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Auteur Sujet: Au-delà du cliché (Public averti)  (Lu 1609 fois)

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Au-delà du cliché (Public averti)
« le: 31 Janvier 2013 à 07:15:08 »
Au-delà du cliché



J'émerge lentement de cette puissante torpeur qui me saisit, peinant pour fournir l’effort nécessaire et décoller mes lourdes paupières. Un mal de tête atroce me martèle le cerveau tandis que le brouillard visuel s’estompe peu à peu autour de moi, me permettant d'un peu mieu discerner les alentours... Ça y est, je perçois un peu mieu dans quel bourbier je suis fourré! Des gouttes de sang ont perlées sur la table basse en verre du salon. A côté de cette fresque d'hémoglobine git une tasse qui fut renversée. Cela explique probablement la flaque de café noir étalé sur le parquet en bois. Le sang sur la table ne semble pas encore coagulé, j'en déduis donc que la rixe est très récente. Le tout forme un tableau des plus artistiques: le contraste entre la rougeur de l’hémoglobine et la noirceur de l’arabica est du plus bel effet. Cela aurait pu faire un joli cliché, quoique, ce n’est pas vraiment le meilleur moment pour y songer… En scrutant un peu les alentour, je remarque que je suis bel et bien dans mon salon, et à en juger par cette puissante douleur qui me cisaille l’arrière du crâne, il est probable que ce soit également les gouttes de mon sang qui orne cette table basse. Mise à part ce sang et cette tasse renversée, rien ne semble avoir bougé. L'atmosphère  est lourde et pesante, tout est comme suspendu dans le temps. Le cigare dans le cendrier n’a pas encore rendu son dernier souffle, malgré le fait que la cendre est pratiquement arrivé à son pied, il crache toujours son écume blanchâtre finement ondulée. L'horloge accrochée au mur face à moi indique dix-neuf heures trente-neuf. La télé est quant à elle restée allumer. Dans le poste, la présentatrice météo effectue sa chorégraphie hebdomadaire sur fond de carte colorée, et  les prévisions pour demain ne semblent pas aller en s’arrangeant. On prévoit de fortes précipitations sur toute l’ile de France, mettant toute la région sous vigilance orange. Quant à moi, solidement attaché sur mon fauteuil par ces cordes qui me lacère la poitrine et les poignets, je n’espère pas un avenir beaucoup plus ensoleillé. Je n’arrive pas à comprendre…Qui a bien pus me faire cela ? Et dans quel but ? La dernière chose dont je me souvienne réellement, c’est de m’être servit un verre de whisky dans le but de le siroté devant le JT de France 2 tout en savourant un de ces Cigare fraichement ramené de Cuba. Rituel habituel quand je rentre du boulot. Enfin, du boulot... Je suis un artiste ! Qui peut bien en vouloir à un artiste ?! Tout cela n'a aucun sens… La soirée avait pourtant débuté le plus normalement du monde. Pour ne rien arranger à la situation, je me sens encore à moitié saoul, ma vision est pour le moins instable. Eh bien mon vieux Paul, tu sembles te trouver dans un satané pétrin ! Tiens, je reconnais cette mélodie angoissante qui me titille les tympans, oui, c'est le générique du JT du soir. Super ! Au moins, la personne qui m'a foutu la tiens à ce que mon emploi du temps habituel ne sois pas trop bouleversé…

« Bonsoir à tous. Dans l’actualité ce soir, le myserieu tueur des beautées, ainsi surnommé parce qu'il ne sévirait que sur le territoire Corse, mais également pour son goût prononcé pour les homicides sur jeunes femmes, aurait récidivé hier soir, tuant deux jeunes joggeuses… »

