Bonjour, voici la première nouvelle se rattachant à mon projet de roman. Elle n'en fait pas partie, ce n'est qu'une histoire "en plus" qui permet de montrer en quelques lignes, le ton du roman. La question fatale sera : cela en vaut-il la suite?
Bonne lecture!
Quand le destin de la vie s’abat sur toi, tu ne peux plus résister. Tu te forces pendant un moment pour garder ta fierté, tes instincts te permettent de survivre, mais rapidement, tu t’affaiblis jusqu’à ce que tu ne saches même plus pourquoi tu te bats…
- Non. Je ne peux pas. Je ne veux pas. Je ne demande rien. Juste la paix. La liberté. Comprenez-vous cela ? Laissez-moi.
Je m’échappe rapidement et repars de chez mes parents.
Encore aujourd’hui, ce fut difficile d’échapper aux agents. Nous sommes de moins en moins à résister. Les dénonciations ont débuté comme ils l’avaient prévu.
- Après tout, qu’est-ce que ça change tout ça Clara ? Je suis heureuse au moins, je n’ai pas de problème.
Qu’est-ce que ça change ? Ils feront ce qu’ils veulent de nous, quoi qu’ils désirent, nous pourrons le faire pour eux. Pas avec eux, juste pour eux. Je ne veux pas devenir ça.
Ma mère a vite succombé. Eh bien oui, elle a encore ma petite sœur dont elle doit s’occuper, elle ne peut pas se permettre de refuser si elle veut lui garantir la vie.
On ne savait pas ce qu’ils nous réservaient. Quel autre choix avait-elle ? Elle n’a pas le courage de se battre, elle mourra en feignant d’avoir été heureuse et d’avoir fait les choix raisonnables. Tout le monde nous dit ça, pense ça, voit cela. Comment n’y pas y croire à un moment ?
***
Pour ce soir, j’ai trouvé une ancienne petite usine désaffectée. Je vais me cacher là le temps qu’ils soient sur ma piste. Ils finissent toujours sur ma piste. J’ouvre la grande porte en fer. Personne. Je décide de me réfugier dans un coin à l’angle de la porte. Je ne pourrais rater l’arrivée de personne.
Seule dans mon coin, je n’arrête pas de penser, de réfléchir. Je n’y crois pas. Je suis là, seule, à me battre, à me battre contre quoi ? Contre qui ?
L’humanité. Seule face à elle, à sa volonté unanime de mettre en cohésion tous les êtres humains, un beau petit troupeau d’êtres humains. Génial, c’est pas ce qu’on avait promis à ma naissance. Je planais sur les sons de la paix et de la liberté, au lieu de ça, je me retrouve en cavale au milieu d’une armée d’heureux agents.
Non, mais… On ne l’avait pas prévu, personne n’avait pu le prévoir. On a rien vu venir, jusqu’au jour où ils ont décidé d’entrer en action. Là, on a compris, mais c’était trop tard déjà.
Il y a du bruit. Il y a quelqu’un pas loin, j’en suis sûre. Je m’avance le long du mur, collée à lui, j’ai la trouille. Je sais pas me battre, j’ai jamais dû me battre, toutes ces choses que j’ai faites, mais pas ça, je ne suis même pas capable de me protéger…
La peur au ventre, j’arrive tout doucement près de la grosse porte en fer. Elle grince, quelqu’un va entrer. Je prends rapidement ma batte de baseball et me place à côté de l’ouverture. La poignée tourne…
- Ahhh arrêtez ! Je vous en supplie ne me frappez pas…
Qui êtes-vous ?
- Vous travaillez pour la police ?
Non et vous ?
- Non, je…
Dites-moi qui vous êtes ou je vous assomme.
- Je me suis échappé ! je suis parti, j’ai peur, aide-moi stp…
Je ne sais pas quoi penser de lui, il a l’air terrifié. Je dois quand même me méfier de tout le monde, ils sont trop forts. … Je craque…
C’est bon, t’inquiète pas, je me suis enfuie aussi. Tu peux rester avec moi pour le moment si tu veux, mais après on devra se séparer, on est trop repérable.
- M…Merci, je ne voulais pas te faire peur… Tu viens d’où ?
