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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Les troubadours du bonheur

Auteur Sujet: Les troubadours du bonheur  (Lu 1371 fois)

Abbigails

  • Invité
Les troubadours du bonheur
« le: 03 Janvier 2015 à 16:01:04 »
                                                                                            Les Troubadours du Bonheur.

Vous pourrez dire que j’étais naïve. Vous aurez sans doute raison. Mais si l’on ne Croit pas que fait-on ? On ne fait jamais rien. On reste assis la, devant son ordinateur, un verre de bière à la main, à lire ce texte sans comprendre. On reste assis là, sans rien dire. C’est un choix. Et moi je fais celui de croire à nouveau. Malgré tout. Peut-être, qu’après ça, vous aussi vous croirez.

« Pour la première fois en deux ans je vais le voir. Il m’a promis d’être là. Ce ne serait pas la première fois qu’il ne tiendrait pas une promesse. Mais ce n’est pas non plus la première fois que je me fie à ses mensonges.

Je n’ai jamais cessé de Croire. A tout. J’imagine que la grande roue s’envole, que le pays imaginaire est réel, que Dieu existe, que la glace à la vanille de la fête foraine est la meilleure, qu’un jour on pourra voyager dans le temps ou voler voire se téléporter, …que mon père va venir cette fois. J’en suis persuadée. Je crois qu’il va venir cette fois. Je crois qu’il va revenir me chercher. Un jour. Alors pourquoi pas aujourd’hui ? Pourquoi pas ici ?

Mon père va venir. Je vous le jure. Il est parti pendant un bout de temps et quand il est parti j’étais contente. Je vivais le plus beau jour de ma vie. Mais j’ai changé. Pourquoi pas lui ? J’y crois comme un enfant croit au Père Noël. Stupide ? Dupe ? Facile ? Peut-être… Sûrement. Mais heureuse, parce que je suis convaincue que je vais le revoir.

Je Crois en beaucoup de choses quand j’entre dans cette fête foraine. Et rien qu’en tournant la tête j’ai le sentiment d’avoir raison. Les enfants sourient. Les parents aussi. Les sons m’enveloppent : les rires, les baisers, les voitures qui s’entrechoquent, les cris de frayeur amusée, le vent qui siffle au départ du train fantôme, le jingle victorieux du marteau vengeur, les balles à blanc qui percent une peluche au lieu de la cible,… Je suis là et je ferme les yeux. Je les laisse m’emmener loin. Ils me ramènent à ce dernier jour avant son départ, leur départ. A ce jour où mon père m’a emmené pour la dernière fois à la fête foraine avant qu’il ne devienne un inconnu.

Ma mère rendait visite à mon grand-père à l’hôpital. Il avait « le cancer » qu’on me disait. La première fois, j’ai pensé que c’était une bonne chose. Tout le monde souriait. Et après j’ai compris : ils ne voulaient pas me faire peur mais Grand-père… il avait pas choisi la bonne carte. C’est bizarre de dire « Grand-père a le cancer ! » avec un sourire en plein milieu d’un jeu de sept familles. Vous croyez pas ? Moi, quand j’ai compris, c’est ce que je me suis dit : « ils sont bizarres les adultes ». Alors, maman allait souvent à l’hôpital. Papa aussi ; mais ce jour-là il restait avec moi. On allait à la fête foraine. Comme tous les ans. Quand on est rentrés, on riait aux éclats parce que Papa avait voulu me prendre ma peluche de Simba en me faisant des guilis. Et puis, on a attendu maman. Y a eu ce coup de téléphone et l’instant d’après, Papa pleurait comme l’enfant que j’étais. J’avais jamais vu Papa pleuré. J’ai eu peur. Je ne sais pas pourquoi. J’ai vu une lueur de folie dans ses yeux gris comme le ciel ce soir-là. La même qu’à la fête foraine. Il m’a dit « Maman est morte ». Et puis il est parti. J’étais là. Seule. A la maison. Dans le salon. Je pleurais pas. Je comprenais pas. Je ne croyais pas à ces choses-là. Mais il n’est jamais revenu. Et elle non plus. Je croyais plus à grand-chose.

J’avais cru à tout. Tout ce que Papa et Maman disaient mais ils n’étaient plus là. J’avais tout gober quand ils disaient que Grand-père allait « bien aller » ou « au revoir » comme dans « à tout à l’heure » et même quand il parlaient de revenir vite. Mais rien n’était vrai. Alors pourquoi le Père Noël le serait ? Pourquoi Dieu existerait ? Pourquoi un corbeau ressemblerait-il à un bureau ?