L’homme semble encore un peu dans les vapes. Il à l’air perdu dans ses pensées, je peux le sentir, je peux surtout le voir. De là où je suis, discrètement dissimulé derrière la fine ouverture de la porte du salon, je suis au premières loges pour admirer ce divertissant spectacle. Son regard fuse de droite à gauche, il est en proie au doute. Tout se déroule comme prévu! Le plan que j’ai eu tant de mal à mettre au point va enfin pouvoir se réaliser ! Bientôt, c’est du désespoir qui rongera son âme, et lorsqu’il l’aura entièrement dévoré, il ne sera plus que l’ombre de lui-même. Je lui est solidement attaché les pieds, la taille, et les bras sur son fauteuil. J’ai eu un peu de temps tout à l’heure, lorsqu’il était encore inconscient, peu de temps après l’avoir assommé avec le marteau. Saucissonné ainsi, il me fait penser à un vulgaire petit ver de terre sautillant sur le bitume, en proie aux oiseaux de passage. Durant des semaines, j’ai étudié ses moindres faits et gestes, disséquant le plus infimes de ses petits rituels, et ce qui me facilite grandement la tâche, c’est que cet abrutis est réglé comme une horloge : L’homme vit seul depuis le divorces d'avec sa troisième femme, Il y a quelques années de cela, il faut bien dire que tronché sa juvénile secrétaire, sa fais un peu tâche au bout de seulement trois mois de fiançailles. Qu’importe, au moins, ça a eu le mérite de faire passer ce guignol pour un bourreau des cœurs : le beau quinquagénaire fougueux en première page des journaux people, le George Clowney des grands reporters ! La réalité de vôtres vie est tellement moins palpitante, Paul. Tous les matins, son réveil sonne à six heures. Pratiquement tous les matins, ce gros lard ne se réveille qu’à la sonnerie de rappel de 6h15. Il ne s’habille pas et va directement dans le salon se préparer un café et fumer sa Rothman. Je me demande bien comment il peut fumer une merde pareille ? Ces cigarettes-là vous décollent les poumons instantanément! Je me rappelle avoir essayé, une fois, pour me fondre dans le personnage, cela m’avait donné la sensation d’avoir sucé un putain de pot d’échappement! Aux alentours de 6h30, il part prendre sa douche en plus ou moins 5 minutes, puis s’habille. Une fois affublés de ses plus beaux apparats, monsieur se pose devant la télé pour regarder la chaine d’information en continu tout en se délectant d’un verre de jus d’orange et en avalant des tartines de pâte à tartiner généreusement étalées. Il se lave les dents, se rase si nécessaire, puis quitte enfin son domicile vers 7h30, pour n’y rentrer qu’aux alentours de 18h50. En rentrant, il enlève avec peine ces chaussures, et recommence pratiquement le même rituel, mais en sens inverse, sans la phase des tartines, bien entendu…Bon, fini de tergiversé, pas la peine de refaire tout le plan dans ma tête. Il est  temps pour moi d’entamer l’œuvre, oui, je crois que le temps est enfin venu de faire mon entrée, sous les applaudissements d’une foule en délire…

« En Russie maintenant, de puissantes heurts ont éclaté hier après-midi opposant la police et des manifestants qui paradaient pour le droit de la population homosexuelle russe… »

