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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » les turpitudes de léa

Auteur Sujet: les turpitudes de léa  (Lu 851 fois)

mafye

  • Invité
les turpitudes de léa
« le: 16 Novembre 2014 à 21:36:50 »
                  1.

Les rayons du soleil me réveillent. Je les sens sur mon visage mais je n'ai pas encore la force d'ouvrir les yeux. Il doit être onze heures ou midi.
J'ai de vagues souvenirs de la soirée d'hier. Des shots, de la musique latine, mes talons hauts, çà j'en suis sûre parce que je sens des ampoules à tous mes orteils, …. pour le reste j'ai oublié. Le trop plein de mojitos a dû faire son effet.
Allez! J'ose! j'ouvre les yeux.
Aïe. Çà fait mal. Le réveil me lance son 15h à la tête comme si je devais me sentir coupable de quelque chose.

Les beaux moments d'euphorie de la soirée sont passés. Le vide est revenu.
A 26 ans on aimerait être tous les jours saoûl pour oublier qu'on a aucun but dans son existence.

Bon allez on se secoue! Aujourd'hui j'ai un planning chargé : à commencer par vider mes cartons. Ça fait un mois que j'ai emménagé dans mon nouvel appart' et je n'ai toujours pas eu le courage de sortir autre chose de mes cartons que mes fringues et une casserole pour les pâtes.

Je jette un œil sur mon portable, probablement le compagnon le plus fidèle de ma vie en ce moment.
Trois SMS.
Le premier de Marie « Allez secoue toi flemmarde je débarque à 16h pour un teatime et je veux une raison valable pour laquelle tu m'as plantée hier en soirée ! »
Marie est une amie. Enfin, je crois. Toutes les deux célibataires. Parisienne. A se traîner l'une et l'autre de soirées en afterwork, en speedating et autres trucs glauques proposés aux célibataires qui ont plein d'argent à dépenser.
Elle est mon clone de déprime. Celle avec qui je partage ma loose quotidienne et que je regarde pour garder espoir de temps en temps parce qu'il faut dire qu'elle est quand même dans un pire état que moi.

Le deuxième texto de ma mère : « Deux semaines sans nouvelles … je commence à m’inquiéter … ».
Ma mère met des points de suspension interminables dans tous ces messages alors je mets des points de suspension interminables dans notre relation. Je trouve çà équitable. Elle non.
Franchement, j'en suis à un moment de ma vie où il me faudrait trois ans de psychanalyse pour essayer de comprendre ma relation avec elle. Comme toutes les jeunes femmes je pense que je l'aime et je la hais en même temps.
Aucune envie de lui répondre pour l'instant.

Le dernier texto est plus énigmatique « Tu as été inoubliable. Merci » Je ne connais pas ce numéro.
Il faut dire que ma vie amoureuse est un peu compliquée. Enfin compliquée, je dirai éparpillée. Inscrite sur deux voir trois sites de rencontres, plus les soirées, plus les ex, je patauge dans une marre de prétendants, amants, ex et futurs potentiels. Sauf que ce numéro là je connais pas.
A mettre sur ma liste « A faire » de la journée.
Pour info, j'adore les listes. J'en ai partout sur mon frigo, dans mon sac, sur mon bureau et même dans mes toilettes. Elles sont mon point d'équilibre. Je les écris mais je ne les suis pas forcément. Faudrait que je me fasse un mémo pour suivre mes listes.

Je divague … 15h45.
Marie va arriver. J'ai encore la moitié d'une gueule de bois. Je me traîne jusqu'à la cuisine, avale un citron (remède de grand-mère) et je cherche le bon scénario à lui raconter.

                  2.


L'interphone sonne.
Petit passage devant la glace de l'entrée. Glace en pied. Vision d'effroi. Je ressemble à une drag-queen usée de Pigalle. Bas déchirés. Mascara qui coule. Yeux collés par des faux cils qui se disent bonjour l'un à l'autre. Si c'était pas si dépitant j'en rirais presque.

L'interphone me relance.
« Salut ! C'est moi ! » me dit Marie de sa voix haut perchée.
Déjà je crispe. Pas envie d'être sociable aujourd'hui.
Je grogne mais je lui ouvre. La connaissant, elle ne me laissera pas tranquille tant qu'elle n'aura pas obtenue ce qu'elle veut. Autant arracher le pansement d'un coup sec.

