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Ils ont trouvé un corps dans le fleuve. Personne ne sait encore de qui il s'agit ni ce qu'il s'est passé.
Le lac est calme. Le beau temps a amené beaucoup de monde. Les femmes sont accrochées aux bras de leur maris, des enfants courent et rient. Il y a aussi des barques voguant doucement sur l'eau, des ombrelles de soie protégeant ces dames des rayons cuisants du soleil de midi. Et ces messieurs qui rament, fiers d'être à la manoeuvre. Ils doivent parfois lancer une blague ou deux à leur dulcinée car ces dames gloussent souvent.
Les âmes seules passent très vite inaperçues dans ce genre d'ambiance. Personne ne les remarque, trop ivres qu'ils sont à boire leur petit bonheur.
“Il y a un homme qui flotte sur l'eau!” hurle une voix perdue dans l'agitation. Un cri d'effroi suit bientôt et là tout s'arrête. Les regards et les visages se tournent comme un seul homme dans la même direction. Les premiers rictus apparaissent, les yeux s'écarquillent, certaines peaux tannées par le soleil blêmissent. Bien vite d'autres cris se font entendre. Ils poussent ces dames à se lever de leur barque pour essayer de fuir au plus vite. Mais elles s'arrêtent, se rendant compte qu'elles sont loin de la terre ferme. Elles ne vont quand même pas tremper leurs jolies robes ces dames! Elles se rassoient, essaient de regarder ailleurs. Certaines cachent leur visage dans leurs doigts gantées pour pleurer.
Et ces messieurs que font-ils? Certains rament plus vite pour s'approcher et confirmer ce qu'ils pensent avoir vu. D'autres, au contraire, semble ramer pour rejoindre la berge au plus vite. Encore un peu et ils s'accrocheraient aux robes de leurs dames.
L'agitation est maximale. Tout n'est maintenant que stupéfaction et frayeur.
Bientôt la police est sur les lieux, les secours aussi. Un attroupement d'hommes essaie de porter secours au malheureux ou d'être le plus près pour voir cet homme qui a prit l'eau. Avec un peu de chance certains auront un appareil photo...
Mais je le reconnais dit soudain une voix masculine. C'est Robert! Oh non c'est pas possible. La foule est muette, un léger suspense envahit l'air.
Vous le connaissez Monsieur? dit un agent en s'approchant.
Oui bien sûr, c'est mon beau-frère! Nous étions ma femme et moi, ma belle-soeur, son mari et un de nos amis venus passer une journée pour faire un pic-nic. La fin de la phrase est à peine audible. L'homme s'est effondré sur le sol, sous le choc. Des secours interviennent, tentent de lui faire reprendre connaissance. C'est un homme grand et baraqué. Un collosse aux pieds d'argile.
Monsieur, pouvez-vous me donner son identité? demande l'agent qui n'a pas l'air de s'émouvoir de voir l'homme tourner de l'oeil.
Ce dernier a juste le temps de répondre dans un souffle :
Robert.... Robert Maillard! avant de retomber dans les bras de Morphée ou de toute autre nymphette gardienne des états seconds.
Sa femme accourt. Sa belle robe blanche, qu'elle était si fière de porter, n'est plus qu'un vaste tissu boueux. Et son ombrelle n'en parlont même pas. Elle l'avait pourtant payé si chère!
Où est Arthur? crie-t-elle d'un coup.
La troupe qui s'est agglutinée autour de ce spectacle est dubitative. Un corps dans la flotte un jour de pic-nic c'est bien mais c'est un peu léger comme scénario. Le public semble en vouloir plus. Après tout, quitte à avoir sa journée foutue autant qu'on en est plein les yeux...
Arthur! Arthur Lheureux!! hurle la femme en tenant l'agent par le collet. Celui-ci ne semble pas apprécier et se recule un peu.
Calmez-vous Madame! qui est cet Arthur Lheureux? Votre mari vient de nous dire que l'homme repêché s'appelait Robert Maillard!
Non vous ne comprenez pas, Arthur c'est lui... c'est lui qui a... La femme semble tourner de l'oeil, elle ne va pas tarder à rejoindre son mari sur le trottoir.
L'agent la saisit par les épaules pour qu'elle reprenne ses esprits.
Madame! dit-il sèchement, qui est Arthur Lheureux?
C'est celui qui a tué Robert! dit-elle en hurlant. L'effet est garanti, le public est maintenant complètement scotché.
Quant à moi, je décide à ce moment là qu'il est temps de quitter cette pièce de théâtre grandeur nature. Après quelques pas, le nom d'Arthur Lheureux commence à se répandre sur toutes les lèvres. Je peux partir en paix, mon nom est maintenant passé à la postérité.