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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Anaïs Jones

Auteur Sujet: Anaïs Jones  (Lu 1296 fois)

Hors ligne Soul

  • Aède
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Anaïs Jones
« le: 24 Mars 2014 à 07:26:53 »
Alors, ce texte est long, mais assez pour aller dans les textes longs, je pense (1700 mots). C'est la moitié d'un chapitre, qui introduit un personnage dans mon roman. Bonne lecture  ^^

Assise sur une chaise dans sa chambre, le coude sur le rebord de la fenêtre et la tête appuyée dans sa main, Anaïs regardait la neige qui tombait au-dehors, et soupira.
— Anaïs, tu as bien la laisse du chien, avec toi ?
— Oui, dit-elle d’un ton las.
En passant devant sa chambre, il vit sa mine désappointée, et laissa tomber les sacs qu’il avait sur les bras en soupirant, l’air attendri. Il entra dans la chambre et vint poser une main sur son épaule :
— Je suis désolé, chérie, je suis obligé de partir.
— Je sais, papa. Mais… je n’ai pas envie d’y aller, moi.
Il l’obligea à tourner la tête vers lui, écartant une mèche de son visage :
— Mais cette fois, pas question de te laisser passer noël toute seule. Tu verras, tu n’as aucune raison de t’inquiéter, tout se passera bien. Ce ne sont pas des ogres, les parents de Judith.
— Non, je sais bien, mais… je m’ennuie, papa, ces gens ne m’intéressent pas.
Il eut un sourire en coin :
—Mais, dis-moi, c’est bien toi qui voulais t’intégrer, n’est-ce pas ?
— Oui, mais…
— Tout ira bien, je te dis. Evite simplement de leur parler de ton redoutable uppercut, et de… la fois où tu as failli tuer un père noël du centre commercial, et tout se passera bien.
— Très drôle, dit-elle avec un sourire qu’elle ne pouvait réprimer.
Son sourire en coin s’élargissant, il murmura :
— Et puis… David sera là, lui…
Rougissant, elle le poussa en s’écriant :
— Papa !
Il se mit à rire, et dit doucement :
— Ne t’en fais pas, il ne va pas te bouffer. Je parierai plutôt sur l’inverse, moi.
Elle se mit à rire, et en posant une main sur son épaule pour la serrer il embrassa son front :
— Allez, prépare tes affaires.
Elle le regarda partir en souriant, puis se tourna à nouveau vers l’extérieur où les flocons blancs se faisaient de plus en plus nombreux et agités. Elle se leva, et entreprit de ranger dans sa petite valise les quelques affaires dont elle avait besoin. Elle ouvrit un à un les tiroirs de sa commode pour s’assurer de n’avoir rien oublié. Dans le troisième, se trouvait un pistolet, qu’elle observa un moment, incertaine. Elle le prit, le fit habilement tourner dans ses mains, regarda s’il était chargé – il l’était – et le posa dans sa valise.
— On est jamais trop prudent, dit-elle pour elle-même.
Telle était la devise de son père. Elle appela Anew, qui vint dans sa chambre en trottinant, et elle accrocha sa laisse à son collier. Elle descendit rejoindre son père qui, après d’ultimes au revoir dans leur jardin, la laissa seule devant la grande – mais pas autant que la leur – maison des Peters, tenant la laisse du chien d’une main et son sac de l’autre.
Elle prit une profonde inspiration, et frappa à la porte. C’est Judith, une jeune fille de son âge, qui vint lui ouvrir, lui décochant un large sourire.
— Salut !
— Salut.
Elle regarda furtivement au dehors, et demanda :
— Et ton père ? Il est pas là ?
— Il est… déjà parti.
— Allez, entre, dit son amie avec cet éternel sourire aux lèvres.
Sa mère, qui lui ressemblait trait pour trait avec ces longs cheveux blonds et ces yeux verts, vint à son tour accueillir Anaïs. Judith l’aida à s’installer, à ranger sa valise dans la chambre qu’elles allaient se partager. Lorsque ce fut chose faite, elles descendirent rejoindre la mère et la petite sœur au salon pour le repas qui les attendait. Malgré la conversation qui animait cette tablée, Anaïs demeurait peu loquace, se contentant de répondre avec le sourire lorsque les questions s’adressaient à elles.
Puis, au milieu du dîner, David, le grand frère de Judith entra brusquement se réchauffer du froid hivernal de l’extérieur. Il rentrait de la faculté pour passer noël avec sa famille, comme chaque année. Il prit un air vaguement surpris en voyant Anaïs, qui baissa les yeux en rougissant très légèrement, puis lança avec le sourire :
— Salut tout le monde !
Il vint à la table, embrassa sa mère, dit en ébouriffant les cheveux de la plus jeune des sœurs :
— Salut Line, salut Judith.
Il embrassa la joue de sa sœur, qui le repoussa en prenant un air dégoûté, comme à chaque fois, et rit, ayant obtenu la réaction escomptée. Il adorait embêter Judith. Puis il se tourna vers Anaïs, et lui serra la main, comme à chacune de leurs rencontres :
— Salut Anaïs.
Elle sourit, en lui serrant la main avec force.
— Hé, toujours cette sacrée poigne !
— David, dépêche-toi, tu es déjà en retard, soupira sa mère.
Anaïs le regarda s’éloigner vers la cuisine, un demi-sourire béat aux lèvres. Il devait avoir cinq ans de plus qu’elle, mais qu’est-ce qu’il était beau ! Bien plus mature qu’eux, Anaïs n’avait jamais su s’intéresser à ceux de son âge, et à son grand désarroi le jeune David était inaccessible. La tirant de ses pensées, Judith dit sèchement :
