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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Coeur céleste. [ Prose et autres divagations sensorielles. ]

Auteur Sujet: Coeur céleste. [ Prose et autres divagations sensorielles. ]  (Lu 1981 fois)

Hors ligne Necryos

  • Tabellion
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Coeur céleste. [ Prose et autres divagations sensorielles. ]
« le: 18 Février 2013 à 22:40:49 »
De ce rêve éveillé où l'Univers est sien.
 
Tandis que je marche en appréciant la rosée à mes joues garnies, mon esprit miroite au plus loin jusqu'à se fondre aux courbes des sites de ce biome majestueux. C'est la larme à l’œil, - qui se scinde jusqu'à former une mer aux vagues pures et exemptes d'écume, que je chantonne, et le décor me répond de ses échos frivoles, ainsi recèle-il de quelque mélancolie semblable à la mienne, celle qui m'a enfanté depuis toujours ; du berceau à maintenant et probablement jusqu'au tombeau de granite. Sur le chemin fragmenté de fleurs édéniques et nouvelles, la lumière du printemps, colorée et irisée, inonde mes pas et indique ma destination, déjà écrite et visitée par d'autres hommes appartenant à des âges différents. Plus loin, les amanites se parent d'élégantes spores féeriques sujettes aux efflorescences ; leurs pores sphériques sont autant d'appendices permettant aux insectes de passage de trouver un refuge transitoire.

En passant près de deux troncs secs garnis de lys énormes, qui de leurs vibrations dessinent une pléthore de mosaïques émotionnelles, je peux voir la densité des clairières pellucides plongées dans une tiédeur agréable et soudaine. En levant les yeux, je suis à demi aveuglé par les soleils flavescents qui bâillent de leurs rayons d'or, alors qu'ils dévoilent la poussière aux teintes du safran qui se lève du sol boueux pour retomber calmement sur des branches étales qui ne subissent aucun vent.

Plus loin, une tour jonche là, patiemment elle attend de disparaître, impassible à tout changement de météo. Unique structure humaine subissant la désolation du temps, anomalie parmi les flores trônant péniblement entre deux lisières qui semblent vouloir se caresser - autour, les cimes de quelques arbres mellifères sont brossées par un ciel parme, presque violâtre, rappelant les amarantes endormies qui rêvent aux vastitudes verdoyantes.

La bâtisse est sculptée dans une roche rappelant l'améthyste, scintillant des feux solaires. A son sommet flotte un sidéral balcon marbré et entortillé, investi de lierres et de plantes grimpantes qui, illusoirement, touchent presque l'horizon et son drap lazulite grignotant les paysages éloignés de son immensité claire, intensément froide.. Une esquisse se devine ensuite, plutôt divine, faisant son apparition, et avec elle, l'attraction d'un silence profond et paisible. Les éléments se taisent, sans poids aucun pour rivaliser. Le pas lent de la silhouette, presque lévitant, installe une sérénité complète et immersive aux environs, les lieux s'en trouvent radicalement changés, bien plus chatoyants. Une Femme, - désir infini et inaccessible des amants passés et futurs, terriblement belle, au visage mordoré, au corps sensuel, - celui qui fait déjà hurler mon cœur, ouvre délicatement sa robe cousue de tissus orientaux, dont la parure rappelle les déserts brûlants de contrées inaccessibles et dont le voile flottant aux brises laisse imaginer la rondeur des lunes vertes de maintes galaxies inconnues et éloignées de cette Voie lactée ; tandis que ses dentelles décuplées remémorent les vêtements traditionnels de la Perse en des temps plus reculés, ou bien de l’Égypte ancienne sous l'égide de pharaons priseurs de femmes tendres aux lèvres satinées et de rêves doux aux contours miellés. Je suis pourtant si loin mais je distingue chaque courbe élémentaire de son galbe princier, devenant le fief des terres luxuriantes qui entourent sa demeure.

La nuit tombe doucement, et avec elle, autant d'étoiles pourprées. Nos regards se croisent et mes yeux se perdent dans les siens, ma vision se noie face à ses miroirs de jades pétillants où le temps a laissé place à des reflets d'éternités. Ils sont changeants, apprivoisent toutes les nuances existantes et incréées. Devenant soudainement translucides, ils se fendillent légèrement et une formation de kaléidoscopes fait son apparition, avivant les vies encore éveillées.