J’ai été placée dans une famille d’accueil. Ils m’ont appris à avoir foi en cette entité à nouveau. Je me suis convaincue de beaucoup de choses auxquelles je ne croyais plus. J’ai présumé que Grand-père allait bien. J’étais sûre que Papa allait revenir vite.

Il était jamais là, Papa. Sauf quand je dormais. Il était gentil, sauf qu’il n’était pas là.

Et puis il y a quelques semaines l’hôpital a appelé. Papa avait perdu la tête. On peut perdre une chose comme ça ? C’est tellement important. Bah Papa, il l’a fait. Un peu. Apparemment. Il disait tout le temps mon prénom et celui de maman. Il parlait pas sinon. Sauf de « la fête des illusions » qu’ont dit les docteurs. Alors Sophie et Charles (mes nouveaux parents) m’ont expliqué que, d’après les médecins, ce serait bien pour lui d’aller à cette fête. Alors on l’a fait. J’y suis.

C’est ça pour lui la « fête des illusions » ? La fête foraine ? Notre dernier bon souvenir tous les deux ? C’est le lieu où on doit se retrouver ? Il faut croire. Alors je le cherche. Je regarde autour de moi.

C’était la même troupe la dernière fois. Les troubadours du bonheur. Ils étaient plus jeunes, plus beaux mais pas plus souriants ou plus heureux. Ils étaient les mêmes avec des traits moins tirés par le vent, les rires, les bousculades, les courses après des « chenapans ». Il n’y a qu’eux pour encore utilisé ce mot. Ils ont l’air d’avoir des milliers d’années et d’être ceux qui apportent de la joie au monde entier. C’est une des choses auxquelles je n’envisageais pas avant mais maintenant si. Dieu n’est pas unique, ils sont tous un peu Dieu. Ils nous aident tous à traverser nos malheurs. Ils combattent tous la douleur et le mal. Ils sont tous bienveillants. Ils voient tout, tout le temps. Ils vous connaissent sans jamais vous avoir vu.

Sans m’en rendre compte, je suis arrivée au milieu du parc. Juste devant la grande roue. Les gens me contournent et je m’extasie devant cette dame de fer. Elle s’éclaire comme pour me dire bonjour. Je la salue à mon tour d’un faible mouvement de tête, ne voulant pas la quitter des yeux. Tout à coup, une main qui semble familière se pose sur mon épaule droite. Je me tourne et il est là. Papa. Je vous l’avais dit qu’il viendrait. Qu’il changerait.

Je me jette dans ses bras et je reviens deux ans en arrière. Il n’y a que nous deux.

On passe la plus belle journée possible. On rit quand nos autos se rentrent dedans, quand on a les doigts collant de barbe à papa. Papa gagne un Simba pour moi. Il gagne aussi le marteau vengeur. On court vers le train fantôme. Je ne cri même pas quand le squelette surgi sur ma droite. Papa me dit qu’il est fier de moi. On fait les montagnes russes et l’on cri autant que l’on rit. Comme tout le monde autour de nous. Un vendeur m’offre une pomme d’amour et Papa la prend avant de courir. Je le rattrape et saute sur son dos. Il me rend ma pomme. Enfin… un bout de pomme. Ça me fait pouffer parce que maintenant il a du rouge partout sur la bouche et je vois cette étincelle que j’aime tant dans ses yeux.

Quand on revient au centre du parc. Papa me prend la main. Il me met sur ses épaules, hilare, et crie : « Attention… Avion ! ». Il part en courant avec les bras écartés. Papa, il a pas perdu sa tête. Il est juste comme avant. Sauf qu’il est plus joyeux et que la lueur dans ses yeux ressemble un peu plus à la mienne le soir où il est parti, quand je me suis regardée dans le miroir. C’est peut-être ça qui fait qu’on est un enfant ou qu’on « perd la tête ». C’est peut-être cet éclair dont personne ne parle. Il court jusqu’à la grande roue.

On monte dans une nacelle. On s’assied pour la première fois de la journée. Il m’a manqué Papa. On s’envole. Papa on vole !

Papa me regarde. Il sourit. Puis il arrête. C’est bizarre quand il ne sourit pas. Ses yeux tombent comme la commissure de ses lèvres. Quand il ne sourit pas, il perd un peu de son étincelle. Papa… il s’efface un peu, quand il ne sourit pas. En fait, j’ai l’impression qu’il va pleurer.

