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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Quand l'ennui mène à traquer l'amusement...

Auteur Sujet: Quand l'ennui mène à traquer l'amusement...  (Lu 1584 fois)

Hors ligne Umi

  • Calligraphe
  • Messages: 101
Quand l'ennui mène à traquer l'amusement...
« le: 21 Octobre 2015 à 23:37:36 »
Avant de débuter, je préviens : le texte peut paraître sombre, mais je reste dans les "sous-entendus". Je ne savais pas quelle balise lui mettre alors je n'ai rien ajouté. Bref, bonne lecture !

Je m'ennuie.

Je crois qu'en cent seize ans d'existence, je ne me suis jamais autant ennuyé que ces dernières décennies. Je trouve le monde ennuyant : tout ce qui m'entoure n'est que superficialité, cupidité, péchés. Tout n'est que morosité. J'ai la sale impression d'être un poisson d'eau douce perdu dans l'océan salé, froid, hostile. Les gens ne m'intéressent que très peu : ils se ressemblent tous. Quand je les observe de mon œil attentif, quand enfin, je marche à leurs côtés, je ne vois que des visages mornes, grisés par le désespoir d'un quotidien étouffant.

Si je devais résumer leur vie, l'expression "métro-boulot-dodo" n'aurait aucun égal. Si je devais donner un adjectif à ces journées qui ressemblent à hier et dont demain sera la réplique parfaite, j'emploierais le mot "fade". Oui, je pense, à mon avis, que la vie terrienne régresse et devient de plus en plus monotone, comme si seul leur objectif comptait à leurs yeux tristes et sans lumière, comme si vivre n'avait rien de réjouissant. J'avais comme l'impression qu'ils survivaient plus qu'ils vivaient, qu'ils étaient là sans l'être.

Alors, je dois le dire aussi : je trouve que c'est une perte de Temps. Ils usent ce bien précieux pour des babioles : se rendent-ils seulement compte de la valeur que ces quelques années possèdent ? Tout leur or, tous les bijoux qu'ils peuvent fabriquer et tous les morceaux de papier qu'ils produisent et qu'ils distribuent ne feraient certainement pas le poids face à cette entité immatérielle et pourtant si unique.

C'est pour ça que, lorsqu'un individu le gâche, je ne peux m'empêcher de m'attrister et de pleurer sa stupidité infinie. Et, honnêtement, ça me blase. Les hommes m'ennuient terriblement. Ce n'est pas que je ressens des sentiments à l'égard de ces êtres plus ou moins perdus, mais j'éprouve plutôt une indifférence chronique pour eux, mêlée à un agacement certain de l'observateur que je suis.

Quand je marche dans la rue, j'ai comme l'impression de me promener au milieu de robots, d'automates seulement réglés par leur façon de vivre. Et cela me fait de la peine. Je ne respire pas spécialement la joie de vivre non plus : je suis un homme à l'apparence normal. Aussi étonnant que cela puisse paraître, j'ai l'apparence d'un homme de quarante ans, à l’œil vif et avec une bonne santé. Mes cheveux bouclés commencent à grisonner, signe de mon âge avancé. Je ne paraissais pas si vieux, mais... souvenez-vous. J'ai cent seize ans, en réalité. Comment ? C'est très simple. Je suis un peu différent.

Attention. Cela ne veut pas dire que je suis un monstre, ou quelque chose dans le genre. Je passe pour l'individu le plus normal de Chicago. Certains adolescents paraissent bien plus spéciaux que moi. C'est simple à voir, quand on observe les nombreuses fêtes qui se déroulent dans leurs appartements. Leur état, en sortant des murs où avait lieu la fête, est lamentable.
Même si mon existence est spéciale, je peux sans conteste dire que je me respecte plus que ces derniers. Je suis un homme d'affaires. Je suis au sommet de ma carrière, et, bien que je sois célibataire, ma vie est exemplaire. Bien sûr, je dus m'adapter à leur routine, à cette condition de vie, ce qui me chagrine un peu. Pour autant, je ne me plais pas en tant qu'oiseau, enfermé dans une cage et privé de ses ailes. Parce qu'à mes yeux, il n'y avait rien de plus détestable, de plus désagréable, que de posséder des ailes et d'être dans l'incapacité de s'en servir, pour une raison ou pour une autre. C'était, pour ceux qui étaient capable de s'envoler (littéralement ou métaphoriquement, c'est vous qui voyez), une grande source de frustration.

Non.