Je tremble, elle ne flanche pas. Je détourne mes yeux et vois passer une nuée de corbeaux s'entremêlant dans le goudron crépusculaire toujours maculé par les astres qui nous regardent.

Voilà que je m'effondre et m'endors malgré moi dans l'herbe haute avec pour seule consolation les sphères du sommeil qui, ce soir-là, m'apportent des songes panachés et innombrables, tous reliés par des ponts atemporels et oniriques. Je visite des mondes, mais aucun ne peut me satisfaire dès lors que j'ai pu la voir.

Je me réveille lorsque l'aube superbe est suspendue aux lèvres du ciel, radieuse. Elle ne se trouve plus ici, son Amour non plus, le dessin de sa demeure a quitté cette terre, s'est estompé de cette ère, elle s'en est allée nourrir l'inexistence : je suis rongé par un mal similaire à une amertume latente, le désespoir qui végète en moi me fustige. et, il me semble alors que j'ai dormi bien plus d'une nuit, d'une semaine ou même d'un siècle.

Car lorsque je vais, un peu plus tard dans la matinée, m'épancher au terme d'un ruisseau glacial, je vois dans mon reflet trouble et flou, non pas un cadavre exquis, mais un crâne décharné et des os rattachés encore par cette seule condition : d'infimes ligaments, ou, j'ose le croire, car j'ai ainsi défié la mort elle-même, par mon insatiable envie de vivre... pour la revoir.
Rien ne saurait être complet ni entier qui n'ait été déchiré. ~ William Yeats

Hors ligne Necryos

  • Tabellion
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Re : Coeur céleste. [ Prose et autres divagations sensorielles. ]
« Réponse #1 le: 18 Février 2013 à 23:12:04 »
De la flamme à l'étincelle, de la bougie démunie à la lueur abolie par les soirées, au-delà de l'existence de l'ombre et de la lumière qui l'accompagne, dans la pupille à semi-close qui masque une partie de son iris constellé, je perçois l'immense paradoxe des merveilles de ce monde. Non, que la beauté puisse être ainsi rattachée à l'effroyable, est-ce seulement possible ? Dans l’œil de l'Aimée, sous l'abat-jour de l'amour, les vents cycliques rêvent en silence et dansent sous les cils de l'aisance. Doucement, un paradis s'éveille, un paradis se lève. Lentement, ce paradis diaphane devient vermeil. Tendrement, il s'éclipse... dans le magma des puits, dans le feu maudit.
Rien ne saurait être complet ni entier qui n'ait été déchiré. ~ William Yeats

Hors ligne Necryos

  • Tabellion
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Re : Coeur céleste. [ Prose et autres divagations sensorielles. ]
« Réponse #2 le: 30 Mars 2013 à 23:46:46 »
Ma langue se perd sur ta peau, et si... ?
( Testament d'un névrosé. )

Bienvenue dans mon repaire sans repères, tu n'y trouveras aucune bordure pour t'y accrocher, tu chuteras nécessairement dans cette fosse à fange. Prends un coussin si tu ne veux pas te péter le coccyx. Profites-en aussi pour poser ton esgourde sur l'une de ces parois organiques, juste-là, mais pas trop longtemps non plus, les murs de mon antre n'ont pas d'oreilles, mais aimeraient bien en avoir, - et écoute couler attentivement les sources de feu jusqu'aux puits, tu t'imprégneras des aboiements du vide. C'est tout ce qui subsiste encore au-delà des frontières de mon atelier, le vide qui claque des dents, terrifiante scène, sempiternel grondement. Bienvenue, oui, dans mon monde incandescent, les lecteurs ne s'y attendent pas, mais leurs muqueuses finissent liquéfiées sous les chancres syntaxiques, subjuguées par les arômes empyreumatiques. Sens-tu les vers qui gigotent dans ta trachée ? L'écriture, ma folle décadence, qui s'exprime dans tes globules contaminés ? Le lithium de mes rêves étouffés qui se déplacent sur ton visage de marbre ? Le Pandémonium est une fête foraine, en comparaison. Je choisis mes règles. Dois-je te souhaiter une troisième fois la bienvenue dans ce chaos sans fond où la logique est une courtisane que mes démons ricaneurs ligotent avant de violer ? J'ai été suffisamment affable. Comprends ce que tu peux, mangeur de mots. Tu ne veux pas comprendre, n'est-ce pas ? Ce qui s'ensuit est aussi libre de sens qu'une élémentaire particule, aussi fondé qu'un néoplasme qui nage dans une baignoire encéphalique, aussi tendre qu'un phallus empâté dans la mâchoire fracturée d'une souveraine, et tout aussi sensé qu'une dépouille capable de vociférer. Te voilà dans les ténèbres de ma tête.

