La fanfarlo. Petit livre de jeunesse de Carlos Baudelaire (il avait 26 ans quand il l'a écrit).
ça vous plonge dans une ambiance très (très !) XIXe, une histoire d'amour, un gars qui se charge d'une mission pour détourner un autre gars de sa maîtresse et la rendre à sa femme (qui est elle même une ex-amante du héros).
bref point de vue scénario, petite intrigue amoureuse, quelque part entre le film "la discrète", "cyrano de bergerac", et "les liaisons dangereuses".
les fans des fleurs du mal reconnaîtrons dans ce livre certains gimmicks baudelairiens (des larmes qui brillent au soleil, des étoffes qui reflètent les lueurs d'un feu, etc.).
la fin abrupte est marrante.
bref c'est un livre sympa, mais pas bouleversant. j'ai mis un peu de temps à entrer dedans; et à peine entré dedans c'était fini.
y a des évocations subtiles, des descriptions agréables, où on peut voir les prémisses des thèmes des fleurs du mal, mais qui, en prose et avec un récit autour, sont beaucoup moins puissants, beaux et fulgurants que les vers des fleurs du mal. je dirais que c'est plutôt vaporeux et éthéré qu'intense et surpuissant, plutôt léger et élégant que bouleversant et fulgurant.
signe particulier : beaucoup de tirets.
l'ambiance est un peu banalement XIXe, quelque part entre le portrait de dorian gray, sherlock holmes, et dr. jekyll et mr. hyde, à la fois par ce que ça raconte (des bourgeois au coin du feu, qui vont au théâtre, fument la pipe, dissertent sur l'art, le couple, l'infidélité, etc.) et le style.
impressionnant quand même à quel point ce gars (baudelaire) était génialissime et fulgurant quand il s'agissait de faire des vers, et moyen +/pas mal sans + quand il s'agit de faire de la prose (perso je suis pas fan des petits poèmes en prose).
comme quoi, des fois il faut qu'on trouve la forme qui nous convient le moins. yourcenar par exemple, inversement, génialissime romancière, moins excitante quand elle fait des poèmes. gainsbourg, génial quand il fait de la musique et de la littérature, beaucoup plus moyen au cinéma. etc etc.
ce petit livre fait passer un bon moment pour au moins deux raisons : d'une part il est quand même pas trop chiant à lire, et puis il est tout petit et tient bien dans la poche ; et d'autre part il nous console que baudelaire n'ait pas eu le temps de faire un grand roman avant de mourir (il paraît que c'était ça ses projets quand il est mort).
à la fin, dans l'édition folio, y a "conseils aux jeunes littérateurs", avec des trucs un peu bof bof, beaucoup moins puissant, précis, et drôle que le "rester vivant" de houellebecq par exemple. mais quelques phrases sympa (entre autres ce message d'espoir et cette invitation à l'organisation, au travail, et à la méthode, "l'inspiration obéit, comme le sommeil et la faim").
extract :
"Le temps était noir comme la tombe, et le vent qui berçait des monceaux de nuages faisait de leurs cahotements misseler une averse de grêle et de pluie. Une grande tempête faisait trembler les mansardes et gémir les clochers ; le ruisseau, lit funèbre où s'en vont les billets doux et les orgies de la veille, charriait en bouillonnant ses mille secrets aux égouts ; la mortalité s'abattait joyeusement sur les hôpitaux, et les Chatterton et les Savage de la rue Saint-Jacques crispaient leurs doigts gelés sur leurs écritoires, - quand l'homme le plus faux, le plus égoïste, le plus sensuel, le plus gourmand, le plus spirituel de nos amis arriva devant un beau souper et une bonne table, en compagnie d'une des plus belles femmes que la nature ait formées pour le plaisir des yeux. Samuel voulut ouvrir la fenêtre pour jeter un coup d'oeil de vainqueur sur la ville maudite ; puis abaissant son regard sur les diverses félicités qu'il avait à côté de lui, il se bâta d'en jouir.
En compagnie de pareilles choses, il devait être éloquent : aussi, malgré son front trop haut, ses cheveux en forêt vierge et son nez de priseur, la Fanfarlo le trouva presque bien."