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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Lettre à mon amour retrouvé

Auteur Sujet: Lettre à mon amour retrouvé  (Lu 2326 fois)

Hors ligne létranger

  • Plumelette
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Lettre à mon amour retrouvé
« le: 15 Février 2014 à 14:09:52 »
Salut, je suis nouveau ici et c'est la première fois que je soumets un de mes textes à des critiques alors nécessitez pas à m'en faire de virulentes.





Aujourd’hui je t’ai revu. Tellement jolie. Je pense à toi – moins souvent qu’avant bien sûr. Je voulais te voir heureuse. Tu ne l’étais pas et je ne me sens pas bien.

Tu es froide et distante, sans te réjouir de me remarquer comme si je n’existais pas ; tu te risques maintenant à mon jeu en m’évitant à la manière d’un maitre d’arme qui esquive la danse des lames adverses en de brusques contorsions intuitives ; et, avec un manque de spontanéité certain en voulant paraitre confiante, tu passes loin de moi, très loin, trop loin... Pas un regard, je me demande alors si tu ne me détesterais pas comme le garçon à la coiffure surprenante que tu appelles chéri. Cet homme-là me hait et pourtant la peur, le refus de l’abandon, de la perte – penchants naturels cher ceux dont le coté sadique gouverne – n’apportent rien. Étrange et peu commun, voilà mes humbles privilèges de misanthrope contraint ; rêveur, les gens pensent alors que je suis intelligent et ils se trompent ; il se dit que je suis plus intéressant que tout autre et que je peux discuter poésie, science ou philosophie – sujets ennuyeux et soporifiques au possible à l’ignorant insensible qui a oublié toutes ses questions d’enfant – pendant des heures seulement s’intéresse-t-il à ce que tu fais, à ce que tu veux, à toi en somme lui qui manque cruellement d’élégance dans ses paroles. Je l’ai entendu te parler et cela m’est insoutenable, comment peut-on te mépriser ainsi ; est-ce pour cela que tu parais si triste aujourd’hui ? Antagonistes jusque dans les tréfonds de nos âmes, égoïste et libertaire, machiavélique et utopiste, superficiel et idéaliste, l’un qui profite de ta volupté et l’autre qui jouissais de ta satisfaction. Pourquoi les personnes qui éprouvent le plaisir et celle qui aiment vraiment ne sont pas les mêmes ? C’est surement préférable.

Je sors prendre un verre, je ne vais pas mieux, j’en bois plusieurs, je prends l’air et contemple l’univers immense, création illuminé par les constellations d’étoiles qui se consumaient dans le silence (ce bruit imperceptible aux non-initiés), et je pense à une planète, ma planète. Là-bas ni argent ni pouvoir ou violence, la valeur des objets dépend des sentiments et souvenirs qu’ils nous procurent. J’y serai bien pauvre moi qui ne possède rien et pourtant, avec un seul de tes cheveux semblables à ces astres lumineux que l’on aperçoit parois filer à toute allure vers des étendus lointaines au crépuscule dans une trajectoire délicatement courbée par la gravité ou ceux dans l’espace intersidérales laissant de temps à autres derrière eux une douce trainée argenté de fines particules, je pourrai y disposer d’une mer de diamants. Un ami parle de toi – actrice d’un épisode passé qui m’avait déjà tant désolé –, j’ignorais ton geste, je souffre, je n’étais pas dupe, je le savais mais je refusais cela ; j’avais renié, depuis ce soir-là, cette idée refoulée. Toi et ce petit homme à la chevelure dissymétrique – sorte de verve capillaire ridicule qui te plait apparemment – qui disait pourtant respecter mon attachement amoureux n’avez pas fait que murmuré, plutôt tu lui as su…surré…, à l’oreille…, avec tes lèvres, ta bouche, ta langue, ta gorge…, tout ce qu’il voulait… entendre.  J’aime encore moins cette image suggérée que la scène des baisers furtifs offerts à ma vue ivre dans la pénombre de cette nuit festive pour les uns et ravageuse pour nous autres. La douleur remonte, les souvenirs, les nuits blanches, cette heure, le lendemain, à courir, aliéné, en donnant, pour crier ma détresse, des coups dans les arbres. La bouteille de whisky est vide, j’en ouvre une autre mais je ne la touche pas. Peut-être as-tu plus souffert que moi, tu l’aimais l’aimais et il t’a abandonné à-moi, ton ami réconfortant sans consolation de cette simple condition complice, après avoir abusé de l’innocence. Je resterai à jamais indulgent envers la responsable de mes peines d’une pureté sans égale à mes yeux transpirants. Ce roublard parfois rebelle, en cachant derrière un sombre blindage la blessure non sincère d’une enfance difficile, jouait un rôle subtil qui consistait à divulguer au moment opportun et l’air de rien des indices sur l’histoire secrète et tourmenté d’un jeune plongé dans un abyme de cruauté ; un manège bien rodé, combien tombent dans le subterfuge d’une souffrance fictive dissimulée derrière le masque désinvolte de l’impertinence. Il ne connait rien à l’enfer et tu ne connais rien de mon intimité avec ce lieu ; je ne joue pas avec la souffrance et le désespoir, je perdrai.