C'était très certainement la plus grande source de frustration possible. Savez-vous à quel point il est pénible de ne pas pouvoir quitter un sol que vous détestez au plus haut point ? Certainement pas. J'ai connu cette frustration, ce désir d'envol sans jamais pouvoir y goûter. Raconter mon histoire en détails prendrait trop de temps, et elle n'est pas intéressante. La seule chose à savoir, c'est que perdre votre liberté vous donnera soif. Beaucoup plus soif qu'auparavant. J'ai perdu ma liberté. J'ai gagné en puissance, au fur et à mesure de ma vie dans la nuit.

Mes yeux sont devenus écarlates, ma peau ne supportant pas le soleil est devenue blanchâtre, mes cheveux se sont mis à blanchir, mais j'ai grandi, je suis devenu plus fort, plus attentif, mes réflexes sont plus grands ; et mes dents sont devenues éclatantes de beauté. Je suis un homme d'affaire à deux identités. Le jour, je vis comme un homme normal, souriant, sociable, amical, tout ce qu'il y a de plus banal. L'américain parfait en quelques sorte.

Et la nuit, je ne suis plus la proie du patron, du capitalisme. Je ne vois plus ma liberté ôtée par les billets. Je suis le maître de la nuit, du sang et des ombres. Je suis celui qui règne en maître quand la Lune est haute. C'est là que le plus beau de mon être paraît sur la scène. Parce que de proie, je deviens prédateur. Parce que la chasse est ce que je préfère pour passer le temps. Il n'est pas question de faire le mal autour de moi, juste de m'amuser dans cette triste existence. Chasser. Ressentir l'adrénaline un instant. Je sublime mon existence la nuit.

Parce qu'il n'y a rien de plus amusant que de traquer.

Hors ligne Papillotte

  • Plumelette
  • Messages: 10
Re : Quand l'ennui mène à traquer l'amusement...
« Réponse #1 le: 22 Octobre 2015 à 01:03:26 »
Bonsoir Umi,

Tout d'abord, mon impression générale sur ton texte : j'ai été un peu perdue en le lisant une première fois, parce qu'on ne se rend pas bien compte tout de suite vers où tu diriges le lecteur avec ce texte (c'est sans doute voulu mais quelque peu déstabilisant, je trouve)
J'ai également relevé quelques incohérences ; dis moi si tu veux que je détaille, j'éditerais mon post.
Par exemple, il est homme d'affaire mais dit être la proie du patron et du capitalisme, et voir sa liberté ôtée par les billets (ce qui est en soi assez improbable :mrgreen:)
Quelques répétitions aussi, par exemple dans les premières lignes ennuie/ennuyé/ennuyant. Je ne sais pas si c'est volontaire mais c'est un peu lourd à l'oreille.

Sinon, j'ai trouvé les phrases bien construites et le texte plutôt fluide dans l'ensemble.

Bonne soirée  :)

Hors ligne vinzWallbreaker

  • Palimpseste Astral
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    • Esquisses-18
Re : Quand l'ennui mène à traquer l'amusement...
« Réponse #2 le: 22 Octobre 2015 à 10:56:38 »
Bonjour,

Fait attention... Il y a des passages au passé/imparfait qui n'ont pas à l'être. Ça déstabilise un peu...
Sinon voilà un vampire bien cynique... Comme il faut quoi.
Avec des Si on fait de la musique monotone...

Hors ligne Umi

  • Calligraphe
  • Messages: 101
Re : Quand l'ennui mène à traquer l'amusement...
« Réponse #3 le: 22 Octobre 2015 à 12:43:22 »
Salut !

Déjà merci de vos avis, ça me fait plaisir.

Pour te répondre, Papillote, oui, c'est fait exprès les répétitions au début du texte. Ensuite, au niveau des incohérences... Celle que tu as souligné n'en est pas une à mes yeux, en fait.
Il est homme d'affaire, mais se fait - et pardon pour mon vocabulaire - littéralement chier dans sa peau de bureaucrate. En fait, oui, il se sent prisonnier des billets le jour, et, oui, même en temps qu'homme d'affaires il a un patron. C'est pour ça que la nuit, il s'amuse en tant que vampire, ce qu'il ne peut pas être pendant la journée.
Dans le même genre : oui, il n'aime pas la vie des hommes mais, pour couvrir son identité... il n'a pas réellement le choix d'être ce qu'il ne veut pas.