— Mais quel crétin.
— Tu es un peu dure avec lui, non ?
— Ça se voit, que tu n’as pas de frère, toi, dit Judith avec ironie.
Elle baissa les yeux et n’ajouta rien. Son amie, soudain confuse, se rendit compte – trop tard – de la portée de ses mots, et dit en posant une main sur son épaule :
— Oh, je suis désolée, Anaïs… je ne voulais pas…
— C’est pas grave.
Elle retrouva un faible sourire lorsque David les rejoignit à table. Anaïs savait son amie maladroite, et s’efforçait de ne pas lui en vouloir, même s’il lui était difficile d’être simple et affable comme elle l’aurait voulu. Sa mère était morte étant enceinte d’un futur petit frère, lorsqu’elle avait sept ans. Ayant, elle, perdu son père engagé dans la marine, Judith était en général la seule capable de la comprendre. Elle avait elle aussi connu cela, la crainte, la terrible angoisse de savoir son père loin, et en danger, risquant sa vie, jusqu’au jour où il l’avait perdue. Le père d’Anaïs était agent fédéral.
Après ce repas, Anaïs et Judith montèrent dans leur chambre, avec Anew pour leur tenir compagnie. Judith fouillait hasardeusement son coffre à DVD, espérant trouver de quoi les occuper pour la nuit. Elle savait que son amie n’était pas facile, et que les « Blanche Neige » et autres fantastiques ne l’intéresseraient pas.
— Terminator ?
— Déjà vu.
— Matrix ?
— Vu, vu et revu.
— Il faudra que tu me l’expliques, je n’y comprends toujours rien, moi… Hm… Resident Evil ?
— Lequel ?
— Le dernier.
— Oublie, la base même, c’est le premier.
— Je suis pas experte, moi. Bon, bah qu’est-ce que tu veux ?
Elle haussa nonchalamment les épaules :
— Je sais pas. T’as pas des jeux vidéo, plutôt ?
— C’est Dave qui les a. Va essayer de lui en faire lâcher un.
Anaïs ne doutait pas que, bien que fragile, imperceptible et indicible, la complicité qu’elle avait établie avec David lui eusse permis de lui emprunter un de ces précieux biens. Mais elle ne voulait pas ainsi détromper son amie et immiscer un quelconque malaise avec son frère.
— Bon, je pense qu’on devrait plutôt essayer de dormir. Je suis fatiguée, de toute façon.
Son amie acquiesça. Elle avait toujours eu cette facilité pour convaincre les autres, et obtenir si facilement leur accord. Elle sourit, et s’allongea dans le lit qu’on lui offrait, alors que Judith éteignait la lumière.
Si elle avait convaincu son amie d’en faire autant, Anaïs savait qu’elle ne s’endormirait pas. Elle regardait, à travers la fenêtre juste au-dessus de son lit, le ciel nocturne d’où tombaient inlassablement des flocons de neige. Ils étaient les larmes qu’elle n’osait verser. Elle refusait, de pleurer. Noël approchait, un noël qu’une fois encore elle passerait loin de son père. Sans père, ni mère, ni frère.
Ces longs noëls, représentaient tout le récit de sa vie. Seule, toujours seule, même lorsque son amie était avec elle. Il n’était personne en ce monde qu’elle aimait autant que son père, et ce dernier était si souvent absent que la solitude avait fait d’elle quelqu’un de froid et insensible.
Quelques sept ans auparavant, elle aurait certainement murmuré une prière pour lui, mais depuis cette époque elle ne croyait plus en aucun dieu. Elle l’avait chassé de sa vie, lui et la religion, après qu’elle lui ait enlevé sa mère et l’enfant qui aurait dû être son petit frère.
Une ombre, un nuage sombre ; la lune disparut. Les flocons cessèrent un instant de tomber, les étoiles de scintiller. Tout devenait obscur. Comme si le temps s’arrêtait. Comme si une ombre était venue se poser sur le rebord de la fenêtre, cachant la pâleur de cette nuit hivernale, pour lui murmurer au souffle du vent les mots qui résonnaient dans son esprit et qu’elle voulait chasser.
Personne ne le saura.
 Et elle les fit disparaitre, ils s’échappèrent dans une larme qui, reflétant la lueur bleutée de la lune qui réapparaissait, tomba sur son oreiller. Elle s’assit sur le lit, pour contempler la neige qui se remit à tomber, comme une averse orageuse reprend après un semblant de répit.
Pleurant silencieusement, pour une enfance disparue, partie trop tôt pour laisser l’esprit tourmenté d’une jeune fille, déjà presque femme, affronter la vie de l’adolescente seule et incomprise qu’elle était.
Comme une autre nuit, laissée à l’éternité, dans le silence de sa solitude, dans l’obscurité de sa grisaille, dans le froid de son esprit, un autre souvenir qu’elle reniait. Étant forte et mature comme peu sauraient se l’imaginer, plus que tout elle rêvait de redevenir l’enfant insouciante que le passé l’avait laissée être un temps ; comptant les poupées désormais imaginaires qui, à son image, noircissaient avec le temps, elle essayait d’oublier, d’arrêter, ce que personne ne saurait.
Une autre larme tomba, silencieusement, pour l’insouciance disparue, partie trop tôt, avec son âme d’enfant.
Réprimant un sanglot, elle essuya ces larmes, refoulant celles qui se précipitaient aux coins de ses yeux, et se recoucha doucement. Elle ferma ses yeux humides, cherchant désespérément le sommeil qui la fuyait obstinément. Comme beaucoup des nuits qu’elle passait seule.