Je me rappelle, entre les plaisanteries de mes amis sur mon amour perdu auxquelles je souris pour ne pas laisser penser que tu es toujours mon unique source de créativité, ta voix troublante et enivrante qui disait mon prénom – musique douce à l’oreille comme le serai la brise matinal contre ma joue mêlée aux embruns glacés d’une mer sinon sublimé par sa dangerosité du moins révélant l’essence de la nature dans un instant gelé plus vivant et plus vrai que moi – à chaque nouvelle rencontre d’une façon si enjouée que cela me réjouissait instantanément, ton regard aux yeux couleur émeraude plein d’amour, d’une intensité singulière et d’une bienveillance rare et cette manière que tu avais de t’approcher et d’engager la conversation qui devenait assurément absurde à cause d’un humour qui me caractérise tant. Un amour platonique, un amour à sens unique ? je ne savais pas ce que je ressentais à l’époque mais je savais qui je voulais être, une personne aussi belle que toi. Je reconnais mon échec, j’ai toujours pensé que je n’étais pas assez bien pour toi ; jamais je n’ai dénié t’embrasser, te caresser ; j’imagine que je suis de ceux à qui il suffit d’être amoureux sans attendre la moindre réciprocité pour continuer l’aventure éphémère – prodigieux spectacle cher au Capitaine – d’une construction constamment en équilibre instable qui se termine indubitablement dans une dernière aventure mystérieuse et solitaire à bord d’un navire défiant les lois de la physique.

Et cette sensation étrange et oubliée jusqu’à présent qui fessait battre mon cœur un peu plus vite dès lors que je sentais près de moi ton odeur (un dangereux poison sans remède) se dissipa bien assez tôt puisqu’on ne se voyait plus. Délocalisés, mon esprit surchargé dissimulait mes souvenirs derrière un voile d’abstractions pures mais un rien suffisait à faire resurgir le flot de ma mémoire aussi subitement que l’apparition d’un tableau de van Gogh ou l’écoute d’une sonate de Mozart peuvent féconder notre crainte de l’ennui. Je sillonnais alors les endroits que l’on fréquentait autrefois dans l’espoir de t’y trouver et souvent j’attendais, tu n’étais pas là. Sinon je demeurais indifférent, comme toi aujourd’hui, incapable et minable sans saisir cet aspect de mon inconscient tortionnaire. Je souhaitais plutôt que tu sois heureuse mais aujourd’hui s’est éteint ce à quoi je m’étais accroché, ce que j’espérais. Aujourd’hui, j’ai compris en te découvrant taciturne car c’était différent ; j’ai su que j’étais celui qu’il te fallait, le seul capable de te rendre superbe en devenant celui que je souhaitais être autrefois c'est-à-dire celui que tu voulais que je sois. Je convoite maintenant une seule et unique chose, l’inestimable, la plus précieuse des tentations : la volonté de te rendre heureuse.

Demain je prends le train. Je penserai à toi tendrement.
« Modifié: 22 Février 2014 à 22:24:08 par létranger »
« Savoir qu'on n'a plus rien à espérer n'empêche pas de continuer à attendre. »
Marcel Proust - À la recherche du temps perdu

Hors ligne Jimhar

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Re : Lettre à mon amour retrouvé
« Réponse #1 le: 15 Février 2014 à 16:43:38 »
Sur la forme je ne sais pas; sur le fond : le bonheur ne se donne pas, il se prend. Mais le bonheur ? Je ne sais ce que cela signifie. Je préfère l'idée de "complice construction".
Tabac & Gonzo

