénombre, il crut voir une figure pâle à une des fenêtres sombres, une figure qui le surveillait mais sur laquelle retomba aussitôt un rideau blanc. Il frappa une nouvelle fois :
« Je vous ai vue, ce n’est pas la peine de vous cacher… »
Aucune réaction. Charles soupira puis, à bout de patience, tourna la poignée et constata que la porte n’était pas verrouillée. Celle-ci pivota sans un bruit, sans un grincement, ne troublant pas le silence pesant des lieux. Prenant la pelle dans les deux mains, l’homme pénétra dans la petite entrée, sur ses gardes. Il n’avait qu’une seule idée en tête : aller dans le jardin. Peu à peu, l’obscurité l’enveloppa mais il continua son évolution, connaissant parfaitement la maison, suivant ses fidèles souvenirs. La chanson de sa sœur réapparut dans son esprit, inquiétante et lancinante.
Dans la maison de ma tante.
Il arriva en bas de l’escalier bancal mais ne s’arrêta pas. Bientôt, il atteignit  l’extrémité de la petite pièce. Il s’apprêtait à pénétrer dans le salon lorsque la porte de la maison se referma vivement dans un claquement fort. Effrayé, l’homme se retourna, s’armant de l’outil. Une voix roque et grave résonna dans l’obscurité :
« Cela fait longtemps… Comment oses-tu entrer librement dans ma maison ? »
Charles, paralysé, resserra la pelle entre ses doigts. Un léger bruit se fit entendre et le vieux lustre vert en forme de fleur clignota au plafond avant d’inonder parfaitement la pièce de ses rayons maladifs. Tante Marguerite se tenait alors au bas de l’escalier, habillée d’une chemise de nuit noire, sa main noueuse posée sur la rampe. Son visage, décomposé par le temps, était envahi par une vague de colère qui exorbitait ses yeux voilés par le filtre de la cataracte. Sa bouche pâteuse et vide tremblait et ses cheveux blancs, devenant de plus en plus rares, retombaient sur ses épaules pointues, hirsutes. La vieille femme élança un doigt vers le jeune homme et cria de sa voix désagréable :
« Charles ! Je trouve que tu… »
Son regard se posa sur l’outil que l’homme tenait dans les mains et aussitôt, sa voix mourut, cédant au silence habituel de la maison. Alors, Charles prononça d’une voix sévère :
« C’est un cadeau d’Anne-Laure… Je pense que tu la reconnais… »
Marguerite n’arriva à dire que trois mots avant de fondre en larmes, tremblant de tout son être :
« Oh mon dieu... »
L’homme respira profondément :
« Tu le savais donc… Tu l’as aidée à cacher le corps… »
Les pleurs de la femme redoublèrent. Charles dut crier pour les recouvrir :
« Pourquoi l’a-t-elle tuée ? »
Marguerite s’agenouilla dans les marches. L’homme se répéta, hurlant cette fois :
« Pourquoi ? »
La vieille femme leva la tête vers son neveu et sanglota :
« Je ne sais pas… Elles étaient venues pour noël… Toi, tu le passais avec Stéphanie… Je m’étais absentée quelques minutes dans la cuisine pour chercher le dessert et quand je suis revenue, Anne-Laure était debout, ma pelle entre les mains, ensanglantée... »
Elle toussa, les joues noyées de larmes :
« Et elle… Elle lui avait fracassé le crâne… Comme ça, comme un œuf… Je ne sais pas pourquoi… Oh, la pauvre chérie… »
L’homme ferma un instant les paupières, tremblant :
« Et l’asile ?
— C’est une maison de repos…
— C’est toi qui l’as mise dedans ? »
Le neveu était lui-même surpris par la violence de son ton. La vieille femme hocha la tête :
« Je voulais la protéger de la prison, je voulais seulement l’aider…
— Qui est au courant ?
— Seulement les infirmières… Et elles ont toute ma confiance… »
Maintenant, la respiration de Charles était devenue saccadée. Il jugeait sa tante d’un regard sombre, plein de reproches et de haine. Il grimaça et cracha durement ces quelques mots :
« Tu es un monstre… »
Marguerite tendit un geste de supplication vers le jeune homme mais celui-ci s’élançait déjà vers le jardin, ignorant les plaintes de la pleureuse.


