LES MÉMOIRES DE JÉSUS
I
Brunch dominical
Des hosties soufflées en scones, délire hypnotique.
Exploration vaginale
Le sang du Christ lui gonfle ses veines phalliques
Sa sainteté mal épinglée, à moitié becquetée par les corbeaux descend de son cruciforme en sifflotant. Marie est en cuisine, simplement vêtue d'un linceul porté en foulard. Elle brouille des œufs en suivant, distraitement et sans réel intérêt, la retransmission de la messe à la télé. L'église est bondée, le chrétien, parfumée aux essences de bondieuseries, borborygme des ânonnements latinisants. Marie se marre.
Jésus lui claque la fesse gauche en la frôlant. Il se passe les mains sous le robinet pour retrouver quelques sensations. Il a faim !! 3 heures à faire le con, cloué à moitié à poil sur cette croix aux aspérités urticantes, pour amuser la galerie lui ouvrait à chaque fois un appétit féroce.
- " Je vais fabriquer du pain " murmure JC à l'oreille de son amoureuse. Il commence une série d'incantations autour des ingrédients qui se mettent à composer la recette en intervention divine.
- " Tu pourras rajouter des noix mon cœur ? j'aime bien avec un bon fromage. "
Le couple déjeune en échangeant des pensées plus ou moins philosophiques. Pour rompre le silence religieux, ils aiment se raconter leurs rêves respectifs ou gratter un peu les cordes usées, rouillées d'une vieille fender de gaucher pour quelques notes de nirvana, le 7' ciel toujours à portée de l'orgasme des sens.
Disparate et bacchanale
La farandole de l'alleluyah
Agneaux de dieu qui prennent le pêcher
En pleine gueule...
JC touche 500 USD chaque lundi matin pour sa prestation du dimanche. Ça lui paye le loyer, le pif, la beu et grâce à ses pouvoirs magiques, il y a toujours de beaux légumes frais dans le potager. Il mène une vie de rêve avec sa vierge supposée. Si les cons savaient...
La société GOD IS LIFE lui ont proposé ce contrat en pleine campagne texane. Il a fait une croix sur sa vie de martyr, incapable de supporter plus longtemps d'être adulé par une population shootée à l'opium, à l'hébétude figée dans l'espace vide, la distance inféconde entre leurs deux pupilles.
II
Une fois par semaine, Jésus reçoit la visite d'une dizaine d'incurables à la mort déjà programmée. Il revêt son costume de prestidigitateur-guérissologue, flatule en gargouillis une forme de transe divine latinisante et faussement incantatoire, saupoudre le tour de passe-passe de fronçages de sourcils et invite les miraculés à passer en caisse, tenue par une Marie-comptable de toute beauté.
- " Pour 10$ je vous propose notre produit miracle qui cartonne dans les hospice, les sanatoriums et autres maisons de retraites. Le concentré de sang de mon mari. Comme du sirop, vous y additionnez une rasade d'eau bien fraîche et vos péchés sont instantanément pardonnés par le tout puissant. Le sang est prélevé à jeun pour vous offrir une absolution de la plus haute qualité. "
- " Je vais vous en prendre 2 flacons. J'en filerais un à Simone, elle a la conscience pas nette depuis qu'elle trompe son Raymond. "
Les aveugles verront
Que dans leur porte-feuille
Il manque quelques biftons
Pour chasser les cercueils
L'éclopé se dressera
En hurlant au miracle
En mélangeant
Religieusement
l'alleluyah et l'abracadabra.
Jusqu'au prochain obstacle.
- " Etes-vous intéressée par notre carte de fidélité ? Pour 100$ d'achat nous vous offrons au choix un porte-clé crucifix, un sticker " GOD is perfect " ou l'indispensable coque pour smartphone imprimée de prières. "
La petite entreprise tourne à plein régime. Le carnet de rendez-vous est plein à craquer et comme dans un bon restaurant, il est préférable de réserver plusieurs mois à l'avance.
Le petit groupe psychologiquement rassuré retourne à son quotidien. Marie range la caisse dans le coffre fort du salon, grossièrement dissimulé derrière un tableau de la vierge au rocher. Léonard était un homme charmant, au génie indéniable. Un homme comme il en existe peu. Quand il lui a offert ce tableau en 1484, elle n'a pu s'empêcher d'esquisser un sourire et de le remercier chaleureusement par la nature d'une nuit de sexe torride. Jésus n'en a jamais rien su. Même les hautes sphère de la prétendue virginité absolue ont leurs petits secrets...
- " Merde, j'ai plus de Soja pour assaisonner le repas... Les nems vont être bien fades. Mon amour, tu veux pas aller voir si Bouddha est chez lui ? "
- " Okay, je prends 50$ dans la caisse, je les lui avais promis quand il est venu avec son éléphant nous remorquer le pick-up. "
- " Ça marche, et molo sur l'apéro si tu veux pas finir comme lui. "
Finir comme lui ? Oui, c'est vrai Bouddha n'était pas la plus svelte des divinités et avait une fâcheuse tendance à pratiquer le lever de coude sans aucune modération mais avec ses côtes saillantes, son teint blafard d'anorexique et la taille de ses multiples cicatrices, Jésus ne personnifiait ni l'image du bon vivant, ni celle de l'alcoolique notoire.
En récupérant l'argent derrière le tableau de maitre, Jésus s'arrête un instant devant un détail qu'il n'avait jamais remarqué. Planqué derrière le plus gros des rochers, un chevelu à la barbe soyeuse, portrait craché de De Vinci tenait d'une main ferme sa queue en érection. Sûrement, une hallucination. Il était à jeun et son maraboutisme de pacotille l'avait épuisé.
A suivre...
In - Les mémoires de Jésus -
2015