Quand on s’arrête tout en haut, dans le ciel. Quand on flotte. Que le temps se suspend un instant. Papa ne sourit toujours pas. Il prend ma petite main d’enfant entre les siennes. Il se tourne complètement vers moi et il parle :

« Mon ange, ma fille, mon amour. Tu es tout ce qui me raccroche à la raison maintenant. Tu es tout mais je suis parti trop longtemps. Tu n’es plus la même. Tu as grandi. Tu es une grande fille maintenant. Pas vrai ma puce ? Tu n’as plus besoin de papa. Je suis content de voir que tu vas bien. Beaucoup mieux que ce que j’espérais. Je sais que je t’avais promis de revenir vite. Je le voulais mais je ne pouvais pas. Et aujourd’hui était la dernière fois que l’on se verra. Aujourd’hui je ne te dirai pas que je reviendrai. Ce serait un mensonge. »

Je ne comprends pas. Pourquoi Papa fait-il ça ? Pourquoi venir me chercher pour me laisser après ? Pourquoi doit-il partir ? Papa ne m’aime pas ? Pourquoi il m’a emmenée dans ce lieu chargé de souvenirs ? Pourquoi il part après la plus belle journée de ma vie ? Pourquoi seulement une journée ? Je fronce les sourcils mais ne dis rien alors Papa continu :

« Papa s’en va ma puce. Je ne reviendrai jamais. Les médecins m’ont donné une journée d repos dans mon traitement pour que je sois complètement avec toi. Papa a fait des bêtises quand maman est partie. Papa va partir pour toujours, comme elle, à cause de ça. Papa va rejoindre Maman dans pas longtemps mais je voulais te voir une dernière fois. Te dire Adieu. Papa t’aime. Je voulais revivre notre dernière journée de bonheur chez les Troubadours. Cette dernière journée s’était mal terminée pour nous deux et c’est pour ça que je l’ai surnommée « la fête des illusions ». Je t’aime et je serai toujours avec toi. »

A ce moment-là, on arrive tout en bas. On doit descendre de la grande roue. Papa ne me regarde plus. Il baisse la tête, s’approche de moi, embrasse ma tempe et murmure contre ma peau : « Au revoir. Sois heureuse. Je t’ai toujours aimée. Ne cesse jamais de Croire. ». Puis il part sans se retourné, sans me laisser le temps de comprendre ce qu’il voulait dire dans tout ça. Sans me laisser lui dire que je l’aime aussi, lui dire combien je lui en ai voulu d’être parti ce jour-là, sans me laisser le temps de lui crier de rester, de lui prendre la main, de voir ses yeux gris comme la mer un jour de tempête, de le voir sourire une ultime fois. Papa est parti.

Pour la dernière fois, Papa est parti. Et je suis seule. A nouveau. Au milieu du parc. Devant cette grande roue qui devait me faire voler et m’a brûlé les ailes. Je ne Crois plus que cette glace à la vanille soit la meilleure, que la grande roue vole, que le pays des merveilles existe, que ces gens sont un peu Dieu, que les bruits m’enveloppent. Je ne Crois plus rien. En réalité, on est seul face aux plaisirs fuyants de la vie qui ne durent qu’un instant. Juste le temps de dévorer une barbe à papa, de voler, de voir Papa sourire, et puis tout est fini. La plus belle journée de ma vie s’achève sur une note d’incompréhension. Un peu comme un tour de magie réussi. Vous savez quand le tour s’achève, vous êtes encore émerveillés quelques instants avant d’être déçus de ne pas avoir compris. Alors la magie s’efface. Seul la déception, l’incompréhension et la frustration demeurent. »

L’illusion. Quelques années plus tard, j’ai enfin compris Papa. Ils n’étaient pas que les Troubadours du bonheur. Du moins ils ne l’étaient que pour un certain temps. Après tout s’estompe et le souvenir que l’on en garde est une fête en filigrane derrière les désillusions. Je ne crois plus que la grande roue puisse volée, que le pays des merveilles existe, que cette glace à la vanille était la meilleure. Maintenant, je sais autant un certain nombre de choses. Je sais que Papa est revenu, qu’il est redevenu lui-même. Je sais aussi que je ne le reverrai jamais, que ce jour-là a malgré tout été le plus beau jour de ma vie. Et je Crois que ça ira, que Papa avait raison : j’ai grandi et je n’ai plus besoin de lui. Je Crois que les forains sont tous un peu Dieu : ils nous donnent du plaisir, du bonheur, un sourire, une pomme d’amour et nous retirent tout l’instant d’après. Ce sont les meilleurs magiciens. Ceux qui ne montrent rien. Ils sont la source de beaucoup d’illusions comme Dieu qui nous donne une famille, les meilleurs parents du monde, des instants parfaits, la plus belle journée de notre vie et nous retire tout le soir venu. Papa ne reviendra pas. Ce n’était qu’une illusion.