Je t’en pose des questions moi ?
- Non, mais…
Je me tourne vers lui en le foudroyant du regard, tu penses vraiment que je vais parler de ça avec toi ?
- Juste pour discuter… ok bon, on se tait.
Je le regarde sous tous les angles. Je ne peux rien lui dire, on ne sait jamais.
Je lui propose de dormir… Je ne suis pas fatiguée, mais j’ai vraiment pas envie de parler du beau temps.
J’hésite à ne pas dormir, je ne suis pas rassurée, mais… ouh…je n’ai plus assez de forces, tout est si calme…
Oh… ma tête… mais… qu’est-ce…qu’est-ce que… où…où suis-je ?
Hein ? Oh non, où suis-je ? Oh non, non, non, ne me dis pas que… je m’avance près de la fenêtre barricadée, j’entre aperçois un filet de lumière et distingue des formes entre les planches.
Non, non, oh c’est pas vrai, ils m’ont eu, non.
Un sentiment de vide m’envahit tout d’un coup, je me sens balancer entre réalité et rêve ; je ne sais pas, je ne sais plus, je ne veux pas y croire. J’y suis, ils m’ont eu, je suis dans leur salle, avec leurs vêtements, leurs objets, leur pouvoir tout autour de moi, je ne peux plus m’en sortir, c’est fini. L’échec, je ressens l’échec, la frustration, le dégout. Tout ça pour ça, tout ça pour finir comme un rat. Tout ça pour finir par suivre le mouvement, le cours de la vie qu’ils ont créé. Non, je ne peux pas y croire non. J’hurle. J’hurle comme jamais je n’avais hurlé. Je sens la fin, je ne vois plus d’issue, je suis prise au piège de tous les côtés. Comme un rat qu’on aurait mis en cage. Je n’aperçois plus aucun bruit, tout est flou. Ça y est, j’y suis. Ils ont tout pouvoir. Tant qu’ils n’auront pas décidé de me laisser sortir, je ne pourrai pas. La seule chose que je puisse faire à présent est attendre.
Attendre de voir ce qu’ils auront choisi de faire avec moi.
Attendre de voir comment tout va se dérouler.
Attendre de souffrir encore un peu plus à chaque pas.
Attendre que la mort m’emporte et que ce jeu s’arrête.
Attendre sans issue.
Assise dans le coin, recroquevillée sur moi-même et réfléchissant à mon sort, j’entends un claquement. Quelqu’un s’approche. Je pleure, sans le vouloir, mes yeux coulent, mon cœur se serre, ma tête se vide, je suis au bord de l’évanouissement, je ne peux décrire ce que je ressens et le temps que cela prend, ce claquement me rappelle que je suis entre leurs mains, tout ce temps, seule dans la pénombre, à me demander ce qu’il se passe, qui je suis, ce que je vais devenir, j’avais presque oublié…
Une jeune femme entre et me regarde avec des yeux malheureux ; elle semble presque désolée pour ma situation.
- Bonjour…
Je ne réponds pas, je suis là, debout dans un coin, je la fixe et ne dis rien, j’espère bien que ça va un peu la faire flipper.
- Comment… Comment vas-tu ?
Comment je vais ? Elle rigole ? Ah…, pour elle ça ne doit pas être normal que je me débatte, elle doit espérer que j’ai changé d’avis.
Non, ça ne va pas.
- Écoute… Elle s’avance près de moi et tente de me toucher le bras. Je recule sèchement et lui lance un regard désapprobateur. Elle continue : cela va bien se passer, hein ? Tu vas venir avec moi, on s’occupe de tout et puis tu rentres chez toi. Tu ne veux pas rentrer chez toi ? Tu ne veux pas continuer tes études ? Tu n’aimes pas faire ça ? Tu peux nous demander autre chose si tu veux, on accepterait de te faire grâce de ça si tu le demande gentiment.
Stop.
- Quoi ?
Stop, j’ai dit.
- Pourquoi ? Pourquoi Stop ?
Taisez-vous. Partez.
- Je ne peux pas partir sans toi, tu dois venir avec moi.
Au bord du désespoir, j’ose lancer : Jamais.