J'ouvre ma porte et je vais l'attendre au salon. Enfin, si on peut appeler çà un salon. Il doit faire en tout et pour tout 8m². Une fois mon gros sofa posé au milieu de la pièce autant vous dire qu'on a la place soit de passer au dessus soit de rester debout à coté de l’halogène. Mais ce sofa s'est un peu mon premier coup de folie de jeune femme active. Comme certaines peuvent s'acheter une paire de botte Gucci pour fêter leur premier salaire, moi je me suis acheter un gros canapé bien moelleux dans lequel je projetais de me vautrer pendant mes longues soirées de célibataire. Ne me manque plus que le plaid de grand-mère et je suis bonne pour l'hospice.
En attendant, il est doux et confortable et je sens déjà mes yeux se refermer.

« Hé ! Ho ! Bouge toi j'ai pas de place ! » me dit Marie en se glissant à côté de moi.
Ma bulle explose. Retour à la réalité.
Un coup d’œil vers elle. Égale à elle-même. Petite jupe plissée jusqu'au genoux, t-shirt col rond Petit Bateau, incontournables ballerines. Seule excentricité un collier brésilien façon arc en ciel. Aucun mérite, c'est moi qui le lui est offert.
A première vue, tout le monde peut se demander comment nous avons bien pu devenir amies. Elle est la lune, je suis le soleil. Elle est le jour, je suis la nuit. Elle aime la vie, je la déteste.
Bref, dans une vie « normale » nous ne nous serions jamais rencontrées et à défaut jamais vraiment appréciées.

Sauf que ... Un soir de beuverie ordinaire pour moi et un soir drame familial, on s'est rentrée dedans et on ne sait jamais plus quittée (ou elle ne m'a plus jamais quittée …). Par « rentrer dedans » je l'entends au sens littéral du terme bien sûr. Une sortie de bar, je regarde mes talons hauts pour éviter de me tordre la cheville sur ces foutus pavés parisiens et je ne vois pas la pauvre fille en larme qui renifle et sanglote sous son parapluie. Je vous passe les détails de la suite : cheville tordue ( pour moi pas pour elle), crise de nerf (pour elle pas pour moi). On s'est traîné mutuellement vers le dernier café ouvert et on a parlé. Enfin, elle a parlé et j'ai écouté.
Deux ans après, je l'écoute toujours.

En parlant du loup.
-  Olalala la tête que tu as ! Tu te sens bien ? Tu veux quelque chose ? Une aspirine ? Un café ?
Je l'interromps :
- Stop Mary poppins !! J'ai pas encore un pied dans la tombe. Je suis juste un peu barbouillée et déphasée.
Elle me lance un regard lourd de sous entendus mais n'insiste pas.

- Alors sinon quoi de neuf ? Je lui demande en essayant de noyer le poisson.
- Ah non, çà ne va pas marcher. Raconte moi. Tu as disparu sans rien dire. Je me suis retrouvée comme une idiote avec des gens que je ne connaissais pas.
- Quoi?! Je suis censée te demander ton autorisation à chacun de mes mouvements?!
Je joue l'agressivité. Ça la déstabilise toujours.

Elle me fait une moue boudeuse en regardant ses ongles.

-Roooooohhhhh bon allez on oublie. Il n'y a rien de spécial. J'en avais marre je suis rentrée. Tu étais en pleine discussion je n'ai pas voulu te déranger.

Impossible de lui raconter ce qu'il s'est réellement passé, j'en aurais pour deux heures de reproches et cours de morale.
A cet instant, mon téléphone sonne. Sauvée. Je jette un coup d’œil. C'est ma mère.
A choisir entre la peste et le choléra à cet instant je choisis le choléra.

« Oui maman ? 
_  Ah bah quand même ma fille ! Tu daignes me répondre.
_ Maman …. J'ai eu énormément de choses à faire. Au boulot, j'ai un rythme de malade et quand je rentre je me couche direct.
_ Rien ne prend moins de temps que de passer 5min à appeler ses parents.
_ OK maman. J'ai compris. Je ne suis pas toute seule là. Je peux te rappeler ?
….. (silence vexé)
_ Très bien. Au faites, je te rappelle que c'est l'anniversaire de ton père ce week-end. Si tu souhaites nous honorer de ta présence merci de prévenir. Au revoir. »