            Charles sentait le vent glacial lui pénétrer la carcasse alors même que sa tête était brulante. La pelle dans les deux mains, comme une arme prête à tirer, l’homme avançait dans le vaste jardin, enfonçant ses talons dans l’épaisse couche de neige. Les flocons autour de lui brouillaient sa vision, comme s’il voyageait dans la mire d’une télé lorsque le signal était mauvais. Cependant, il le voyait bien le grand arbre, tout au fond, sa silhouette sombre se découpant dans la paysage monochrome. Le pommier semblait le défier de sa posture tordue, ses branches se tendant comme des doigts moqueurs vers l’homme qui se rapprochait de lui, l’air menaçant. Charles sentait son sang affluer dans ses tempes. Bientôt, la chanson de sa sœur réapparut une nouvelle fois dans son esprit.
Dans la maison de ma tante.
Le froid lui mordait le visage, l’attaquait comme de l’acide. Il sentait la mort et la folie approcher, il fonçait droit à la perte. Encore quelques pas et son âme serait prédestinée aux Enfers. Enfin, il atteignit l’arbre. Il leva la tête, plissant les yeux pour examiner son labyrinthe de branches noueuses et posa la pelle au pied du tronc.
Dans la maison de ma tante.
Il dégagea la couche de neige à mains nues. Sa peau rougit et une grimace de douleur se dessina sur la figure de l’homme. La terre, mélange de boue et de racines, apparut et Charles y planta sèchement la pelle. Il l’enfonça avec le pied, haletant, puis commença à creuser avec énergie.
Dans ce jardin il y avait un pommier.
Ses gestes étaient amples. L’outil se balançait avec rythme, projetant des paquets de terre à travers le jardin. La neige devenait peu à peu noire, le trou de plus en plus profond. Le pantalon de Charles était maintenant trempé et boueux, son front brillait de sueur.
C’était le pommier du jardin de la maison de ma tante.
Son cœur cognait tant sa poitrine  que Charles crut qu’il voulait la percer. Son mal de crâne s’amplifia et sa vision se modifia au fur à mesure que ses efforts devenaient de plus en plus épuisants. Des taches rouges lui apparurent, se dispersant sur la neige, comme de la gouache sur une toile. L’homme pensa un instant qu’il pleuvait des gouttes rouges, des gouttes de sang, mais cette réflexion disparut aussitôt, remplacée par la pensée de la dure besogne. Et pourtant, il voyait bien la neige se transformer en poudre écarlate, comme un champ de coquelicot planté en plein nuage, comme un banc de poissons rouges nageant dans un aquarium de lait. Il se sentait faiblir. Ses gestes se faisaient plus lents et sa poigne plus légère. Il allait s’écrouler de fatigue quand un bruit métallique résonna. La pelle venait de butter contre quelque chose.
Tout ça grâce à ma tante.
Alors, Charles jeta l’outil sur sa droite et baissa un regard épuisé dans le trou profond. Ses paupières tressaillirent et des larmes se formèrent à leur coin. L’homme sembla abandonner toute force et s’agenouilla précipitamment devant le trou. Des pleurs lui vinrent du tréfonds de sa gorge nouée et il avança les mains dans la terre afin d’en retirer le crâne fracturé de sa mère. Il regarda la tête d’os de ses yeux noyés par le désespoir et eu subitement envie de l’embrasser, de la chérir, de la garder près de lui comme une relique sacrée. Il la trouvait belle, même sans sa peau de lait, même sans ses yeux gracieux, mêmes sans ses doux cheveux… Il la rapporterait chez lui, elle reviendrait dans  sa vie, la tombe vide tomberait peu à peu en ruine et tout serait comme avant… Oui, tout serait comme avant… Il allait se relever quand il sentit une forte sensation dans sa boite crânienne. Rien de douloureux, rien de désagréable, c’était juste une impression surprenante, comme lorsque votre jambe semble envahie par des fourmis. Ses doigts devinrent mous et le crâne chuta dans la neige. Sa vision devint entièrement rouge, la couleur sanguine envahit tout le paysage, et en quelques secondes, Charles se sentit entièrement vide. Le visage vierge d’expression, il chuta sur le côté, le sang trouvant un chemin parmi ses touffes de cheveux pour se lier à la neige. Debout près du cadavre, Tante Marguerite brandissait la pelle d’une poigne forte pour son âge, affichant une grimace peinée. Puis, oubliant presque aussitôt son acte, elle commença à creuser une deuxième tombe à côté de la première, sifflotant un petit air.
Dans la maison de ma tante.


