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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Violette

Auteur Sujet: Violette  (Lu 804 fois)

Hors ligne Madeleine Adèle

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Violette
« le: 06 Juin 2014 à 08:54:10 »
Violette
*

C’est ivre de musique, allongée dans le petit espace vert laissé aux employés, qu’elle se laisse aller à espérer pouvoir être cette petite pâquerette, éclose, droite, fière, pimpante, sans artifices. Elle s’amuse de ces autres fleurs à la tête ronde vaporeuse et cotonneuse. Comment font-elles pour rester debout ? N’est-ce pas trop lourd ? Déjà qu’Adèle a du mal avec ces souvenirs, mais une tête aussi disproportionnée … ingérable. Elle sourit. Moment d’égarement.

Vivantes, fraîches, lumineuses, elles en deviennent arrogantes. Elles la narguent de leur éclat, de leur parfum délicat, de leurs pétales qui rappellent les jeux d’enfants : un peu, beaucoup, à la folie … Adèle n’est plus du tout. Loin de cette terre, elle prend forme autrement.

De ce corps inerte, allongé, en lien avec cette terre, elle devient papillon. Dans un élan d’imagination, elle ouvre sa chrysalide et se conte une histoire.
La douce brise vient disperser les cendres de ses souvenirs en une multitude de bourgeons en pleine floraison. Les pétales de rose s’éparpillent, se dispersent, pour venir s’affranchir du vent, délicatement, dans ce champ de pierres non plus pleureuses mais belles, souriantes, vivantes.

Elle se réjouit de cette nature en renaissance, à l’aurore de sa dormance, à l’aube de l’été. Toucher les cieux, effleurer les nuages, ressentir la luminosité éclatante de l’astre solaire. Elle se voit approcher le croissant de lune et y deviner sa face sombre. Que cache-t-elle ?
Les doigts légers, jouant avec l’alizé, elle appelle la mélodie. Les mains voltigeant, elle s’exerce à voler pour approcher son destin endormi.  C’est alors que dans un geste majestueux, elle déploie ses ailes. Avec un plaisir non dissimulé, elle vient déjouer l’abeille maléfique qui pique et fait mal et joue de sa beauté pour lui faire tourner la tête. De sa parure dorée et violacée, elle est la reine, fière, grandiose, libre. Elle se rit des autres, les frôle de ses voilures, et vient butiner en leur cerveau leurs passions. Elle est désormais parmi les anges.

Elle compose un air enchanteur en se frottant les ailes, elle sait créer désormais. Adèle, la frustrée, se laisse à concrétiser son fantasme. Elle s’approche du ciel mordoré. Elle n’a désormais, à son grand bonheur, plus besoin de fard pour se réapproprier cette beauté volée. Adèle en a souffert petite. Dans la cour de récréation elle n’était jamais enviée des garçons. A-t-elle gardé cela en souvenir au point de la rendre vulnérable aux yeux des hommes ? Impressionnante, habillée de ce violet, de cet orangé ; toutes ces tâches enluminées redonnent à son teint toute sa splendeur. Telle la souveraine surplombant son royaume, elle disperse des paillettes brillantes sur cet en-dessous triste et morose. Elle contemple ce corps avachi qui ne lui appartient plus et tente dans un mouvement d’air de lui adresser un délicat parfum de liberté. Elle porte son âme aux nues et l’émancipe de toute enveloppe charnelle. Adèle demeure en silence, froide, raide.

Papillon de folie, papillon de joie, reste là.

Le sol devient humide. Les pluies torrentielles de ces derniers jours ont laissé des traces. L’herbe est gorgée d’eau et ne tarde pas à sortir Adèle de ses chimères. Elle se retourne, encore endolorie par l’humidité, et s’aperçoit alors que la réalité a repris le dessus pour venir faire taire l’enchantement. Alors, contre son gré elle reprend sa forme. Elle remet un pied, puis un second sur ce mini espace vert. Elle se résout à abandonner ses ailes pour redevenir humaine. Elle se redresse doucement. La tête lui tourne encore. Elle n’est pas habituée à voler. Pas pour l’instant en tout cas. Assise, les jambes en tailleur, elle enlève ses écouteurs pour se laisser bercer par la mélancolie des oiseaux. Ils sont là, chacun sur une branche à la regarder. Ils roucoulent, chuchotent, gazouillent. Cette aubade la rend moins morose et l’aide à se relever.

Mais, mal à l’aise, elle se sent regardée, épiée. Est-ce son papillon qui la regarde, resté là-haut, en repos à son tour sur un de ces petits nuages venus contrarier le bleu du ciel ? Non. Rien à l’horizon. Seuls les amoureux des fleurs perchés sur leur branchage. Elle sent pourtant un regard porté sur elle. Les idées remises au clair, elle cherche. Cette surveillance cachée l’inquiète.

