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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Transmission

Auteur Sujet: Transmission  (Lu 1122 fois)

Hors ligne Catisa

  • Plumelette
  • Messages: 8
Transmission
« le: 29 Août 2017 à 21:59:07 »
Doucement, le véhicule vint se poser sur la petite piste d’atterrissage. Le vieil homme tourna ses yeux fatigués vers la fenêtre. Heureusement pour lui, ce type de transport était très doux. Il ne sentit même pas la décélération. Aucun à-coup n’avait entaché son trajet. On avait pris soin de l’installer le plus confortablement possible compte tenu de son état. Une jolie jeune fille s’était empressée auprès de lui régulièrement pour s’assurer que tout allait bien. Sa main crispée sur son accoudoir refusait de lui obéir. Il fallut même que la charmante jeune fille, affectée à son bien être, l’aide à relâcher ses doigts. Pendant qu’elle s’échinait sur sa pauvre main, il pu humer son odeur. Elle sentait le frais, avec une légère senteur de fruit, son parfum sûrement. C’était un peu entêtant, mais il ne s’en plaignait pas ; tant qu’elle était au-dessus de lui, cela couvrait la fragrance obscène de son vieux corps en décomposition. Elle finit cependant d’installer ses bras sur ses pauvres genoux rabougris et, lui souriant, le rassura en lui disant que tout allait bien se passer, on allait venir le chercher avec une chaise et, en moins de deux, il serait dans sa nouvelle demeure avec plein d’amis dans son cas. Si son visage avait encore pu exprimer des émotions, elle aurait pu voir un rictus. En cet instant, seul lui pu sentir un léger tressaillement de sa bouche. Son état s’était encore aggravé après son entretien avec ce monstre ; et dire qu’ils étaient parents. À cette évocation, ses doigts se crispèrent légèrement, ses yeux se durcirent et il se remémora avec douleur cette instant.

L’homme était assis dans son fauteuil. Cela faisait déjà deux ans qu’il était coincé dedans. Il est vrai qu’il avait le dernier modèle en matière d’aide à la personne, et il n’avait qu’à pianoter sur un petit cadran pour le faire léviter et se déplacer où il le désirait. Il pouvait même, d’un geste, le faire se déplier et lui faire prendre une forme qui permettait à son corps de prendre la position debout.  Cependant cela faisait une bonne année qu’il avait renoncé à cette option. Son pauvre corps vieillissant ne supportait plus le harnachement et l’effort que cela représentait.  Il fallut se résigner, la maladie l’avait pris au dépourvu. Il n’avait pas prévu de rencontrer son fils aussi vite. Il était trop jeune, beaucoup trop jeune pour cela. Pourtant il le fallait bien, c’était vital, et il se mettait en danger s’il repoussait l’opération de quelque mois ; d’ailleurs ce n’est pas ce temps gagné qui changerait vraiment la situation.
Une voix retentit :
-L’enfant est là.
Son visage se crispa, sans un mot il appuya sur sa console. La porte coulissa. Une femme entra, elle tenait un enfant de six ans par la main. Il semblait un peu perdu et effrayé. Il était habillé d’une manière simple. Le vieil homme remarqua que la chemise de l’enfant était sale. Il plissa le nez à cette vue et maugréa :
-Vous auriez pu vous assurer qu’il était propre. Il me semble que je vous ai payé assez cher pour vous occuper de lui convenablement.
La femme lâcha la main de l’enfant et grimaça.
-Il a toujours été bien nourri et il n’a aucun problème de santé. Il me semble que c’était là votre inquiétude première. Non ?
Il fit pivoter son fauteuil vers eux et fixa la femme de ses yeux durs. Elle était d’une grande beauté, ses cheveux blonds retombaient en boucles sur ses épaules, qu’elle avait dénudées. Ses grands yeux, aux longs cils, étaient d’un bleu vert. Elle aurait pu réellement lui plaire si elle n’avait pas cet air vulgaire qu’ont pratiquement toutes les femmes de sa condition. Il porta le regard sur l’enfant. Il avait les yeux verts de sa mère mais ses cheveux étaient noirs. Avec soulagement il constata que l’enfant avait prit la beauté de sa mère. Peu lui importait qu’il ait pris l’intelligence de celle-ci, son potentiel physique était là. Il prit le temps d’étudier le gosse, essayant de se projeter dans le futur. Il essaya de se l’imaginer adulte. Serait-il digne de lui ? L’enfant mal à l’aise s’était reculé légèrement et se blottissait contre sa mère qui ne semblait éprouver aucun sentiment pour l’enfant. Elle ne chercha à aucun moment à le rassurer. Toujours effrayé, l’enfant observait du coin de l’œil le vieillard. Il renifla et son nez se mit à couler. A sa vue le vieillard plissa le nez de dégoût. Il rageait d’être poussé par le temps. Son pauvre corps fatigué frissonna à cette idée.
La femme s’impatienta.
-Bon vous le prenez le môme, ou pas ?
-Oui bien sûr.
 Poussant l’enfant devant elle.
-Parfait, j’aurai quand même le reste de l’argent ?
-Évidemment, comme convenu.
Elle le poussa un peu plus sèchement.
-Va voir ton père, le môme, n’aies pas peur.
La porte s’ouvrit à nouveau et un homme en blouse blanche apparut. Il sourit à l’enfant et lui tendit la main. L’enfant hésita puis prit la main qu’on lui tendait. Encore timide, il répondit au sourire de l’homme.
Viens mon garçon je vais te présenter ton père.
Puis se tournant vers la femme :
-Merci, nous n’avons plus besoin de vos services.
Elle tourna les talons puis, contre toute attente, se retourna avant de franchir la porte. Une fraction de seconde, ses yeux brillèrent et sa bouche se crispa. Elle voulut dire quelque chose, mais se ravisa. L’enfant, absorbé à regarder le grand monsieur en blanc, ne vit pas la larme rouler sur la joue de sa mère, puisque lorsqu’il se retourna elle n’était déjà plus là.

