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Auteur Sujet: L'apocalypse  (Lu 872 fois)

Hors ligne Rosace

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L'apocalypse
« le: 22 Mai 2014 à 11:24:26 »
Voilà je me lance. J'écris plutôt des romans, policiers pour la plupart. Je les soumettrais plus tard. Ici, un vieux texte qui devait être le premier chapitre d'un ouvrage qui devait avoir pour titre "études sur les transports en commun". N'ayant pu aller plus loin que deux chapitres, même si je ne désespère pas de l'écrire un jour, j'ai un peu transformé le texte et vous le soumet donc.

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Ce fut  surréaliste. L’adjectif est peut-être impropre. Pour moi, il correspond à ce jour par le sens que je lui ressent : un moment hors de la réalité. Cette réalité aux règles immuables où un atome est composé de neutron et de proton, où une fourmi est capable de soulever jusqu’à 60 fois son poids et où la lune tourne autour de la terre.  Transformé par le suffixe « sur » la réalité est brusquement rendue incertaine et nous fera admettre la présence d’une porte dans le ciel, un écureuil fumant un cigare sur une branche ou l’existence de mondes parallèles. Surréaliste comme ces poésies sans queux ni tête utilisant les mots plus dans une folie sensoriel. Surréaliste car quoi que l’on fasse la vie n’a pas de sens.
Le souvenir même de ce jour semble vouloir mettre tous les éléments dans un voile d’étrangeté.
Je me souviens de  mes pas vers l’arrêt du bus dans une sorte de brume évanouit. Les maisons du quartier et les arbres se fondaient dans les nuances grisâtre de la route. Le ciel était bas et sans couleur précise.
A posteriori je prétendrais que je pressentais quelque chose. Technique d’auteur. Au cinéma une musique annoncerait l’ambiance et le spectateur s’accrocherait déjà à l’accoudoir. Mais s’il ne s’était rien passé, j’aurais sûrement conclu sans y passer plus de temps que ce fut un jour comme les autres, peut-être un peu plus gris et plus morne. Il se serait même sûrement évanouit dans la foule de ces moments sans intérêts, perdu pour la mémoire et l’éternité.
Je croix que plus que le décor ce fut le silence qui me troubla.
J’étais la seule âme humaine, d’aussi loin que pouvait aller mon regard. Je ne voyais personne...Personne n’entrait ou ne sortait de la boulangerie au coin de la rue. Le coiffeur était encore fermer. Même pas le son d’une quelconque activité humaine. Aucune tronçonneuse, je ne serai déjà pas découpé par Freddy. Aucun  sifflotement léger, « M le maudit » ne viendrait pas faire une apparition fortuite. Aucun bruit de porte ou de fenêtre et donc aucun snipper. Aucune voiture non plus…
Le quartier est pourtant assez fréquenté. Aujourd’hui, dès sept heures la route voit passez des centaines de voitures, ce qui me fait supposer que l’événement se déroula bien avant l’extension de la zone industrielle à un kilomètre en aval, c'est-à-dire il y a bien plus de 6 ans peut-être même 8.
Non, pas de voiture, car sinon je n’aurais pas vu cette petite bande de moineaux s’approcher ainsi près de l’arrêt et de moi. Effrontément, m’enlevant par là même l’impression de ma propre présence dans ce lieu, les petits moineaux se posent après un vol en rase motte venant d’on ne sait où, se rassemblent puis s’éparpillent. Un ancien utilisateur de la compagnie des transports en commun, une ombre qui m’avait précédé à cet arrêt, il y a quelques minutes, avait dû manger un petit pain ou un croissant. Il avait laissé, ici et là, quelques miettes près du banc. Ce sont de petites miettes, on les voient a peine, il n’en reste plus beaucoup. Les moineaux s’en régalent.
Une voiture avait dû passer tout de même car je vois les oiseaux s’éloigner d’un coup. Un moineau plus peureux s’envole même pour se réfugier sous une haie, un mètre derrière la vitre de l’arrêt. Un autre plus téméraire ne recule que de quelques centimètres pour revenir rapidement se goinfrer. Je regarde vers le haut de la rue où l’on voit a peine, après le pond, le début du quartier limitrophe. Le bus ne vient toujours pas.
Je me retourne pour vérifier les horaires et laisse les oiseaux à leur festin. J’avais tout préparé avant de partir et je fouille mon sac à la recherche du calepin et du stylo.
Je n’ai pas grand-chose dans mon sac mais ma main n’arrive pas à palper de long tube en plastique. Les clés bruyantes se mettent sans cesse entre mes doigts. Un jeton de caddie. Un chéquier. Le porte-monnaie. Le silence ne m’intrigue plus maintenant. J’essais de trouver un autre angle de recherche et, désespérée, je me décide à enlever mon sac de mon épaule. Je me déplace.
En fait, je pose simplement mon talon. Je ne sais pas pourquoi le talon de mon pied droit était levé ? Peut-être qu’en m’avançant vers la carte des horaires de bus, avais-je comme figé mon pas dans une posture presque élégante ? J’enlevais donc mon sac de mon épaule et je posais mon talon. Le geste n’était pas brutal, je ne tombais pas, je le précise, non, je reculais simplement. Notez, j’utilise l’imparfait et non le passé simple. C’était dans la nature des choses « Je reculais », ce n’était pas un acte brusque qui m’aurait étonné moi-même, un fait subit, je n’avais pas perdu l’équilibre.