« Oui ?
-   … »

Personne. Déstabilisée par cet impromptu, elle se redresse fermement comme pour se donner consistance, balaie de sa main cette présence inopinée. Impalpable. A trop virevolter, elle a mal au cœur. L’heure la rattrape, contrainte elle plie bagage.

Tout semblait s’arrêter quand, sur son chemin, à sa grande surprise, elle croise son papillon. Aussi beau et coloré que celui qu’elle a été. Grand, élégant, superbe. Elle savait au fond d’elle qu’elle était capable de créer. En voilà la preuve ! De nouveau elle sourit aux anges. Pas farouche, ce dernier vient la titiller pour se poser au bord de son sein. La peau encore humide, il se rafraîchit des petites perles d’eau au âpre goût de terre. Elle le prénommera Violette.

Adèle se mélange à Violette, les couleurs lui ont donné mal à la tête.

Puis, malicieux, il voltige, au-dessus d’elle à lui faire perdre la raison.  Cette fois-ci ce n’est plus envenimée par l’abeille maléfique aux ambitions infidèles mais bel et bien piquée par la beauté de cet insecte joyeux qu’elle se laisse choir.

Pantelante, accrochée à cet instant de vie embrasé par la pulsion de se laisser être, elle ne veut plus redevenir Adèle.
« Modifié: 12 Juin 2014 à 09:09:36 par Madeleine Adèle »

Hors ligne Doctor Grimm

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Re : Violette
« Réponse #1 le: 07 Juin 2014 à 12:49:45 »
Salut !

Citer
dans le petit espace vert laissé en héritage aux employés
Pas sûre que "en héritage" soit adapté. "laissé aux employés" suffit non ?

Citer
Elle s’amuse de ses autres fleurs à la tête ronde vaporeuse et cotonneuse.
A moins que les fleurs ne lui appartiennent, "ces".

Citer
Vivantes, fraîches, lumineuses elles en deviennent arrogantes.
J'aurais mis une virgule après lumineuse, je trouve que sans ça le rythme de la phrase est bizarre.

Citer
Dans un élan d’imagination à la limite de la machination
J'ai du mal avec la répétition sonore imagination/machination.

Citer
elle se laisse voler au gré de la fumée de sa cigarette.
C'est dommage, je trouve que le détail de la cigarette casse un peu l'ambiance : premièrement parce que ça fait un peu cliché, deuxièmement parce que ça induit des gestes (tirer sur la cigarette, souffler la fumée, bref, un minimum d'action) alors que jusque là je voyais Adèle totalement passive, allongée dans l'herbe à regarder le ciel dans un état presque comateux.

Citer
Les doigts légers, jouant avec l’alizé comme sur du piano, elle appelle la mélodie pour venir ouvrir son cœur.
Je ne comprend pas trop le sens de cette phrase.

Citer
toutes ses tâches enluminées redonnent à son teint toute sa splendeur.
toutes/toute
et "ces"

Citer
Malheureusement le sort en est jeté. La félicité ne dure pas.
Pas fan de ces deux phrases. Elles sonnent bizarrement.

Même si elle est un peu floue et difficile à suivre à la première lecture, j'ai bien aimé cette première partie.

Citer
encore dénudée par l’apprentissage de la voltige.
Ah mais... elle gesticulait pour de vrai ? J'avais pas compris ça du tout  :-[
C'est qui se gros lourd qui se permet de toucher les gens sans leur permission là ?

Citer
« Oui ?
-   … »
Je pense pas que les trois petits points pour marquer le silence soient nécessaires, étant donné que juste après il y a un paragraphe sans dialogue et que le monsieur reprend la parole juste après.

Citer
« Je vous regarde depuis tout à l’heure, et je trouve votre candeur très plaisante. Vous sembliez absorbée. Je ne voudrai pas vous déranger.
-   … »
Même remarque pour les trois petits points;
Ce type est carrément flippant. "voudrais"

Citer
Son amant égoïste l’a déjà assez meurtrie.
Je crois que c'est une référence à un autre de tes textes, mais pour quelqu'un qui ne les a pas lus, ça sonne un peu comme sorti de nulle part.

Citer
Elle rougit, n’est pas habituée.

C’est une femme qui n’aime pas être prise au dépourvu. Souffrance va-t’en ! Son amant égoïste l’a déjà assez meurtrie.
Ainsi, elle ne sait que répondre.
Déstabilisée par cet impromptu, elle tente une réplique.
Tu le fais déjà beaucoup plus haut, mais là pour le coup c'est vraiment dérangeant : pourquoi ces passages à la ligne systématiques ?

Citer
Vous êtes très belle à regarder. Je peux vous inviter à boire un café.
"Hé madmoizelle t'es charmante, ça t'dirait une glace à la menthe ?" J'aime pas ce mec.