Je repose mon téléphone non sans culpabiliser. Cette fois, elle m'a eu. Je jouerais le rôle de la fille parfaite ce week-end avec tout le tralala : dessert préparé par mes soins, bisous affectueux et même si je suis en forme quelques anecdotes sur moi histoire de les rassurer sur le fait qu'ils font partis de ma vie.
Ne vous y trompez pas j'aime mes parents. Profondément. J'ai juste grandi dans une image qu'ils se faisaient de moi sans réellement oser être moi-même. Aujourd'hui, j'ai 26 ans et je suis enfermée dans cette jolie prison dorée. Il est trop tard pour en défaire tous les barreaux. Alors je sors ma cape de super girl quand je dois aller les voir et je suis ravie de leur offrir cette illusion qu'ils semblent apprécier.
Qui n'a jamais joué le rôle d'un autre pour rendre heureux quelqu'un ? Pour ma part c'est l'histoire de ma vie….

« - Ta mère va bien ?
Tiens je l'avais oubliée celle là. En parlant de cape magique, on va en sortir une autre. Calimero.
_ Oui. Je crois. Tu sais comment c'est compliqué entre nous.
_ Je sais oui. Elle me regarde avec son air de mère Thérésa. 
 Allez tu me le fais ce fameux thé. Moi j'ai plein de choses à te raconter. »

Cela dura deux heures. Deux heures de hochements de tête. De « oui » murmurés et d'exclamations indirectes.
Mais dans ma tête, je le revois. Je nous revois. Je ne peux pas m'empêcher d'être satisfaite. Juste encore ces quelques moments rien qu'à moi où je peux fantasmer sur un « nous » potentiel. Il s'agit de Lui. Celui qui fait passer tous les autres pour insignifiants. Celui qui me fait oublier toutes mes bonnes résolutions y compris celle de ne plus le revoir. Celui qui me fait descendre les montagnes russes des émotions : de l'amour à la haine. Celui de qui je ne peux pas parler même à une amie parce que rien n'est rationnel dans cette histoire et elle me tue à petit feu.
Autant vous la raconter.


                  3.

Sept ans plus tôt. Un arrêt de bus. Il pleut. Je tente de m'abriter mais je suis déjà trempée et glacée jusqu'aux os. Je suis étudiante. Je vis au jour le jour. Insouciante. J'ai eu quelques aventures amoureuses mais aucune qui n'a vraiment comptées. Je trouve qu'on surenchérit beaucoup l'amour et ce que cela représente.
Je regarde les voitures passer. Et je le vois. De l'autre côté de la route. Il ne se passe que quelques minutes avant que nos regards se croisent. Quelques minutes où je le ressens déjà. Ce « truc » que mes amies essayaient en vain de m'expliquer mais que je ne comprenais pas. Cette sensation de ne plus savoir ni comment on s'appelle ni où on est. Cette réaction physique du corps immédiate, comme un feu d'artifice au creux de l'estomac. La chaleur. Tout à coup, je pèse trois tonnes, je suis comme figée au sol. Le temps s'est arrêté. Au plus profond de moi, je sais qu'il se passe quelque chose d'important, quelque chose que je ne maîtrise pas. Mon corps l'a reconnu. Le lien est établi. Je sens que je l'appelle à travers tous mes pores de la peau. Il lève les yeux. Nos regards s'accrochent.
Je lui appartiens.
A cet instant, nos vies étaient liées.

S'en est suivi des années de relation passionnelle et destructrice. Un vrai jeu de l'amour masochiste.
Une chose est sûre, il a bien compris que je lui appartenais et il use et en abuse et je me laisse faire. Je suis comme ces vieux pantins de bois qu'on désarticule à notre bon vouloir pour leur faire faire ce qu'on veut. Je souffre de ce qu'il fait de moi mais je ne peux pas me passer de lui.
Il est mon shoot d'héroïne et je retombe dedans inlassablement.

C'est incontestablement toujours le même scénario. Il me rappelle après des mois de silence. Je tente de me faire désirer mais je ne trompe que moi même. Je craque. Je le revois et je vis une parenthèse de délices où tout devient possible même une vie avec lui. Et il m'échappe de nouveau. Dans ces moments là, c'est le crash. Je vois le bord de la falaise. Le gouffre qui m'appelle. Je suffoque. Mes amies me tiennent à bout de bras. Je finis par retrouver ma respiration et je recommence à vivre. Jusqu'à la prochaine fois.