        Anne-Laure fredonnait l’air funèbre. Derrière la porte, elle entendait les voix des infirmières :
« Que se passe-t-il ?
— Elle s’est enfermée dans sa chambre !
— Toute seule ?
— Oui… Et elle chante…
— Je m’en doutais, le pire était à prévoir… »
La poignée de la porte remua nerveusement, un juron résonna derrière le bois :
« Vous croyez qu’il a découvert le corps ?
— Bien sûr... Il doit même être au commissariat à l’heure qu’il est… »
La voix de l’infirmière Clarisse sembla soudainement plus proche et plus forte :
« Anne-Laure, tu m’entends ? »
La malade ne réagit pas.
« Anne-Laure, il faut que tu ouvres… »
Pas de réponse, seulement le son clair de la comptine planant dans la chambre. La voix d’Anne-Laure semblait diminuer peu à peu, passant d’un timbre imposant à un murmure. L’infirmière Clarisse cria :
« Défoncez moi cette porte…
— Vous êtes sûre que ?
— Faites ce que je vous dis ! »
Aussitôt, une lourde masse s’élança sur la porte qui résista un instant avant de s’ouvrir à la volée. L’infirmière Jeanne surgit dans la chambre, rouge, suivie de sa collègue complétement affolée.    Celle-ci, après avoir recherché Anne-Laure du regard, hurla en voyant son corps sans vie, affalé sur la coiffeuse. Le sang avait inondé le meuble et coulait sur le parquet, créant une flaque écarlate. Les cheveux de la belle morte étaient défaits, tombant en cascade sur sa nuque, et d’entre deux mèches dépassait une rose rouge. La broche était profondément plantée dans son cou, le geste avait été précis et net. Clarisse s’assit sur le lit, les yeux écarquillés, les mains tremblantes, et articula difficilement :
« C’est de ma faute… »
L’infirmière Jeanne observa la scène macabre d’un air désolé et secoua la tête de droite à gauche. Après avoir soupiré, elle alla enlever le bijou du corps d’Anne-Laure, confectionna de nouveau un chignon et planta le pic dans l’assemblage de cheveux. Elle posa une main douce sur la tête inerte de la morte et chuchota en affichant un sourire mélancolique :
« Joyeux Noël Anne-Laure… »
« Modifié: 03 septembre 2015 à 18:31:37 par Chat-noir »
" Ceux qui rêvent éveillés ont conscience de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu’endormis. " - Edgar Allan Poe

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Re : Dans la maison de ma tante (swap 2014)
« Réponse #1 le: 30 août 2015 à 14:15:12 »
Citer
Cette lettre, Charles l’avait envoyé il y a un peu plus de deux mois et elle resta sans réponse.