- Désolé, ce sera de gré ou de force.
Elle me regarde encore quelques secondes et fais mine d’attendre que j’acquiesce sa requête. Je reste inerte et la fixe du regard.
Elle se relève.
- Tu es sûr ?
Rien, je ne dis rien. Elle se retourne l’air exaspérée et appelle :
- Vous pouvez venir, force 5.
Je ne sais pas pourquoi mais, le force 5 ne me rassure pas. J’entends un mouvement de personne s’approcher. Ils doivent être au moins 4.
- Alors gamine, on fait de la résistance ?
- Cory, non, pas ça.
Il fait semblant de ne pas l’avoir entendue et s’approche de moi avec une camisole. Le temps s’arrête et je me vois déjà me débattre. Non, bon sang, non. Je ne veux pas. J’hurle, je crie, je me débats, je mords. Je ne sais pas ce qu’il me prend. Je n’ai jamais ressenti cela, je ne peux le décrire. Je frappe, j’envoie par terre, je pleure, j’hurle de nouveau. Tout tourne si vite, ils m’attrapent, me maintiennent, j’hurle encore et encore, je me débats pour ma vie, ça doit être ça l’instinct de survie. Jamais je n’avais eu un tel sentiment de force, de rage, de colère.
Arrêtez, laissez-moi… Je les entends, de loin, c’est le grand jour me petite, ça pique, c’est le grand jour, ça… pique, ma petite…non, tuez-moi…
Ah… Aïe… oh… non… non, non, non… c’est répartit… où suis-je maintenant ?
Mes bras… ah la camisole… génial… quelle horreur, je ne peux… je tente plus que tout de bouger mes bras, je le veux, je l’ordonne, je ferai tout pour pouvoir les bouger, laissez-moi, laissez-moi… Je divague encore, je ne sais pas ce qu’ils m’ont donné, tout est flou autour de moi.
Je me recroqueville de nouveau dans un coin. Ma tête…Je veux être le plus loin possible d’eux… Elle me fait si mal… Je ne veux plus qu’ils m’attrapent, qu’ils me touchent, je ne sais pas ce qu’ils ont fait, de moi, de mon corps, de mon cerveau, et si je n’étais déjà plus moi ? Tout mon corps me fait mal, replié sur lui-même. Que m’ont-ils fait ? Et s’ils s’amusaient déjà avec moi ? Je m’effondre contre le mur, tout mon corps est soudainement léger, je ne le sens plus, je ne suis plus là, je me déconnecte, je ne peux pas le supporter…
- Clara ? Clara ? Allez, doucement Clara , lève-toi.
Haa… Ha ? Qui… Mais, qui…Je me rappelle soudainement l’endroit où je suis, ce que j’y risque, la souffrance endurée, l’horreur enclenchée.
- Allez, Clara, viens avec moi, tu dois rencontrer quelqu’un aujourd’hui…
Aujourd’hui…, Mais depuis combien de temps suis-je ici ? Je me lève lentement, la jeune femme me tend la main, je m’y accroche, plus aucun espoir d’y échapper.
Nous sortons de la pièce. Un grand couloir sombre s’étend devant nous. Elle m’emmène jusqu’à la porte du fond. Elle entre un code, les barrières s’ouvrent et la porte s’active. Nous entrons dans une petite pièce. Un bureau. Deux hommes y sont assis. Ils me regardèrent fixement, jusqu’à ce que l’un d’eux me présente un fauteuil. Je m’assieds timidement sans les lâcher du regard. Je ne sais pas comment je dois me sentir, si je dois avoir peur. L’ambiance n’est pas malsaine, je la trouve même chaleureuse. Quelque chose dans leurs regards… à chacun. Ils ont quelque chose, je ne me sens pas en danger.
- Bonjour Clara. Le plus grand des deux me parle, il a une voix douce et profonde. Je ne lui réponds pas, je n’ai rien à leur dire. Il continue : nous ne sommes pas venu ici pour discuter, nous t’avons amené ici pour te dire ce qui allait t’arriver et pourquoi. Désolé, tu n’as pas le choix, nous n’avons pas le choix.