J'y suis
J'y viens...
Je jubile
D'ici, je vois...

Le ravissement visuel offre l'égarement absolu. Quand la lyre délicieuse se met à trembler, le torse bat une mesure indicible, unique moment de bonheur avant de sombrer dans d'obscurs réceptacles hormonaux. Les effusions débutent, la réalité tournoie à en filer la nausée.

Dans l'alcôve fermée reposent des meubles vieillissants. En son centre, elle, vaguement femme, plutôt l'être, se détend dans un lit, bourbier déviant, s'abandonne aux voyeurs à la lumière de l'Oubli, elle et ses volutes séraphiques n'ayant pas subi les outrages des secondes. Pas encore. Ses éclats de rire brisés sont autant d'angoisses déguisées, maquillées, des lames qui, sous les déchirures du larynx, vont finalement s'accrocher au baldaquin. Ses soupirs sont des envies avortées qui s'échappent au plafond meurtri. Ses souvenirs balafrés réapparaissent parfois sur ses bras, lointaine plainte de son passé trouble. Son haleine d'arsenic, sa mine cynique... Je chavire, bascule pour laver ma tentation confuse sous les filtres d'une ampoule jaune. Les coutures sont soutirées durant ses expirations presque inaudibles, calmement elle expie ses vices en retirant son bas. La silhouette auparavant abstraite prend forme. La vision me dérobe une stridence. Elle pose pour moi. J'essaie vainement de la retranscrire sur une page qui transpire de tous ses pores. Je ne dessine pas, non. Je dépose des syllabes décimées lorsque ses cils abscons daignent se mouvoir dans le sérum de mon absence. Ils oscillent, abstraits, bien que rarement, et dégagent la poussière de l'enfer.  Mais dans cette boîte à musique où les litanies s'endorment, au gré de mon stylo qui se plaît à torturer les autres, la beauté se déforme, son faciès hors-norme se tord et convulse. J'ai accouché d'un macchabée, ma panse est vide … Je végète, elle jette un long cri, s'émiette face aux boulons, au plomb, ma phal...ange dans sa chute se lamente. J'ai fouillé toutes les parcelles ondoyantes de sa lubricité naturelle. L'impie n'y verrait qu'une carcasse vaseuse dotée de deux mamelles. Il oublierait de ressentir avant de voir, de prendre le pas avant de jouir et perdre pied sous l'élixir du rapport dissolu. Mais les pulsions du mal sont insolubles.

Je plaide ébauche, complaisance de la débauche raide. Je trouve l'ivresse dans la paresse anacréontique. Sa main, maintenant féline aux manies érotiques, m'emmène un moment ailleurs, quand, en tailleur, elle se démène telle une sorcière malmenée et apprivoisée à la crinière boisée. Ses doigts créent mes lois. Emprise empirique, de pire en pire. Un doux larcin sur son nez, un amour facile à peine né.

Peine et...