Hors ligne Littlecosmos

  • Aède
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Re : Anaïs Jones
« Réponse #1 le: 24 Mars 2014 à 14:38:55 »
Bonjour Soul. De retour sur le forum, j'ai eu envie de passer commenter un de tes textes. Alors allons-y :

Citer
Assise sur une chaise dans sa chambre, le coude sur le rebord de la fenêtre et la tête appuyée dans sa main, Anaïs regardait la neige qui tombait au-dehors, et soupira.
Simple proposition, mais je trouve que ", et soupira" peut être un peu plus séparé, par exemple avec " au-dehors. Elle soupira". Pour moi ça allège un peu ta phrase d'introduction qui est déjà fractionnée par beaucoup de virgules.

Citer
En passant devant sa chambre, il vit sa mine désappointée, et laissa tomber les sacs qu’il avait sur les bras en soupirant, l’air attendri. Il entra dans la chambre et vint poser une main sur son épaule :
Je crois qu'on dit "sous les bras". Faudrait vérifier.

Citer
— Ne t’en fais pas, il ne va pas te bouffer. Je parierai plutôt sur l’inverse, moi.
"bouffer" me gêne un peu, je sais que c'est j'ai lu seulement quelques répliques de son père, mais je m'imaginais un autre niveau de langage entre lui et sa fille. Après ça peut être calculé, peut-être qu'avec elle il se force un peu à parler correctement, mais que de temps en temps un mot de ce genre lui échappe, mais c'est pas l'impression que j'ai.

Citer
Elle se leva, et entreprit de ranger dans sa petite valise les quelques affaires dont elle avait besoin.
Son père lui dit déjà de préparer ses affaires. Je vois pas trop de synonyme, peut-être juste "ce dont elle avait besoin".

Citer
Elle le regarda partir en souriant, puis se tourna à nouveau vers l’extérieur où les flocons blancs se faisaient de plus en plus nombreux et agités. Elle se leva, et entreprit de ranger dans sa petite valise les quelques affaires dont elle avait besoin. Elle ouvrit un à un les tiroirs de sa commode pour s’assurer de n’avoir rien oublié.
Remplacer un "elle" par Anaïs ?

Citer
Seule, toujours seule, même lorsque son amie était avec elle.
Tellement bien trouvé.