Tout comme ce texte, ce que je vais de ce pas corriger  :mrgreen:

Citer
Les bâtiments eux aussi avaient enfilés

enfilé

D'habitude, j'aime pas les descriptions, surtout en début de texte, mais je dois dire que celle de ton bâtiment est particulièrement belle et bien exprimée =)

Citer
On les laissait tous pourrir dans cet établissement, comme des bêtes qu’on oubli dans les chenils, abandonnés et classés dans les archives du passé.

 :coeur:

Citer
une jeune infirmière que Charles avait déjà vu

vue

Citer
des ronflements, pareil à des lamentations solitaires

pareils - et je retirerais bien la virgule, aussi

Citer
Les familles les laissent décrépir ici, comme des vieilles photographies dans un album oublié…

Pour le coup, là c'est mal choisi : c'est trop redondant avec ce que tu as exprimé plus haut, et puis de la part d'une infirmière, c'est vraiment mal venu...

Citer
Mais il ne souriait ni à l’infirmière, ni à personne d’autre. C’était un sourire spontané qu’il jetait dans le vide, qui s’accordait à ses pensées et disparaissait aussitôt.

Ça aussi c'est  :coeur:

Citer
de couloirs à la décoration dessuée

désuète (si j'ai bien compris ton propos)

Citer
la femme l’interrompu

l'interrompit

Citer
puis les avait doucement rouvert

rouverts

Citer
une longue plainte déraillant comme un vieux train poussiéreux.

 :coeur:

Citer
Elles avaient toutes deux pris des cours mais le niveau de la fille dépassa vite celui de la mère et ce fut bientôt des valses, des balades et des sérénades qui résonnèrent dans leur demeure parisienne.

Mauvais temps, il faut tout mettre au plus-que-parfait :
Elles avaient toutes deux pris des cours, mais le niveau de la fille avait vite dépassé celui de la mère, et bientôt des valses, des balades et des sérénades avaient résonné dans leur demeure parisienne. (me suis permise de toucher un peu la phrase, du coup)

Citer
le silence qui régnait en maitre

maître

Citer
Tu m’oubli ?

m'oublies

Citer
Anne-Laure eu un léger mouvement de recule :
« Tu plaisante ?

recul / plaisantes

Citer
que je me sentes bien

sente

Citer
le tissus était extrêmement froissé

tissu

Citer
Sa poitrine faisait de véritable bond

 de véritables bonds

Citer
se furent des toiles,

ce

Citer
un hurlement aigu, semblable à une locomotive sortant de ses rails

aille, c'est dommage, tu as déjà utilisé l'image d'un train un peu plus haut !

Citer
recouvert d’une trentaine d’assiettes en carton dorés

alors, au choix : doré (le carton) ou dorées (les assiettes) mais pas les deux :kei:

Citer
Le meuble vacilla et la crèche qui la surmontait chuta.

Il casse tout et on lui dit rien ? Il ramasse pas ?

Citer
Ils ne l’ont toujours pas retrouvé

retrouvée

Citer
beaucoup d’affinité

d’affinités

Citer
Charles ira faire un tour à sa maison

irait

Citer
des sous-vêtements en désordres

en désordre

Citer
la toile qu’il avait tant demandé.

demandée

Citer
un parcours pendant lequel il pourra réfléchir
où il pourra se vider l’esprit

pourrait x2

Citer
Je vous ai vu

vue

Citer
avant de fondre en larme

larmes

Citer
Tu l’as aidé à cacher le corps… »
« Pourquoi l’a-t-elle tué ? »

aidée / tuée

Citer
Je m’étais absenté

absentée

Citer
Il dégagea la couche de neige à ma nue

à mains nues

Citer
comme un banc de poisson rouge

poissons rouges

Citer
elle reviendra dans  sa vie, la tombe vide tombera peu à peu en ruine et tout sera comme avant… Oui, tout sera comme avant

reviendrait / tomberait / serait x2



Bon, c'était un texte très long  :D Mais vraiment, vraiment c'est bien écrit, ça se lit tout seul, c'est fabuleux. C'est dommage par rapport à la chute, je m'attendais assez à ce qu'Anne-Laure ait tué sa mère, finalement. La surprise a été de voir mourir Charles. C'est un texte très sombre et je ne sais pas comment tu as fait pour garder cette ambiance tout du long : je veux dire, il fait ultra-beau là chez moi, et pourtant j'ai l'impression d'avoir passé deux heures dans le noir complet !

