Anahita (1) l’éveil
Fille de Hediyeh, la sage-femme du village, Anahita grandit près de ses oncles et tantes. Elle a 12 ans, de longs cheveux bruns, des yeux de Jais. Dans ses jeux avec les enfants de son âge, elle s’impose comme un chef, elle a un fort caractère comme sa mère, mais tous adorent les aventures qu’elle leur fait vivre. En effet les enfants livrés à eux même dans le village et ses proches environs, étendent leur zone d’exploration. Depuis la colline, lieu principal de leurs jeux, on peut voir la vallée de l’Euphrate qui mène aux anciennes ruines d’Uruk. De l’autre côté vers le nord on devine la ville de Samawa. Le village est indemne des guerres qui ruinent le pays. Les enfants, témoins du survol d’avions, qui parfois déchirent le calme des cieux, ont été préservés des horreurs du conflit.
Bien sûr c’est Anahita qui a découvert l’entrée du temple souterrain et mystérieux. L’entrée grosse comme un terrier, était cachée derrière un buisson. Après une descente abrupte dans des éboulis, un escalier apparaît. Pour une grande exploration Anahita a demandé à son groupe de se munir discrètement de bougies et allumettes. Ce faible éclairage leur permet d’apercevoir la beauté des lieux. Le long d’un couloir qui mène à une porte énorme, d’imposantes statues d’hommes barbus gardent les lieux. Devant la Porte de pierre une femme à la poitrine imposante taillée dans une roche veinée de rouge semble leur sourire. Cet espace souterrain a quelque chose de magique, il y règne une fraicheur bienfaisante. Une source y coule et baigne les pieds de la statue féminine pour disparaitre dans la rocaille. Anahita toute pensive semble se recueillir. Les plus téméraires du groupe s’approchent de la porte et regardent si elle peut s’ouvrir, rien à faire, même en poussant à plusieurs rien ne bouge. Le reste du groupe s’inquiète, Anahita semble en transe, son corps se balance lentement d’avant en arrière et elle fredonne quelque chose d’incompréhensible. Comme si de rien n’était Anahita se ressaisie, elle réunit le groupe et leur fait promettre de garder ce lieu secret. Ils ne devront jamais en parler devant les adultes, ni à leurs parents ni à l’imam qui vient les voir de temps à autre au village. La nuit suivante Anahita fait un rêve étrange, à son réveil au petit jour, elle sait que plus rien ne sera pareil pour elle et les femmes de son pays. Elle se sent transformée, investie d’une force inouïe, une volonté qu’aucun moudjahid coupeur de tête ne pourra arrêter.