Froussard ou funambule, on voit le vaste gouffre,
On crache une ou deux fois, jaugeant la profondeur.
Les neurones remuent et chaque cerveau souffre,
Cherchant à démontrer qu'un choix est le meilleur.
Un trop étroit filin est le chemin des uns,
Quand les autres voudraient tenter le grand retour,
Et quelque soit la chute, et quelque soit la fin,
La chaîne menottée se sacrifiera pour.
Froussard ou funambule, on voit l'autre côté,
C'est tout un paradis à portée de voyage,
Et tandis que les uns par la vue sont tentés,
On chuchote souvent que ce n'est qu'un mirage.
On sait que nous avons ce qui ici existe,
Et certes ce n'est pas ce rêve qui nous borde :
Hélas cette folie dans leurs grands yeux persiste,
On craint de s'écarter, de perdre ainsi la corde.
Froussard ou funambule, on voit la nuit qui tombe :
De part ou d'autre il faut bientôt trouver refuge,
Sinon l'obscurité, que le devoir incombe,
Piégera à jamais l'imprudent que l'on juge.
On veut la décision, qu'importe le désastre,
Mais chacun bien sûr veut que l'autre soit en pleurs.
Imminente se fait la venue de ces astres :
Cesse ainsi le désir, renversé par la peur.
Froussard ou funambule, on voit le temps qui passe,
On voudrait assommer avec leur propre prose
Les uns toujours perdus dans les plans qu'ils ressassent,
Ne croyant plus pouvoir se passer de la chose.
C'est dur de détourner des yeux d'un bel espoir,
De délester un cœur encombré à ce point,
De voir la joie de l'aube abandonnée au soir,
De faire ses adieux à l'inconnu au loin.
Froussard ou funambule, on voit le crépuscule,
Pour l'un comme pour l'autre, hélas tout est perdu.
On pourrait croire alors qu'une brave pendule
Ralentirait un peu en ce moment tendu,
Mais il n'est nulle loi plus stricte que le temps,
Il s'écoule toujours, quelque soient les déboires.
Le périple s'achève, hélas impénitent :
C'est en rêvant un peu qu'on sombre dans le noir.