Citer
Elle l’avait chassé de sa vie, lui et la religion, après qu’elle lui ait enlevé sa mère et l’enfant qui aurait dû être son petit frère.
j'aurais plutôt dit "Il lui ait enlevé". Les gens tiennent souvent Dieu pour responsable de leurs malheurs, tandis que la religion, c'est plus le de croire en Dieu. Par exemple, un cas où c'est bien la religion qui est responsable directement de la mort de quelqu'un, je pense au film "Les châtiments" de Stephen Hopkins, par ce que la fille du personnage principal est tuée (en Afrique si je me souviens bien) par un chaman qui pensait que ça satisferait les Dieux et mettrait fin à la sécheresse qui décimait son village.

Mes impressions sur Anaïs, c'est que ça à l'air d'être une fille qui a pas mal de chose à cacher. Je sais pas vraiment quoi, mais je connais  pas grand monde qui garde un flingue en permanence à portée de main. Après pour le reste, tu as été plutôt explicite. C'est quelqu'un de proche de son père, affectée par la disparition de sa mère et qui se protège derrière une armure. Je ne saurais pas dire si elle est juste parée à toutes les éventualités ou bien légèrement parano, mais elle a probablement ses raisons. Sinon elle ne me donne pas l'impression d'être quelqu'un de foncièrement mauvais, je dirais même qu'elle est bien élevée, chose parfois assez compliqué lorsqu'il n'y a qu'un parent. Je crois pas avoir vu son âge, on sait juste que David en plus vieux de cinq années, mais je sais pas si je vais me risquer à estimer son âge. Surtout si elle est très mature. Bon si vraiment j'étais obligé je dirais 16-17 ans.
Voilà, bonne continuation  ;)
" Choisissez un travail que vous aimez, et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie ", Confucius.

Hors ligne Soul

  • Aède
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Re : Anaïs Jones
« Réponse #2 le: 24 Mars 2014 à 17:50:13 »
Merci pour ta lecture et tes suggestions  ^^

En réalité l'armure d'Anaïs lui vient de sa peur de s'attacher à quelqu'un qu'elle pourrait perdre, comme sa mère, logique. Je ne sais pas si j'ai réussi à le faire passer dans ce texte... :-\

Bon allez, un petit spoil : sa mère a été tuée par un homme que son père, qui était la cible de cette voiture piégée, avait fait interner. C'est donc pour ça qu'Anaïs a d'un côté terriblement peur de la vengeance, mais en même temps elle trouve que cela peut être un genre de justice...
Après, je n'irais pas jusqu'à parler de paranoïa, mais il est vrai qu'elle est sans cesse sur ses gardes, avec tous les trucs de flic que lui a appris son père, comme manier une arme.

Et pour son âge, je ne sais pas si je trouve ça évident parce que c'est mon personnage, mais on pouvait le deviner avec ça :
Sa mère était morte étant enceinte d’un futur petit frère, lorsqu’elle avait sept ans.
et ça un peu plus loin :
Quelques sept ans auparavant, elle aurait certainement murmuré une prière pour lui, mais depuis cette époque elle ne croyait plus en aucun dieu. 
Sept et sept quatorze  :D Et donc David a bien 19 ans...

Merci en tout cas, je vais revoir ces petits trucs qui n'aillaient pas  :)

Hors ligne Littlecosmos

  • Aède
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Re : Anaïs Jones
« Réponse #3 le: 24 Mars 2014 à 18:37:43 »
Citer
En réalité l'armure d'Anaïs lui vient de sa peur de s'attacher à quelqu'un qu'elle pourrait perdre, comme sa mère, logique. Je ne sais pas si j'ai réussi à le faire passer dans ce texte... :-\
Si, ça passe parfaitement. On comprend bien qu'elle a souffert et que désormais elle cherche à se protéger.

Citer
Bon allez, un petit spoil : sa mère a été tuée par un homme que son père, qui était la cible de cette voiture piégée, avait fait interner. C'est donc pour ça qu'Anaïs a d'un côté terriblement peur de la vengeance, mais en même temps elle trouve que cela peut être un genre de justice...
Là, je ne te cache pas mon intérêt.

Zut, je l'ai vieillie d'au moins deux ans.  C'est vrai que j' aurais pu deviner. Elle fait vraiment mature pour son âge, mais ça reste cohérent, vu qu'elle a perdu sa mère.

Et de rien, c'est toujours aussi agréable de te lire.
" Choisissez un travail que vous aimez, et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie ", Confucius.

 


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