Hors ligne létranger

  • Plumelette
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Re : Lettre à mon amour retrouvé
« Réponse #2 le: 15 Février 2014 à 23:16:17 »
Merci Jimhar pour ta lecture. Ton point de vue sur le bonheur est défendable mais je ne parle pas du bonheur en tant que concept philosophique (j’admets que je ne suis pas très claire et j’en suis désolé).
« Modifié: 21 Février 2014 à 22:35:18 par létranger »
« Savoir qu'on n'a plus rien à espérer n'empêche pas de continuer à attendre. »
Marcel Proust - À la recherche du temps perdu

Hors ligne Jimhar

  • Calligraphe
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Re : Lettre à mon amour retrouvé
« Réponse #3 le: 15 Février 2014 à 23:29:37 »
j'ai répondu à ton texte parce qu'il était là, le sujet m'intéresse et je trouve que tu as une bonne plume. Philosophiquement je n'en sais rien et je m'en fiche [à mon avis le bonheur n'est pas une question essentielle à notre époque; à moins d'être "déconnecté" de la société, ce qui est impossible].
En somme met ton art ailleurs que sur le bonheur, c'est une pente trop glissante. Lis Céline !
Amicalement,
Jimhar
Tabac & Gonzo

Hors ligne karna1

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Re : Lettre à mon amour retrouvé
« Réponse #4 le: 18 Février 2014 à 06:30:12 »
salut,

Alors moi j'ai adoré, j'ai même ue un petit frisson ...j'ai pas grand chose a dire continue a écrire au moins pour moi !

Merci, au Plaisir.

Hors ligne neimheadh

  • Aède
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  • Even deads can walk
Re : Lettre à mon amour retrouvé
« Réponse #5 le: 18 Février 2014 à 10:25:11 »
Bonjour létranger,

Bon, j'accroche pas... Pourtant les oeuvres connotées mélancolique sont celles que je préfère... Essayons de comprendre pourquoi...

Bon, clairement, le sujet un peu léger et "niai" d'une histoire d'amour somme toute banale, sûrement, mais sûrement dû à mon état d'esprit actuel, rien n'a prendre en compte de ce côté.

Tous d'abord tu utilise un texte très "saccadé", énormément de ponctuation ce qui rend la lecture un peu pénible... Un très bon choix pour comprendre la douleur de l'auteur, j'en convient, mais là je trouve ça un peu "too much", un peu comme un gâteau à la crème avec trop de crème... Ou un twinky... Merde... Je veux un twinky maintenant...

Sur ce dernier point, un bon point dans ton texte tous de même, le passage dans le second paragraphe :
Citation de: Jimhar
J’y serai bien pauvre moi qui ne possède rien et pourtant, avec un seul de tes cheveux, semblables à ces astres lumineux que l’on aperçoit parois filer à toutes allure vers des étendus lointaines au crépuscule dans une trajectoire délicatement courbée par la gravité ou ceux dans l’espace intersidérales laissant de temps à autres derrière eux une douce trainée argenté de fines particules, je pourrai y disposer d’une mer de diamants.
Là, c'est l'inverse, une longue partie de la phrase sans ponctuation, alors qu'il parle d'une pensée, bien que mélancolique, heureuse (oui, ça peut aller ensemble). Plus fluide donc, comme coulant de source et plus facile à lire, donc à vivre... Je sais pas si c'est voulu, mais joli face au reste du texte.

Une autre figure de style qui m'a bien plus, utilisée souvent (voir même un peu trop) :
Citation de: Jimhar
Antagonistes jusque dans les tréfonds de nos âmes, égoïste et libertaire, machiavélique et utopiste, superficiel et idéaliste, l’un qui profite de ta volupté, l’autre qui jouissais de ta satisfaction.
Ping... Pong... Ping... Player 1, 12 points.

Second paragraphe... [...]j’ignorais ton geste, je souffre
Dernier paragraphe... j'ai sus que je suis [...]
 
Pour résumé, la forme me plait assez, le style peut être plus travailler mais va dans le sens qui me plait aussi. Merci à toi.

Hors ligne Aventador

  • Calliopéen
  • Messages: 562
  • rêve d'une divinidylle avec Vanessa
    • Raphaël Nomézine, auteur
Re : Lettre à mon amour retrouvé
« Réponse #6 le: 19 Février 2014 à 12:45:11 »
Hello. J'avais envie de douceur donc je suis venu te lire, ton titre m'ayant attiré.

Et je suis plutôt dubitatif quant à ma lecture. C'est assez étrange de retrouver dans un même texte, raconté d'un seul et même point de vue, une différence aussi notable de registre syntaxique. Je m'explique :
-au début, et à quelques rares moments par la suite, tes phrases sont courtes, simples, presque trop d'ailleurs. Je me dis alors qu'on ne va pas décoller bien haut.
-Et puis d'un seul coup, on part sur des phrases à rallonge(s) (dont je ne suis déjà pas fan à la base), des envolées lyriques pas toujours maîtrisées, à portée(s) quasi philosophique(s) qui perdent quelque peu le lecteur.

