De l'autre côté
Je pensais, non j’étais sûr, que j’allais enfin trouver l’amour de ma vie ce soir-là. Je m’étais préparé en imaginant l’instant magique dont les livres parlent, celui où le regard du garçon et de la fille se croise. Le coup de foudre. Je m’étais imaginé des dizaines et des dizaines de scénarios tous plus différents les uns des autres, des baisers torrides, une danse langoureuse, une discussion animée. Je n’avais rien laissé de côté me préparant mentalement à la rencontre qui me changera à jamais.
Pourtant la seule personne que j’avais vu, c’était toi. Oui, toi tu as bien compris. Tu étais là, à mes côtés en train de me parler, de me toucher, et moi je voulais juste que tu me laisses seule, seule avec mon futur. Mais nous savons très bien que tu ne savais pas faire cela, tu ne savais pas faire ce que ton entourage désirait.
Pendant la soirée, alors que j’étais avec mes amis, tu étais derrière moi et tu me suivais comme mon ombre. Je ne pouvais pas te semer, je n’y arrivais pas. Tu étais toujours présent.
Je pouvais presque sentir ton souffle dans mon cou, mes frissons remonter de mon dos et ton envie de me serrer contre toi. Oh moi aussi j’en avais terriblement envie.
Je cherchais du regard, l’homme qui pourrait me rendre heureuse, un homme qui ne serait pas toi, en vain. Il n’y avait personne, personne qui me convenait alors je restais là les bras ballants à me balancer d’un pied sur l’autre. Soudain un garçon, un homme, me proposa d’aller danser. J’hésitai un long moment, puis je remarquai que tu étais toujours là, alors j’acceptais.
Il m’accompagna sur la piste de danse et me saisit par les hanches. Ses mains moites se promenaient sur mon corps touchant des endroits inappropriés. A chaque reprise, je replaçais ses mains mais il renouvelait ses tentatives de me peloter.
Je levai timidement les yeux et observait son visage. Ses grands yeux bleus pétillaient cependant, je pouvais deviner que c’était un prédateur et qu’il pensait avoir trouvé une belle proie. Une prise facile et insignifiante à ses yeux. Cela ne me gênait pas, j’espérais presque qu’il réussisse à te faire sortir de ma tête et mon cœur, qu’il t’éloigne de moi à tout jamais. Tu l’auras deviné, cela n’avait pas marché. Ses mèches brunes lui tombaient sur les yeux, elles avaient la même teinte que tes cheveux.
Pendant que nos corps se balançaient côte à côte, son visage changea subitement et tu fus de nouveaux face à moi. Ton odeur parvenait jusqu’à mes narines, comme si tu n’étais jamais parti. Tu étais de nouveau à mes côtés et je voulais que tu y restes pourtant je savais pertinemment que dans quelques petites minutes qui seraient bien trop courte à mes yeux tu ne serais plus là.
Soudain une douleur lancinante me cloua sur place. Des milliers de petites aguilles commencèrent à me transpercer de part et d’autre. J’avais mal, très mal. La douleur me submergeait lentement. Elle s’implantait en moi. Ma vue se brouilla. Mes jambes flageolèrent et je m’écroulais dans les bras de l’homme qui voyait ses chances de m’ajouter à son tableau de chasse diminuer.
Le monde commença à s’éloigner de moi, la distance qui nous séparait me paraissait infranchissable. Mes amies se précipitèrent à mes côtés demandant s’il y avait un médecin dans la salle. Il n’y en avait pas. J’arrivai à murmurer à l’une d’entre elles : « c’est mon cancer ».
C’était à ce moment précis que tu apparus et que tu me tendis la main. Tu voulais que je te suive, que je vienne avec toi. J’hochai la tête ainsi tu m’aidas à me relever. Je te suivis dans une grande prairie ensoleillée par une étrange lumière blanche. Tout brillait. Le ciel était clair et lumineux. Tu irradiais de lumière. Tu m’accompagnas jusqu’à un pont. On ne pouvait deviner ce qu’il y avait au loin car une brume laiteuse nous séparait du paysage.
Tu m’ordonnas « Suis-moi, petite sœur ».
Nous étions à nouveau réunis. Pour toujours.
/Tous les avis que j'aurais je les rendrais, merci/