Ses cheveux sont d'or et ses yeux azurés. Il va en traînant sa pelle comme une quatrième jambe raidie par le froid. La neige tombe, recouvre d'un voile lacté son long manteau noir. Dans le vent mugissant, il creuse la terre.
Souvent les morts, écœurés d'éternité, sortent les os et claquent des dents. Leurs doigts squelettes s'extirpent des herbes folles pour gratter les mollets de l'homme qui, dans un long soupire nostalgique, se met à chantonner quelques rengaines inventées. Si longtemps qu'il est, vivant perdu au royaume du paraître ! Sa pauvre âme se languit du temps où, en-noyauté dans l'univers elle ne pouvait souffrir. Tandis que la chanson du croque-mort s'élève vers la lune, le vent frémit dans la douceur de ses cheveux blonds.
Agités par le refrain, les morts se soulèvent alors et les mortes glapissent de plaisir en frottant leurs derniers lambeaux de peaux sur les croix et les arbres nus. Elles serpentent entre les tombes, ouvrent grands leurs orifices pour avaler au mieux cette divine musique semblable à un violon désaccordé. Toutes autour de l'homme, elles le touchent et le baisent. Lui se laisse faire, creuse pour passer le temps. Il n'a rien de mieux à faire, le séduisant croque-mort.
Croyez-moi, ne me croyez pas, peu m'importe. Je sais ce qui est, c'est le corbeau qui me l'a dit.