Traînant les pieds dans la peur, lui suçant jusqu’au sang toute l’amertume de ma haine, je lui criai « je t’aime ». Féroce, mon ardeur m’emprisonnait dans l’étau de l’abject.
J’avais banni, depuis mon insolente nuit, la douceur des candeurs de la vie. Elle était là, telle une lame tranchant le corps des abîmes du temps. Défraîchie par l’horreur d’une jeunesse passée, je pleurais la souffrance de l’âge annoncé.
Je vantais sous un rire grotesque, l’ironie de mon assaut de vampire qui tentait de vomir, sous mon air dévasté, la splendeur avilie. Et je compris dès lors ce que signifiait la laideur. En pareille situation, j’aurais tué la monstrueuse bête qui, grandissant, prenait place au cœur de mon être affligé. Mais au contraire, je fus prise de compassion.
Et je l’adoptai comme une âme fidèle, pour l’apprivoiser et lui tenir raison, car j'étais gagnante par ma volonté de croyante de parfaire mon orgueil d’aimante.
Je voulais obtenir l’allégeance pour pardonner l’infidèle trahison, et bâtir à nouveau, par de nouveaux horizons, la beauté qui résonnait en son nom. Mais je ne le pus, car malgré toute la volonté dévolue à son impudique ferveur, elle était trop présente et exigeante puisque seuls ses élans atteignaient une valeur obsédante.
Alors je compris que c’en était fini et que la Gloire s’enfuyait comme une ennemie.