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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Déjeuner au soleil

Auteur Sujet: Déjeuner au soleil  (Lu 1246 fois)

Hors ligne Fahrenheit

  • Calligraphe
  • Messages: 105
Déjeuner au soleil
« le: 05 mai 2013 à 23:31:23 »
Bonsoir !
Je n'aime pas trop ce texte. Je trouve qu'il y a quelque chose en trop, ou qu'il faudrait rajouter, mais je ne sais pas quoi. C'est très agaçant. Ou alors c'est le personnage qui ne me convient pas, à voir. Donc, je le poste ici pour me l'enlever de la tête, à la manière d'un bouton qu'on éclate.
Bonne lecture !

Un rire gras me distrait de la contemplation des motifs de l’assiette en porcelaine posée devant moi. Il y a une telle perfection qui émane de ce dessin gravé à même la vaisselle et recouvert de minces feuilles d’or que je considère aussitôt comme criminel de m’y arracher avec cette éructation digne d’un porc. Je soupire longuement, abandonnant à regret ma béatitude, et regarde autour de moi.
Le Paris de onze heures est plutôt calme, je suis le seul client assis à la terrasse remplie de petites tables blanches de l’Assaggio. C’est la première fois depuis bien longtemps que je sors manger, et j’entends les violons de la symphonie qui émane de l’intérieur de la salle. J’attends mon café, le serveur se fait long, je vais le signaler. Je me détends dans la chaise blanche, et observe mon reflet dans une petite cuillère, et un bel homme, dans la trentaine, m’observe de ses yeux bleus, glacés et calculateurs. Comme tous les jours, j’ai mis un costume noir taillé sur mesure, comme si je représentais une forme d’autorité ou de modèle à suivre.
J’aime ça. Je peux regarder un homme dans les yeux jusqu’à ce qu’il les détourne, et le voir retourner taper sur son clavier avec deux fois plus de vigueur dans l’espoir d’un jour me ressembler avec une satisfaction certaine. Je peux rentrer dans une pièce et voir tous les regards tournés vers moi, comme s'ils attendent que je leur apporte le salut auquel ils aspirent tous si ardemment. J’observe en souriant cette course au bonheur et à la réussite, cette frénésie presque bestiale pour se frayer un chemin jusqu’au sommet de la réussite, de ma réussite, l’ascension pour l’apothéose ! Je les vois dans ce qu’ils ont de plus primitif et misérable, soumis non pas par les chaînes, mais par la volonté de devenir la grotesque imitation d’un seul homme.
Un bruit familier arrête mon monologue intérieur, et efface mon sourire. Encore ce rire grossier, suivi d’un homme obèse, d’un enfant bruyant et du serveur qui m’apporte mon café. Le père et le fils s’assoient à une table près de moi, et prennent commande pour le déjeuner. Je les entends badiner et raconter leurs vies comme la plus palpitante des séries B. La surprise d’un tel culot m’empêche de réprimander le serveur paresseux. Ils rient ensemble d’une plaisanterie vulgaire, boivent, parlent, tandis que je reste là, choqué par leur impudence, et sentant un sentiment nouveau grandir en moi.
Je crois que ça s’appelle la solitude. Ce mot me percute avec autant de violence qu’un train à grande vitesse, me coupant le souffle. Je n’ai jamais été seul. Mes mains se crispent sur les rebords de la table, sur laquelle ma tasse oscille comme mon cardiogramme à ce moment même. Une vague de désespoir m’envahit, encore une sensation inconnue jusque là. La sueur coule de mon front pour s’écraser sur le pavé, et un goût de bile emplit ma bouche.
Il faut que cela cesse, par n’importe quel moyen. Frapper quelque chose, briser quelqu’un, mettre fin au chaos pour rétablir l’harmonie si vitale. Si je te brise le crâne à coup de chaise, gros porc, est ce que ton gamin arrêtera de rire ? Peut-on me reprocher de détruire leurs vies alors qu’ils viennent de détruire la mienne ? Peu importe. Je m’apprête à me lever quand j’entends une voix douce derrière moi.
« Excusez-moi, je peux m’asseoir ? »
Ces mots sonnent dans ma tête comme une annonce de montée en bourse. Je me retourne un peu trop brusquement et contemple la femme en robe rouge et escarpins, à temps pour voir son sourire aguicheur disparaître.
« Oh… Est-ce que ça va ? »
J’efface la tension de mon visage, et lui offre mon plus beau sourire de requin de la finance :
« Oui, ça va… Je vous offre quelque chose à boire ? »
« Modifié: 07 mai 2013 à 17:52:07 par Fahrenheit »
Dieu n'a pas fait de paupières pour les oreilles.