Quelqu’un entre. Il est entièrement couvert de larges habits noirs et porte une cagoule vissée sur la tête, ne laissant entrevoir que ses yeux et sa bouche. Il semble assez massif, mais pas très grand. Que me veut-il ? De l’argent surement, enfin, je le suppose. Lorsque l’on bénéficie d’une certaine notoriété, on peut s’attendre à ce genre de choses. Les risques du métier, comme on dit ! Je n’ai pas grand-chose à perdre de toute façon, alors tentons quelque chose : « Écoutez, si c’est pour mon argent que vous en voulez, j’ai vingt mille euros dans un coffre ignifugé, il est derrière le Rambrant incrustez au mur, je peux vous donner mon code si vous voulez . Il est inutile de continuer plus longtemps cette mascarade !». Impassible, l’homme ne me répond pas, il se contente de secouer le doigt en signe de refus. Tout en marchant en ma direction, il met la main à sa poche et en sort un long linge blanc. « Attendez, on peut disc… Trop tard, j’ai compris, négociation terminer. Il enroule le linge autour de ma tête, ma bouche se remplit de tissue. Je sens maintenant la pression exercée par le nœud qui se resserre sur l’arrière de mon crâne, à l'endroit exact ou se situe probablement une plaie, désagréable sensation… Si ce n’est pas pour me voler, alors que peut-il bien vouloir de moi? Peut-être veut-il simplement me vider de mes biens. Avec l’argent et la notoriété, on peut s’offrir de très jolies choses, de quoi attiser les convoitises, j’ai d’ailleurs deux ou trois tableaux de grand maître accrochés au mur du salon… Ou peut-être en veut-il à mon Home cinéma, à la chaine hi-fi, ou à la Mustang Gt qui trône dans le garage, ou bien alors… Peut-être en veut-il à toi, Paul ?!… À moi ? Voyons, pourquoi m’en voudrait-il, à moi ? D’un autre côté, pourquoi s’intéresserait-il à des objets encombrant et pas à de la petite coupure servit sur un plateau d’argent? Non, Impossible ! Je crois que je commence sérieusement à angoisser, qui n’angoisserai pas dans une telle situation ?! L’homme vient calmement de s’asseoir juste devant moi, sur l’un de mes propres fauteuils ! Il m’observe, impassible, me perçant de ses pupilles noirs comme l’ébène. S’il veut me faire craquer, qu’il ne compte pas sur moi ! Je ne lui laisserais pas ce petit plaisir ! Voilà qu’il se lève à présent, et qu’il sort à pas soutenu de la pièce…Mais qu’est-ce que c’est que ce cirque? Pourquoi il ne dit rien ?! Il revient déjà. Il porte maintenant un objet dans la main droite. Une mallette, oui, c’est une mallette en cuir noir. Il la pose sur la table basse. Il l’ouvre. Qu’est-ce que…

« Le président vient d’annoncer que le cout des cotisations social ne sera pas renégocié pour l’an prochain, créant de vives réactions au sein des principaux syndicats ouvriers...».

Tiens, ça me rappelle que maman disait toujours cette foutue phrase : « un bon ouvrier doit avoir de bons outils ! ». Voyons cela : Chalumeau, pince coupante, planche de bois, gants en plastique pour ne pas souiller mes jolies mains de liquide poisseux, et bien sûr, le polaroid acheté pour l’occasion. Un objet à la hauteur de l’évènement ! On peut dire que j’ai bien prévu les choses, pas vrai maman . Ah oui, j’allais presque oublier ça, mais je le laisse pour le moment dans son étui : toujours garder le meilleur pour la fin ! Je referme soigneusement le réceptacle. Je cale la planche en bois entre sa main et l’accoudoir du fauteuil. Très bien, le cordage est un peu serré, mais ça lui évitera de tortiller du cul pendant que je me mettrais tout mon cœur à l’ouvrage. Je le regarde, lui aussi me regarde. Il me scrute d’un air béat tout à fait pathétique. Eh Oui, je te vois, Paul Kleber ! Quel bonheur de voir tant de crainte dans tes petit yeux étouffés de gras autrefois si vifs. Alors Monseigneur Kleber? On se sent tout de suite moins important ainsi fait?! Le costume de la proie vous sied à ravir pourtant, croyez-moi! Arrêtons là les amabilités. Tu vas enfin connaître le destin qui t’es du petit enfoiré ! Tu me regardes peut être toi aussi de là ou tu es, ma petite maman. Je me rappelle que tu étais tellement belle dans tes petites robes colorées, ton sourire, ton regard, jamais je ne pourrais les enlever de ma mémoire ! Pourquoi as t’il fallut que tu partes comme cela ? Pourquoi toi ? Toi qui étais si pur. Je t’aime tellement Maman. Allez, reprend toi ! Je me suis juré de ne pas craqué devant ce porc alors non, Je ne craquerais pas ! Je dois me recentrer sur ma tâche. Tout doit être parfait ! Le polaroid, prends le polaroid !…

