La pieuvre
Ayant mainmise sur tous les fonds sableux, mais jalousant encore et toujours l'immensité des océans quasi infinis, la pieuvre ne peut se satisfaire de ce qui serait pour d'autres opulence.
Ne pouvant profiter des douceurs qui la guettent d'en haut, sa douleur ne pourra être seulement atténuée par un baume déchirant d'immenses nappes bleues pour y abandonner un nuage noir qui condamnera alors toutes formes de rêve. C'est de ces sombres agissements que résultent son œuvre.
N'y voyez cependant aucune critique artistique, l'art étant en majeure partie reflet de notre macrocosme, cette peinture n'en ressort que plus dramatique.
Ses multiples appendices répondent assurément à son avarice, mais deux d'entre eux auraient suffi à servir ce vice.
On retrouve, en écho avec son ego tentaculaire, un corps pourvu d'une mollesse disgracieuse et vulgaire.
La masse inconsistante de son corps est tout à fait comparable à un manteau très épais qui demeure inutilisé depuis de longues années. A la seule différence qu'il ne protège pas la pieuvre du froid, mais agit plutôt en tant que harnois.
Son caractère lésineur est enchanté par les ventouses habitant et servant ses membres, lui permettant de s'emparer de tout ce qu'il désire, de tout ce dont il se lassera plus tard.
Mais cessons d'accabler cette créature, qui n'est finalement que le témoin des abominations qui ont lieu au dessus de la surface et qui se reflètent sur l'océan.