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19 Avril 2026 à 07:01:02
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Toutes les guerres du monde

Auteur Sujet: Toutes les guerres du monde  (Lu 928 fois)

Hors ligne lueur

  • Tabellion
  • Messages: 58
Toutes les guerres du monde
« le: 22 Mai 2020 à 18:49:57 »
   
Sarah tient avec fermeté une petite balle rebondissante qu’elle a peinte de vert quelques heures auparavant, à la sortie de l’école. C’est une tradition bien installée qu’elle entretient avec son fils. Sitôt le goûter avalé, elle plonge sa main dans le bocal à activités manuelles, en retire une nouvelle idée chaque jour, et tous deux s’y attèlent. Les devoirs viennent ensuite, un peu moins attractifs, portant en eux le risque de voir la colère succéder aux sourires appliqués. Ce soir-là, le post-it portait la mention ‘’mettre un peu de couleur’’. Mal inspiré, Théo lançait régulièrement sa balle contre le mur de béton qui surplombait le lit. « On pourrait peindre le mur » a-t-il proposé, « on va plutôt peindre la balle » lui a répondu Sarah. Ils la rendirent d’un vert semblable à la pelouse, dans l’ignorance naïve des futures heures passées à ratisser le jardin pour la retrouver.

La peinture s’écaille quelque peu et incruste le pli de ses doigts. Dans le calme relatif du hall de la piscine Jean Jaurès, elle regarde son fils s’approcher craintif du grand bassin, les brassières solidement attachées en haut de ses bras. Simon, le maître-nageur à l’allure de bodybuilder, encourage Théo en souriant. Le vacarme se heurte à l’épaisse baie vitrée qui sépare les parents des baigneurs. C’est un spectacle originel, comme un film muet : les gouttes volent, les bouches s’ouvrent largement mais aucun bruit ne s’échappe. Le monde hurle derrière le verre sans qu’elle puisse l’entendre.

Sa solitude n’est troublée que par l’arrivée d’une autre mère patiente. Lamia s’excuse aussitôt de sa présence, consciente du léger sursaut qu’elle avait provoqué. Sarah bafouille quelques mots inintelligibles habillés d’un sourire franc. Elle regarde cette femme de manière soutenue, attirée par ses yeux cernés qu’aucun maquillage ne tente de dissimuler. Lamia retire le voile discret qui cernait sa chevelure couleur ébène puis se surprend elle aussi à poser ses yeux dans ceux de ma sœur. Il est difficile de saisir la teneur exacte de ce contact tant les deux femmes paraissent à la fois captivées et absentes. La grande vitre phonique s’est étendue à leurs esprits et sans qu’aucune d’elles ne le décide, les regards se dispersent vers les eaux chlorées.

Plusieurs minutes s’écoulent sans affecter l’obsession. Sarah se lève et propose un thé à cette dame sans savoir si elle lui est étrangère ou une amie familière. Elle ressent un besoin suspect de se confier, de laisser traîner un indice sur les formes de sa peine, convaincue qu’elle s’adresse à un marin du même genre qu’elle. Elle tend le gobelet brûlant à Lamia qui l’accueille au cœur de ses paumes, puis ajoute l’air distraite : « c’est la même machine à café qu’à l’hôpital, le thé n’est pas terrible ».

Inconsciemment, Lamia porte l’une de ses mains au bas de son cou, pour toucher de sa peau la petite lettre S qui se balance au bout de son collier. Elle demande « Vous avez beaucoup bu de thé là-bas ? » et se reproche aussitôt ce brusque accès de curiosité. Sarah hoche lentement la tête, satisfaite que Lamia ait saisi la perche. « Deux par heure depuis la première opération jusqu’à son dernier souffle. »