« La bourse de Wall Street en baisse pour la troisième semaine de suite, la crise qui s’abat sur le monde financier est désormais indiscutable… »

Qu’est ce qu’il compte faire avec cette planche ridicule ? Voilà qu’il sort un nouvel objet de sa maudite mallette ! C’est un appareil photo, je le reconnais,  un Nikkon polaroïd TX436, bel objet ! Alors, c’est quoi votre projet maintenant, Mr le psychopathe? Tenir un livre de photos de vacance ?! Apparemment oui. Il braque l’engin sur moi, je peux presque me voir à travers le reflet bleu pétrole de l’objectif. Le flash éclate dans mes yeux me laissant un voile blanc quelques instants incrusté sur la rétine. J’entends à présent le son du papier glacé s’imprimant et sortant du socle de sous l’objectif. Il secoue brièvement la photo, la regarde, puis la pose sur la table basse et retourne fouiner dans sa fichus mallette. Cette fois ci, c’est pour en sortir deux drôles d’outils qu’il prend entre ses doigts à présent ganté de plastique blanc. Une espèce de gros briquet allongé et...Une pince semble-t-il, oui, c'est une pince coupante ! Mon dieu, que compte-t-il faire avec ces trucs-là? Il semble déterminé à agir en tout cas, et moi je ne peux rien faire attacher sur mon fauteuil ! Il est seul juge, je suis totalement soumis à sa volonté, totalement impuissant: Condamné à attendre que tombe sur moi la sentence qu’il se sera décidé à m’infliger. Quelle merde !  Je sens que je vais avoir très mal. Il chauffe soigneusement les bords aiguisé des lames placées à l’extrémité de sa pince avec la flamme bleuté qui jaillit de son espèce de briquet. Je sens une vague d’adrénaline monté en moi, mon corps tout entier est tremblant,  mon cœur cogne ma poitrine, je suis en train de me tétanisé ! J’essaie vainement de  bouger, mais rien y fait, je suis trop solidement attaché. Calme-toi, Pau, il faut que tu te calmes ! Ne lui donne pas ce qu’il veut de toi, ne lui montre pas que tu es transit de peur ! J’ai l’impression que mon corps n’est plus le miens, que je ne suis que le simple spectateur d’une scène de mauvais film d’épouvante.  C’est un cauchemar, et je n’espère qu’une chose : que la lumière se rallume, et que le générique de fin défile devant mes yeux, pouvoir enfin quitter la salle par la porte orné du rectangle vert lumineux « issue de secours ». Voilà qu’il pose à présent ses outils sur la table, se lève et saisit le fauteuil à deux mains et le déplace sur le parquet de bois, ce qui produit un son strident, il s’arrête à quelques centimètres à ma droite, tout près de moi.  Je peux deviner un sourire au coin de ses lèvres. Comment peut-il sourire, ce salopard de sadique ?  Il approche son visage, il est réellement tout près à présent. Je peux pratiquement percevoir son souffle haletant, son odeur. Etrange, ce n’est pas comme cela que j’aurais imaginé le parfum d’un tortionnaire. Il se penche à présent vers moi. Il est en train d’examiner ma main. Il récupère la pince sur la table basse et s’assit auprès de moi, sur mon fauteuil. Sa y’est, il approche la pince de mon annulaire ! Je sens une goutte brulante coulée le long de ma colonne vertébrale. Oui, sa y’est, il va le faire. Je sais qu’il va le faire ! Mais pourquoi ? Pourquoi bon Dieu ?! Je ferme les yeux. Il faut rester digne, accueillir la douleur. C’est juste un moment horrible à passer Paul…Et après ? Après quoi ?