Ca craqua.
Quelque chose craqua sous mon pied. Comme une noix mais moins dure, un peu mou mais résistant. Avant même que je vérifie ce qui avait  pu ainsi craqueler sous mon pied,  mon esprit supposait déjà milles solutions empiriques: une feuille morte ou plutôt une branche, ou encore mieux une pomme de pin mais aucun pin aux alentours et la supposition fut vite écarté pour une cosse de châtaigne mais ce n’était pas encore la saison …
Je vérifiais donc sur le sol et là mon esprit s’arrêta un instant devant la constatation sans appel. Je venais d’écraser un moineau avec mon talon. Personne aux alentour, ma solitude écrasante éclata à nouveau dans mon âme. Je regardais longuement le corps déformé de ce moineau cherchant une explication.
Il y a 9 oiseaux sur un fils électrique un chasseur en tu un, combien en reste-il sur le fil? Mathématiquement, puisqu’on pense tous problème mathématique de CE2, il en reste 8 mais dans la pratique ils se sont tous envolés. Ca fait bien sourire la première fois qu’on vous la raconte et comme le corbeau de Monsieur La Fontaine vous jurez qu’on ne vous y prendra plus.
Mais le moineau est là déformé à mes pieds, je viens de l’écraser.
J’avais écrasé sans état d’âme un million d’insectes volants et rampants dans ma vie et je suis là, pleine de remord, devant un moineau. Mais tout de même il y a une différence entre un moineau et un moustique.
« Sept d’un coup » ce targuait de le petit tailleur dans le conte mais on peux encore croire possible de tuer sept mouches avec une tapette et de la dextérité. Même si c’est un conte, c’est croyable, c’est la suite avec le géant qui fait parti du merveilleux. D’abord, c’est l’histoire d’un tailleur qui est agacé par les mouches qui tournent  autour de lui. C’est l’histoire de tout un chacun. Bien sûr ce n’est pas du premier coup qu’il a pu en tuer autant d’un seul geste, non il s’est exercé. Et puis imaginez une dizaine de mouche sur un fruit gâté, ce serait bien le diable si vous ne pouviez en écraser sept d’un coup. Il ne faut pas oublier qu’il n’est pas novice et que sa tapette a mouche il l’a depuis longtemps. Auriez vous marché, même très naïf à 6 ans, en entendant « j’ai tué sept moineaux en marchant dessus » ? Sept, c’est trop ? Même deux, même un, c’est impensable. D’ailleurs pourquoi tué un moineau ? On les effraie avec un épouvantail.
Mais le moineau est à mes pieds, inerte. Mort, il est mort, disons le mot.
Combien d’oiseaux restent-ils sur le fil ? J’ai reculé lentement. Je ne l’ai pas fait exprès ! Un d’un coup.
Je relève la tête. Mon cerveau est encore en pleine ébullition. Mes yeux cherchent quelqu’un,  quelque chose à quoi me raccrocher. Il n’y a rien que ce  gris silencieux qui laisse ce « crac », ce bruit sec d’os broyé tourner en boucle dans ma tête. Le monde va s’écrouler, j’en suis certaine. Ce n’est que le début. Quelque chose va se passer. Le monde ne peut continuer ainsi. J’ai, sans le vouloir, défié les lois du cosmos.
J’exagère ??? Je voudrais vous y voir, je viens d’écraser un moineau avec mon pied droit. Il n’était pas coincé, il avait toute l’étendue de la rue et du ciel au dessus pour s’échapper. Je viens d’écraser un moineau avec mon pied droit, n’est-ce pas le début de l’apocalypse ? Les 4 chevaliers en furie ne vont-ils pas  bientôt dévaler  la route dans un bruit de tonnerre et d’éclair ? Mais c’est le bus qui arrive. Lentement il descend la légère dénivellation. Mon cœur ralenti et je reprends temporairement mes esprits. Je pousse du pied le petit cadavre en dessous du banc avec le plus de respect possible. « Je vous salue Marie pleine de grâce ... », est-ce que je prie ? Je quitte le lieu du crime. Je maquille la scène et déguise mon visage d’innocence.
Je souri au conducteur de bus qui ne fit même pas attention à moi. Un vieux monsieur toussota à mon passage et je m’installais à l’arrière pour n’avoir personne derrière mon dos.
Je ne suis pas une personne crédule, je le regrette souvent. J’aimerais croire aux horoscopes, au destin et aux admonestations des sectes apocalyptiques. Lentement la simple rationalité de l’événement envahit chaque neurone fou de mon esprit et quand, au diner je racontais l’incident, Jacques secoua seulement la tête.
"Il n'est pas certain que tout soit certain"
Pascal

Donaldo75

  • Invité
Re : L'apocalypse
« Réponse #1 le: 22 Mai 2014 à 18:51:23 »
J'ai bien aimé.
Il y a pas mal de fautes d'orthographe (participe passé, etc...) mais je sais que des spécialistes du sujet vont te les pointer de la plume.
Ce texte m'a fait penser à un court-métrage; on est dans une sorte de Nouvelle Vague sur un petit faits divers qui marque le comportement humain.
Merci pour le partage.

 


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