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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Mai Lan (nouvelle version)

Auteur Sujet: Mai Lan (nouvelle version)  (Lu 1510 fois)

Maxie

  • Invité
Mai Lan (nouvelle version)
« le: 22 Juillet 2014 à 16:10:26 »
NOUVELLE VERSION DU 09/01/2015

1961, Hanoï
Ma chère Mai Lan,
Quand je suis rentrée de l’école française, j’ai retrouvé tous mes jouets dans des cartons et mes habits dans des valises. Même mon bled et mon dictionnaire avaient été empaquetés ! Au moins, je n’ai même pas à me soucier de mes exercices de français : j’en suis dispensé !
Ma gouvernante m’a expliqué que j’allais déménager. Quitté ma chambre en mezzanine dont le velux m’offre le luxe d’une nuit à la belle étoile et la penderie renferme une panoplie de déguisements loufoques ?  Quelles sont mémorables les parties de cache- cache qu’on faisait dans ce petit palais !
En plus, j’aimerai continuer à célébrer le Loï Kratong, manger du Pon avant d’aller en cours. Un de mes camarades m’avait même promis qu’il m’apprendrait bientôt à conduire une mobylette. C’est son grand frère qui lui a enseigné ce qu’il appelle « l’art du guidon ».
 Pour plus d’informations, j’ai tambouriné à la porte du bureau de mon père. Ses grosses moustaches  de morse ont frétillé lorsqu’il m’a vu à dans l’embrasure. Son charisme m’impressionne toujours. Son aura s’impose dans la pièce comme s’il était seul alors que nos deux jardiniers, la nourrice étaient assis face à son bureau.
Tu veux savoir où on part, Mai Lan ? A Metz. C’est où ça la Lorraine française ? C’est loin d’ici ? Paraît que je vais prendre l’avion. Mon père dit que c’est toujours mieux que le bateau, ça ira plus vite. De toute façon, depuis mon exposé sur le naufrage du Titanic en 1906, je refuse d’emprunter ce moyen de transport. Tu te souviens la fois où tu as piqué une barque pour qu’on fasse un tour ? La frousse que j’ai eu !
Et toute cette mascarade pour quoi ? Mon père prend sa retraite. Il doit quitter son logement de fonction à l’ambassade. Il m’a dit : « Il est temps que nous quittons l'Asie pour rejoindre ma Californie natale. ».
Et moi dans tout ça ? J’ai toujours vécu ici. J’y ai tous mes souvenirs, tous mes amis. C’est ici même où l’on a perdu maman pendant son deuxième accouchement. Partir d’Hanoï, serait l’abandonner… Mais mon père ne veut rien entendre.
-   Tu as tout ton week-end pour faire tes adieux à tes amis, a-t-il lâché d’un air lugubre.
Mai Lan, serais-tu disponible dimanche ? J'aimerais te conduire une dernière fois au Temple de la littérature, la première université du Vietnam, celle où je projetais du haut de mes douze ans, d’intégrer dans quelques années.
Si tu es toujours d'accord, je viendrais te chercher après-demain un peu après le déjeuner.
A très vite,
Ton Philippe
 




Hanoï, 26 avril 1961,
Sœurette,
J’espère que ma présence chez les parents ne te manque pas trop. La préceptrice me laisse la journée de dimanche de libre. Je serai donc de retour à la maison pour le jour dominical.
Pour venir me promener avec toi et Philippe, tata m’a acheté une jolie capeline à rubans vert pâle et des chaussures à barrettes. Tu ne peux vraiment pas refuser ma présence, notre tante nous confectionne en ce moment-même un gâteau de riz multicolore.
Phuong.