« Passons maintenant à une rubrique plus légère, les oiseaux migrateurs, qui sont actuellement en plein voyage vers les côtes africaines, et une découverte étonnante faite par des chercheurs canadiens, le réchauffement climatique modifierait les habitudes migratoires de certaines espèces, les rendant plus fainéante, c’est notamment le cas de la fauvette à tête noire et du pouillot véloce … »

Une légère pression suffit à faire s’enfoncer les deux lames en acier trempé dans sa chaire putride, un filet de fumée et une odeur de cochon grillé s’échappent en direction de mes narines. J’ai comme une sensation de plénitude malsaine. Une coulée de sang épais et cramoisi enveloppe lentement sa première phalange. Il tente de hurler, mais à travers la tissue ne filtre qu’un son étouffé: « Huuuuu ! Huu ! ». Pitoyable petit bonhomme ! Je sens quelque chose qui me résiste. Je resserre donc mon étreinte contre les deux manches de la pince pour briser l’os qui cède facilement dans un léger craquement. Je ne pensais pas que la chair humaine pouvait paraître si tendre, c’est presque trop facile…Ok, la voie est libre, passons au majeur. Non, attends une minute, c’était presque trop rapide ! Je devrais patienter encore un petit peu, oui, faire durer un peu le plaisir. En plus de cela, je n’ai pas pris la photo. Concentres-toi bon sang, tu n’auras pas deux fois cette occasion de briller ! Je me demande bien ce qu’il peut ressentir. À en juger par la blancheur de son visage bouffie et à cette grimace de douleur, j’en déduis que se doit être quelque chose de très intense ! Et toi Paul ? Tu te demandes ce que je ressens, quand je te fais tout cela? Sais-tu au moins que je connais ton petit secret . Allez, il est temps de t’immortaliser! Je saisis l’appareil entre mes mains tremblantes d’excitation et dépose mon index sur le bouton poussoir de l’appareil. Wistiti Paul!…

« Un reportage de Thierry Berteau et Bérénice Grumont. Rubrique des sports maintenant, le FC Barcelone tenu en échec sur la pelouse de Getafe, une bien piètre prestation du club catalan...»

Cette douleur, c'est tout simplement insoutenable! Jamais je n’ai ressenti une telle horreur de toute ma chienne de vie! Elle percé de toute part, comme foudroyé sur place! Sa à commencer de la base du doigt puis ça m’a traversé l’échine jusqu’à saisir tout mon être. La douleur transpire désormait à travers tous les ports de ma peau, impossible d’y échapée, elle est gravé en moi! Je ne savais pas que l’on pouvait ressentir quelque chose de si intense. Comment rester digne face à ça? Comment se contrôler ? Et surtout, comment un homme peut-il délibérément vouloir faire subir ça à un autre homme ? J’ai désormais rouvert les yeux et je regarde mon doigt. Il n’y a plus de doigt. Il m’a coupé mon putain d’annulaire, ce salopard ! Il ne reste désormais plus qu’un vulgaire moignon sanguinolent, d’une pitoyable laideur…Pourquoi fais-tu tout cela, hein ? Espèce de taré ! Qui peut bien m’en vouloir à ce point ? J’ai beau cherché dans le fond de ma mémoire, je ne vois pas bien ce que j’aurais pu faire pour mériter un tel déferlement de haine et de violence, ou alors…Peut être que oui, peut-être est-ce cela…J’ai couvert un reportage pour le journal il y’a quelques temps. Une manifestation contre l’immigration de masse. Certains manifestant m’avait menacé de mort, mais ce n’était pas la première fois que cela arrivait, dans mon métier, on photographie parfois des gens qui ne désire pas vraiment se retrouver en première page du journal. Non ça ne peut pas être ça ! Tu divague complètement!  Reste lucide Paul! Il est largement plus envisageable qu’il ne s’agisse que d’un psychopathe isolé. Une espèce de malade qui choisit ces proies au hasard pour assouvir ses plus bas instincts…Oui ça ne peut être que cela…Il recommence avec son polaroïd, et m’assène un nouveau coup de flash.