Papa a dit deux choses : « Sois heureuse » et « ne cesse jamais de Croire ». Je fais la promesse de lui faire honneur sur ces deux points. Le problème ? Personne ne nous explique comment être heureux. On nous dit seulement de faire quelque chose de notre vie. Le vide, le rien, l’inaction sont ce qui fait de nous des gens malheureux aux yeux des autres. Alors, comme Dieu, comme les forains, comme Papa, on donne l’illusion que l’on fait quelque chose, que l’on est heureux. On s’assied, dans ce diner, en bord d’autoroute, on parle à la serveuse qui fait semblant de nous écouter. On lit un texte que l’on prétend comprendre. On sourit. Quand tout va mal. Quand tout a disparu sauf la douleur et l’incompréhension.

Pour être heureuse, à ce moment-là, je n’avais besoin de rien d’autre que de me persuader que Papa allait revenir, qu’il allait changer, que la Grande roue voulait, … Alors je ne me forcerai jamais à ne rien faire d’autre que  Croire Croire que Grand-père va bien, que Papa a été heureux, que Dieu existe un peu en chacun d’entre nous, que nous sommes tous un peu magicien, comme lui.  Croire que je reverrai Papa et Maman, un jour, que le pays imaginaire est réel, que le Père Noël existe, que grandir est un choix.  Croire que ça suffira pour faire honneur à Papa, pour lui faire plaisir. Pour être heureuse.
« Modifié: 05 Janvier 2015 à 18:56:32 par Abbigails »

Hors ligne Babataher

  • Troubadour
  • Messages: 389
Re : Les troubadours du bonheur
« Réponse #1 le: 04 Janvier 2015 à 09:45:52 »
Bonjour Abbigails.
J'ai relevé des répétitions, sans doute voulues, particulièrement le verbe croire. Mais, comme le texte tourne autour de cette conviction et les déceptions qui s'y attachent, j'ai compris à travers le texte l'importance de croire. Oui, pour un enfant croire est une forme d'apprentissage. Peut être que le degré de s'investir dans cette croyance teinte notre vision de la vie de nuances les plus diverses.
Le texte se lit sans peine, il est fluide et mérite d'être travaillé pour enlever certaines redondances.
Au plaisir.
Une phrase n'est bien construite que si elle est écrite de telle manière que personne ne remarque qu'elle a été construite.

Abbigails

  • Invité
Re : Les troubadours du bonheur
« Réponse #2 le: 04 Janvier 2015 à 19:45:57 »
Bonsoir Babataher,
J'ai relu le texte et retiré un certains nombre de répétitions. Celles sur le verbe "vouloir" restent en partie car elles sont voulues en effet.
Merci pour la lecture en tout cas.

Hors ligne Georges Cloné

  • Calliopéen
  • Messages: 468
Re : Les troubadours du bonheur
« Réponse #3 le: 04 Janvier 2015 à 22:13:07 »
Bonsoir, Abby (comme la jeune laborantine punk de NCIS ? :P).

J'ai bien aimé ton texte, ajoute quelques espaces pour aérer les chapitres (essaie, si ça te plaît pas annule)

"J’avais jamais vu Papa pleuré" : pleurer

" Je pleurais pas. Je comprenais pas. Je ne croyais pas à ces choses-là." Un coup tu supprimes la négation (ne), un coup tu la mets !! :-[

"Puis il part sans se retourné" : retourner.

"On s’assied, dans ce diner, en bord d’autoroute, " : je ne sais pas mais ça va pas, DANS ce dîner (accent circonflexe aussi, mais ce n'est pas le plus important)
On s'assied pour dîner au bord de l'autoroute ?? Hé, vaut mieux s'arrêter sur une aire... ^^

Blue Mountain, Moka Sidamo, Maragogype...

What else ?

Abbigails

  • Invité
Re : Les troubadours du bonheur
« Réponse #4 le: 05 Janvier 2015 à 18:24:24 »
Bonsoir,  (oui mais ca vient pas de là  ;D)
Originellement, il y avait des espaces et sauts de lignes ;)
merci pour les fautes relevées.
Par contre pour le diner, il s'agit en réalité d'un restaurant  de bord d'autoroute à l'américaine. (Je l'ai mis là  parce que ce texte est inspiré de photos  :D)
Merci de la lecture
« Modifié: 05 Janvier 2015 à 18:57:12 par Abbigails »

 


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