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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Sans titre [pour changer donc]

Auteur Sujet: Sans titre [pour changer donc]  (Lu 2039 fois)

Hors ligne Migraine

  • Tabellion
  • Messages: 20
Sans titre [pour changer donc]
« le: 07 Mars 2009 à 18:00:49 »
Voilà bien longtemps que je n'étais pas venue. Mais j'ai encore envie de proposer un de mes riens, parce que je n'écris pas vraiment assidument comme la plupart d'entre vous, voyez vous.
Pour ceux que ça intéresse, je n'avais jusque là proposé que  ce texte

Et j'en suis toujours au même point; des histoires sans réel intérêt, c'est même sans doute pire ici, j'avais aucunement envie de mettre des dialogues. Surtout intéressée par les descriptions, et par ce même style fluide, lent, presque chiant (ciel, il faudrait vraiment que j'arrête de lire Elis)
Ah oui, et je ne sais absolument pas donner de chute, ou trouver une fin décente. Et encore moins de titre. Oui je sais, qu'allons nous faire de moi ma parole ?

Bref, je vous laisse juger pas vous même, et comme d'habitude, toutes remarques sont les bienvenues. Corrections comprises.

Le cendrier posé sur la petite table de la terrasse de l’appartement 102 était déjà bien trop plein, et les cendres de la cigarette d’Anton commençaient maintenant à tomber sur la surface de bois usé, sans que cela ne gêne le moins du monde le coupable. Affalé depuis bientôt une demi-heure dans sa chaise en plastique blanc, son regard se baladait de fenêtre en fenêtre, curieux de capturer éventuellement quelques instants de vie anodine.
Il fut brutalement arraché de ses pensées par le bruit quelque peu violent d’un récipient métallique que l’on remplit d’eau. Il s’aperçut alors qu’il fumait le filtre de ce qui fut quelques instant auparavant une cigarette et l’écrasa aussitôt comme il put dans la montagne de cendres emplissant le cendrier. Il concentra à l’entreprise tant de concentration et de sérieux qu’une sorte de mystérieuse maturité éclaira son visage, et nul ne lui aurait donné les 21 ans qu’il venait à peine d’atteindre le mois précédent.
Anton alluma une nouvelle cigarette. Il était de ces fumeurs qui n’appréciaient que très peu au début le goût rébarbatif de la fumée de cigarette, et qui s’y était peu à peu accoutumé. A vrai dire, il avait commencé pour ses mains. Il pensait en posséder une paire absolument magnifique qu’une fine cigarette ne pouvait que mettre en valeur. Il les trouvait élégantes, et harmonieuses; des mains de travailleurs mais sans marque pour autant, pourvus de doigts longs et fins, un peu comme ceux d’un pianiste comme il aimait à se le faire remarquer, bien qu’il n’eut jamais touché à cet instrument – sauf éventuellement l’été où il aida le couple du 3ème à déménager.
Une envie soudaine, injustifiée, et presque stupide le fit se lever et s’emparer du cendrier. Penché sur le balcon à la peinture craquelée, il regardait l’agitation qui animait la rue une quinzaine de mètres plus bas, bien qu’il n’y avait pas foule, si ce n’est deux jeunes garçons jouant au ballon et se moquant d’un troisième visiblement bien plus gros vu d’ici, un clochard présentant timidement un gobelet en plastique, tête baissé, attendant une quelconque générosité des rares passants, et un policier gribouillant méticuleusement sur un carnet avant d’arracher la fameuse contravention pour la glisser entre les essuie-glaces des véhicules stationnant devant l’immeuble. Le récipient fut retourné, et les cendres et mégots tombèrent, et furent éparpillés au gré du vent. Anton n’eut pas le temps de voir la réaction des mécontents aux cheveux à présent grisés, il était déjà retourné s’asseoir.

***


Une casserole bouillait sur la gazinière. Sue, étirant de son maximum sa silhouette pourtant déjà bien élancée, attrapa deux tasses dépareillées sur la plus haute étagère du buffet, et les posa sur un mignon petit plateau aux motifs fleuris, lui-même posé sur la table. Son regard parcourut la pièce et s’arrêta sur un calendrier punaisé sur la vieille tapisserie, où le 21 mars, jour succédant à tous les autres carrés marqués d’une croix, avait été nerveusement entouré par elle-même, quelques semaines auparavant, suite à une longue discussion avec Anton. Elle se mordit la lèvre inférieure, le regard dans le vide, tout en ajoutant à l’aveuglette deux carrés de sucre dans chacune des tasses posées devant elle. L’eau frémissait à présent et Sue remit ses cheveux en place, recoiffant la mèche rebelle qui lui retombait sans cesse sur l’œil droit. Dans un craquement bruyant de genoux, elle s’accroupit et entreprit de fouiller dans le rangement se situant sous l’évier, en sortant des fioles et bouteilles dont la poussière qui les recouvrait témoignait des années d’enfermement qui leur avait été imposées. Quand enfin elle eut trouvé celle qui l’intéressait, elle porta la petite fiole au niveau de ses yeux, et la bouche légèrement entrouverte admira le liquide dont la couleur grise était cependant dure à deviner, sous le verre sali et usé par le temps. Elle quitta sa douloureuse position accroupie sans quitter des yeux la fiole, et alla éteindre le feu de la gazinière sur lequel reposait la casserole d’eau bouillante.

