Zombifié par les impitoyables tortures de ta sur efficience mentale, tu remontes à contre sens l'autoroute de la démence. Ta seule destination est la perpective d'un vide absolu dans le cerveau mais tu ne te fais aucune illusion. Ce n'est pas toi qui pense à toutes ces choses absurdes, mais bien l'absurdité de ces choses qui pensent à toi. Incapable de gérer un milliard d'informations à la seconde, ton regard se perd dans un flou artistique où les mots ne sont plus que des délires syllabiques, balancés au hasard de phrases insensés. L'évidence de ton raisonnement résonne en triste monologue, écho sourd et caverneux, entre les lignes directrices de leur logique implacable. On te reproche de trop penser, comme si tu avais le choix. Comme si l'interrupteur était à portée de main et qu'il suffisait d'y imprimer l'empreinte de ton doigt. La loupiote verte vire au rouge, l'écran cérébral se met en veille, tu souffle un peu. Mais ça ne se passe pas comme ça dans ta mécanique infernale, dans ton bordel d'idées d'auto tamponneuses sans pilotes à faire vomir d'angoisse le plus téméraire des cerveaux. Ta matière n'est pas grise, elle est noire comme le trou de bal d'un taureau fou excité par la possibilité d'un rouge, symbole chromatique d'une pause dans la tempête, d'un répit dans le carnage neuronique. Tu divagues et tout de suite c'est le raz de marée. Tout est emporté, rien n'est épargné. Tu remarques des détails de l'existence que les autres sont incapables de souligner. Tu les penses aveugles, ils sont justes différents. Tu es juste différent.
Parce que tu penses trop
De cette souffrance tu tentes de créer une force artistique avec la sincérité de l'épuisement. C'est à cloche pied au bord du ravin que tu te sens le mieux, que le danger et son camion d'adrénaline bloque un court instant, l'espace d'une seconde suspendue, le flux gerbatif de tes pensées. En parlant de camion t'as même pas remarqué le 15 tonnes qui te fonce dessus tellement tu bulles dans ta soucoupe violente.Si Descartes a dit vrai, tu dois être plusieurs tellement tu penses. Plusieurs petites voix schizophrènes qui te hurlent en acouphènes le chemin à tracer à la machette dans la jungle des Tranxènés. Le monde te parle un langage inconnu, mélange de novlangue Orwelienne pour la beauté anticipative et de Nadsat Burgessien pour la violence permanente. En tout cas tu comprends pas grand chose. Mais tu t'en fous tu penses, tu sur penses, tu dépenses toute ton énergie, toute ta joie de vivre naturelle à créer en permanence une montagne d'idées, le grand monolithe de ta matière noire où les pensées idolâtres viennent déposer des corbeilles de fruits.
Tu penses trop