Rouge purpurin annonciateur sur son palet indésirable, ondulations impétueuses sur les crêtes de ses épaules cendrées, devenues peu à peu blafardes à en mimer les tombes immémoriales. Reflets carmélites à sa chevelure empoisonnée, serpents des hémisphères, gorgones fauves, crinière luxuriante, toison océanique putrescible que la macabre courbe temporelle défraîchira tôt ou tard. Lèvres suspendues au silence. Les suçons sont sangsues, dessous. Maux usés, bouche cousue à l'ardeur d'une frêle cigarette. Cordes de l'immortalité, vocables de succubes, copulation obsessionnelle, juste une cuillerée d'immoralité, vibrations du langage langoureux lascif et léger incapable pourtant de s'exprimer. Respirations imperceptibles, vigueur thoracique. Bustier qui va, qui vient, qui râle lorsqu'il est arraché par la main de l'impatience. Tempes orageuses. Pommettes flétries ou fossés prodiges, fossettes trop osées, fausse beauté ? Joues remarquables, gonflées de désir, colorées par la clarté aveuglante des lampes, mâchoire plongée dans le flamboiement des heures, pomme d'Adam gorgée de rêveries sibyllines et d'héroïne. Fumées du cœur, frénésie fugace, vapeurs du néant, restes d'organes consumés dans la chaleur d'une chambre assaillie de cauchemars. Le Shéol nous enrobe de ses braises déçues. La fournaise ricane. La description s'écrit d'elle-même, l'esquisse d'une reine endiablée, son ombre qui sensuellement disparaît derrière un rideau en damas. Espoirs jetés à l'écrin. Saveur de la délivrance à sa lippe dégoulinante. Faire mûrir la douceur de la douleur à son potager. Faire mourir son cœur puis en retirer le garrot. Mé-fi-ance.

Iris smaragdins où tantôt le sang d'encre se déverse, paupières abattues, herses d'où s'échappent ses prières, pupilles torves rappelant les anges contemplatifs, déifiées de délires, fixées dans le vague, ceux-là qui oscillent entre avidité et perversion avant d'être abandonnées de toute couleur. Orbites crasseuses sans terminaisons, stemmates évidés sous l'influence des stigmates de Lucifer. Je deviendrai son tentateur, son sujet, son attribut, dévoué à ses caprices, enchaîné à son verbiage, même au ciel... Bêler, la bête s'y consacrera. Usure physique. Hédonisme refoulé. Extase sexuelle. Salive abondante, glissant aux précipices de sa vulve libidineuse. Extinction de la pureté. Sueur édénique perlant sur ses poignets, pampres appréciant les faisceaux des pourpres soleils polaires, toujours tourmentés. Gémissements de sa singularité lassée, échouant à l'étreinte tenace. Robe de soirée à demi déchirée dévoilant les chimères de son épiderme effilé, sphincter abîmé, lividité d'une enveloppe charnelle en proie à l'essoufflement, entaillée par les griffes de siècles trop lents pour subsister, subissant les bâillements du vent venant de l'Empyrée. Poitrine saillante en guimauve accrochée au reste de la mécanique corporelle qui danse et pense toujours, affamée, arabesques endiablées, en son sein superbe réclame un sillon, acclamant les dents autrefois accrochées au téton souillé. Cognement sur cataracte rénale, jambes immergées dans des collants insolents, calmement je distingue les courbes primaires, dos baigné de lumière, croisement d'yeux célestes, fesses affaissées, déesse issue du souffle sacré, sadisme nacré sous ce drap d'un soir, satin humide et déboire, chevilles déliées par le matin atrophié, pieds trop fiers détachés de l'anatomie car... Je suis faible... qu'ai-je fait à l'abri des regards ? Après avoir fait l'amour à l'âpre rose ? Après avoir déversé, indolent, la semence distillée aux pistils garnis de stérilets ? Après avoir retiré les fruits de ma passion pourrie, et grignoté la jouissance sur son cœur, à en crier ? Consternant ce sternum, j'y glisse mes pouces, immisce ma douce plainte dans l'orifice artificiel. Dire je t'aime à un diadème, dénouer les ficelles émotionnelles des fissures de l'esprit. Défilé de défis, je l'aiguise, mon glaive entre ses cuisses mouillées, sans honte sans rage, de fil en anguille, en guise de vicieuse vanité.

Elle restera une vulgaire chenille, car...