Raté pour le sentiment de sécurité. Je ne réagis même pas, une larme coule, mais je ne suis pas là, je n’ai pas l’impression d’être dans la pièce. Je ne veux pas être dans la pièce, je ne veux pas entendre ce qu’ils ont dit.
- Clara ? Tu as compris ?
Je fais un signe de la tête pour acquiescer, à quoi bon, autant savoir ce qu’il va advenir de moi. Le petit se met à parler :
- Bon, voilà ce qu’il va se passer ma poule…
- Kyle, s’il te plait…
- Ok, ok. Alors, qu’aimes-tu dans la vie ? que veux-tu faire comme métier ? Que veux-tu surtout aimer ?
Quoi ? Je dois vraiment vous répondre à ça ?
- On doit savoir ce qu’il va te convenir, je vais d’abord t’expliquer. Merci Kyle pour ton intervention… Clara, avant ta naissance, le monde a vécu d’horribles catastrophes humaines. Après avoir tenté de trouver des solutions pour ramener la paix de façon pacifiste, la science a fait des choix. Pas tous les meilleurs choix.
Ils se regardent les uns les autres. Pendant son explication, j’ai l’impression de m’éteindre à petit feu, plus il explique, plus je comprends que mon pire cauchemar se réalise sous mes yeux et que c’est bien la réalité. Ils ont pris le contrôle de tout et je suis la suivante.
- Écoute, on ne va pas te faire souffrir ou rendre ta vie malheureuse. On est justement là pour garantir ton bonheur. Tout ce que tu feras, ou choisiras, tu le voudras vraiment, tu ne sentiras aucune différence.
Et si je refuse ?
- Clara…écoute…
Et si je refuse ?
- On t’enverra en remise en forme…
En remise en forme ? La jeune femme prend la parole :
- Clara, regarde-moi, tu n’as pas le choix, soit tu vis soit tu crèves, on t’offre le bonheur, prends-le et ne regrette rien.
- Calme-toi, Myra, s’il te plait… Clara, elle a raison, si tu refuses, tu iras en remise en forme, c’est ce que tes parents sauront officiellement, mais tu ne reviendras jamais.
Mon cœur se tort, j’ai mal, partout, tout mon corps, mon cerveau, tout me fait mal, et je reste immobile, l’œil fixe, regardant ces 3 agents venus m’annoncer la fin. Je les regarde, vidée comme jamais, légère et lourde à la fois… Ok…
- Quoi ?
Ok… vous m’avez eue.
Je me suis évanouie, je ne pouvais pas résister à ça. C’était trop. Mais, je l’ai fait, malgré tout, après tout ça. Tout ça pour ça. Tout ça pour finir ainsi. Je n’ai plus le choix, je me battais pour moi, pour mon bien- être… l’aurai-je eu un jour ? J’ai pensé à ma vie, à ce qu’il allait advenir, rien de bon ne restait pour moi, mais j’ai choisi de rester… j’ai accepté…
- Que… qu’est-ce… oh merde ! Fais chier, Kyle vient, vient, vient, vient… oh merde, on est morts !
- Quoi ? qu’est-ce que ?
- Regarde, regarde… on les capte pas, on ne les reçoit pas…
- Mais, quoi ? attends, mais elle est… oh non, putain, non… pas ça !
- Elle est réveillée pourtant, tous les paramètres sont bons, j’ai vérifié… j’ai tout vérif…
- Oui, oui, oui c’est bon.
Comment vais-je faire ? Non, comment on va… roh non !
J’arrive devant la porte de son bureau, je me ressaisis et retrousse mes manches. Je frappe…
- Oui ?
C’est moi chef…
- Ah, entre Kyle !
Salut…
- Ça va ?
Chef…
- Quoi ?
Je le regarde, ça ne sort pas, je…
- Ça va ?
Non, ça ne va pas !
- Quoi ?
Clara, elle…
- Quoi Clara ?
Elle est réveillée… et… on… on ne…
- Non, arrête
On n’arrive pas à …
On n’arrive pas à l’identifier… je crois que…
Il se tourne vers moi, le regard sombre et inquiet, je n’ose pas lui dire. On a trop foiré sur ce coup-là…
Je crois que… je crois que c’est… une élue.