La discussion s’engage sur un terrain plus convenu. Lamia raconte son travail de masseuse au sein d’un institut de détente tandis que Sarah livre ses meilleures anecdotes sur son métier d’aide-médico-psy. Quelques rires s’échappent ici et là à mesure que la complicité s’installe. Théo s’élance d’un plongeoir un peu haut, déçu que sa mère ne le regarde plus et indifférent aux félicitations de Simon. Lamia décèle rapidement le point d’arrivée du chemin discursif emprunté par ma sœur. Avant que la sentence ne s’abatte entre elles, elle murmure avec pudeur : « Vous aussi, vous portez le deuil d’un enfant ? ». Sarah s’interrompt avec stupeur, arrachée à sa stratégie par la lourde révélation incluse dans la formule. Son regard se pose enfin sur le bijou de Lamia. Elle s’explique aussitôt cet attrait qui ne lui ressemble pas, son début de confession mieux formulé que jamais. « Elle s’appelait Margaux, morte d’un cancer au crépuscule de sa première année. » Une première larme s’échoue sur le sol. « Elle s’appelait Sama, emportée par le souffle d’une bombe au cinquantième jour de sa vie, au cinquantième jour du siège d’Alep. » Une seconde larme s’abat en écho à la première.

« Le soir de Noël, on a remarqué une grosseur en bas de son ventre. Elle a commencé à vomir tout ce qu’on lui donnait, si bien qu’on l’a accompagnée à l’hôpital sur les conseils de ma sœur. Je pensais à une gastro, mais elle pressentait quelque chose de bien pire. Aujourd’hui encore, je m’en veux de ne pas avoir su repérer la mort qui s’emparait de ma propre fille. Puis les diagnostics se sont enchaînés, amenant chacun leur tour une nouvelle dose de mauvaises nouvelles. Les nuits rythmées par ses pleurs sont devenues un quotidien. Je regardais les tubes et les seringues, toutes ces choses artificielles qui la maintenaient en vie. Une fois éveillée, c’était une enfant joyeuse. Les infirmières disaient qu’elle avait le sourire des anges, et j’ai compris bien plus tard qu’elles devinaient déjà une issue fatale à ce combat. La lutte a duré un peu plus de cinq mois. Au début de juin, son petit corps a été plongé dans le comas pour lui épargner les dernières souffrances de la maladie. Elle s’est en aller le 10 juin, en plein cœur de la nuit et depuis, j’attends d’être capable de plonger ma peine dans un comas semblable. »

Un grand mouchoir cache le visage de Lamia. Elle se reconnaît avec effroi dans la froideur du récit, dans la fausse distance que l’on tente de mettre entre les mots et la réalité. La douleur s’acharne dans des mutations sans cesse renouvelées, tantôt éclats de sanglots tantôt indifférence agressive. On ignore jamais le poids de sa propre histoire, on essaie simplement de se préserver du costume de héros dans les yeux des autres.
 
« Je ne pensais pas que l’être humain puisse être capable de s’habituer au bruit des bombes. J’ai conçu la vie dans Alep révoltée et Sama est née dans Alep opprimée. Les enfants de là-bas grandissent dans la peur, il n’est pas de voile susceptible de détourner leurs regards, leurs odorats et leurs oreilles. Chaque jour, le grondement des avions annonçait la mort au hasard des rues. Quand l’obus est tombé ce soir-là, j’étais à la cuisine en train d’écouter le journal radio d’un groupe rebelle. Le souffle m’a projeté à terre dans une violence soudaine. J’ai rampé aussi vite que j’ai pu vers la chambre mais quand je suis arrivée, son visage recouvert de sang et de gravats ne laissait déjà plus échapper le moindre signe de vie. J’ai pleuré toute la nuit ce morceau de moi que l’on m’arrachait, dans la suite de tous les cris de la guerre. Sama repose à jamais au milieu des crimes d’une guerre qui était tout son monde. Elle n’a jamais su qu’une autre vie était possible. C’est sans aucun doute mon plus grand regret. »

Théo surgit les cheveux encore trempés et le tee-shirt à l’envers. Lamia voit son sanglot se confondre avec un rire nerveux. Ma sœur pose sa main encore tremblante sur le crâne de son fils puis le serre contre elle. « Bachir ne va pas tarder » ajoute Lamia avant de remettre son voile. La vitre semble s’être brisée tant le vacarme s'est soudain imposé. Les paroles s’envolent au-dessus de leurs têtes, plongent vers leurs cœurs mal cicatrisés et inondent de chaleur, pour un temps au moins, leurs corps meurtris par les mêmes plaies.

J.

  • Invité
Re : Toutes les guerres du monde
« Réponse #1 le: 23 Mai 2020 à 11:47:17 »
Bonjour. Je sais que j'emploie souvent le terme "fouillis" pour qualifier un texte auquel je ne comprends pas tout. Mais là, Sarah, Samia, ma sœur...  difficile de s'y retrouver. Désolé.