Hors ligne HB

  • Prophète
  • Messages: 656
Re : Déjeuner au soleil
« Réponse #1 le: 06 mai 2013 à 21:24:29 »
    Un rire gras me distrait de la contemplation des motifs de l’assiette posée devant moi. Une certaine perfection émane de ce dessin recouvert de minces feuilles d’or. Je soupire longuement, puis regarde autour de moi.
    Je suis le seul client assis à la terrasse de l’Assaggio. J’attends mon café. J’observe mon reflet dans une petite cuillère et un bel homme, dans la trentaine, m’observe de ses yeux bleus, glacés.
    Comme tous les jours, j’ai mis un costume noir taillé sur mesure, comme si je représentais une forme d’autorité ou de modèle à suivre.

Hors ligne Aquarelle

  • Aède
  • Messages: 233
Re : Déjeuner au soleil
« Réponse #2 le: 06 mai 2013 à 22:44:59 »
Bonsoir !

Citer
Il y a une telle perfection qui émane de ce dessin gravé à même la vaisselle
Hum, si c'est un dessin, ce n'est pas gravé, non ?

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et observe mon reflet dans une petite cuillère.
Dans une petite cuillère, son reflet doit être plutôt déformé, non ? :)

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Comme tous les jours, j’ai mis un costume taillé sur mesure noir, impressionnant les gens, comme si je représentais une forme d’autorité ou de modèle à suivre.
un costume noir taillé sur mesure plutôt, ça passe mieux dans ce sens
Le "comme si je représentais etc." me fait bizarre dans la bouche même du narrateur, parce que ça me semble un commentaire vraiment extérieur. Pour moi, soit il veut représenter cette autorité et dans ce cas c'est plus quelque chose comme "pour souligner mon autorité ou montrer que je suis un modèle à suivre" (c'est moche comme tournure mais c'est juste pour expliquer ce que je veux dire), soit il n'en est pas vraiment conscient et du coup ces mots n'ont pas vraiment leur place là. Je ne dois pas être très claire...

Citer
comme si ils attendent que je leur apporte le salut auquel ils aspirent tous si ardemment
s'ils

Citer
La surprise d’un tel culot m’empêche de réprimander le serveur paresseux, je reste bouche bée devant cette fierté de leur propre médiocrité.
Je trouve ça un peu maladroit comme phrase...

Citer
rétablir l’harmonie si vitale.
Je trouve ça maladroit. Parce que vital, c'est déjà... eh bien, vital, quoi. Du coup, le "si" ne me semble pas nécessaire.

Le décor est assez bien planté, le texte est plutôt bien construit. Par moment, il m'a semblé qu'il y a de petites maladresses de style. Par contre, j'ai trouvé que la progression était un peu étrange, à partir de ce moment :
Citer
Je crois que ça s’appelle la solitude. Ce mot me percute avec autant de violence qu’un train à grande vitesse, me coupant le souffle. Je n’ai jamais été seul.
Alors qu'on a un personnage parfaitement content de lui et fier de sa réussite, il me semble qu'il est très vite, trop vite déstabilisé par une situation extrêmement banale. Même sans beaucoup côtoyer des gens "ordinaires" il devrait tout de même y être plus habitué. Et sa réaction est très forte, son cœur s'emballe, il ressent une intense solitude immédiatement, ce qui paraît un peu incohérent...
Le rétablissement final en revanche m'a plutôt convaincue.

Hors ligne Fahrenheit

  • Calligraphe
  • Messages: 105
Re : Déjeuner au soleil
« Réponse #3 le: 07 mai 2013 à 17:58:16 »
J'ai corrigé quelques petites choses, je pense que ça passe déjà mieux.
Pour la cuillère, j'ai surtout voulu insister sur ses yeux, pas sur des détails de son visage en général.
Pour le costume, je vois ce que tu veux dire, je vais essayer d'arranger ça.
Et pour l'élément déclencheur, effectivement, on passe un peu trop vite de la fierté au sentiment de solitude, j'avais écrit quelque chose de plus long à la base, mais ça ne "collait" pas, je vais réécrire ça ce soir.
Merci de vos réponses !
Dieu n'a pas fait de paupières pour les oreilles.

 


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