L'ichor tiédi la défigure, l'empêchant de dévoiler ses ailes, éternelle liqueur exsudée par sa luxure filamenteuse et qui sur son arcade forme des cascades salées, nectar imbuvable, cyanure infect s'effondrant jusqu'à sa clavicule. Haut-le-cœur face à cet humus qui fera naître d'énormes fongus. Ça empeste le foutre spongieux. En outre, son ventre bien garni est recouvert de récréments. Au pied de la couchette, une flaque de songes, résultat d'une vinaigrette de sperme, semble suinter du sol indigné. En s'affalant, affolée, elle y voit mon visage.  Je suis son désastre, sa sentence, sa damnation, sa tristesse, son amant inavoué. J'infeste sa langue, je la souille, j'en deviens gras, mais rajoutant mes psychoses. Le noircissement des feuilles se poursuit sous l'eau, tonique jusqu'à s'en saouler, et le cerfeuil contre ma paume s'envole. C'est l'ascenseur des plaisirs, l'ascension des plaies cireuses salées, c'est long, au salon sali, embrassée par la mort, elle, morsure, dame qui plut, me plut, magique mais tragique, torride, inaccessible comme le myrte qui se développe sur les bagues saturniennes, et maintenant impassible. Elle ne m'appartient désormais plus, ne soufflant plus son appétit à mon oreille. Elle a pourtant le regard envieux, les prunelles pétillantes. Le ciel s'éteint. Je retire le coussin de son visage, sur lequel se dessine une fausse innocence. Elle a l'air paisible, attendant que je vienne chuchoter à sa tempe quelque succinct serment spirituel, brouillard spiritueux pour les superstitieux. Où sont passées les flaveurs ? Que de puanteur post-mortem. Harmonie abolie, embolie anormale.

Je l'ai enterrée, ma poésie décatie, dans son jardin secret, là où elle aurait souhaité s'endormir, l'intimité en moins, à l'ombre d'un cerisier sécrétant l'agonie. Ici, où elle passait trop souvent à mon goût, en compagnie de quelque oiseau qu'elle appréciait plus que moi. J'en avais marre de ses lubies, de ses problèmes, je voulais juste qu'elle me fasse redevenir moi-même. Je ne me retrouverai plus jamais. Mais je ne pouvais pas lui pardonner de m'avoir quitté, d'avoir délaissé l'imagination acquittée par mes muses, le déluge de mon cortex.
Rien ne saurait être complet ni entier qui n'ait été déchiré. ~ William Yeats

World End Girlfriend

  • Invité
Re : Coeur céleste. [ Prose et autres divagations sensorielles. ]
« Réponse #3 le: 31 Mars 2013 à 00:20:27 »
Merde, tu viens de m'ouvrir les yeux là. On me reproche souvent d'en faire trop, mais du coup comme je trouve que les autres n'en font pas assez j'ai du mal à saisir ce qu'on me reproche. Sauf que là, en te lisant, je comprends.
T'es pire que moi, mais genre, à des années lumière, le summum du "qu'est-ce-que-t'as-fumé-pour-me-pondre-ces-images-là"  :P
Bon, plus sérieusement, la raison pour laquelle peu de gens commentent tes textes, c'est que tu t'embarque dans des délires métaphoriques what-the-fuckique impossibles à décrypter, c'est beau, y'a du vocabulaire et tout et tout, mais on pige que dalle, on capte nada, on a juste l'impression que tu vomi des arc-en-ciel....
... Ou pas...
Franchement, je ne sais pas, je ne sais plus, en lisant le second extrait je suis sur les fesses, t'es quoi au juste ? Un génie intérgalactique (sans ironie) ? Et le troisième... Sérieux ? Tu sors d'où ? Cette profondeur, ce style, mais... mais... ahhhhh  :aah:

Bon, sérieux (pour de vrai là), j'ai jamais vu quelqu'un avec autant de potentiel. Non attends, ce n'est pas assez fort, entre toi et la dernière personne en qui j'ai vu du potentiel, il y'a une galaxie de différence.
Maintenant, le problème, c'est que tes textes sont trop "aériens", t'en fait trop puissance infinie, alors qu'en restant simple et en instillant une ou deux super images par paragraphe t'aura un effet beauuuuucoup plus cool.
L'écriture c'est surtout un équilibre à trouver entre raconter une histoire le plus clairement possible, et mettre des trucs jolis pour faire rêver le lecteur, c'est ce qu'il y'a de plus dur au fait, faire simple et beau.   
Voilà... Je sais plus quoi dire...

Hors ligne Necryos

  • Tabellion
  • Messages: 28
Re : Coeur céleste. [ Prose et autres divagations sensorielles. ]
« Réponse #4 le: 31 Mars 2013 à 12:28:14 »
Salut !