«  Fusillade hier soir à Marseille. L’origine du conflit n’a pas été clairement identifié mais on soupçonne fortement des règlements de compte entre dealer du quartier…»

Le brouillard blanc s’estompe peu à peu du papier glacé. Il est laid, toujours aussi laid que quand je l’ai rencontré pour la première fois, en un peu moins jeune certes, et un peu plus effrayer aussi. En y réfléchissant, c’est assez beau finalement, de voir une telle expression d’horreur se dessiné sur son visage. Mais au fait comment vais-je intitulé cette œuvre ? Je n’y avait même pas pensé... Je ne sais pas, je trouverais bien une idée le moment venu, l’instantané, parfois, est tellement artistique ! C’est une phrase à lui ça. Je me souviens de cette première fois, oui, c’était un après-midi de novembre, jamais je n’oublierais ce jour, et pourtant, j’aurais tant aimé parvenir à l’effacer de ma mémoire. J’ai tout fait pour cela, mais mon cerveau finissait toujours par reprendre le contrôle. On ne bâillonne pas la douleur avec le linge de l’indifférence, ça c’est de Maman. Elle m’avait dit ça un jour que je faisais ma crise d’adolescence, m’enfermant dans ma chambre en pleurnichant. Mais le jour de notre rencontre, Paul, ce jour maudit ou j’ai croisé ta route, je n’étais encore qu’une enfant…J’approche la pince de son majeur. Je te revois, me tenant par la main, tentant de me rassurer: « Ne t’inquiète pas ma chérie, Paul est quelqu’un de très gentil et de très cultivés, c’est un photographe qui travaille à la rédaction avec maman. Tu sais, peut-être que si tu es gentille avec lui, il te montrera comment on se sert d’un appareil de professionnel? Et puis, ce n’est qu’un mercredi par semaine, tu sais bien que maman ne peut pas te garder quand elle est au travail ? ». C’était faux, maman, totalement faux ! J’ampute rageusement le deuxième membre et le jette à la corbeille, l’homme tente d’hurler de nouveau. Il est à présent d’une pâleur êxtreme. Il n’a pas intérêt à perdre connaissance, j’ai encore d’autres surprises pour lui !

Le deuxième doigt fut moins douloureux, peut être étais je mieux préparé, ou peut être que cela fut plus rapide. Je me sens un peu partir et j’ai froid, tellement froid. J’ai dut perdre beaucoup trop de sang et puis, il y’a cette douleur qui me brûle les doigts. Quand tout cela vas t’il s’arrêter ?…

Ok, je dois m’arrêter là, sinon, il va me claquer entres les doigts avant que je n’ai le temps d’entamer le bouquet final. C’était trop court Paul, mais tanpis. Toute œuvre doit finir…

Pour la première fois, je le sens hésité…Il repose la pince sur la table basse. Il retourne à sa mallette, cette fois il en sort une arme et la pose sur la table. Ca y’est, je crois qu’il veut en finir. Je vais mourir sans même savoir pourquoi. Mais qu’ai-je fais pour mériter cela ?

Ai-je vraiment éprouvé du plaisir à faire cela? Je crains que oui, pendant un instant du moins. Je ne suis plus du tout la petite fille que j’étais à cette époque-là. Les années sont passé par là, me détruisant un peu plus chaque jours. J’ai effectué ma mutation, jusqu’à devenir l’horrible monstre que je suis aujourd’hui. Je me demande combien de personnes ont admirés ces photos? Et pourtant personne, non, personne n’a compris cette expression sur mon visage ! C’était de la peur, une peur intense ! Etait-ce cela qui semblait si esthétique, si fascinant? Je n’ai pas pu m’en empêcher maman, pardonne moi, dire que je n’ai jamais pu t’avouer l’horrible vérité …

Il pose sa main sur la cagoule. Compte-t-il l’enlever ? Oui, il l’enlève lentement. Sa bouche se découvre, elle est fine, son nez aussi, mais c’est…C’est….

