Chaque matin, en attendant que mon père se réveille à son tour, j'observe l'agitation incessante de la ville. Moi qui pensais détester la vie urbaine, je suis obsédé par ce que je vois depuis ma fenêtre du 17ème étage. Chaque matin, mon père me trouve, scotché à la fenêtre du salon, et chaque matin la même question "Qu'est ce que tu peux bien trouver de beau à regarder par cette fenêtre ? La voisine est à poil ou quoi ?". Non, la voisine n'est pas à poil, et c'est vrai que la vue est plutôt moche. Le ciel est gris, comme chaque jour, à cause des nuages et de la pollution coincés par les Andes. Les immeubles d'en face sont en béton brut, pas vraiment du même gris que le ciel, plutôt marronnasse. En bas, à côté du grand bâtiment d'assurance, un centre de photographie qui affiche régulièrement une photo en géant sur son toit. En ce moment c'est 5 gamins cholos, torse nus sur une plage, qui font des doigts d'honneur à la caméra. A coté des affreux, un parking à ciel ouvert sans étage, au bout du parking une maisonnette construite tout en longueur qui abrite la famille du gardien. Vraiment pas fameuse la vue. Mais quand le vieux concierge laisse ses petits lapins blancs gambader entre les voitures garées, j'arrive à voir plus loin que la grisaille, je m'imagine le Pacifique, que les nuages gris cachent en permanence, et les montagnes pelées qui nous entourent. Entre les deux j'imagine les 10 millions de personnes qui s'activent dans la Cité des Rois, les voitures qui passent en permanence au pied de l'immeuble m'aident à comprendre ce chiffre autrement inimaginable. Les petits lapins m'aident à me rappeler que dans ces tours marrons il y a des hommes, des hommes qui aiment leur lapins, leurs chiens, leurs enfants, leur femmes... C'est à eux que je pense tout les matins au réveil quand par la fenêtre je fixe ce qui n'est pas là, et tous les soirs quand je m'endors au bruit des klaxons et des sirènes de police, qui sonnent si exotiques à mes oreilles habituées au calme plat de ma petite ville.