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Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » L'Atelier » Cuisiner la langue : ustensiles et méthodes » [fond&forme] Narrer à un "je" qui se démarque.

Auteur Sujet: [fond&forme] Narrer à un "je" qui se démarque.  (Lu 4406 fois)

Hors ligne Bey

  • Calligraphe
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[fond&forme] Narrer à un "je" qui se démarque.
« le: 18 Juillet 2013 à 05:07:14 »
J'espère que je post au bon endroit... j'espère que je post au bon endroit...

Bon je me lance!

J'aurais besoin de conseils au sujet de la forme. En fait, plus précisément, de la narration à la première personne. Car j'écris un roman dans lequel le narrateur change d'un chapitre à l'autre, de façon à faire narrer tous les personnages. C'est en faisant ça que j'ai réalisé que... c'est dur de faire de la narration caractéristique pour chacun! Parce qu'au début, évidemment, je planifiais que chaque chapitre allait être teinté de la vision, du langage, de la couleur, propre au personnage, mais je me suis bien rendu compte que ce n'est pas si facile que ça. Avec des personnages extrêmes, c'est faisable. Ainsi, je suis capable de narrer le même texte une fois par un personnage très sarcastique puis un autre par un personnage très poétique et qu'on puisse voir une différence. Le problème, c'est la nuance. Car les personnages de mon histoire ne sont pas si diamétralement différents. J'aimerais donc avoir vos conseils afin de faire une bonne narration à la première personne nuancé par la couleur du personnage narrateur. (Je sais pas si je suis clair là...)

Hors ligne OliveDuWeb

  • Calame Supersonique
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Re : Narrer à un "je" qui se démarque.
« Réponse #1 le: 18 Juillet 2013 à 09:13:39 »
Je pense avoir bien compris ta question (ça te rassure ?)

Mon conseil : si tu veux que le lecteur puisse bien distinguer le changement de narrateur, il faut qu'il y ait malgré tout des différences marquantes, à la fois dans le style, dans le choix des mots et des expressions, éventuellement dans l'humeur et également dans le contenu (la vision des choses). Surtout dans le début de chaque chapitre, pour que l'on comprenne très vite.

Ce n'est certes pas évident, mais c'est certainement très intéressant.
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Hors ligne Freakazoid

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Re : Narrer à un "je" qui se démarque.
« Réponse #2 le: 18 Juillet 2013 à 09:13:54 »
Tu peux peut-être aussi jouer sur les longueurs de phrases (certains enchaînent les phrases courtes tandis que d'autres n'hésitent pas à s'étaler un peu), trouver des tics verbaux (quelqu'un qui rajoute régulièrement "n'est-ce pas ?", qui commence souvent ses phrases par "moi je"...).

Tu t'es lancé dans un exercice intéressant mais sans doute pas le plus simple en effet :P !

Peut-être une astuce : relis ton texte à voix haute en t'imaginant dans la peau de ton personnage, en imitant sa voix. Ca pourrait t'aider à mieux définir sa manière de parler, de penser. C'est ce que je fais pour mes dialogues.

Hors ligne OliveDuWeb

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Re : Narrer à un "je" qui se démarque.
« Réponse #3 le: 18 Juillet 2013 à 09:27:16 »
Ce que je fais aussi pour essayer de différencier mes personnages : je les identifie à un personnage ou un acteur célèbre ou une personne que je connais, avec une personnalité bien marqué et certains traits typiques dans le phrasé et les gestes. Ça simplifie le travail.
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Hors ligne Aphone

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Re : Narrer à un "je" qui se démarque.
« Réponse #4 le: 18 Juillet 2013 à 09:31:18 »
J'aime bien l'idée. J'avais commencé à l'utiliser pour mon roman actuelle mais je l'ai vite abandonnée parce qu'il y avait certains éléments qui ne pouvaient être montré que d'un point de vue plus ou moins omniscient. Mais je ne l'ai pas abandonnée, je la réutiliserais certainement.

Pour revenir à ta question, c'est un véritable exercice de style. Au sens propre. On a tous nos tics, notre façon d'écrire, et il faudra que tu arrives à sortir de ton moule. Avant de te lancer, je te conseillerai d'approfondir tes personnages pour leur donner vie, qu'ils aient presque une indépendance. Et joue en effet sur le vocabulaire, sur un ou plusieurs éléments qui fassent qu'on les reconnaît instantanément. Et, le mieux, est d'avoir des personnages diamétralement opposés, que ce soit dans leur personnalité ou dans leur environnement.
La curiosité est le remède à l'ennui.
Il n'y a pas de remède à la curiosité.

- Dorothée Parker

Hors ligne OliveDuWeb

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Re : Narrer à un "je" qui se démarque.
« Réponse #5 le: 18 Juillet 2013 à 09:37:58 »
Tu peux jouer aussi sur la différence d'âge, de classe sociale, de niveau d'éducation, l'environnement familial, etc. pour adapter la manière de parler et de penser de chacun.