Hors ligne lueur

  • Tabellion
  • Messages: 58
Re : Toutes les guerres du monde
« Réponse #2 le: 23 Mai 2020 à 12:35:56 »
Lamia, Sarah (ma sœur), Lohan : 3 personnages pas l'impression que ce soit un immense bazar

Hors ligne Quaedam

  • Calliopéen
  • Messages: 462
  • Jean-Michel Palaref
Re : Toutes les guerres du monde
« Réponse #3 le: 23 Mai 2020 à 16:25:41 »
Salut Lueur,
Cela faisait longtemps que je n’avais pas commenté un texte court, j’espère ne pas avoir perdu la main 😊

Quelques remarques au fil du texte, je te ferais un petit bilan de lecture à la fin ! Mes remarques n’ont pas pour but de te vexer ou de te décourager et sont à prendre avec des pincettes :D Je ne suis pas une professionnelle de l’édition et tout ce que je peux dire relève de mon goût personnel !

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Sa solitude n’est troublée que par l’arrivée d’une autre mère patiente.

Après avoir lu ton texte en intégralité, je suis revenue sur le sens du mot « patiente » et honnêtement, je ne le comprends toujours pas. Il pourrait se rapporter à deux sens : le fait d’attendre que son enfant sorte de la piscine ou d’avoir besoin de soin médicaux. Dans les deux cas, ça ne fonctionne pas. Dans le premier, Sarah n’attend pas mais contemple. Dans le second, on ne sait pas encore qu’il y a une histoire d’hôpital ni que Sarah travaille dans le secteur de la médecine. De plus, on est du point de vue de Sarah : si elle ne connait pas Lamia, comment pourrait-t-elle savoir qu’elle est une « patiente » ?
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du léger sursaut qu’elle avait provoqué
qu’elle « a provoqué ». Le reste de ta phrasé est au présent, pour la concordance des temps, c’est le passé composé qu’il convient.
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Se surprend elle aussi à poser ses yeux dans ceux de ma sœur
De « sa » non ? Ou alors il y a un narrateur caché quelque part ?
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Lamia retire le voile discret qui cernait sa chevelure couleur ébène
C’est peut-être un peu flou ce terme « cernait » non ? Je comprends ton effort de style, mais dans ton contexte, on a du mal à comprendre de quel type de voile tu parles. Cela pourrait autant être un bandeau d’un hijab. Si tu veux garder absolument le terme « cernait » (pourquoi pas ? On a l’impression que la chevelure est emprisonné par une force autoritaire - ce n'est pas mon point de vue hein! C'est le sens du mot ^^) je te conseille de changer le terme de « voile » ou quelque chose de plus précis 😊
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Il est difficile de saisir la teneur exacte de ce contact tant les deux femmes paraissent à la fois captivées et absentes
Je dois t’avouer que je ne comprends pas bien ce que tu veux dire.
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Plusieurs minutes s’écoulent sans affecter l’obsession
Là j’avoue, je ne sais pas ce que tu veux dire.
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convaincue qu’elle s’adresse à un marin du même genre qu’elle.
Un marin ? Comment ça un marin ?
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Quelques rires s’échappent ici et là à mesure que la complicité s’installe.
Je ne suis pas très fan de ce « ici et là », tu donnes l’impression d’avoir beaucoup plus de personnes qu’il n’y en a 😊 « Quelques rires s’échappent » ou « quelques rires éparses » serait plus léger.
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Les nuits rythmées par ses pleurs sont devenues un quotidien […] Une fois éveillée, c’était une enfant joyeuse
Contre-sens : si la petite fille pleurait : elle était éveillée. Donc, au lieu de dire « Une fois éveillée », j’aurais dit « quand elle ne souffrait pas » ou « le jour ».
Le monologue de Sarah est un peu trop descriptif et littéraire pour sonner juste du point de vue du lecteur. Peut-être qu’en jouant sur la ponctuation, sur le ton de Sarah, sur le fait qu’elle fasse des pauses ou parle très vite, ajouterait de l’émotion et de la puissance à ce récit triste.
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La douleur s’acharne dans des mutations sans cesse renouvelées
L’analogie entre le cancer et la douleur par le mot « mutation » sonne un peu bizarre à mes oreilles. Je ne sais pas si c’est voulu, mais c’est presque froid je trouve.
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Elle se reconnaît avec effroi dans la froideur du récit, dans la fausse distance […] tantôt éclats de sanglots tantôt indifférence agressive.
Comment Lamia se reconnait-t-elle dans la froideur si elle, justement, passe de l’agressivité aux larmes ? On n’a pas l’impression que ces deux femmes éprouvent les choses de la même façon.
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on essaie simplement de se préserver du costume de héros dans les yeux des autres.
Tu veux dire qu’on essaie de ne pas passer pour un héros aux yeux des autres ? Dans ce cas, je ne vois pas ce que cette précision fait là. Tu devrais un peu plus expliquer ce que tu veux dire : le rapport avec le regard extérieur n’est pas évident dans ce contexte. Tu passes un peu vite d’une idée à une autre.
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dans la suite de tous les cris de la guerre. Sama repose à jamais au milieu des crimes d’une guerre
Répétition sur le mot « guerre ». Dans un dialogue, ça peut passer (mais je voue une haine personnelle aux répétitions :D)