De prime abord, je te remercie pour ton commentaire. ( Je sème toujours ma gratitude un peu partout, n'y prête pas attention. )
Eh bien... tu as sans nul doute raison, la lourdeur est omniprésente et, au bout du compte, c'est forcément désagréable pour le lecteur de passage. ( Qui soit n'y comprendra rien [ cependant l'on peut attribuer le sens que l'on voudra bien attribuer, c'est de la prose poétique après tout, donc par essence elle est sibylline ; il n'y a pas forcément de signification première. ] soit se forcera à lire pour s'efforcer de comprendre et là, ça devient la misère pour ses globes oculaires. )
Cependant, il s'agit d'une pesanteur souhaitée, d'une attraction en corrélation avec les thèmes abordés, entre autres. ( Tout ça pour dire qu'il ne s'agit pas d'une maladresse de ma part, ainsi je me déculpabilise exhaustivement et me déleste de ce style alambiqué pédant emphatique etc... Je m'exaspère, pour le coup. )

La plume me possède, parfois. Littéralement et littérairement parlant.

Je posterai d'autres textes à l'occasion, globalement moins pompeux sur la forme. ( Mais qui n'ont pas pour autant un fond intéressant, et c'est là mon principal problème.
Autant je m'essaie à quelque exercice de style lorsque l'envie me prend/à mes heures creuses, autant pour faire aboutir de plus nobles desseins via mon encre... même pas la peine d'y songer. )
Certains d'entre eux sont pour le moins singuliers esthétiquement, mais c'est plus frivole dans l'ensemble. ( Ce qui est déjà un bon point, en soi. )

Au (dé)plaisir. [ Je viendrai te lire à l'occasion. ]
Rien ne saurait être complet ni entier qui n'ait été déchiré. ~ William Yeats

Jon Ho

  • Invité
Re : Coeur céleste. [ Prose et autres divagations sensorielles. ]
« Réponse #5 le: 31 Mars 2013 à 14:37:52 »
Hello

C'est très agréable à lire, même si l'absence de compréhension à la première lecture peut gêner les moins courageux.
Tes mots coulent dans ma tête et travaillent mon imagination sans que je n'ai besoin de beaucoup la stimuler.

C'est lourd certes, mais après tout pourquoi pas. L'empreinte de l'éléphant est elle forcément moins élégante que celle du moineau ?

Merci pour cette très agréable lecture
Au plaisir

Hors ligne Necryos

  • Tabellion
  • Messages: 28
Re : Coeur céleste. [ Prose et autres divagations sensorielles. ]
« Réponse #6 le: 31 Mars 2013 à 15:03:16 »
Citer
Tes mots coulent dans ma tête et travaillent mon imagination sans que je n'ai besoin de beaucoup la stimule

En un sens, ça freine la sensibilité du lecteur, mais c'est un parti pris. Les paresseux seront servis, tout du moins sur le plan de l'imagination.
Reste à extirper un sens de cet amas abscons.

Citer
C'est lourd certes, mais après tout pourquoi pas. L'empreinte de l'éléphant est elle forcément moins élégante que celle du moineau ?

Je valide cette réflexion. Et pourtant je préfère la légèreté. Mais.. mes mots sont aux antipodes de cette dernière, ils incarnent la densité, l'alanguissement des sens. Sacré paradoxe. Je suis un paradoxe.
Merci pour ton passage ici, n'hésite pas à refaire un tour à l'occasion. ( Lorsque j'aurai étalé une autre chiée de textes. )

« Modifié: 31 Mars 2013 à 15:06:14 par Necryos »
Rien ne saurait être complet ni entier qui n'ait été déchiré. ~ William Yeats

Hors ligne Necryos

  • Tabellion
  • Messages: 28
Re : Coeur céleste. [ Prose et autres divagations sensorielles. ]
« Réponse #7 le: 31 Mars 2013 à 16:50:53 »
Du bonheur naît l'envie de sentir l'embrassade de l'amertume.


L'horloge, mon écharpe amicale, le nœud de l'homme-destin hésitant, n'ayant pas encore choisi. Le choix
reste un dilemme. Et le dilemme
une impasse sans couleur.
Les aiguilles dont les sanglotements sont les carences qui infusent sur les vergetures du plancher.
Ouranos saigne tout son plasma de l'éminence cendrée, il espère, au fond, il espère
me faire trouver le repos qui appelle le répit.

