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13 Mai 2026 à 01:36:26
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » OutOut vit une étrange matinée (chapitre 8 des chroniques de OutOut l'E.T)

Auteur Sujet: OutOut vit une étrange matinée (chapitre 8 des chroniques de OutOut l'E.T)  (Lu 851 fois)

Donaldo75

  • Invité
Résumé des épisodes précédents: OutOut est un extraterrestre parfaitement intégré dans la société française ; il habite dans une petite maison à Chambourcy dans les Yvelines, travaille comme comptable dans une petite entreprise de fabrication de matériaux de construction, sort avec ses amis et participe à la vie associative de sa commune.

***

Chapitre 8: OutOut vit une étrange matinée.

OutOut n’était plus seul.
Il marchait dans les rues de Chambourcy, comme à son habitude le samedi matin, quand il vit un être longiligne, avec la même coupe de cheveux que lui mais en vert, un gros nez, quatre yeux, quatre bras et cinq jambes. Ce ne pouvait être un humain, un punk ou n’importe quel excentrique.

OutOut se retourna. Personne ne semblait étonné de la présence de cet étranger ; de fait, à Chambourcy on était quand même la seule ville au monde à héberger un extraterrestre alors deux cela semblait presque naturel. Mais quand même, se dit OutOut, personne n’en avait parlé à la radio, à la télévision, chez le boucher ou au travail. Son ami Pascal avait tu l’existence de ce nouvel habitant ou alors il ne savait pas. Personne ne savait. Et si c’était là l’explication ?
OutOut réfléchit ; ce qui clochait dans cette histoire c’est qu’à part lui et ce punk de l’espace la rue était déserte. Un samedi matin à Chambourcy dans le grouillant centre-ville à l’heure où les ménagères vont chercher leurs commandes et leurs maris vont gouter le vin nouveau, la tendance était plus à l’embouteillage de poussettes qu’au désert absolu. Et là, personne, une ambiance de western spaghetti quand le cowboy solitaire arrive dans la ville fantôme. Ce n’était pas normal.

Il se mit à suivre le nouveau venu. Normalement, OutOut est capable de discerner dans n’importe quel être vivant, du règne animal comme végétal, une once de pensée. Il peut même établir une communication poussée avec lui. C’est ce qui fait de OutOut un être social exceptionnel, capable de parler avec un habitant des hauts plateaux kényans comme avec une limace à bouche bleue. Mais dans le cas présent, il ne parvenait à rien, le vide intégral, fréquence zéro. OutOut passa au célèbre plan B, celui qu’il avait vu tant de fois chez les automobilistes franciliens, l’usage de la gestuelle. Avec quatre bras, il faut le reconnaitre les combinaisons sont plus nombreuses et le langage corporel n’en est que plus riche.  Et son interlocuteur était aussi un quadrumane. Cette solution semblait prometteuse. Il n’en fut rien.

Au lieu de cela, le punk de l’espace l’ignora superbement. A croire que OutOut était un quidam ordinaire, un français moyen avec son béret basque vissé sur la tête et sa baguette de pain sous l’aisselle. Limite vexé, OutOut établit le contact de manière plus rugueuse, en prenant le bras de l’excentrique créature qui se tenait devant lui. Quelle mauvaise idée.
En temps normal, dans notre référentiel d’occidental, un tel acte est considéré comme une agression et la réaction classique est un flux d’énergie défensive à l’encontre de l’autre. Mais pas dans ce cas. Tout ce qui advint de l’entité étrangère qui se tenait devant OutOut c’est qu’elle se divisa comme une bonne vieille de nos cellules. Et de deux punks de l’espace ! Puis rebelote, elle se divisa de nouveau. Et encore. Et encore. Et de nouveau. OutOut n’a que quatre bras donc au-delà de deux divisions cellulaires il ne pouvait plus gérer. Et en plus quoique fut son passé sur sa planète natale, il sentait que ce n’était pas une carrière de combattant qu’il avait embrassé mais plutôt celle de fonctionnaire zélé. Il décida de se replier. Il n’était pas adepte du ‘à vaincre sans péril on triomphe sans gloire’. Bien lui en prit.

En deux temps trois mouvements, la place centrale de Chambourcy se remplit de créatures identiques qui ne cessaient de se diviser à l’infini. OutOut commençait à regretter la bonne vieille époque où il était le seul habitant excentrique de cette bourgade et surtout les humains, ces chers bipèdes à deux bras, lui manquaient. Il prit ses jambes à son cou en direction de sa maison ; il avait une mission désormais, sauver Toul son compagnon de toujours, son petit havre de paix. Car qu’est ce qui lui garantissait que ces envahisseurs, le mot était lâché, ne mangeaient pas du chat ? Combien de fois avait-il entendu Pascal lui dire que les nems étaient en majorité d’origine féline ? Et Toul était décidemment trop petit pour se défendre tout seul, surtout au vu du nombre de ces adeptes de la génération spontanée.