Bravo pour ce texte. Pas très original en soi au niveau de l'histoire, mais c'est tellement bien écrit ! (ça me fait penser à du Poe, en fait). Et puis j'adore l'utilisation que tu fais des adverbes. Il y en a un certain nombre, mais au lieu de rendre le texte lourd (comme c'est mon cas  :relou: ) tu arrives à les associer aux noms de manière hyper astucieuse qui les rend presque indispensables.

Bref. Merci \o/
Je crois qu'il y a dans le coeur des hommes une place créée pour l'émerveillement, une place endormie qui attend de s'épanouir ~ Les Aventuriers de la mer


Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
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Re : Dans la maison de ma tante (swap 2014)
« Réponse #2 le: 31 août 2015 à 18:46:15 »
Woah, c'était génial ! Tellement bien écrit que je n'ai même pas cherché, au fil de la lecture, à savoir combien il en restait.
Moi perso, les gros et jolis passages descriptifs m'ont un peu fait penser à Oscar Wilde  ^^
C'est vrai que la chute fait un peu défaut, mais bon l'histoire est intense et la situation finale aussi : la sœur qui tue la mère, la tante qui tue le frère, et la sœur qui se suicide avec le présent de son frère... brrrr !
Manquait plus que la tante meurt aussi, ça aurait été parfait  :mrgreen:
Un très gros bravo pour ma part, j'ai adoré te lire.
Et je m'excuse mais je n'ai pas le temps de relever les fautes et maladresses, c'est un texte très long  :-[

Hors ligne Chat-noir

  • Troubadour
  • Messages: 346
  • Grand marionnettiste de vos angoisses enfantines.
Re : Dans la maison de ma tante (swap 2014)
« Réponse #3 le: 02 septembre 2015 à 20:10:40 »
Nom de Dieu, je suis tellement content, vos commentaires me rendent super heureux ! *danse de la joie*

Kerena, j'ai bien corrigé mon texte, merci  beaucoup d'avoir pris le temps de tout relevé, c'est plus que sympa ! :D (par contre, je mettrais le texte corrigé ici quand j'en aurais le temps)
[  Edit : c'est fait ! :D ]
Pour ce qui est de l'histoire, je suis bien d'accord avec toi, rien d'original... Je misais beaucoup plus sur l'ambiance générale du texte (maison enneigée, asile isolé) que sur son intrigue...
Pour ce qui est de Poe, c'est un super compliment que tu me fais là mais je pense que c'est un peu (beaucoup) exagéré... ^^
Dans tous les cas, merci pour ta lecture et ton commentaire plus que positif... Je te fais un câlin pour te remercier ! *hug*

Extasy, toi aussi t'as le droit au câlin ! *hug*
Ton commentaire me fait autant plaisir que celui de Kerena et être comparé à Wilde est tout aussi agréable qu'être comparé à Poe mais tout autant exagéré, je pense ^^
Je suis aussi tout à fait d'accord par rapport à la chute, elle manque très certainement d'originalité et de surprise...
En tout cas, je suis très content que cela t'ai plu ! :D

Au plaisir de vous recroiser tous les deux et merci encore !
Pour ma part, je vais danser tout seul sous la pluie en hurlant toute ma joie ! \o/
« Modifié: 03 septembre 2015 à 18:32:54 par Chat-noir »
" Ceux qui rêvent éveillés ont conscience de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu’endormis. " - Edgar Allan Poe

 


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