Une femme, oui, je suis une femme. Je suis ta petite Marie, celle avec qui tu aimais tant faire des petites cours de photographie privés, celle dont le visage t’obsédé tant. Obnubilé par l’expression que je produisais lorsque tu t’adonnais à tes lobbys pervers. Avec ces doigts boudinées, ces doigts qui mon hanté jours et nuits, au point de ne même plus pouvoir établir de lien physique avec aucun autre homme. Cette peur qui me ronge chaque jours, la ressent tu as présent ? Y’a tu seulement songé une seul fois ? As t'il compris? Je vais lui dire pour ne pas laissez place au doute: « Marie. Je suis Marie. Je sais bien que j’ai changé, mais tu dois te rappeler de ta petite chérie ; ta favorite? Hoche la tête pour me répondre sale chien !»

Marie ? Mais bien sûr… Ces yeux bleus comme l’azur, ces lèvres si finement ondulées …Oui, je me rappelle de toi ! Je hoche la tête. Comment pourrais-je oublier cette expression. Mon Dieu ce que tu as grossi mon enfant ! Et qu’a tu fait à ton visage autrefois si raffiné? Tu étais si belle, ma petite Marie, tu étais… Mon petit chef-d'oeuvre ! Si tu savais comme je suis désolée, tellement désolée. Je ne sais pas si ça te rassurerait de savoir que tu as été la seule, l’Unique ! Ce n’était pas que pour moi tu sais, j’ai fait cela aussi pour l’art ! Pour capturer ce moment unique dans ton regard. Je m’en suis voulu pendant tant d’années tu sais, et puis, je crois que j’étais parvenu à trouver un peu de réconfort. Chaque verre de whisky m’éloignait un peu plus de ce sombre chapitre de mon histoire. Je comprends enfin, oui, je comprends tout à présent… Peut-être ai-je mérité tout cela en fait, oui, il fallait bien que je sois jugé un jour. Alors c’est comme ça que tout se termine . C’est comme cela que l’on se sent lorsque l’on va mourir . Si seul et pourtant, si serein…

Je coupe les cordes qui lui ligaturent la main gauche, celle-là même qui a encore tous ses doigts et lui tend l’appareil photo. Ce sera le dernier cliché signée Paul Kleber. « Prends mon visage en photo, Paul ! » dis-je à haute voix
Elle écrase son flingue contre ma joue, je peux sentir la froideur métallique du canon sur ma peau brûlante et humide. Pas la peine de me menacer Marie, je te dois bien cette dernière requête, après tout ce qui s’est passé entre nous. J’appuie sur le bouton, le flash retentit.

J’appuie sur la gâchette, le coup de feu fait écho dans mes tympans. Des morceaux de Paul Kleber éclatent sur le mur, comme de la gouache jetée sur la toile vierge d’une mauvaise oeuvre d'art abstrait. L’appareil tombe au sol. La photo dégueule de sous l’objectif. Son y 'est, le rideau rouge tombe sur l’écran, le film est terminé. Adieu Paul. Pour une fois que j’ai l’occasion de te dire merci : Merci. Je me demande bien qui a tué l’autre en premier ? Je ramasse l’appareil et regarde la dernière photo de cette macabre série, désormais achevés. Je suis laide, avec mon double menton, ces putains de piercing et ces cheveux teignent en noir ! Je m’en fous pas mal ! De toute façon, il est également temps pour moi de partir, devant une foule en délire. Ah ça y 'est, j’ai enfin trouvé le titre de cette œuvre, il était temps ! Voilà, je l’inscris au marqueur noir au dos de la vignette 7,9X7,9 cm du polaroïd. C’est enfin terminer, la boucle est bouclée ! Je ne me suis jamais senti aussi proche de toi, Paul Kleber. J’ai achevé ton œuvre. J’introduis le canon du Glock dans ma bouche. Alors, c’est comme cela qu’on se sent lorsque l’on va crever . Je me sens si seule, et pourtant… Enfin sereine. À toute suite, Maman…« Mesdames et messieurs, merci d’avoir suivi ce journal. Au nom de toute l’équipe de rédaction, nous vous souhaitons une agréable soirée sur notre chaîne. En ce qui me concerne, vous pourrez me retrouver demain à la même heure, en revoir. »

