Les dodoniais possèderont bientôt le monde. Ce n'est qu'une question de temps. J'en suis convaincu: malgré nos efforts acharnés, nos brillantes compétitions et mille coeurs debout, rien ni personne ne pourra endiguer la progression constante des dodoniais. Cette engeance démoniaque, pestiférée comme peuvent l'être des gens qui ne mangent pas de viande et se lavent avec du sable, prendra bientôt contrôle de tous les leviers de pouvoirs de notre belle planète. Et dès lors, à point nommé, soudain et dans l'instant, c'en sera fini du bal musette et de la pêche au brochet. Les dodoniais, armés de brosse à chiottes et de trompettes en sucre, viendront chez nous, jusque dans nos demeures, égorger nos fils et nos compagnes, et nous forcerons impitoyablement à manger des boulettes d'opium sur des rythmes reggae.
Je déteste le reggae. Le reggae est à la musique ce que le subutex est à l'héroïne; un ersatz déplaisant qui suinte la médiocrité, et ne peut élever l'émotion que des vulgaires. Il va de soi que le reggae est une invention purement dodoniaise; et si le reggae rencontre un tel succès, notoirement comparé au bal musette qui est un enchantement et du beurre pour les oreilles, c'est sans doute parce que le monde est peuplé de dodoniais, qui à l'instar des dogons, des pissenlits et des mammouths en leur temps, prolifèrent abondamment.
La semaine dernière, nous avons tenu conseil. Greteuchen-dük a apporté un camembert, et nous avons tous marché dessus plusieurs fois. C'était nécessaire: coimme le dit le proverbe, fouler le camembert à douze forge la jeunesse. J'ai prononcé une homélie sur l'archange Mickaël, et nous avons pleuré copieusement. C'était touchant; mais bientôt les dodoniais nous parquerons dans des hotels quatre étoiles avec des filles de joie, du champagne et nous gaverons d'opium et de kétamine. Cette idée m'est insupportable: perdre ma liberté et mon emploi, mon 20m² à la cité des Grotesques, être obligé de consommer des stupéfiants et de culbuter des déesses, c'est perdre ce qui fait de moi un homme.