 Maintenant, vous comprenez pourquoi je ne peux pas en parler à Marie. Je n'ai aucune envie d'avoir ce bon vieux regard « Mais ma pauvre fille quand vas tu comprendre ? ».
Il ne sert à rien de sermonner un drogué. Il se shootera tant qu'il n'aura pas une meilleure raison d'arrêter que ce que lui procure la drogue elle même.
Je cherche encore ma raison alors en attendant laissez moi sniffer en paix.

Et à ce moment,je peux vous dire que je vis l'un des meilleurs flashs de ma vie.

Tout a commencé pendant cette fameuse soirée, thème « Sushi, champagne et Tagada » (oui oui vous avez bien lu).  Il n'y a qu'à Paris pour trouver ce genre de soirées.  Je peux vous dire qu'après avoir vécu des soirées « pizza et mojitos » ou « Noël en été » , on est prête à affronter toutes les épreuves.
Après avoir fait le tour du buffet, d'avoir abandonner Marie dans une conversation pseudo politique avec un juriste/banquier/trentenaire, je finissais ma soirée avec les piliers de bar à déguster mon champagne.
Un prénommé Fred me racontait des histoires sur ses dernières vacances de folie à Ibiza et moi, polie et bien élevée, je feignais mon intérêt par un demi sourire le nez plongé dans ma flûte.
Je me demandais comment me sortir de là en pensant à mon canapé qui m'attendait quand mon téléphone me fournit l'excuse idéale, un SMS :
« Je veux te voir » C'est Lui. Il ne s'est passé que quatre mois. Mais pour moi c'était il y a des années et hier à la fois. Mes mains deviennent moites. Mes joues rougissent. Mon cœur tambourine. Il n'y a pourtant aucune émotion dans ce message. Il ne montre aucun intérêt pour moi. Il me veut juste.
Justement, je m'accroche à cela comme si çà devait justifier le fait que je cède de nouveau. Que vais je faire ? Si je choisis de le retrouver, je remets un pied dans l'engrenage de ce cercle vicieux. Si je choisis de l'ignorer, je tourne une page de ma vie et ouvre d'autres potentiels à ce qui est écrit pour moi.
Je suis une balance. Que je penche d'un côté ou de l'autre, le scenario de ma vie ne sera plus jamais le même.
Je bascule. Je tombe.
Ma réponse : « Viens. »
A partir de cet instant, la réalité m'échappe. Je me souviens de m'être levée et d'avoir arracher mon sac au vestiaire. Puis, un taxi. Je le retrouve devant ma porte.

Hors ligne Rémi

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Re : les turpitudes de léa
« Réponse #1 le: 17 Novembre 2014 à 22:43:07 »
Citer
çà j'en suis sûre parce que je
pas d'accent à ça (t'en as trois ou quatre derrière des comme çà  ;))

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Celle avec qui je partage ma loose quotidienne et que je regarde pour garder espoir de temps en temps parce qu'il faut dire qu'elle est quand même dans un pire état que moi.
un peu lourd

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Le deuxième texto de ma mère :
une virgule ? (ou : "est de ma mère")

J'aime bien la première partie, on rentre bien dedans.

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moi je me suis acheter un gros canapé
acheté

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c'est moi qui le lui est
moi qui ai

Citer
A première vue, tout le monde peut se demander comment nous avons bien pu devenir amies. Elle est la lune, je suis le soleil. Elle est le jour, je suis la nuit. Elle aime la vie, je la déteste.
je les croyais copines de loose ?

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Un soir de beuverie ordinaire pour moi et un soir drame familial,
Un soir de beuverie ordinaire pour moi et un soir de drame familial pour elle,  (non ?)
sinon ce chapitre est excellent

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Ah bah quand même ma fille !
quand-même

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_ Très bien. Au faites, je te rappelle que c'est l'anniversaire
au fait

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sur le fait qu'ils font partis de ma vie.
partie

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mais aucune qui n'a vraiment comptées.
compté

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« Mais ma pauvre fille quand vas tu comprendre ? ».
vas-tu

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d'avoir abandonner Marie
abandonné

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d'avoir arracher mon sac au vestiaire
arraché

Pour les modifs, bouton au-dessus à droite de ton post.

J'aime bien la fin, abrupte.
J'aime bien le texte dans son ensemble, ton personnage est crédible, l'écriture est bien, y'a des ptis trucs drôles et beaucoup d'émotion. Après, je suis pas fan de l'intrigue, c'est pas un texte qui me retourne quoi...
Mais chouette texte en tout cas.

Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

 


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