Dans mon whisky coca je ne voyais pas le fond, il y avait uniquement la noirceur de mon âme qui s’y reflétait. La nuit semblait douce alors qu’on entrait bientôt dans l’hiver. Il serait glacial.
J’étais dans la voiture avec elle. Sa cigarette crachait la fumée âpre qui me piquait les yeux, mais mon regard était posé sur elle. L’odeur de tabac mêlé à son parfum me rappelait les doux souvenirs de l’été. Puis j’ai goûté ses lèvres; j’ai croqué le fruit défendu, perdu dans la nuit j’aspirais à renaître. J’ai senti le monde s’écrouler et je m’en allais avec. Nous partions ensemble, aspirés par l’incompréhension. Amants pire que des aimants, nous faisions ombre à l’attraction terrestre. Je la serrais contre moi, j’étreignais l’espoir de jours meilleurs. Et comme une enfant elle me pinçait, essayant de ramener la réalité qui nous entourait mais qui n’y pouvait rien.
Nous étions dans la voiture. Je respirais ses cheveux, je voulais les sentir pénétrer mes poumons et m’étouffer. Tout ça pour mieux revivre.
La pliure de ses paupières était tel un dessin. Parfaite. Je me sentais disparaître dès qu’elle me regardait. Avec ses yeux ronds légèrement en amande, elle pouvait me désintégrer sur place. M’anéantir. Elle était farouche, sauvage et indomptable. Moi, j’étais plus que vulnérable. Je n’avais aucune chance de pouvoir lui résister. Et c’était de toute façon au-delà de ma volonté. Il fallait juste qu’elle m’embrasse et qu’elle me tire avec elle dans son antre. Tout quitter, tout simplement. Ensuite j’ai claqué la porte de la voiture. Le vent frais de cette nuit d’automne fouetta mon visage encore empreint de la chaleur de son corps. La foudre pouvait bien me tomber dessus, ça n’aurait rien changé. Je resterai vivant, car le seul fait de la voir, me rendait immortel. J’ai gravi les escaliers pour accéder à mon étage, et je me suis arrêté.
Combien d’hommes sont restés sur le pas de leur porte en essayant d’effacer l’odeur de la trahison. Je voulais pourtant m’endormir en respirant mes mains couvertes de ses effluves.