Bilan :
Je comprends Jonathan quand il dit que ton texte est confus. Honnêtement, même en le décortiquant, je crois que je n'ai pas tout compris.
Je pense que Jonathan soulève un problème important :

Ton narrateur :
Remarque de ton commentaire
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Remarque de ton commentaire:
Lamia, Sarah (ma sœur), Lohan : 3 personnages pas l'impression que ce soit un immense bazar

Lohan ? C’est qui ça ? Ta narratrice (toi?) ? Tu es sûre de ne pas l’avoir coupé à un moment de ta réécriture ?
Sarah a manifestement une sœur, est-ce que c’est elle qui raconte cette histoire ? Si c’est le cas, je te conseille instamment de la présenter dès ton premier paragraphe pour ne pas surprendre ton lecteur au moment où tu écris « ma sœur ». J’ai moi-même pensé à une faute de frappe et que Sarah et Lamia était sœurs.

Le temps et les lieux :
Je ne comprends pas ton premier paragraphe, il me semble complètement détaché du reste de ton récit : on voit Sarah jouer avec Théo. Or, Théo va bien, cette scène est joyeuse, on voit juste un enfant jouer avec sa mère. En bref, tu introduis bien deux personnages mais sans les inscrire dans le reste de ton récit. Peut-être que si ton lecteur rencontrait une photo de deux enfants au lieu d’un seul (Théo), que Sarah ressentait un manque ou une tristesse fugace, tu donnerais plus de cohérence à ton passage.

A moins que tu lui donnes une fonction que j’ai mal comprise ?

Ensuite, la piscine et l’hôpital.
On ne sait absolument pas pourquoi Sarah parle de l’hopital. Tu ne dis même pas que Sarah reconnait quelque chose dans Lamia qui la fait penser à l’hôpital. Il arrive juste comme ça. Cela m’a beaucoup perturbé, à tel point que je me suis demandé si l’hôpital avait une piscine…
Ensuite, Lamia a l’air de connaitre l’hôpital : Elle demande « Vous avez beaucoup bu de thé là-bas ? ». Mais comment le connait-t-elle (et pose cette question), si son enfant est mort loin de là, à Alep, sous les bombes.

Globalement :
Je suis d’accord avec Jonathan, ton texte est confus, surtout sur deux points : le narrateur et les repères spacio-temporels. Je comprends que tu veuilles cacher des trucs à ton lecteur et lui laisser sous-entendre des choses (crois moi, je fais pareil et parfois on ne comprend rien à mes textes xD). Mais je pense que tu perds, déjà un peu en compréhension, mais surtout en cohérence dans ton texte. Je te conseille d’être un peu moins subtile ou alors de vraiment simplifier d’action pour n’en garder que ce qui est important.
Ton texte a tout pour être touchant et émouvant. La rencontre fortuite entre deux femmes différentes, souffrant de la même tragédie, est un sujet universel et beau. Je te conseille de vraiment de concentrer dessus, de montrer d’avantage les émotions et les liens entre ces deux femmes en passant moins de temps sur le reste, et en le rendant plus clair et plus simple.
« Modifié: 23 Mai 2020 à 17:34:37 par Quaedam »

 


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