Le monsieur était gentil, pensa-t-il. Il le suivit docilement lorsqu’il l’entraîna vers le vieux monsieur tout rabougri, dans son grand fauteuil noir. L’homme lui tenait toujours la main quand ils s’approchèrent de lui. Le vieillard le regarda intensément, comme s’il cherchait à sonder son âme. Puis doucement, d’une main tremblante, il posa sa main fripée sur sa joue. L’enfant sentit ses doigts rugueux. Sa caresse n’était vraiment pas agréable ; en plus, il se dégageait de lui une odeur putride. Sa voix un peu caverneuse essaya de le rassurer :
-N’aies pas peur, tu sais pourquoi tu es là ?
L’enfant secoua la tête.
-C’est le jour où je vais te transmettre tout mon savoir. Tu sais, tu es au moins le septième à avoir cet honneur. C’est un grand jour pour nous. Tu n’as pas peur ?

L’enfant, devant cette question, ne sut pas quoi répondre. Il regarda tour à tour le vieillard et l’homme à la blouse blanche, ne sachant pas trop quoi penser de tout ceci.

Le vieillard fit comme si l’enfant avait répondu par l’affirmative.
-Bien ! Le monsieur en blanc va t’aider à t’installer puis il va te mettre un casque. Tu vois, ce n’est pas compliqué.
L’enfant, que tout ça dépassait, ne répondit pas et se laissa entraîner vers un siège recouvert d’un cuir marron. L’homme l’installa dans ce fauteuil trop grand pour lui. L’enfant gigota pour se caler contre le dossier puis l’homme le coiffa d’un lourd casque. Puis il s’éloigna et lui recommanda de ne pas bouger. Il le vit mettre un casque similaire au vieillard. Puis après un temps assez long, il commença à sentir des picotements dans la tête, puis franchement des douleurs, comme des décharges électriques. Des images lui arrivèrent en masses, des souvenirs. Il eut l’impression de sortir de son corps puis d’y revenir, mais quelque chose avait changé. Il se sentait différent, plus lourd, beaucoup plus lourd. Il voulut remuer dans son siège, mais son corps refusa tout d’abord de lui obéir, puis doucement, très lentement, il bougea. L’odeur nauséabonde qu’il avait senti lui arriva en plein nez. Mais plus encore que cette sensation de ce corps, il avait perdu son innocence, son passé s’était mélangé avec celui de son père et, en une fraction de seconde, il comprit.


-Monsieur, ça va ?
La belle jeune fille lui souriait.
-La compagnie Air Speed est heureuse de vous avoir accompagné dans votre dernière demeure. Vous verrez vous y serez bien soigné.
Deux hommes habillés de blouse blanche soulevèrent son siège. Un des hommes regarda la fille, qui semblait triste de ce qui arrivait au vieillard, et chercha à la consoler.
-Ne vous en faites pas, on va très bien s’occuper de lui.
Puis, sans se soucier que l’intéressé l’entende, il rajouta
-Vous savez, avant on ne s’embarrassait même pas de leur faire finir leur vie décemment. On s’en débarrassait rapidement.
Le vieillard, à ces mots, se crispa. S’il avait pu rire, il se serait esclaffé. Qu’y avait-il de décent à prendre la vie d’un enfant pour pouvoir continuer à vivre indéfiniment ?


« Modifié: 29 Août 2017 à 22:00:47 par Catisa »

Hors ligne Inès

  • Plumelette
  • Messages: 14
Re : Transmission
« Réponse #1 le: 31 Août 2017 à 02:22:27 »
J'ai pris du plaisir à lire ton texte mais je t'avoue qu'a un certain moment ça devient difficile de suivre et je n'ai pas trop  compris la fin !

Hors ligne Sophie131

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 136
  • Libellule et saltimbanque
Re : Transmission
« Réponse #2 le: 31 Août 2017 à 02:37:43 »
J'ai bien aimé l'idée (tu as lu Métamorphoses de Samantha Bailly ? Ça m'a fait penser à ça) mais il y a beaucoup de répétitions et le style reste assez maladroit (on a du mal se situer dans le temps, si j'ai bien compris, ce qui se passe au milieu est un flash-back ? Et parfois il y a des "il" sans qu'on sache de qui il s'agit)

 


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