***


Sue embrassa Anton sur le coin de la bouche et posa le plateau sur la table. Les toits se déformaient et ondulaient au dessus des tasses fumantes. Anton qui venaient à peine de s’allumer une nouvelle cigarette, la déposa sur le cendrier pour saisir la tasse que Sue lui tendait. Ils burent tous deux le liquide chaud lentement en regardant la fumée de la cigarette se consumant dans le cendrier. Sue fut la première à réagir. Elle porta ses mains à sa fine bouche, d’où s’écoulait lentement le liquide peu à peu recraché et devenu légèrement rougeâtre, puis son teint pâlit subitement. Une toux violente commençait à la secouer, et à tâcher de sang son tablier. Elle tomba de sa chaise. Les spasmes qui la secouait semblaient alors plus violents, et un ovale rouge vif s’étendait peu à peu autour de son corps replié sur lui même. Anton tomba lui aussi, sur le dos, et le sang qu’il crachait retombait lamentablement sur son visage anciennement serein et détendu, et le tachetait de dizaines de petits pois rouge. Ses belles mains n’ayant trouvé aucune prise alentour, martelaient violemment le sol, presque en cadence, et ses paumes n’étaient plus que de lâches morceaux de chair ensanglantés. Au bout de quelques minutes, le spasmes se firent de plus en plus rares, puis cessèrent enfin. La cigarette solitaire finit de se consumer, et n’en reste qu’un filtre jaunâtre dans l’immensité de son cendrier.
“I hope to hell that when I do die somebody has the sense to just dump me in the river or something. Anything except sticking me in a goddam cemetary. People coming and putting a bunch of flowers on your stomach on Sunday, and all that crap. Who wants flowers when you're dead? Nobody.”

Hors ligne Matt

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 543
Re : Sans titre [pour changer donc]
« Réponse #1 le: 07 Mars 2009 à 21:14:42 »

Bonsoir,

------------------------

Citer
quelques instant auparavant une cigarette

"quelques instants"

Citer
dans la montagne de cendres emplissant le cendrier.

Je comprends ce que tu veux dire mais je pense que tu peux éviter de répéter "le cendrier".

------------------------

Bon alors, pourquoi tu dis "un de mes riens", je trouve que ton texte est très réussi et il n'est pas sans intérêt, ni chiant comme tu dis, loin de là...

Tu as eu raison je crois de ne pas utiliser le dialogue pour ce petit bout de texte car la description est parfaite, ça fait un peu intro d'un film ou d'un début de scène d'un chapitre. Les images s'enchaînent, on comprend et suit correctement ton texte. Ce que j'ai beaucoup aimé c'est cette description sur l'imeuble, ses chambres et ses voisins, on a le sensation de se déplacer ; il y a ce qu'il faut mais j'aimerais bien en lire un peu plus dessus. 

Après pour la chute c'est vrai, il manque peut-être quelque chose, car c'est un peu soudain ce qu'il se passe, mais bon tu peux le retravailler. Concernant le titre je sais pas, tu trouveras bien par toi même.

Bonne continuation !
Les Oeuvres d'Art ont quelque chose d'infiniment solitaire, et rien n'est aussi peu capable de les atteindre que la critique.

Seul l'amour peut les saisir, les tenir, et peut être équitable envers elles.

Rainer Maria Rilke

Hors ligne Maïa Hold

  • Scribe
  • Messages: 89
Re : Sans titre [pour changer donc]
« Réponse #2 le: 08 Mars 2009 à 19:54:50 »
Tout d'abord, je voudrais dire que, grâce à toi, je me sens moins seule à vouloir juste écrire mes descriptions à rallonge, à ne jamais trouver de titre potable, à n'avoir pas envie ni idées pour faire une intrigue et encore point pour la mener à son terme.

Les commentaires maintenant :
"sans que cela ne gêne le moins du monde le coupable"
J'aurais suggéré 'le responsable', coupable me semble un peu fort, ce n'est que quelques malheureuses cendres..
"Il concentra à l’entreprise tant de concentration et de sérieux qu’une sorte de mystérieuse maturité éclaira son visage, "
Cette phrase ne veut pas dire grand chose, de mon point de vue, et la répétition de 'concentration' et 'concentra' est un peu dérangeante.


Mais enfin, ce ne sont que des détails.
C'est un "rien" très bien écrit et imaginé, je trouve. Je qualifierais cela d'un épisode sadique de mort parfaitement exécuté. En fait, j'aime beaucoup, même si on ne sait pas très bien pourquoi Sue les tue tous les deux. Lui, je pense avoir compris, il était bien trop fier de lui-même, de ses mains surtout. Par contre, elle? Avait-elle un problème, un mal-être?
Je trouve ton texte vraiment bien, et je pense que tu pourrais juste un peu préciser les raisons de ce meurtre & suicide. Simple suggestion, tu pourrais faire quelques allusions dans le passage où tu mets Sue en scène. Tu pourrais même laisser croire au lecteur qu'elle va juste assassiner Anton, ou qu'elle va juste se suicider. Et en fait, pas du tout.
Ton petit bout de rien m'a échauffé l'esprit..  :mrgreen:
"L'unique joie au monde, c'est de commencer. Il est beau de vivre parce que vivre c'est commencer, toujours, à chaque instant." Cesare Pavese.

 


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