 
Hanoï, 26 avril 1961,
Désolée Phuong mais on ne part pas en pique-nique. Je ne sais pas comment tu as eu connaissance de cette balade. Mais fouineuse et capricieuse comme tu l’es, cela ne m’étonne qu’à peine. Philippe n’est pas ton ami, mais le mien.
Les fois précédentes aussi c’était moi qu’il emmenait à la recherche des Temples d’Hanoï enfouit dans les herbes folles. Je n’en ai jamais rien dit aux parents. Mais ils en auraient eu une attaque de savoir où tu mettais les pieds avec ta maladie des os de verre. C’est vraiment affligeant que Philippe soit obligé de te porter lorsque l’on crapahute dans les ruines bouddhistes en rêvant aux barques fleuries arrivant à la cour du Roi du Viet.
Les promenades précédentes, je me serai bien passée de tes gloussements maniérés. Mais j’ai eu pitié de toi avec ta santé délicate. Là est bien ton problème ! La famille te passe tous tes caprices. Surtout mamie qui s’installe entre nous deux. Pour être franche, je t’ai laissé venir les dernières fois pour éviter une crise de jalousie comme tu es devenue maître en la matière.
Tu te souviens du jour où l’on avait assisté à l’arrachage d’une forêt de tecks  au Nord d’Hanoï ? C’était la saison des pluies. Des éléphants cornaqués par des Karens tiraient les troncs gluants jusqu’à la rivière toute gonflée d’eau qui se chargeait de les acheminer au fleuve Rouge. La vision de ces arbres géants, arrachés à la vie m’avait déchiré le ventre. Je n’y comprenais plus rien. Les Méos ne racontaient-ils pas que les Esprits des Arbres dispersaient les maléfices des loups garous dans la jungle ? Pourquoi cette injustice ? Et toi, excitée par le regard des hommes qui attelaient les charges, leurs torses-nus luisant sous la pluie, toi, Phuong, tu riais, hystérique, tout en secouant tes jupes sur le dos de Philippe.
J’avais honte que tu sois là. Je me bouchais les oreilles contre tous ces bruits que ta surdité t’empêche de percevoir. Le choc des cognées pilonnait sous mon crâne, lourd, lancinant, comme les coups de marteau qui avaient quelques jours plus tôt, cloués le cercueil de ce malheureux pasteur trouvé pendu dans le jardin des voisins.
En plus de ta comédie pathétique, sur le chemin du retour, tu avais pleurniché car tes chaussures vernies étaient fichues. Le plus important n’était-il pas que tu ne te sois pas encore cassé un os ?
Phuong, je te déteste. Tu as deux ans de plus que moi, mais tu te comportes de manière plus puérile encore que Vo. Sauf que lui, n’a que six ans !
Demain sera le dernier jour où je verrai Philippe. Alors, non, tu ne te joindras pas à nos adieux.
Bonnes vacances chez notre tante et notre oncle. Essaye de t’y faire adopter. Après tout, ils n’arrivent pas à avoir d’enfants et moi je ne veux plus de toi comme sœur.
Salutations antipathiques,
Mai Lan.
« Modifié: 09 Janvier 2015 à 18:11:41 par Maxie »

Hors ligne Rémi

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Re : Mai Lan
« Réponse #1 le: 22 Juillet 2014 à 23:33:22 »
Salut Maxie,
c'est très court et très mystérieux.
Grand écart entre les trois dernières phrases.

Bon, ça reste obscur pour moi cette invitation entre deux persos que je ne peux situer.

Le style de chaque partie (phrase) me semble différent.

Je ne sais que dire d'autre.
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne Jerzy

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Re : Mai Lan
« Réponse #2 le: 23 Juillet 2014 à 07:30:28 »
Mai Lan c'est le nom d'une chanteuse qui chante "Gentiment je t'immole".

Bon sinon c'est effectivement très court et ça ressemble au début d'une histoire dont on voudrait connaître la suite. J'espère donc qu'il y en aura une.

Maxie

  • Invité
Re : Mai Lan
« Réponse #3 le: 23 Juillet 2014 à 07:59:18 »
@Remidelille
Merci beaucoup pour ta lecture, ton commentaire et merci d'avoir vu ce dont je ne mettais pas apperçu. J'ai donc essayé de rétablir le déséquilibre entre mes phrases.