Citer
Ne croyez pas que ce soit dans mes habitudes mais là je n’ai pu résister devant tant de plaisir à vous admirer.
Euh, cette phrase fait pas du tout naturelle à l'oral.

Citer
(et se retenant de répondre, et puis je ne suis pas accessible vous savez. Je suis mariée et enfermée dans mes fantasmes, elle s’abstient)
Cette parenthèse est mal construite, je pense que tu ferais mieux de mettre "et puis je ne suis pas accessible vous savez, je suis mariée blablabla" entre guillemets. Et "elle s'abstient" est obsolète vu que tu dis déjà "en se retenant" au début). Il manque un point après la parenthèse.

Citer
Elle se retourne, plie bagage, prend l’horizon comme ligne de mire et se met en marche, encore toute chamboulée.
Hum, j'arrive pas à visualiser. Moi j'avais plutôt compris qu'elle était dans un petit carré d'herbe derrire son travail, quelque chose comme ça, du coup "prendre l'horizon comme ligne de mire et se mettre en marche" ça fait un peu "je marche pas dans le bon sens mais osef". Je pense que tu gagnerais à spatialiser tout ça un peu plus.

Citer
La même main forte et fougueuse lui reprend l’épaule.
:o Mais sérieusement ? Moi un mec qui me fait ça, je lui casse la gueule et les deux genoux...

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D’un geste maladroit, elle rejoint son regard. Il lui sourit.
Euh, je visualise pas non plus "rejoindre son regard d'un geste maladroit".

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« Puis-je savoir votre prénom ?
On t'a déjà parlé du harcèlement de rue ?  |-|

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elle se voit alors en cette jolie Violette.
La majuscule est obsolète, ce n'est pas encore un prénom.

Citer
à toute berzingue
L'argot fait un peu tâche à coté du ton général de ton texte.

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son esprit torturé
ça c'est très cliché

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Adèle se mélange à Violette, les couleurs lui ont donné mal à la tête.
J'aime bien :)

Citer
Cette fois-ci ce n’est plus envenimée par cette horrible méchante mais bel et bien piquée par la beauté de cet insecte joyeux qu’elle se laisse choir.
La phrase est un peu maladroite, et je la trouve trop longue.
Je ne vois pas à quoi ce rapporte "cette horrible méchante".


Bon. Je suis très mitigée quant à ce que j'ai pensé de ton texte. Sur la forme, il y a pas grand chose à reprocher, même si c'est un peu (voire carrément) flou par endroit, qu'il y a quelques fautes (ses/ces) et que les retours à la ligne presque systématiques me gênent beaucoup. Aussi le dialogue que je toruve pas très réaliste.
Sur le fond, j'ai bien aimé la première partie, ce lyrisme, cette échappée belle à s'imaginer papillon. Il y avait de beaux mots, de belles images, et même si comme je l'ai dit ça m'a paru un peu flou, j'ai bien aimé. La deuxième partie, à parti de l'intervention du mec... non. J'ai pas aimé du tout, l'idée, la façon, ce que ça véhicule... Pour moi, un type qui se permet de déranger une femme qui est toute tranquiloute dans la rue et de lui proposer un café, c'est un con. Rien de plus. D'autant plus si il se permet d'insister, et de quasiment l'agresser en lui attrapant le bras et en insistant. Toi tu fais passer ça comme une rencontre mimi, limite romantique, et ce mec apparaît comme une porte de sortie à ton personnage. Mais justement, c'est ça qui me dérange : j'ai l'impression qu'Adèle n'existe que par rapport à des personnages masculins. Tu la dépeins comme une mère, une femme (au sens mariée), une amante... Jamais elle n'existe seulement pour elle (sauf dans la première partie de ce texte), par elle-même, et ça me dérange assez.

Donc voilà, un avis assez mitigé, mais qui au final fait que j'ai pas tellement apprécié ton texte que j'aurais pu. Je pense que tu peux l'améliorer et en faire quelque chose de cool.
Une autre fois peut-être !
Toute ma peau est maladésir.

Hors ligne Madeleine Adèle

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Re : Violette
« Réponse #2 le: 12 Juin 2014 à 09:06:57 »
Bonjour Docteur Grimm,

Alors merci pour ton analyse précise ...
J'en ai tenu compte et du coup j'ai refait une version différente sur la deuxième partie où je suis complètement d'accord sur la rencontre qui est somme toute décorellée de toute réalité ... Ainsi, j'ai corrigé mon texte ....

Cassandre, je suis contente que tu es ressentie la poésie et le lyrisme .... Une correction sur la fin ...

N'hésitez pas de vos commentaires acérés  ;)

Belle journée à vous !

 


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