Après avoir fait plusieurs fois le tour de mon incroyable capacité à m'épanouir dans la production excrémentaire, j'aspire à une vie pleine de quiétude où les prises de tête se branchent sur un courant moins alternatif. Je me suis éclaté l'essentiel de mes neurones comme on explose des ballons au stand "gagne ton poids en narcotique" d'une fête foraine. Le train fantôme et ses monstres en carton pâte ne me font plus flipper, le grand 8 ne me fait plus gerber. J'empreinte chaque virage avec lassitude. La femme à barbe ne me fait même plus rire...
Vivre dans un arbre, pour ne plus avoir aucun contact avec ce sol souillé d'inhumanité. Pisser du haut d'une branche et écouter le martèlement de l'urine écraser un tapis de feuille mortes. Manger les fleurs du printemps, boire la neige de l'hiver, devenir herbivore, faire la nique aux végétaliens. Celui qui n'entend pas les cris d'agonie du poireau est sourd comme un pot. J'entends s'approcher un semblant de vie sociale, je grimpe au plus haut de l'arbre, caché dans le coton d'un nuage. Ils viendront très certainement un jour me couper mon arbre. Une marque indélébile à la peinture sur l'écorce de son tronc. J'irais alors sur les portes de leurs maisons, dessiner des symboles cruciformes. Ici vit un boucher avec une tronçonneuse en guise de cerveau. Ici, bientôt, je vous promets une forêt.
Malheureusement, un retour aussi radical à l'état naturel ne peut être envisagé. Je peux bouffer des chewing-gum à la chlorophylle par poignée de 10, me tremper les pieds dans un ruisseau glacé, réaliser des totems avec des brindilles en hommage aux artistes du land art, fumer des gros joints à la place d'une ordonnance parsemée de Xanax, mais je ne pourrais jamais résister à l'appel de ma PS3, reine de sirènes. Je suis à accro à cet ersatz de confort moderne. Le canapé m'appelle mon amour, ma cafetière me roule des pelles, la télé me fait du rentre dedans en me suggérant la direction de la chambre à coucher.
J'ai longtemps résisté à cet étalage de facilités. À cette médiocrité j'opposais une résistance farouche, jubilatoire mais épuisante. Je les voyais tous se bidonner devant les portes de la grande mascarade, impatient de pouvoir entrer. Comme on promet à des enfants bien sages un week-end à Disney ils vivaient dans un monde inconnu plein de blagues Carambar apparemment hilarantes et de grandes responsabilités. Tu lâches une caisse, la moitié de la planète s'écroule de rire; Tu tentes un humour un peu plus chiadé, tu comptes les rictus un peu gênés d'être largués sur les doigts d'une seule main.
Alors bon, à force de lutter on finit par s'en pourrir la santé. Les ulcères creusent des tranchées dans un corps fatigué pour mieux y circuler. Le cœur frappe sur un tambourin percé de dégoût et n'envoie du sang aux membres exténués qu'un jour sur deux. L'autre étant consacré à gérer l'amour d'une fille pour qui on ne ressent presque plus rien. À cause de ce trop plein. Une dernière goutte de cyanure dans un vase rempli ras la gueule. Un dernier mouvement de cerveau avant l'apnée sans possibilité de remonter.
Attendez moi, j'arrive...