@Jerzy
Merci beaucoup pour ta lecture et ton commentaire ! Effectivement c'est un prologue qui se veut mystérieux. Mais cela n'a aucun rapport avec la chanson qui mettait inconnue jusqu'à l'heure.

Hors ligne Rémi

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Re : Mai Lan
« Réponse #4 le: 24 Juillet 2014 à 00:05:36 »
me souviens plus exactement de la première version, mais là, ça passe mieux.  :)

Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Maxie

  • Invité
Re : Re : Mai Lan
« Réponse #5 le: 24 Juillet 2014 à 12:55:48 »
me souviens plus exactement de la première version, mais là, ça passe mieux.  :)

Rémi

Merci beaucoup d'avoir pris le temps de lire ma correction !

MillaNox

  • Invité
Re : Mai Lan
« Réponse #6 le: 24 Juillet 2014 à 19:06:29 »
salut,
c'est très court mais c'est un début sympa.  :)

une phrase cloche pour moi :
Citer
Puisqu'après ma mort, je souhaiterai que l'on éparpille mes cendres au-dessus du Delta du fleuve Rouge afin que mon âme libérée puisse boire le soleil réfléchi par les pierres moussues du temple.
je la trouve trop longue et trop lourde mais surtout je ne comprends pas comment des pierres couvertes de mousse peuvent avoir un effet miroir pour réfléchir le soleil ?  :\?

au plaisir

Milla

Maxie

  • Invité
Re : Mai Lan
« Réponse #7 le: 24 Juillet 2014 à 19:13:36 »
Merci beaucoup Milla de tes impressions pertinentes !
Voilà, j'ai à nouveau mis à jour cet incipit.

Hors ligne Cocoa

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Re : Mai Lan
« Réponse #8 le: 24 Juillet 2014 à 22:42:07 »
Pour le coup, le fait qu'elle n'ait que onze ans est plutôt intriguant...
J'ai commencé ma lecture à l'envers, mais je trouve que ce premier passage est vraiment très mystérieux, et bien qu'il ne nous apprenne rien sur Mai Lan, c'est celui qui à mon avis, tient le plus en haleine.

Quelques petites remarques sur le texte :
Citer
après-demain, la veille de mon départ.
A ne pas prendre pour compte, mais l'accumulation des indications de temps, brutalement, en fin de phrase, je trouve que c'est un peu lourd.
Citer
Puisqu'après ma mort, je souhaiterai que l'on y éparpille mes cendres.
Ce n'est pas une phrase : c'est une proposition qui se rattache à la phrase précédente, mais elle ne peut pas constituer une proposition principale (je ne sais plus pourquoi...)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Et deux petites fautes :
Citer
je souhaiterai que l'on y éparpille mes cendres
"souhaiterai" doit être au conditionnel présent ici
Citer
je viendrais te chercher un peu après le déjeuner
Pour le coup, je suis quasiment certaine qu'on doit mettre du futur simple, ici, mais je n'en suis plus sûre...

J'ai hâte de lire la suite !
"La jeunesse ne peut savoir ce que pense et ressent le vieil âge. Mais les hommes âgés deviennent coupables s’ils oublient ce que signifiait être jeune." - Albus Dumbledore

Maxie

  • Invité
Re : Mai Lan
« Réponse #9 le: 25 Juillet 2014 à 07:40:40 »
Cette fameuse dernière phrase me donne du fil à retordre ! Merci beaucoup de tous ces conseils pertinents qui permettent de l'améliorer au fil des jours. Merci énormément !

Maxie

  • Invité
Re : Mai Lan
« Réponse #10 le: 18 Août 2014 à 18:26:59 »
Grâce à vos conseils pertinents, j'ai entièrement réécris cet incipit.
Bonne lecture et merci pour tous vos remarques !

 


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