« …et c’est d’habiter sans cesse les théâtres de nos ventres creux, de nos estomacs distordus, qui fera enfin cette différence. J’aime l’art comme quand on a faim ; avec une dent de loup, des yeux de vaches. Alors il est temps d’être rappelé à ces bestiaires anciens inventés enfants, de retrouver ce goût de viande crue qu’avait notre culture. Nous savons maintenant ce qui se passe lorsqu’est laissé à d’autres notre goût de folie, lorsque sont désertées de génie toutes nos boulimies. Nous avons vu depuis lors d’autres pulsions enfantées dans ces lieux là, en nous les migraines noires de nos scènes, empoignées pour un viol : la poésie déchirée, la peinture en flammes. Nous avons vu ce territoire, ce territoire chéri à reconquérir, ce repas délaissé dont il faut désormais avoir faim. C’est un effort immense qui nous attend, celui de vider nos tripes, d’y faire une place difforme à nos arts, de retrouver les masques sauvages de nous enfants et de venir tendre nos ventres comme des bêtes affamées de culture. Ce sera pour nous notre propre haine, cette commotion originelle de ne jamais être rassasiés. Car ils n’auront plus cette place là, celle de nos sueurs, de nos foutres, celle de l’art comme un monstre vivant. Ce monstre aujourd’hui certes épuisé, oublié, caché de nos appétits par la pâte d’un ultramonde ignorant hébergé de nous-même… »