Prisonnier d’une armoire où il fait sombre, où je m’ennuie à mourir, désormais je ne vis plus que de souvenirs. J’en ai à la pelle.
J’aime faire défiler les images des temps heureux, quand j’étais le favori de la patronne, où, jeune et fringant, j’avais encore toute ma moustache et me donnais à fond dans tout ce que j’entreprenais. Je trouvais la vie poilante. Il fallait voir comment je faisais reluire la serpillière. J’étais le champion du va-et-vient viril.
Aujourd’hui la patronne, pour qu’elle me sorte du placard, je peux toujours me brosser.
Question libido bien sûr c’est le néant. Plus personne ne m’astique le manche. Ma seule consolation dans cette prison asphyxiante est d’avoir déniché un vieux volume de vers débroché.
Les regrets. Le titre m’a parlé. Le nom de l’auteur aussi : Du Ballay…
Alors quand je cherche le sommeil, plutôt que de compter les moutons, je lis quelques poèmes.
Il suffirait de pas grand-chose pour me redonner le moral : bouger un peu, voir la lumière.
Mais je n’y crois plus, je suis devenu fataliste.
Peut-être est-ce un bonheur auquel j’aspire à tort ?