Arrivé chez lui, OutOut prit soin de barricader sa porte, d’éteindre la lumière et de rechercher Toul. D’ordinaire le chaton dormait tranquillement, lové dans un beau plaid en peau de zébu et  rêvant certainement d’un univers où le pâté tombait tout seul dans son gosier. Mais Toul manquait curieusement à l’appel. En mode fin du monde, OutOut commençait à paniquer ; il mit en branle toutes ses facultés de communication pour détecter la présence d’un être vivant dans sa maison, sans résultat. Son compagnon de route restait absent. OutOut fit comme tous les humains dans ces cas-là, il composa le numéro de police secours sur son téléphone fixe.
Après quelques sonneries, une voix résonna dans le combiné, douce et chaleureuse, rassurante, propice à des confessions inavouables. OutOut déclina rapidement son identité et expliqua la situation ; il avait perdu son chat et le centre de la ville était la proie d’une invasion de ce qui semblait être une peuplade extraterrestre. L’hôtesse de l’air à l’autre bout de la ligne, c’est l’image qui s’imposait à cette occasion, lui demanda si Toul était coutumier des fugues matinales, s’il avait eu sa ration de croquettes et recommanda d’aller voir au fond du jardin. OutOut perdit patience et répéta que la situation n’était pas normale, qu’en aucun cas le samedi matin des centaines d’aberrations vivantes ne se manifestaient dans le centre de Chambourcy en se divisant à tout bout de champ, sous n’importe quel prétexte fallacieux. Il devait bien exister d’autres témoignages de ce phénomène inexpliqué.
A cet argumentaire logique ne s’opposa aucune réponse, juste le silence duveteux d’une ligne téléphonique subitement en dérangement. OutOut était de nouveau seul. La situation ne s’arrangeait pas ; si on ne peut pas compter sur les forces de l’ordre où va notre société se surprit il à penser. Il devait se ressaisir, penser d’abord à retrouver Toul puis trouver un refuge à l’abri des envahisseurs et enfin remettre de l’ordre dans ses idées.

C’est alors qu’il entendit un miaulement familier, celui de son chaton préféré, de son prédateur de pâté favori. Il le reconnaissait entre tous, c’était devenu sa musique favorite, sa raison de vivre, depuis leur rencontre à la SPA d’Orgeval. OutOut déboula comme un dératé en direction de la petite chambre de Toul. Et il vit le chaton, innocent comme au premier jour, le regard hagard de celui qui sort d’un trop long sommeil. OutOut tendit la main pour caresser l’objet de son désir, rassuré de ce retour à la normale dans cette matinée vraiment trop folle.
Au contact de son maître, Toul ronronna puis se divisa. Il y avait désormais deux chatons identiques dans la maison. OutOut perdit patience et commença à gronder l’importun ; ce n’était déjà pas drôle d’avoir à fuir des extraterrestres punkoïdes alors les farces de Toul ne le faisaient pas rire, mais alors pas du tout. Les deux chatons entamaient un nouveau concerto pour ronron comme si de rien n’était, inconscients de l’agacement que provoquait cette division sur leur maître. Maintenant il va falloir doubler le budget croquettes pensa OutOut dans un rare moment de lucidité. Mais c’était le moindre de ses problèmes ; il y avait plus urgent à régler. Il enferma, sans les toucher, les deux jumeaux dans la chambrette de Toul, se dirigea vers le garage en passant par le cellier et prit les clés de sa voiture. Il fallait maintenant sortir de cette maison sain et sauf, avec Toul et sa copie, rouler le plus loin possible de Chambourcy et rejoindre une destination sécurisée, à Paris ou ailleurs.

Il ouvrit doucement, avec précaution, la porte coulissante du garage, vérifia que personne ne se trouvait dans la rue attenante et avança son véhicule. Une bonne chose de faite se dit-il. Maintenant il reste à récupérer les deux chatons et à sortir de ce guêpier vite fait conclut OutOut. Il revint dans la maison, ouvrit la porte de la chambre et appela Toul. Ce dernier arriva le museau enfariné, accompagné de ses trente et une copies. Il n’avait pas perdu de temps.  Désormais le budget croquettes allait vraiment exploser et cette perspective n’enchanta pas OutOut. Il avait déjà assez de mal à rembourser cette voiture que lui avait conseillé son grand ami Pascal, arguant de la fiabilité des moteurs français, de la prime à l’écologie et de la relance de l’économie nationale pour engager OutOut dans un crédit pharaonique sur quarante-huit mois.

C’est le moment que choisit OutOut pour se réveiller.

 


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