[...]

Tout est voué à l'agonie. Naître dans l'agonie, au sortir du néant gonflé, nager dans le berceau originel
criminel.
Jaillir de cet apostume ventral à titre posthume 
de cette fente baignée de blanc
feinter l'agréable depuis l'éternelle et fusionnelle enfance.
Dans le coton de l'insouciance dépérir à chaque respiration labile.
Faire ses premiers pas dans
le trépas,
jusqu'à l'apex de la fleur de l'âge, où enfin l'on peut effleurer de son soupir le sépulcre cosmique.

Les cris refont surface, grisent la croûte de mes vitres vitrioliques,
Ébaubi, je les regarde frapper ma fenêtre, mendiants ridicules, et puis, un instant
passe comme un visage doux de crise externe crispée péniblement maligne,
d'autres lieux dilapidés
avant que ne se lèvent les remparts vespéraux.

Je sais très bien que la mort est omniprésente rôde partout avec sa robe de gala habillée de discorde dominante aux régions lombaires éprouvées par l'éprouvette remplie de... nous, mortels mortifiés,
Pourtant je parviens à apprécier le goût fade entremêlé à l'insipide goût de ses lèvres fangeuses, magnétisme à répulsion, affect de l'aversion dégoût des amours profondes, dégueule l'ataraxie pancréatique sur la part manquante de mon esprit subverti par la résonance inféconde terrifiante et tenace de cette mort aromatique mais sans flaveur pourtant sans saveur à part un zeste de sueur melliflue oh oui exempte de toute sapidité agréable mais ayant acquis à son chevet cervical à son col circulaire un parfum d'outre-Temps

Où tombent
Toutes les heures leurrées de nos satellites impurs, les pleurs amers des lueurs du Haut-Univers insondable.
L'aube est une femme accablée par l'indigeste mot
Le mot recouvert par les sables temporels
Le mot tremblant, veuf
Gravé en lettres léchées d'or 
Nostalgie. ~

[...]

Son décolleté photonique
dépose un rai un souffle un baiser sur les chemins de fer
une calme caresse atténuée sur les grilles des cimetières
où l'on entasse des os à ne plus savoir qu'en faire.

Je chancelle sur la route de mon errance comme si la planète tout entière me secouait pour me rejeter
vers l'Ouest de mon rêve effaré
et m'égare sous le soleil à demi effacé, misérable
qui tend ses joues bleutées pour y montrer la tristesse terrible.
Je cours sur un rivage désert qui n'existe pas encore.

La réalité
accouche d'un mirage.

Je suis ce livre ouvert que personne ne comprend,
la tranche abîmée par des doigts anonymes qui
face à la matière inconséquente s'en retournent aux pages de la disharmonie
appuyée sensiblement contre cette mesure galbée contour désiré fausse croche écorchée par le grain du papier persistant.
Il reste une encre ruminante sur les ruines de ma passion
un chancre sur les fissures de mon âme.
Mon avidité ne peut subsister sans la patience,
mon aspiration inaccessible 
suspendue sur la crête d'un vertige,
telle une cerise sans sa tige
devient l'immense solitude indissociable des braises de ma constitution
que rien au monde à part le monde lui-même ne peut véritablement étreindre
avant de s'éteindre.

Cette solitude là engendre systématiquement des organes monolithiques que rien ne peut consoler que rien ne peut sauver que rien rien rien rien... à ce jour mauve extirpé de ses collants glamours de ses entraves de nylon de ses menottes de chair ne saurait attendrir
à l'exception peut-être des langues incarnations de flammèches sur les rives du lointain incarnat.

Et c'est à ce moment que la toison automnale réconforte l'isolé,
qu'un vent ambré opiacé frisquet devient étrangement mélodieux sous le plumage du geai bleu
Inerte
abandonné de toute vie.
Dernier sifflotement s'abritant à la lente marche du rêveur luisant
avant de rejoindre les arbres en détention cellulaire.
C'est un présage, les roseaux transpirent avant l'été.