***

« 10…9…8 »

Abrutis de rédac-chef, je lui avais pourtant dis que l’info avait l’air bidon, on voulait être les premiers, résultat, j’ai l’air du dernier des cons maintenant !

« …7…6…5… »

Allez Joe, c’est toi le champion, champion du monde !

« …3…2…Lancement générique okey . T’es à l’antenne Joe ! »

« Biiip »

Madame, Monsieur, Bonsoir.

Avant de débuté ce journal, nous tenons à nous excusez, au nom de toutes l’équipe de rédaction pour l’information concernant le tueur des beautées. Il s’agissait en fait d’un suicide collectif dont nous développerons les détails un peu plus tard dans cette édition.

Mais à la une ce soir, une bien sombre nouvelle pour tous les amateurs de belles images, et tout simplement de l’homme extraordinaire qu’était Paul Kleber. On a appris ce matin la mort de l’illustre photoreporter, très connu notamment pour ses photos rapportées d’Afghanistan, mais également pour sa série de portraits d’enfants anonymes qu’il avait intitulé «L’enfant roi ». Une bien sinistre affaire. Selon les premiers éléments dont nous disposons. Il s’agirait d’une jeune femme, probablement déséquilibré et fan du photographe qui aurait voulu se donner la mort auprès de son idole. Le rituel de la meurtrière est bien singulier, puisqu’elle aurait pris des photos du crime pendant qu’elle agissait. Une sinistre inscription dont la signification semble aussi floue que la santé mentale de cette femme, et qui, selon toute vraisemblance, semble être un hommage aux travaux du célèbre photographe. On a en effet retrouvé la phrase suivante inscrite au dos de l'un des sinistres clichés : la subjective réalité de l’enfant roi.
« Modifié: 03 Février 2013 à 08:22:46 par vinksdarkso »
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Re : Un reflet dans l'objectif (Public averti)
« Réponse #1 le: 03 Février 2013 à 01:26:42 »
Je crois que cette nouvelle fais un bide intersidéral :D Petit commentaire pour la remontée partiellement, dernière tentative avant enterrement définitif ^^ Avis aux âmes sensibles...
« Modifié: 03 Février 2013 à 01:37:04 par vinksdarkso »
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Re : Un reflet dans l'objectif (Public averti)
« Réponse #2 le: 03 Février 2013 à 02:58:34 »
Salut
Alors il y a quand même vachement de fautes mais si tu veux bien, je passe mon tour, je suis pas très fort à ça
Bon, j'ai pas franchement accroché.
au niveau du style et des images que tu emploie, y a un peu trop de moment convenu.
en fait les deux premiers monologues marche pas mal mais ensuite, la tentative de négociation, la description de la douleur de la torture, je sais pas, ça m'a semblé un peu faible.
du coup, j'ai trouvé ça un peu long et quand arrive le moment du grand final, la révélation du pourquoi du comment, ben j'étais plu franchement dedans; A mon avis, ce serait pas mal de coupé
par contre la construction alternance des monologue entrecoupé d'un flash info, j'ai trouvé que ça créer une vrai angoisse et un brai intéret pour le texte
Voila
au plaisir de te lire a nouveau

 


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