Par exemple, celui qui est féru de cinéma aura souvent tendance à faire des analogies avec certains films.
Celui dont le français n'est pas sa langue maternelle utilisera des faux-amis ou des expressions traduites mot-à-mot.
Celui qui est âgé aura du mal avec tout ce qui est récent (appareils, monnaie, organismes, etc.)

Si deux personnages venaient à être très proches vis-à-vis de ces critères, genre deux frères, alors trouve quelque chose d'autre : l'un est une fille, l'autre un garçon, leurs centres d'intérêts sont très différents, et s'ils doivent être deux garçons, l'un peut être attiré par les filles et pas l'autre.

Tu as beaucoup de possibilités. Prépare bien tes fiches à l'avance, ça t'aidera.
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Hors ligne Meilhac

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Re : Narrer à un "je" qui se démarque.
« Réponse #6 le: 18 Juillet 2013 à 10:20:43 »
tu peux t'inspirer des tambours de la pluie (kadaré), d'asiles (jauffret), où y a des changements de narrateurs, négociés de deux manières très très différentes d'ailleurs. dans evguénie sokolov (gainsbourg) aussi un peu à la fin  ;).
« Modifié: 18 Juillet 2013 à 12:27:28 par Meilhac »

Hors ligne El_ChiCo

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Re : Narrer à un "je" qui se démarque.
« Réponse #7 le: 18 Juillet 2013 à 12:58:26 »
Au delà du fond, tu peux aussi utiliser la forme pour démarquer les différents narrateurs.
Je ne l'ai jamais vu donc je ne sais pas ce que ça donnerait, il est vraisemblable que ça devienne fatigant s'il y a 50 personnages qui interviennent en même temps, mais pour trois ou quatre intervenants, on peut imaginer par exemple que la mise en forme du texte permette de retrouver la personne qui parle.
Si l'un des personnages est un peu poète, il parlera peut-être avec des phrases courtes, peut-être en vers, avec, pourquoi pas, une mise en forme centrée du texte sur la page.
Il y a l'italique (le gras, sur un long passage risque d'être fatigant), la justification à droite, etc. Plusieurs procédés graphiques permettant de présenter de façon originale les différents interlocuteurs.

Mais, encore une fois, je doute que cela soit efficace (supportable ?) au delà de trois ou quatre personnages.


Sinon, il est aussi possible d'énoncer explicitement le personnage qui parle. Simplement, par exemple, en démarrant chaque chapitre par le nom du personnage qui présente les événements. Dans le trône de fer de G.R.R. Martin, notamment, les chapitres sont donnés selon un point de vu particulier et le personnage en question donne son nom a chapitre.

Plus subtilement, dans la Horde du contrevent de A. Damasio, les personnages sont représentés par leur blason. Ω, le traceur ; π, le prince ; ), le scribe ; ¿’, le troubadour ; etc. Le livre est vendu avec un marque page qui rappelle les noms, fonctions et blasons de chaque personnage et chaque paragraphe du livre commence par le blason de la personne dont le point de vue est donné.

L'avantage de ces méthodes est qu'elles permettent au lecteur de repérer clairement qui parle sans être trop invasives. Avec la lecture, en avançant dans le roman, le lecteur s'habituera aux caractères de chaque personnages et arrivera à les reconnaître plus facilement.
En tout cas, c'était un peu mon cas lorsque j'ai lu la Horde. Au début il faut régulièrement se référer au marque page, et après on arrive à reconnaître, dans les tournures de phrases, le vocabulaire, le personnage qui parle.


Mais à mon avis, compter uniquement sur les tournures et le vocabulaire, même pour des personnages très différents, c'est un peu suicidaire.


Enfin voilà mon avis. :)
J'espère que ça aide.

Hors ligne Bey

  • Calligraphe
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Re : Narrer à un "je" qui se démarque.
« Réponse #8 le: 18 Juillet 2013 à 20:25:16 »
Avant toute chose, je voudrais vous remercier pour vos réponses! ;D

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Je pense avoir bien compris ta question (ça te rassure ?)

Oui!

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Mon conseil : si tu veux que le lecteur puisse bien distinguer le changement de narrateur, il faut qu'il y ait malgré tout des différences marquantes, à la fois dans le style, dans le choix des mots et des expressions, éventuellement dans l'humeur et également dans le contenu (la vision des choses).
J'ai déjà essayé de changer le niveau de langage, mais je laisse tomber cette option, tout simplement parce que écrire dans un langage familier n'est pas ma tasse de thé.

L'humeur (et la vision des choses, que je mets dans le même panier)... je le fait un peu. Mais comme c'est dans une situation bien spéciale (ils sont enfermés dans une maison avec un tueur et doivent jouer à son jeu morbide toute en aillant une bombe de collé au front) ma gamme d'humeur est assez limité. Pour l'instant j'ai joué avec la peur, la colère mais aussi la combattivité (comme la victoire au jeu signifiait la vie sauve, certains personnages préfères donner tout ce qu'ils ont plutôt que de se morfondre). Cependant, je doute que je puisse mettre l'ennui, la joie, l'excitation... 