A mon avis (et il est très subjectif), tu gagnerais à trouver un compromis entre ces phrases trop simples et celles trop complexes, d'une part pour homogénéiser ton récit, et d'autre part pour le rendre plus accessible et intelligible auprès de ton lectorat. Ton écriture peut avoir été guidée par une intention d'auteur (la tienne en l'occurrence), mais je ne la perçois pas vraiment.

Ce compromis te permettrait également de fluidifier ton récit dans sa narration, très heurtée en l'état à cause de sa ponctuation outrancière ou pas forcément judicieusement utilisée. Exemple : "Et puis, cette sensation étrange, oubliée jusqu’à présent, qui fessait battre mon cœur un peu plus vite dès lors que je sentais ton odeur, dangereux poison sans remède, près de moi s’était dissipée bien assez tôt." Cette phrase est mal ponctuée, ce qui fait qu'on est obligé de la lire plusieurs fois pour trouver la proposition principale et débusquer le sens. Tu remarqueras également que ta phrase comporte une énorme faute, et que ce n'est pas la seule dans toute ta nouvelle. A mon sens, une relecture s'impose.

Petite question : Lorsque tu écris dans ton texte "peine ombre", c'est un jeu de mots volontaire ou bien tu ne savais pas trop comment écrire "pénombre"?

En bref, j'ai eu du mal à apprécier ton récit. Je crois même que je suis passé totalement à côté à cause de la complexité stylistique avec laquelle tu habilles ton propos. Et c'est dommage.

(j'espère que tu ne prendras pas mal mon com, il ne se veut en aucun cas blessant).

A bientôt.

Avent'




"Nous ne disons rien, le silence parle pour nous deux. Le silence, et la pluie au-dehors peut-être."RN

Hors ligne létranger

  • Plumelette
  • Messages: 19
Re : Lettre à mon amour retrouvé
« Réponse #7 le: 21 Février 2014 à 14:52:53 »
Merci à vous pour votre lecture et vos commentaires. Je tiens à dire que j’ai essayé de tenir compte de vos remarques et j’ai donc modifié le texte en conséquence. Étant donné que j’ai l’habitude d’écrire seulement pour moi et que je n’ai pas une pensée linéaire – condition de scientifique oblige – j’ai tendance à abuser de virgules, points-virgules, parenthèses, etc. pour me repérer en quelque sorte. C’est la première fois que j’écris pour être lu par d’autres et je n’ai pas pensé à faire une relecture avec un point de vu extérieur (je pense que vous avez été très courageux de me lire…). Ce fut une erreur et j’espère avoir rendu mon texte plus agréable à lire en allégeant la ponctuation.


@karna1

Merci karna1 pour ton engouement. J’espère pouvoir te satisfaire à nouveau avec d’autres textes.


@neimheadh

Oui, j’admets que le sujet n’est pas de haute volée – quoique l’amour soit un grand sujet d’inspiration pour beaucoup d’artistes.

Pour ce qui est de la ponctuation, tu pourras constater que j’ai enlevé de la crème par peur que tu fasses une indigestion.

Enfin, je suis content que tu ais apprécié ma « poésie ».


@Aventador

Ne t’inquiète pas, j’accepte la critique. Après tout, je ne suis pas écrivain et cela serai dommage de se vexer pour un passetemps. J’espère que tu apprécieras que, entre autres, j’ai simplifié la ponctuation de la phrase que tu m’as signalée (j’aurai vraiment dû me relire…).

Par contre, je ne vois pas où sont les incommensurables et immondes fautes gargantuesques et pantagruéliques. Je ne suis pas un expert en grammaire – je ne suis même pas sûr de savoir ce qu’est un adverbe – et surtout pas en orthographe alors même en me relisant, je n’ai pas vu de fautes et ce pour mon grand désespoir.

Tu m’as ôté le plaisir d’utiliser une expression que je trouvais poétique : la « peine ombre ». La preuve que je suis une catastrophe en orthographe.

Merci en tout cas pour ton regard critique et constructif.
« Modifié: 21 Février 2014 à 21:49:31 par létranger »
« Savoir qu'on n'a plus rien à espérer n'empêche pas de continuer à attendre. »
Marcel Proust - À la recherche du temps perdu

 


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