S'il y a d'autres incohérences (ou plutôt paradoxe, ici (enfin je pense)) que tu relèves, n'hésite pas à me le dire, je suis ouvert à la critique :D

Vinz : J'aimerais bien que tu détailles s'il te plait, que je puisse corriger tout ça :)

Hors ligne vinzWallbreaker

  • Palimpseste Astral
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    • Esquisses-18
Re : Quand l'ennui mène à traquer l'amusement...
« Réponse #4 le: 22 Octobre 2015 à 13:07:56 »
À vot' service M'sieur...

Oui, je pense, à mon avis, que la vie terrienne régresse et devient de plus en plus monotone, comme si seul leur objectif comptait à leurs yeux tristes et sans lumière, comme si vivre n'avait rien de réjouissant. J'avais comme l'impression qu'ils survivaient plus qu'ils vivaient, qu'ils étaient là sans l'être.
Ce qui est en rouge devrait être au présent, à mon avis.

Mes cheveux bouclés commencent à grisonner, signe de mon âge avancé. Je ne paraissais pas si vieux, mais... souvenez-vous. J'ai cent seize ans, en réalité. Comment ? C'est très simple. Je suis un peu différent.
Idem.

Même si mon existence est spéciale, je peux sans conteste dire que je me respecte plus que ces derniers. Je suis un homme d'affaires. Je suis au sommet de ma carrière, et, bien que je sois célibataire, ma vie est exemplaire. Bien sûr, j'ai dû m'adapter à leur routine, à cette condition de vie, ce qui me chagrine un peu. Pour autant, je ne me plais pas en tant qu'oiseau, enfermé dans une cage et privé de ses ailes. Parce qu'à mes yeux, il n'y avait rien de plus détestable, de plus désagréable, que de posséder des ailes et d'être dans l'incapacité de s'en servir, pour une raison ou pour une autre. C'était, pour ceux qui étaient capable de s'envoler (littéralement ou métaphoriquement, c'est vous qui voyez), une grande source de frustration.
Là aussi.

C'était très certainement la plus grande source de frustration possible. Savez-vous à quel point il est pénible de ne pas pouvoir quitter un sol que vous détestez au plus haut point ?
Et ici également.
Avec des Si on fait de la musique monotone...

Hors ligne VillarsBrandis

  • Tabellion
  • Messages: 34
Re : Quand l'ennui mène à traquer l'amusement...
« Réponse #5 le: 24 Octobre 2015 à 11:25:10 »
Bonjour Umi,

J'ai lu ton texte plusieurs fois et je ne te cache pas que je suis resté perplexe.
En fait, je crois que c'est d'abord le sujet qui m'a gêné.

Le personnage s'ennuie parce que les gens autour de lui sont fades, barbants, gaspillent le temps, etc ...

Je trouve son attitude plutôt hautaine, empreinte de suffisance :

Citer
je peux sans conteste dire que je me respecte plus que ces dernier.

Citer
C'est là que le plus beau de mon être paraît sur la scène.

J'ai entendu quelqu'un qui disait :

"if you are bored, it is because you are boring". Je crois que c'est assez vrai.

J'aurais trouvé plus intéressant que tu explores le paradoxe de ton personnage, lui même ennuyeux, un peu prétentieux, critique mais quelque part pareil à eux, obligé de se soumettre :

Citer
Bien sûr, je dus m'adapter à leur routine, à cette condition de vie, ce qui me chagrine un peu.

mais tu ne l'as qu'effleuré :

Citer
Je ne respire pas spécialement la joie de vivre non plus : je suis un homme à l'apparence normal.

Citer
Raconter mon histoire en détails prendrait trop de temps, et elle n'est pas intéressante.

Après, il y a la transformation en prédateur.

Je n'ai pas très bien compris duquel il s'agissait. Tu parles d'oiseau enfermé dans sa cage, d'aile, de vol, mais plus loin tu évoques des yeux écarlates, des dents blanches bref un vampire mais un gentil vampire :

Citer
Il n'est pas question de faire le mal autour de moi, juste de m'amuser dans cette triste existence.

Est-ce réel, est-ce une image ? Participe-t-il à des soirées déguisées pour s'amuser ?

Cela aurait été intéressant que tu décrives davantage la chasse nocturne.

J'ai bien aimé :

Citer
à ces journées qui ressemblent à hier et dont demain sera la réplique

Au plaisir de te lire.

Ph.
« Modifié: 24 Octobre 2015 à 11:32:35 par VillarsBrandis »

 


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