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Tu peux peut-être aussi jouer sur les longueurs de phrases (certains enchaînent les phrases courtes tandis que d'autres n'hésitent pas à s'étaler un peu), trouver des tics verbaux (quelqu'un qui rajoute régulièrement "n'est-ce pas ?", qui commence souvent ses phrases par "moi je"...).

Oui, je crois que ça pourrais être des outils intéressants... je vais voir si ça peut coller à mes personnages!

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Ce que je fais aussi pour essayer de différencier mes personnages : je les identifie à un personnage ou un acteur célèbre ou une personne que je connais, avec une personnalité bien marqué et certains traits typiques dans le phrasé et les gestes

Ça aussi, ça pourrait être une bonne bouée.

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On a tous nos tics, notre façon d'écrire, et il faudra que tu arrives à sortir de ton moule.

Oui, je pense que mon problème c'est que je me suis lancé dans quelque chose de trop gros pour mes capacités actuelles! Car au début j'essayais de faire une grande différence dans la forme... mais je me rendais compte que ça rendait juste cela illisible. C'est comme si au défi décrire une forme intéressante s'ajoutait le défi décrire des formes intéressantes qui sont associés à mes différents personnages...

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Et, le mieux, est d'avoir des personnages diamétralement opposés, que ce soit dans leur personnalité ou dans leur environnement.

C'est ça le problème, je crois que je n'ai pas pris les bons personnages pour faire ça.

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Tu peux jouer aussi sur la différence d'âge, de classe sociale, de niveau d'éducation, l'environnement familial, etc. pour adapter la manière de parler et de penser de chacun.

Oui... mon problème aussi avec la manière de pensé, c'est que comme c'est un roman policier (whodunnit), il y a des éléments bien important qu'il faut que je glisse dans l'histoire. Et il y a souvent affrontement entre ce que le personnage devrait dire et ce que moi l'auteu  je veux y mettre. Et dois avouer, non sans un peu de honte, que c'est souvent le personnage qui perds et l'auteur lui fait dire ce qu'il trouve important...

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tu peux t'inspirer des tambours de la pluie (kadaré), d'asiles (jauffret), où y a des changements de narrateurs, négociés de deux manières très très différentes d'ailleurs. dans evguénie sokolov (gainsbourg) aussi un peu à la fin

Merci! Je devrais aller y jeter un coup d'œil!

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Mais, encore une fois, je doute que cela soit efficace (supportable ?) au delà de trois ou quatre personnages.

Il y en a une dizaine...

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Sinon, il est aussi possible d'énoncer explicitement le personnage qui parle.

Je n'ai pas nécessairement de problème à indiquer qui parle. Mon problème c'est de profiter de cette narration pour enrichir mes personnages, leur donner une couleur.

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Mais à mon avis, compter uniquement sur les tournures et le vocabulaire, même pour des personnages très différents, c'est un peu suicidaire.

Je commence à me dire ça moi aussi...
« Modifié: 18 Juillet 2013 à 20:28:08 par Bey »

Hors ligne Ned Leztneik

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Re : Narrer à un "je" qui se démarque.
« Réponse #9 le: 26 Juillet 2013 à 17:16:53 »
Vous semblez avoir oublié quelque chose : les personnages AGISSENT. De manière différente . Cela est également important pour les distinguer, outre la manière de parler. J'avais lu il y a quelque temps un roman, pourtant publié chez Grasset (Judas le transparent, de Jacques Chessex), qui utilisait cette technique du "je" pour plusieurs personnages mais j'ai eu des difficultés à distinguer les différents intervenants de l'histoire .

L'histoire est devenue beaucoup plus claire quand l'auteur, outre le "je" des personnages, a commencé à utiliser un moment le narrateur à la troisième personne. Si chacun des personnages ne raconte pas précisément ce qui lui arrive/ce qu'il fait et ce qui le relie aux actions des autres, le fil conducteur peut être difficile à trouver.

Il faut que les personnages soient extrêmement typés et très bien définis pour que cela fonctionne, et il faut sentir dès les premiers mots lequel raconte, sinon c'est perdu.

Il y a une autre difficulté pour le lecteur: il me faut en général deux chapitres (ou un, mais  assez long) pour bien m'imprégner d'un personnage, et si le narrateur change au bout d'un chapitre, je n'ai pas forcément envie de continuer la lecture.

Un exemple d'astuce pour distinguer des personnages qui parlent à la première personne:

- Je te dis que c'est une télé couleur
- J.. je t.. te dis que c'est pas vrai, elle est en noir et blanc

(...)
narrateur à la troisième personne -> le noir est une couleur et le blanc est une couleur (suite de l'histoire, par exemple, procès, juge, etc ...)
(...)

- J.. Je.. je suis pas d'accord
- Tu vois bien que c'est une télé couleur !
- S.. sa .. salaud tu m'as arnaqué.

Vous aurez tous compris que la victime est celui qui bé.. bégaie.
« Modifié: 26 Juillet 2013 à 17:31:45 par Ned Leztneik »
Il est dit parfois que toutes les guerres ne sont que des guerres de religion. Alors dites-moi le nom de ce Dieu qui les autorise à tuer l'amour. (apologue d'Alegranza)
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