Entends-tu
Les bourgeons du deuil rire et les feuilles de cire pleurer,
bougies vermeilles aux frondaisons enguirlandées
myriade de halos dynamiques diaphragmes dispersés transperçant les sapins naissants.

Écoutes-tu
La bouffée hyperboréenne distrayante s'accouplant à l'haleine des buées,
Les migrations des ailes-plaisirs crépiter au tableau acrylique des nuées ?
Sur ton banc chrysalidé, contemples-tu
La lumière fraîche à la berge qui s'échappe de sa cage d'horizon gris fauve félin
Et les hivernages brumeux des animaux qui étoilent la flore
bactérienne ?

Tout périt.
La disparition bascule
dans le pourrissement des époques.
La dissolution des siècles mauvais
par la poussière.
Tout périt
à commencer par toi.
Et surtout, surtout
Ce décor que pourtant tu aimes comme le cœur aime ce qu'il sème en bonté.

La vie est un catalyseur pour la mort,
La vie t'apprendra à accepter celles des autres,
Et à mourir mieux
que peut le permettre le mot mourir.
« Modifié: 31 Mars 2013 à 17:07:31 par Necryos »
Rien ne saurait être complet ni entier qui n'ait été déchiré. ~ William Yeats

Hors ligne Mnemosyne

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Re : Coeur céleste. [ Prose et autres divagations sensorielles. ]
« Réponse #8 le: 31 Mars 2013 à 16:57:04 »
Je partage l'enthousiasme des autres. Moi qui ne suis pas adepte des descriptions, j'ai adoré, pourtant il m'a fallu trois lectures pour accéder au sens. De prime abord, ton texte est hermétique, mais le lecteur ne rebrousse pas chemin parce qu'il sent qu'il se passe quelque chose dans ton texte.
Une femme avertie en vaut deux.

"Toute l'écriture est de la cochonnerie (...) Toute la gente littéraire est cochonne", Artaud.

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Re : Coeur céleste. [ Prose et autres divagations sensorielles. ]
« Réponse #9 le: 31 Mars 2013 à 17:18:50 »
Et c'est un sentiment partagé, la plupart des descriptions étant, par essence, indigestes. ( Surtout quand des petits malins de mon acabit s'amusent à injecter de l'emphase. )

Citer
le lecteur ne rebrousse pas chemin parce qu'il sent qu'il se passe quelque chose dans ton texte.

Le reflet de mon profond mysticisme, probablement. Ou bien d'autres éléments... ineffables qui tiennent en haleine.
Attirer la curiosité du lecteur, attiser son besoin de compréhension, susciter chez lui une certaine confusion vis-à-vis de l'aspect atypique de ces mots, de ma syntaxe pour le moins chaotique. ( Pour peu qu'il soit dans un état d'esprit où l'appréhension s'instaure au premier plan. )
Lorsque j'écris, je ne sais pas où je vais, de toute façon. Et honnêtement, c'est le moindre de mes soucis.
« Modifié: 31 Mars 2013 à 17:22:08 par Necryos »
Rien ne saurait être complet ni entier qui n'ait été déchiré. ~ William Yeats

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Re : Re : Coeur céleste. [ Prose et autres divagations sensorielles. ]
« Réponse #10 le: 31 Mars 2013 à 17:22:33 »
Lorsque j'écris, je ne sais pas où je vais, de toute façon. Et honnêtement, c'est le moindre de mes soucis.
Idem pour moi. C'est la seule manière de se surprendre. D'aller encore plus loin.
Je serai contente de lire un autre texte de toi, sur un autre registre/contexte.

PS: J'adore ton pseudo.
Une femme avertie en vaut deux.

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Hors ligne Necryos

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Re : Coeur céleste. [ Prose et autres divagations sensorielles. ]
« Réponse #11 le: 31 Mars 2013 à 17:37:20 »
Je viendrai zieuter tes conceptions à l'occasion, ( Quand j'aurai la tête reposé, en l'occurrence. ) et éventuellement te faire part de mes impressions.

PS : Le tien me parle beaucoup aussi, pour sa dimension mythologique que j'affectionne, et pour l'importance que j'attache à cette dernière au sein de ma prose.
Rien ne saurait être complet ni entier qui n'ait été déchiré. ~ William Yeats

 


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